Les examens menés sous l’égide des Nations Unies devraient déboucher sur l’exigence d’améliorations concrètes
23 avril 2013
« L’extraordinaire intensité de la répression, aussi bien en Ouzbékistan qu’au Turkménistan, à laquelle s’ajoute le refus de leurs gouvernements d’admettre l’existence de problèmes voire d’y faire face, souligne la nécessité de leur envoyer d’une seule voix un message fort. »
Veronika Szente Goldston, directrice du plaidoyer pour l’Europe et l’Asie centrale à Human Rights Watch

(Genève, le 22 avril 2013) – Les politiques fortement répressives menées par le Turkménistan et l’Ouzbékistan seront bientôt soumises à un examen approfondi et peu fréquent par des observateurs internationaux, les 22 et 24 avril 2013, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les pays membres des Nations Unies rassemblés lors de la réunion du Conseil des droits de l’homme à Genève, dans le cadre de la procédure de l’Examen périodique universel (EPU), devraient saisir cette occasion de révéler et dénoncer la répression en cours dans ces deux pays et les pousser à prendre des mesures concrètes pour mettre fin aux abus.

Les gouvernements du Turkménistan et d’Ouzbékistan figurent parmi les plus répressifs au monde, a déclaré Human Rights Watch. Ils se sont également distingués en ne tenant aucun compte des recommandations exprimées lors de leur précédent examen par le Conseil des droits de l’homme, en décembre 2008.

« L’extraordinaire intensité de la répression, aussi bien en Ouzbékistan qu’au Turkménistan, à laquelle s’ajoute le refus de leurs gouvernements d’admettre l’existence de problèmes voire d’y faire face, souligne la nécessité de leur envoyer d’une seule voix un message fort », a déclaré Veronika Szente Goldston, directrice du plaidoyer pour l’Europe et l’Asie centrale à Human Rights Watch. « Il faut faire clairement savoir à Achgabat et Tachkent à quel point leurs bilans en matière de violations des droits humains sont inacceptables et quels sont précisément les changements qu’ils doivent opérer. »

Dans les rapports qu’elle a soumis sur le Turkménistan et sur l’Ouzbékistan, préparés en prévision de ces examens, Human Rights Watch a mis en relief les problèmes les plus inquiétants concernant chacun des deux pays et les mesures à prendre pour les résoudre.

Une mesure immédiate qu’il faut exhorter les deux gouvernements à prendre est de cesser de refuser, comme ils le font depuis longtemps, que les propres observateurs des droits humains de l’ONU entrent sur leur territoire. Dix rapporteurs de l’ONU ont déjà demandé en vain de pouvoir entrer au Turkménistan, et onze rapporteurs de l’ONU n’ont toujours pas pu entrer en Ouzbékistan, a déclaré Human Rights Watch.

Une autre question urgente est la coopération avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Le 12 avril, le CICR a pris une mesure exceptionnelle en annonçant sa décision de mettre fin à ses visites aux prisonniers d’Ouzbékistan. Il a évoqué l’impossibilité de suivre les procédures de travail normales de l’organisation pour de telles visites, notamment de pouvoir accéder à tous les détenus relevant du CICR et d’avoir des entretiens privés avec les prisonniers. De même, les prisons du Turkménistan restent fermées à toute observation de l’extérieur.

« Ce manque exceptionnel de coopération des deux gouvernements avec l’ONU ou avec d’autres entités devrait être au cœur des débats lors de leur Examen périodique universel », a déclaré Veronika Szente Goldston.

Parmi les autres sujets de préoccupation principaux au Turkménistan figurent :

  • L’utilisation de longue date de l’emprisonnement comme outil de représailles politiques. Conséquence de plus de deux décennies de cette pratique, une quantité indéterminée de personnes croupissent dans les prisons du pays, connues pour leurs abus, apparemment sur des accusations à motif politique. Le gouvernement a récemment libéré quatre de ces détenus, dont deux avaient purgé leur peine de six ans et demi de prison. Mais leur libération ne fait que souligner la question : combien sont encore derrière les barreaux ?
  • Des restrictions drastiques aux libertés d’expression et d’association, que les autorités mettent en œuvre en menaçant, harcelant ou emprisonnant ceux qui osent contester, même timidement, leurs politiques. La dure répression qui s’abat sur tout acte militant de la part de la société civile empêche les défenseurs des droits humains et les journalistes indépendants de travailler ouvertement.
  • Le contrôle du droit des résidents de quitter le Turkménistan et d’y retourner, qui s’opère à travers un système officieux et arbitraire d’interdictions de voyager infligées de façon routinière aux militants, à leurs familles et aux proches de dissidents en exil.

Les principaux sujets de préoccupation en Ouzbékistan sont entre autres :

  • La répression acharnée opérée par le gouvernement sur les activités militantes de la société civile indépendante et sur la liberté d’expression, notamment en traduisant en justice des défenseurs des droits humains et des journalistes indépendants sur la base d’accusations forgées de toutes pièces. Ainsi plus d’une dizaine de défenseurs des droits humains et un grand nombre de journalistes indépendants et d’opposants sont en prison pour des motifs arbitraires.
  • La torture et les mauvais traitements, endémiques dans le système de justice pénale, ainsi que l’impunité persistante pour ces abus. Une réforme très attendue relative à l’habeas corpus, entrée en vigueur en janvier 2009, n’a finalement eu aucun effet pour protéger les détenus contre la torture, étant donné que les juges approuvent régulièrement les requêtes des procureurs d’arrêter les accusés, tout en ignorant les allégations de torture.  
  • L’utilisation systématique par le gouvernement du travail forcé pour la récolte annuelle de coton et son refus de laisser les observateurs de l’Organisation internationale du travail (OIT) entrer dans le pays.

« Les EPU du Turkménistan et de l’Ouzbékistan qui se tiendront bientôt vont rappeler de manière flagrante à quel point, dans ces deux pays, peu de choses ont changé en presque quatre ans et demi, c’est-à-dire depuis qu’ils ont été examinés pour la première fois selon cette procédure », a conclu Veronika Szente Goldston.« La question que les partenaires de ces gouvernements doivent se poser est la suivante : que peut-on faire de plus pour les amener à un meilleur respect des droits humains ? La réponse, clairement, est qu’il ne faut pas relâcher la pression, mais au contraire l’augmenter encore. »