Décembre 21, 2003

VI.  Autres tueries et abus commis par les soldats gouvernementaux

Les membres des forces armées burundaises sont stationnés à travers tout le pays, souvent sur de petites positions. Vivant à proximité étroite des populations civiles, ils s'approprient souvent leurs biens ou exigent d'elles des services. Certains ont délibérément tué ou blessé des civils au cours de leurs pillages ou simplement parce que ceux-ci refusaient de répondre à des injonctions. Quand ils étaient informés de ces crimes, ni les officiers militaires ni les autorités militaires en général n'ont daigné instruire les plaintes et encore moins poursuivre les coupables en justice. Au mieux, ils ont muté les responsables vers d'autres positions. Comme l'a rapporté un civil:

«Dans tous les cas, la présence des militaires nous apporte de l'insécurité. Ils devraient passer leurs journées sur le camp de bataille plutôt que de perdre leur temps à aller et venir au milieu de nous. De plus, les avoir ainsi à nos côtés fait croire aux rebelles que nous collaborons avec eux et nous risquons alors de devenir aussi leurs cibles.» [134]

Les militaires ont fréquemment soumis les civils qui vivent près de leurs positions à des corvées, telles le ramassage du bois, le puisage d'eau ou le transport de matériel. Ils ont même parfois obligé des civils à transporter du matériel militaire, comme par exemple des munitions, vers les zones de combat, risquant ainsi la vie de ceux-ci de façon inconsidérée. [135] En province Bubanza, les taxis-vélos qui assurent la navette le long de la route de Muzinda, s'étaient plaint des corvées qui leur étaient imposées par les militaires [136] . «Nous sommes forcés à rendre des services aux soldats», a expliqué un homme, «sous peine d'être arrêtés, et même battus.» [137]

Les conséquences résultant d'un refus d'exécuter ces corvées sont parfois plus sérieuses. Dans le quartier de Musaga, à Bujumbura, un soldat de la position de Gitoko a tué délibérément un habitant de la seconde avenue parce qu'il avait refusé de porter de l'eau pour lui. [138] Dans un cas semblable à Kamenge, un autre quartier de Bujumbura, un militaire a exécuté un taxi-vélo qui avait refusé de l'amener jusqu'à sa position. Le militaire a ouvert le feu contre la foule qui avait tenté de s'interposer et fut battu par les gens, jusqu'à ce que mort s'en suive. [139]

La position militaire de Muhanambogo, sur les hauteurs de la ville de Bujumbura, est souvent pointée du doigt par la population. Un homme a dénoncé:

«Nous rentrons le soir du centre ville de Bujumbura, déjà fatigués du travail ou des courses en ville, ils nous arrêtent et nous obligent à faire des travaux par force. Ils nous disent: «Quand vous nous tuez, vous ne dites pas que vous êtes fatigués.»» [140]

De source locale, les militaires ont tué sept civils sur la colline de Mubeye, en province Bubanza, à l'occasion de ce qui semble avoir constitué un vol organisé par eux. Un témoin a déclaré «Ils sont ici depuis deux mois et nous finissons par les reconnaître.» [141] Au début du mois d'avril, des militaires du camp Gatumba ont tué sept civils à Nyamabere, entre Buringa et Maramvya, à la frontière entre les provinces de Bubanza et de Bujumbura rural, et ont volé les vélos que ces hommes utilisaient pour le transport du charbon qu'ils allaient vendre à Bujumbura. [142] Dans un autre cas, quatre personnes ont été tuées sur la colline Musagara, Bubanza, et les habitants ont vu, peu après, un camion militaire partir, rempli de sacs de riz et de nourriture. [143] Le 11 juin, la population de la même région a capturé des soldats du 15ème bataillon de Muzinda qui étaient en train de voler des vélos, et les ont amenés à l'officier commandant. Ce dernier, aux dires d'un vieil homme, nous «a pratiquement tiré dessus», et n'a rien fait pour traiter la tentative de vol. [144]

Dans certains cas, les soldats tuent sans aucune raison. Dans la nuit du 15 juin, des militaires ont tué trois jeunes Gardiens de la paix dans le quartier Nord de Bujumbura de Kinama. Dans un premier temps, ils auraient pris ces paramilitaires du programme gouvernemental d'autodéfense, pour des rebelles. Néanmoins, il s'avère qu'ils les ont tués après avoir vérifié leurs papiers d'identité. L'un d'entre eux a été tué par baïonnette. [145]  

Tueries et enlèvements commis par les FDD et les FNL

En même temps qu'ils combattaient contre les soldats gouvernementaux, les combattants des deux groupes rebelles ont très souvent délibérément ciblé des civils, dans certains cas, parce qu'ils les savaient ou les supposaient entretenir des liens avec les autorités; dans d'autres cas, pour démontrer que les autorités n'étaient pas capables de protéger les gens dans une région donnée.

En juin, en province Mwaro, les combattants FDD ont tué deux civils et en ont blessé un autre, lors de l'attaque de la commune de Nyabihanga, et plus tard, ils ont attaqué la commune de Rusaka, et tué trois civils ainsi que brûlé des bâtiments de l'administration locale et ceux d'une coopérative. Le 28 mai, ils ont tué quatre civils lors de l'attaque de la colline Nyankara, en province Makamba, et tué deux autres civils dans l'attaque d'un camp de déplacés tutsi en province Ngozi, le 20 juin. [146]

Par le passé, les représentants de l'administration locale étaient déjà les cibles des deux mouvements rebelles. Le 31 mai encore, le chef du quartier Twinyoni à Bujumbura a été tué par des rebelles FNL. [147] Mais ce sont les FDD qui, dans les neuf premiers mois de 2003, se sont le plus illustrés dans de telles pratiques. Le Ministre de l'Intérieur et de la Sécurité Publique, Salvator Ntibahose, les avait condamnés, déclarant que les FDD «évitent tout contact avec l'armée gouvernementale, ils préfèrent saper les infrastructures sociales et tuer ou kidnapper les représentants de l'administration locale.» [148]

Le 2 juin, les combattants FDD ont enlevé l'administrateur de la commune de Cendajuru, en province Cankuzo, après que celui-ci ait déploré, lors d'une réunion de sécurité, le fait qu'environ soixante personnes avaient quitté sa commune pour rejoindre les rangs des FDD. [149] Lors de la même réunion, présidée par le gouverneur, l'administrateur a accusé les FDD d'attaquer sa commune, en provenance de leurs bases tanzaniennes. Le 16 juin, les combattants FDD ont attaqué la commune de Gatara, province Kayanza. Ils ont enlevé l'administrateur et pillé sa maison. Peu de temps auparavant, ce dernier avait provoqué l'arrestation d'un membre présumé des FDD et l'avait déféré à la brigade de Kayanza. [150] L'administrateur de la commune de Rusaka, province Mwaro, a été enlevé, apparemment par des combattants FDD, mais a été libéré après qu'il ait payé une rançon dont le montant n'a pas été dévoilé. L'administrateur de la commune de Mutimbuzi, Bujumbura rural, a été la cible d'une tentative d'assassinat, apparemment par les rebelles FDD. Il a survécu mais son garde du corps a été tué. [151] A la fin du mois de juin, les combattants FDD ont enlevé le chef de zone de Muzinda et celui de Mubeye, en commune Musigati, non loin du site de cantonnement de Muyange, dans la province Bubanza. On a retrouvé le corps sans vie de l'officiel de Muzinda. [152] Le 17 juillet, les combattants FDD ont kidnappé un représentant de la commune de Gisuru, en province Ruyigi, et le jour suivant, ils ont détenu brièvement l'administrateur de la commune de Kayogoro, à Makamba. [153]

Le 14 juin, un groupe armé a attaqué un bar à Makamba et tué Gérard Buryo, un parlementaire Uprona, et un militaire. Ils ont aussi enlevé deux personnes, qui furent relâchées plus tard contre rançon. Les autorités ont déclaré que les coupables étaient des rebelles FDD. [154]

Le 29 juin, c'était au tour de quatre membres du parlement, leur chauffeur, et sept autres civils, de faire les frais de ce genre d'opération. Ils ont été enlevés alors qu'ils roulaient vers Gisuru, en province Ruyigi. Les FDD, qui ont fini par tous les relâcher, ont revendiqué l'enlèvement pour des raisons politiques, exigeant du gouvernement qu'il mette un terme à sa campagne de discréditation de leur mouvement. [155]

Des hommes armés ont kidnappé trois Burundais, employés d'organisations internationales humanitaires, dans deux incidents séparés du même jour, en province Makamba, et pour la libération desquels ils ont demandé une rançon. Les trois hommes furent relâchés trois semaines plus tard, indemnes. Les autorités ont déclaré que les FDD étaient responsables de l'opération, mais n'ont jamais pu prouver leurs affirmations. [156]

Les deux mouvements ont également enlevé des civils pour les soumettre à des corvées de courte ou longue période. Au début du mois d'avril, les FDD ont forcé quarante jeunes garçons à intégrer leurs rangs. Ces recrues purent s'échapper deux semaines plus tard, en commune Murwi, province Cibitoke. [157] Dans un cas du même genre, mentionné ci-dessus, les FDD avaient enrôlé de force trente autres jeunes, qui avaient réussi à s'échapper de la Kibira, le 18 juin. [158]

Une quinzaine d'autres ont subi le même sort un peu plus tard et parmi eux, deux enfants. L'un d'entre eux, âgé de quinze ans, a raconté à un chercheur de Human Rights Watch à quel point il avait été maltraité par les FDD. Arrêté un soir, alors qu'il rentrait chez lui en compagnie de six autres personnes, dont un autre élève comme lui, il a été réquisitionné pour transporter des biens et des sacoches de munition. Sa sacoche était tellement lourde qu'il n'a pas pu la transporter et, à la place, il a été forcé de conduire les vaches pillées. Ils ont marché cinq nuits avant d'arriver à la Kibira. «Là, on a dû couper des bambous», raconte l'enfant, «On devait travailler beaucoup, beaucoup, pour construire des cabanes. J'avais très faim, on n'avait qu'un petit morceau de pâte de manioc à manger.J'ai cherché à fuir. Je devais, sinon, j'allais mourir.» [159] Un autre civil, lui aussi enlevé de force à la veille de son mariage, exhibe au chercheur qui l'interroge, de grosses plaies à l'épaule gauche et dans le bas du dos. Il a tenté de s'échapper mais a été frappé au point qu'il ne pouvait plus marcher. Les FDD l'ont jeté ensuite dans un trou pendant deux semaines. «Là, dit-il, je n'avais pas le droit de me mettre debout, je ne pouvais que rester couché ou accroupi en boule.» [160]

Lors d'une attaque qu'ils ont menée sur Gihanga, en province Bubanza, à la mi-mai, les FNL ont forcé cinq civils à les accompagner pour porter les biens qu'ils venaient de piller. [161] Lors de l'importante attaque du poste militaire de la centrale hydraulique de Mubone, dans Bujumbura rural, des combattants FNL ont forcé des habitants du coin à transporter les munitions et tout le matériel dont ils avaient réussi à s'accaparer. [162]

A la mi-mai toujours, en plein pillage des collines de Musenga, Muyange et Sorero, en commune Butezi, province Ruyigi, les FDD ont enlevé un jeune garçon de dix-huit ans pour qu'il leur serve de guide. [163] Le 16 juin, les combattants FDD auraient enlevé deux jeunes étudiantes de Nyakayi, en commune Butezi, province Ruyigi, à des fins non dévoilées. [164]

Lors de l'attaque de Gihanga du 18 mai, les combattants FNL, des hommes et des femmes, étaient encouragés par les cantiques religieux entonnés par les enfants de leurs troupes. Ils ont pillé des vélos et des chèvres, et brûlé un véhicule. [165] Dans un autre cas du 20 mai, les combattants FNL ont blessé une personne, brûlé vingt maisons, et pillé du bétail et des chèvres en commune Murwi, province Cibitoke. [166]  

Les victimes civiles résultant des violences entre les FDD et les FNL

Depuis le début du mois de septembre, les combattants FDD et FNL se sont affrontés dans les provinces de Bujumbura rural, Bubanza et Muramvya mais aussi dans les rues de Bujumbura. Au commencement, les forces étaient surtout engagées dans des affrontements réciproques, qui prenaient place dans les régions rurales, mais par la suite, elles ont aussi ciblé des personnes supposées entretenir des liens avec le mouvement rival. Dans de nombreux cas, les combattants ont délibérément tué les membres des familles et tous ceux supposés être en relation avec leur cible présumée.

Une vieille femme, drapée dans un pagne devenu sale et humide, a raconté comment elle avait dû fuir sa maison, à Mubimbi, dans Bujumbura rural, suite à un affrontement entre FDD et FNL, trois semaines auparavant:

«Les deux groupes se cherchent. Encore maintenant. Je suis partie un lundi soir. Il y a eu beaucoup de tirs et des hommes en tenue militaire sont venus en disant «C'est vous qui travaillez pour l'ennemi.» Il y a eu onze morts ce jour là.» [167]

Une jeune fille de douze ans de la zone Kayange, commune Rugazi, raconte d'une voix timide et hésitante, comment les «soldats» FDD sont venus chasser les FNL:

«Il y a beaucoup de tirs. C'était un samedi tôt le matin. «On vient chercher les FNL», ont-ils dit. Ils sont restés là, très nombreux, ils sont toujours là pour le moment. J'ai fui avec ma mère et les autres. On est huit à la maison. Chez nous, il n'y a pas eu de morts mais il y en a eu vingt à Bugume, la colline voisine, le même jour.  On a fui immédiatement sans avoir le temps de rien emporter. Vers Muzinda. Quand ça s'est calmé, on est revenu. Notre maison a été brûlée. Beaucoup d'autres aussi, dont celle de ma sœur.» [168]

Au début du mois d'octobre, les combattants ont engagé des chasses à l'homme dans les zones peuplées et populaires de Kamenge et Kinama, à Bujumbura mairie. Dans le quartier Gitega de Kinama, les combattants FNL ont tué un membre notoire des FDD en plein jour. En représailles, les FDD ont tué deux personnes présumées des FNL et ont brûlé sa maison. [169] Le 22 octobre, les combattants FDD ont tué deux personnes dans le quartier Taba de la zone Kamenge, dont un jeune garçon de quinze ans dont tout le monde s'accorde à dire qu'il n'avait aucune activité avec les mouvements rebelles. Ils ont aussi brisé la porte de plusieurs maisons, brûlé d'autres et pillé des biens. [170] Dans le courant de la nuit du 3 novembre, des combattants, que les résidents rapportent être des FDD, ont attaqué plusieurs maisons et enlevé quatre résidents, qu'ils ont exécuté un peu plus loin. [171]

A la fin du mois, les autorités estimaient qu'au moins vingt personnes avaient été tuées dans les règlements de compte entre les FDD et les FNL, dans la ville et ses quartiers. Le nombre exact est certainement beaucoup plus élevé, à en juger par lesdiverses données qu'un chercheur de Human Rights Watch a pu rassembler. Parmi les personnes qui ont été tuées, un nombre indéterminé d'entre elles n'étaient pas des combattants et certains n'avaient même aucun lien avec quelque groupe politique que ce soit. [172]

Tant les FDD que les FNL ont brûlé les maisons de ceux qu'ils pensaient être sympathisants du groupe rival et ont pillé les biens de ceux qui ont fui ces violences.

Les témoins peuvent parfois identifier les responsables de ces incidents, mais le plus souvent, ils ne le font pas ou ne le veulent pas, généralement par peur de représailles.

C'est la terreur et la fuite, qui, loin de la scène des négociations diplomatiques, sont devenus le lot quotidien de la grande majorité des populations de Kamenge et Kinama. Les gens chuchotent que des listes auraient été dressées de ceux qui seront les prochaines victimes. [173] Un homme a conclu:

«Nous aimerions bien pouvoir passer la nuit chez nous. Si ça continue, on finira par devoir quitter nos maisons définitivement. La nuit dernière, par exemple, il y a eu des tirs de 7 h à 10h du soir et on ne savait même pas qui tirait. Mais on a fui et il y avait vraiment beaucoup de tirs.» [174]

Dans certains cas, les témoins rapportent que les militaires répondent aux appels à l'aide de la population et interviennent pour les protéger, mais le plus souvent,les victimes déclarent que les militaires et la police ne font pas grand chose pour arrêter les violences entre les combattants. Les autorités ont imposé un couvre-feu dans les parties de la ville les plus troublées et, au début du mois d'octobre, ont arrêté trente-six personnes dans une opération de vérification d'identité, pour limiter les infiltrations rebelles dans la ville.

Même si ces mesures ont pu apporter une amélioration temporaire, à la fin du mois d'octobre, on comptait au mois une partie de Bujumbura où c'étaient les FDD qui semblaient contrôler les mouvements des citoyens, plutôt que les autorités officielles. Les FDD ont installé des barrages et décidé de qui peut ou pas passer du quartier Gituro de Kamenge, qu'ils dominent, vers le quartier Taba, supposé abriter les FNL. Ils ont procédé à l'interrogatoire des personnes qui passaient, en ce compris les enfants, avant de décider qui pouvait ou non passer le barrage. [175] Un témoin qui a observé ce phénomène a déclaré:

«Comment ces gens armés peuvent-ils s'installer comme ça dans les quartiers tout un mois durant sans être inquiétés? Un de ces FDD a même dit aux militaires: «Vous n'avez pas le droit de me stopper.» Les vrais collaborateurs des FNL, ils sont partis depuis longtemps! S'ils veulent se battre, qu'ils se battent entre eux sur leurs positions, et pas ici, chez les gens.» [176]

Massacres et abus commis par les FDD et FNL en République Démocratique du Congo (RDC)

Les combattants des deux mouvements FDD et FNL ont établi des bases dans les territoires de la République Démocratique du Congo, voisine du Burundi, particulièrement le long du lac Tanganyika, au sud de la ville de Uvira, dans le territoire de Fizi, et au nord de Uvira, dans la plaine de la Ruzizi, séparée de la province burundaise de Cibitoke par la rivière du même nom. De là, ils se préparent pour des raids sur le territoire burundais, mais ont souvent aussi attaqué les civils congolais, généralement pour piller leurs biens. Dans plusieurs cas, ils ont tué des civils et violé des femmes.

Le 6 octobre, à Ndunda, un village situé au nord de Uvira, tout juste à la frontière avec le Burundi, une quinzaine de personnes qui travaillaient aux champs, ont été tuées par des combattants identifiés par la population locale comme étant des FDD. La plupart des victimes étaient des femmes, dont Ruzabeti, Charlote, Majaribu, maman Guylain, Lukogo, Pendege, Nyihasha, Nyirabonore, Lena, Kyubwa, Kiponda, Kaseti et Michel. [177]

Le 9 octobre, à Kiliba, neuf personnes ont été enlevées. [178]

Les opérations ont été attribuées aux FDD, ce qu'ils ont nié, attribuant les faits aux FNL. [179]

Un homme qui habite la région, maigre, fatigué, aux traits marqués, a dénoncé ces abus à un chercheur de Human Rights Watch. Il a expliqué que lui et les habitants de la région ne comptaient plus les embuscades, enlèvements, viols, pillages. Au nord de Uvira, des villages entiers de la région frontalière avec le Burundi sont vides: Namijembo, Kimuka, Mwaba, Ruziha, Kajoro. Lui-même a quitté son village natal. Il a voulu mentionner le viol de sa femme par quatre membres des FNL. «Ce sont eux. C'est facile de les reconnaître, on a vécu avec eux sur la frontière, ils parlent le kirundi.» Il a évoqué le tristement célèbre commandant Bitaryumunyu qu'il décrit comme un chef FNL basé en RDC et qui évolue aussi bien au Congo qu'en province burundaise Cibitoke. En racontant comment les gens ont fui ces territoires dévastés, le témoin s'est soudain interrompu, et a repris gravement :

Nous fuyons sans rien. Nous n'emportons rien car nous n'avons rien. Regardez-moi, quel âge croyez-vous que j'ai? Je n'ai pas encore quarante ans. Regardez comme je suis devenu vieux. C'est à cause de tous ces malheurs. [180]

Incapable de préciser s'il s'agit des FNL ou des FDD, une jeune femme congolaise confirme néanmoins qu'il s'agit d'éléments qui viennent du Burundi. «Ils viennent en groupe, dit-elle. Ce sont des maquisards, ils viennent prendre les filles pour en faire leurs femmes. Aujourd'hui, on a abandonné d'aller aux champs sur la route qui mène vers le Burundi. C'est trop dangereux.» [181]

Sur le territoire congolais, les deux groupes rebelles burundais FDD et FNL utilisent dans leurs rangs des enfants burundais. Des dizaines d'enfants, recrutés au Burundi et conduits en RDC, et une fois là, ont été forcés de se débrouiller, après avoir été abandonnés par les groupes rebelles, ou après s'être échappés, parce qu'ils fuyaient les mauvais traitements. [182]

[134] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 18 juin 2003.

[135] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 18 juin 2003.

[136] Radio Publique Africaine, Nouvelles, 29 mai 2003.

[137] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 18 juin 2003.

[138] Iteka, «Un militaire tue une personne à Bujumbura», 21 mai 2003.

[139] Entretien de Human Rights Watch, Bruxelles, 19 juin 2003 ; Iteka, "Un militaire tue une personne à Kamenge", 12 mai 2003.

[140] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 8 octobre 2003.

[141] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 18 juin 2003.

[142] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 3 juin 2003.

[143] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 18 juin 2003.

[144] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 18 juin 2003.

[145] Iteka, «Des militaires tuent par erreur trois gardiens de la paixà Kinama», 16 juillet 2003.

[146] OCHA, Situation report, 16-22 juin 2003; Agence France Presse, «Burundi: deux civils et un soldat tués dans une attaque rebelle», 21 juin 2003.

[147] OCHA, Situation report, 19 mai-1 juin 2003.

[148] IRIN, «Burundi: Rebel group steps up attacks», 17 juin 2003.

[149] Iteka, «L'administrateur de la commune Cendajuru enlevé par les rebelles des FDD», 4 juin 2003.

[150] Iteka, «Intensification d'attaques rebelles au nord et centre du pays», 17 juin 2003.

[151] IRIN, «Burundi : Rebel group steps up attacks», 17 juin 2003.

[152] Iteka, «La sécurité de plus en plus perturbée dans beaucoup de coins du pays», 21 juin 2003.

[153] IRIN, «Burundi: Kidnappers demand ransom for humanitarian workers», 18 juillet 2003 ; Radio Publique Africaine, Nouvelles, 18 juillet 2003.

[154] Iteka, «Un parlementaire tué dans une attaque à Makamba», 16 juin 2003.

[155] Agence France Presse, «Députés enlevés: les FDD exigent que le Frodebu cesse de les 'discréditer'», 29 juin 2003; IRIN, «Burundi: Rebels free MP, four other ostages», 3 juillet 2003. 

[156] IRIN «Burundi: Kidnappers demand ransom for humanitarian workers», 18 juillet 2003 ; Iteka, "Des rançons sont toujours exigées pour la libération du personnel humanitaire enlevé", 16 juillet 2003.

[157] Radio Publique Africaine, Nouvelles, 23 avril 2003.

[158] Voir supra, la section relative au cantonnement.

[159]Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 29 août 2003.

[160] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 29 août 2003.

[161] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 3 juin 2003.

[162] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 9 juin 2003.

[163] Entretien de Human Rights Watch, Butezi, 17 juin 2003.

[164] Entretien de Human Rights Watch, Ruyigi, 17 juin 2003.

[165] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 2 juin 2003.

[166] OCHA, Situation report, 19 mai-1 juin 2003.

[167] Entretien de Human Rights Watch, Kinama, Mubimbi, Bujumbura rural, 7 octobre 2003.

[168]Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 24 octobre 2003.

[169] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 16 octobre 2003.

[170]Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 24 octobre 2003.

[171] Radio Isanganiro, Nouvelles, 3 novembre 2003.

[172] IRIN, «Burundi: Governement Officials, Rebels say security improved», 31 octobre 2003; Iteka, «Le conflit entre le Palipehutu-FNL et le CNDD-FDD inquiète la population de la zone Kamenge», 24 octobre 2003.

[173]Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 4 novembre 2003.

[174]Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 16 octobre 2003.

[175]Entretien de Human Rights Watch, Kamenge, 24 octobre 2003 ; Irin, «Burundi: Tension abates in northern Bujumbura suburbs», 2 octobre 2003.

[176]Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 24 octobre 2003.

[177] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 13 octobre 2003.

[178] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 13 octobre 2003.

[179] Irin, "DRC: MONUC probing massacre of 16 in Ndunda, South Kivu Province", 13 otobre 2003; Communiqué n°75/CNDD-FDD, «Le Mouvement CNDD-FDD ne se bat pas dans la forêt de la Rukoko et n'est pas associé au Palipehutu-FNL», 15 octobre 2003.

[180] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 2 octobre 2003.

[181] Entretien de Human Rights Watch, Bujumbura, 2 octobre 2003.

[182] Entretiens de Human Rights Watch, Uvira, DRC, 5 novembre 2003. Voir infra pour le témoignage de deux de ces enfants soldats.