La crise des droits humains dans les Territoires palestiniens occupés (TPO) s'est poursuivie en 2010, malgré certaines améliorations marginales. Des commandos israéliens, veillant à l'application du blocus maritime de Gaza, ont tué neuf civils à bord d'u n navire qui tentait de forcer le blocus, après quoi le gouvernement israélien a annoncé qu'il assouplirait les restrictions sévères imposées aux importations sur le territoire. Israël a malgré tout continué de bloquer les exportations, avec des conséquences dévastatrices sur l'économie de Gaza.

Les groupes armés palestiniens à Gaza ont lancé en 2010 bien moins de tirs de roquettes qu'en 2009 mais ont continué de prendre pour cible les centres de population israéliens, tuant un civil, tandis que le Hamas assumait la responsabilité de la mort de quatre colons juifs en Cisjordanie. Les autorités du Hamas ont procédé à des exécutions judiciaires pour la première fois en 2010, pour certaines à l'issue d'un procès militaire inéquitable, et auraient torturé des dizaines de détenus.

En Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, Israël a imposé des restrictions sévères à la liberté de mouvement des Palestiniens, démoli de multiples logements dans le cadre de pratiques discriminatoires, poursuivi la construction illégale de colonies et détenu arbitrairement des enfants et des adultes. Les services de sécurité de l'Autorité palestinienne (AP) ont détenu arbitrairement des centaines de personnes et le nombre d'allégations de torture par ces services a augmenté.

Bande de Gaza

Israël

Jusqu'au 1er octobre, les attaques perpétrées par les Forces de défense israéliennes (FDI) à Gaza, y compris à l'encontre de tunnels servant à la contrebande et en réponse aux tirs de roquettes, avaient fait 21 morts parmi les civils palestiniens, comme l'ont indiqué les Nations Unies. La majorité des cas signalés concernaient des civils palestiniens tués par les FDI dans la « zone d'exclusion » située le long des frontières nord et est de Gaza, souvent alors qu'ils ramassaient des matériaux de construction ou qu'ils vaquaient à leurs travaux agricoles.

Le 31 mai, des commandos navals israéliens ont intercepté un navire qui tentait de forcer le blocus de Gaza, tuant neuf civils. Une commission d'enquête du Conseil des droits de l'homme (CDH) de l'ONU a critiqué les homicides illégaux, les abus de détenus et d'autres atteintes perpétrées par les forces israéliennes ; une enquête israélienne reste en cours au moment de la rédaction du présent rapport.

Un autre comité du CDH a signalé en septembre que les enquêtes qu'Israël avait consacrées à des dizaines de cas de violations commises lors de l'opération « Plomb durci », y compris à des allégations relatives au meurtre intentionnel et irresponsable de civils et à la destruction aveugle de propriétés de civils en 2008-2009, étaient incomplètes, les autorités n'ayant ni enquêté sur certains agissements illicites présumés ni examiné la responsabilité des « décideurs de haut niveau ». Le comité a constaté un conflit d'intérêts au niveau du rôle de l'Avocat général de l'armée, qui a approuvé des plans relatifs à l'offensive mais a également été responsable de la poursuite en justice de militaires israéliens pour violations présumées.

Dans le cadre des enquêtes menées par l'Avocat général de l'armée, le système de justice militaire des FDI a inculpé trois militaires pour délits commis pendant le conflit : l'un d'entre eux a reçu une peine d'emprisonnement pour avoir volé une carte de crédit, tandis que les deux autres ont été rétrogradés et ont reçu une peine avec sursis pour s'être servis d'un jeune garçon comme bouclier humain. Un quatrième militaire a été mis en examen pour homicide involontaire après avoir tiré sur un civil qui agitait un drapeau blanc. En janvier, le gouvernement israélien a versé 10,5 millions de dollars US de dommages et intérêts pour les dégâts qu'il a causés aux installations de l'ONU durant le conflit.

Blocus

Le blocus de la bande de Gaza par Israël, imposé depuis que le Hamas s'est emparé de Gaza en juin 2007, a continué d'avoir de graves conséquences humanitaires et économiques pour la population civile.

Les pressions internationales découlant des homicides survenus à bord du navire le 31 mai ont incité Israël à assouplir les restrictions qu'elle imposait aux importations. Cependant, l'ONU a signalé qu'en septembre, les importations ne représentaient qu'un tiers des niveaux enregistrés avant le blocus. Israël a approuvé en principe les importations de matériaux de construction destinées à certains projets de l'ONU d'une valeur de 15 millions de dollars US, et les travaux de revalorisation de deux stations d'épuration des eaux usées ont démarré, mais en octobre, les matériaux nécessaires à la construction de nouvelles écoles et cliniques n'étaient pas encore arrivés à Gaza. L'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) a signalé que des restrictions israéliennes l'avaient empêché de construire de nouvelles écoles et qu'en 2010, il avait dû envoyer 40 000 élèves dans des écoles gérées par le Hamas en raison de manque de salles de classe dans ses propres établissements.

Israël a continué d'imposer des restrictions quasi-totales aux exportations. Jusqu'en août, plus de 65 % des usines de Gaza restaient fermées, les autres travaillant à 20-60 % de leur capacité, selon le centre de commerce palestinien. Le nombre d'habitants de Gaza répertoriés par l'UNRWA comme vivant dans une « pauvreté abjecte » a triplé depuis 2007 pour atteindre les 300 000, tandis que le chômage à Gaza est passé à 44 % au deuxième trimestre 2010.

Les autorités israéliennes ont déclaré que le blocus, une forme de punition collective infligée aux résidents d'un territoire occupé, resterait en place jusqu'à ce que le Hamas libère Gilad Shalit, capturé en 2006. Israël est la principales source d'électricité de Gaza (qui s'approvisionne également en Égypte) et l'unique source de carburant, puisque le gouvernement israélien n'autorise pas Gaza à se fournir ailleurs en carburant. En outre, la seule centrale électrique de Gaza a dû opérer à capacité réduite car l'AP n'avait pas réglé à Israël ses expéditions de fioul industriel. Les résidents de Gaza ont subi au quotidien 8 à 12 heures de coupures de courant.

Les forces israéliennes ont régulièrement tiré sur des résidents de Gaza jusqu'à 1,5 kilomètre de la ligne d'armistice, engendrant une « zone d'exclusion » qui englobe 30 % des terres agricoles de Gaza. La marine israélienne a régulièrement tiré sur des bateaux de pêche palestiniens qui naviguaient à plus de deux milles marins de la côte, interdisant l'accès à environ 85 % de la zone maritime de Gaza.

L'Égypte a sa part de responsabilité dans le blocus car elle limite le mouvement des marchandises et des personnes au poste-frontière de Rafah dont elle assure le contrôle, à la frontière sud de Gaza. L'Égypte a assoupli ses restrictions à la liberté de mouvement en juin pour les Palestiniens ayant besoin de soins médicaux ou munis d'un passeport étranger et d'un visa mais pour personne d'autre, et elle continue de limiter les importations et les exportations de marchandises.

Les tirs de roquettes lancés par le Hamas depuis Gaza ont considérablement diminué depuis 2009. En 2010, et ce, jusqu'en octobre, les groupes armés palestiniens à Gaza avaient tiré 75 roquettes, de fabrication locale essentiellement, sur des centres de population en Israël. En mars, Ansar al-Sunna, groupe armé de Gaza jusque-là inconnu, a revendiqué la responsabilité d'une attaque par roquettes qui a tué un travailleur migrant thaïlandais en Israël. La police israélienne a signalé qu'au moins quatre mortiers contenant du phosphore blanc avaient été tirés depuis Gaza.

Le Hamas a publié deux rapports affirmant que les cibles des attaques par roquettes visant Israël durant l'opération « Plomb durci » étaient militaires et que les victimes civiles avaient été fortuites. Ces affirmations ont été contredites par des attaques répétées à l'encontre de centres de population au moyen de roquettes ne pouvant être dirigées avec précision, ainsi que par des déclarations de groupes armés et de dirigeants palestiniens indiquant que ces attaques visaient effectivement des civils en guise de représailles pour les attaques israéliennes. Or, les attaques par roquettes, au mortier et par d'autres moyens ciblant des civils ne sont jamais justifiées en vertu des lois de la guerre, même s'il s'agit de représailles. En septembre, l'ONU a découvert que le Hamas n'avait pas consacré d'enquêtes crédibles aux attaques illégales par roquettes, aux meurtres de collaborateurs ou de rivaux politiques présumés, ou aux sévices infligés à ceux-ci.

Le ministère de l'Intérieur du Hamas a procédé pour la première fois à l'exécution judiciaire de cinq personnes, toutes tuées par un peloton d'exécution. Trois des hommes exécutés avaient été condamnés à mort par un tribunal militaire pour avoir collaboré avec Israël, après des détentions et des procès contraires à la procédure régulière. Des tribunaux civils et militaires du Hamas ont également condamné à mort six autres personnes.

Le service de sécurité interne du ministère de l'Intérieur et la police du Hamas à Gaza auraient torturé 132 personnes au 31 août, selon des doléances reçues par l'Independent Commission for Human Rights (ICHR), un organisme palestinien des droits humains.

Le Hamas a continué de garder en détention au secret le soldat israélien Gilad Shalit, capturé en juin 2006, l'assujettissant à des traitements cruels et inhumains en lui refusant toute communication avec sa famille et les visites du Comité international de la Croix-Rouge.

La police du Hamas a continué de harceler, de détenir et, dans certains, cas, de torturer des personnes soupçonnées de délits de « moralité », y compris d'homosexualité et de rapports sexuels extraconjugaux, et de stopper ou de limiter de manière arbitraire les activités d'entreprises qui autorisent les hommes et femmes non mariés et sans liens de parenté à travailler côte à côte. En juin, le ministère de l'Intérieur a fermé six ONG à Rafah et, en août, une ONG française qui dispensait des soins médicaux.

Cisjordanie

Autorité palestinienne

Le nombre de plaintes faisant état d'actes de torture commis par les services de sécurité de l'AP en Cisjordanie a augmenté en 2010, l'Independent Commission for Human Rights en ayant reçu 106 jusqu'au mois de septembre.

Les tribunaux de l'AP n'ont jugé aucun officier de la sécurité responsable de torture ou de détention arbitraire. Dans la seule affaire ayant donné lieu à un procès, relative à la mort de Haitham Amr, 33 ans, après son arrestation par les services des renseignements généraux (GIS) en 2009, un tribunal militaire de l'AP a ordonné au GIS de verser des dommages et intérêts à la famille, acquittant toutefois les cinq officiers inculpés de la mort d'Amr « faute de preuves », alors même qu'une autopsie avait confirmé que son décès était « directement imputable à la torture ».

Les services de sécurité de l'AP ont empêché de manière arbitraire ou dispersé avec violence plusieurs protestions pacifiques et conférences de presse tenues pendant l'année 2010, ainsi qu'agressé et détenu de manière arbitraire des journalistes qui couvraient les incidents.

Israël

Jusqu'en octobre, les forces israéliennes en Cisjordanie avaient tué au moins sept civils palestiniens. Selon B'Tselem, les personnes tuées, dont deux jeunes gens qui ramassaient des chutes de métaux et deux enfants qui participaient à une manifestation dans leur village, ne posaient aucun danger pour les forces militaires israéliennes ou les civils.

Des colons israéliens ont détruit ou endommagé des mosquées, des oliviers, des véhicules et d'autres biens palestiniens, et agressé physiquement des Palestiniens. En octobre, l'ONU a rendu compte de 204 attaques perpétrées par des colons ayant entraîné des blessés parmi les Palestiniens ou endommagé leurs biens, soit pratiquement le double de l'année précédente. Les autorités israéliennes ont arrêté de nombreux colons mais n'en ont inculpé que quelques-uns.

Démolitions et évacuations de maisons

Jusqu'à fin octobre, les autorités israéliennes avaient démoli 285 structures résidentielles palestiniennes et autres bâtiments en Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est), déplaçant 340 personnes, justifiant les démolitions au motif que les structures avaient été construites sans permis ; en pratique, ces permis sont pratiquement impossibles à obtenir pour les Palestiniens, alors qu'un processus distinct régissant l'aménagement du territoire et accessible uniquement aux colons octroie de nouveaux permis de construire avec une bien plus grande facilité. Les autorités israéliennes ont démoli à plusieurs reprises la communauté d'al-Farsiye, dans le nord de la vallée du Jourdain, déplaçant environ 113 personnes au motif qu'elles vivaient dans une « zone militaire fermée ». Certaines des familles déplacées vivaient là au moins depuis les années 1960.

Des colons ont continué de s'emparer d'habitations de Palestiniens à Jérusalem-Est, y compris en s'appuyant sur des lois qui reconnaissent les revendications de propriété de Juifs relatives à ces lieux et qui sont antérieures à 1948 mais qui interdisent les revendications de propriété de Palestiniens remontant à cette même époque à Jérusalem-Ouest.

Du 26 novembre 2009 au 26 septembre 2010, les autorités israéliennes ont imposé un « gel » des nouvelles constructions résidentielles dans les colonies, excluant Jérusalem-Est, soit environ 2 000 foyers dont la construction avait déjà démarré, ainsi que des bâtiments et des infrastructures publics.

Liberté de mouvement

Israël a maintenu de sévères restrictions sur les déplacements des Palestiniens en Cisjordanie, surtout dans la « Zone C », placée sous le contrôle exclusif des Israéliens. Elle a supprimé certaines clôtures, mais plus de 500 subsistent.

Israël a poursuivi la construction du mur de séparation. Environ 85 % du mur a été construit sur un territoire faisant partie de la Cisjordanie, plaçant de nombreux colons du côté « israélien » de ce mur. En raison de la confiscation de terrains privés imputable à la construction du mur, des fermiers et des bergers se sont retrouvés séparés de leurs terres.

Détention arbitraire et détention d'enfants comme des adultes

Les autorités israéliennes de justice militaire ont détenu des Palestiniens qui revendiquaient une protestation non violente à l'encontre des colonies israéliennes et du tracé du mur de séparation. En octobre, un tribunal militaire a condamné Abdallah Abu Rahme, du village de Bil'in, à un an de réclusion pour incitation à la violence et organisation de manifestations illégales, verdict s'appuyant en grande partie sur des déclarations d'enfants obtenues sous la contrainte. En janvier, les militaires israéliens ont relâché l'activiste « anti-mur » Muhammad Othman après l'avoir détenu pendant 113 jours sans chef d'inculpation.

Alors que les tribunaux israéliens définissent les Israéliens de moins de 18 ans comme des enfants conformément aux règlements internationaux, les tribunaux militaires israéliens continuent de traiter les Palestiniens de plus de 16 ans comme des « adultes », et les condamnent comme s'ils étaient des adultes en fonction de l'âge qu'ils avaient au moment du jugement, même s'ils étaient encore enfants lorsque les faits ont été commis. En septembre, Israël détenait au moins 286 enfants de moins de 18 ans, dont 20 de moins de 15 ans. Des groupes de défense des droits humains ont signalé de multiples cas où les autorités israéliennes ont détenu et questionné des enfants palestiniens sans qu'un membre de leur famille soit présent et sans leur permettre de bénéficier des services d'un avocat, comme l'exige la loi, et les auraient maltraités en détention pour les contraindre à signer des aveux en hébreu, langue qu'ils ne comprenaient pas.

En septembre, Israël gardait189 Palestiniens en détention administrative sans chef d'accusation.

Israël

Des citoyens bédouins d'Israël ont subi des démolitions discriminatoires de leurs habitations. De juillet à octobre, la police et l'Administration territoriale israélienne s'en sont pris à six reprises au village bédouin d'Al-Araqib, déplaçant 300 personnes. Au moment des faits, des résidents contestaient au tribunal les affirmations de l'État selon lesquelles ils n'avaient jamais été propriétaires de terrains dans la région. Quelque 90 000 Bédouins vivent dans des villages « non reconnus » dépourvus de tous services de base et risquant d'être démolis.

Israël a également refusé de reconnaître le statut juridique de milliers d'habitations appartenant à des citoyens palestiniens d'Israël, dont Dahmash, village de 600 habitants situé dans le centre d'Israël, qui, dénué de statut juridique, ne dispose d'aucun service de base. Bien que les résidents soient légalement propriétaires des terrains sur lesquels sont construites leurs habitations, Israël se refuse à modifier la désignation de ces terres pour transformer leur statut de terre agricole en zone résidentielle, rendant ainsi leurs foyers illégaux.

D'après les estimations, Israël compterait 200 000 travailleurs migrants, dont beaucoup travaillent dans des conditions abusives ; par ailleurs, des cas d'employeurs qui retiennent les salaires ou sous-paient leurs employés seraient fréquents. La majorité des travailleurs doivent de l'argent à des agences de recrutement, sont redevables à un seul employeur de leurs moyens de subsistance, et ne peuvent changer d'emploi sans l'accord de leur employeur. Le gouvernement a expulsé des travailleurs migrants et leurs enfants nés en Israël en vertu de politiques qui limitent le droit des ouvriers migrants à fonder une famille.

Acteurs internationaux clés

Israël est le principal bénéficiaire de l'aide étrangère accordée par les États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale, et a reçu de ce pays une aide militaire d'une valeur de 2,775 milliards de dollars US en 2010. L'administration Obama a tenté d'obtenir une reprise des pourparlers de paix directs entre Israël et l'AP en septembre et proposé une aide complémentaire à Israël pour lui permettre de reconduire un « gel » partiel des constructions de colonies. Les États-Unis ont continué de former et d'équiper les forces de sécurité palestiniennes, apportant 350 millions de dollars US à l'aide en matière de sécurité et de programmes, ainsi que 150 millions de dollars US à l'AP sous forme de soutien budgétaire direct, tandis que l'UE avait octroyé à l'AP 230 millions d'euros (315 millions de dollars US) jusqu'en octobre.

Le Conseil des droits de l'homme et l'Assemblée générale de l'ONU ont tous les deux adopté des résolutions de suivi appelant Israël et le Hamas à enquêter sur les graves violations des lois de la guerre. L'AP, apparemment en raison de pressions externes liées aux négociations avec Israël, a ostensiblement omis de soumettre à l'examen d'organes onusiens de haut niveau un rapport d'experts du Conseil des droits de l'homme consacré aux mesures de reddition des comptes après la guerre de Gaza.