Les décès de civils survenus devant les boulangeries visées constituent des crimes de guerre
30 août 2012
« Des attaques contre dix boulangeries, cela n'est pas dû au hasard. Cela prouve l'absence totale de préoccupation pour les civils, et indique sans équivoque l'intention de les prendre pour cible. »
Ole Solvang, chercheur de la division Urgences au sein de Human Rights Watch

(New York, le 30 août 2012) – Les forces gouvernementales syriennes ont largué des bombes et procédé à des tirs d'artillerie contre ou à proximité d'au moins 10 boulangeries situées dans la province d'Alep au cours des trois dernières semaines, tuant et mutilant plusieurs dizaines de civils qui attendaient pour acheter du pain.

Ces attaques sont pour le moins imprudentes et menées à l'aveugle, et leur nombre et le schéma qu'elles suivent suggèrent que les forces gouvernementales ont visé les civils, a ajouté Human Rights Watch. Les attaques imprudentes menées à l'aveugle et le fait de viser délibérément les civils constituent des crimes de guerre.

L'une de ces attaques, perpétrée dans la ville d'Alep le 16 août 2012, a fait près de 60 morts, blessant 70 autres personnes. Une autre attaque survenue le 21 août a entraîné la mort d'au moins 23 personnes, en blessant 30 autres.

« Jour après jour, les résidents d'Alep font la queue pour acheter du pain pour leurs familles. Mais ce qu’ils récoltent, ce sont des éclats d'obus tirés par les forces gouvernementales et qui déchiquettent leurs corps», a déclaré Ole Solvang, chercheur de la division Urgences au sein de Human Rights Watch, à son retour d'Alep. « Des attaques contre dix boulangeries, cela n'est pas dû au hasard. Cela prouve l'absence totale de préoccupation pour les civils, et indique sans équivoque l'intention de les prendre pour cible. »

VIDÉO - Certaines images sont susceptibles de choquer la sensibilité.


Les chercheurs de Human Rights Watch se sont rendus sur place dans six des boulangeries ayant été pilonnées et ont interrogé des témoins :
 

  • boulangerie située à Maare, dans le nord d'Alep, le 22 août ;
  • boulangerie située à Al-Bab au nord-est d'Alep, les 21 et 22 août ;
  • boulangerie Aqyuol située à Bab al-Hadid dans la ville d'Alep, le 21 août ;
  • boulangerie Al-Zarra située à Qadi Askar dans la ville d'Alep, le 16 août ;
  • boulangerie Kanjou située à al-Maysar dans la ville d'Alep, le 16 août ;
  • boulangerie située à al-Halwaniya dans la ville d'Alep, le 16 août ;
     

Human Rights Watch a également pu recueillir des renseignements crédibles sur quatre autres raids survenus sur les lieux suivants :
 

  • boulangerie située à Manbij, dans le nord d'Alep, le 24 août ;
  • boulangerie située à al-Qaterji dans la ville d'Alep, le 16 août ;
  • boulangerie située à Tariq al-Bab dans la ville d'Alep, le 10 août ;
  • boulangerie située dans le quartier de Sheikh Sa’id dans la ville d'Alep, le 11 août.


Après des semaines de combat entre les forces gouvernementales et celles de l'Aarmée syrienne libre (ASL) dans la province d'Alep, le manque criant de farine a contraint de nombreuses boulangeries a fermé leurs portes. De longues files d'attente constituées de civils attendent régulièrement devant les boulangeries encore ouvertes pour acheter du pain.

Dans tous les cas documentés par Human Rights Watch à l'exception de l'attaque perpétrée contre la boulangerie de Manbij, les forces gouvernementales ont attaqué les établissements alors que la population locale faisait la queue à l'extérieur. L'artillerie, composée d'obus, de roquettes et de bombes, est tombée tout près des gens qui faisaient la queue, si bien que des éclats ont touché les personnes présentes, en tuant et en blessant des dizaines. Un petit nombre de ceux qui faisaient la queue a pu se sauver avant l'attaque, lorsqu'ils ont entendu les avions de chasse approcher.

Les témoins de toutes ces attaques perpétrées contre des boulangeries ont déclaré à Human Rights Watch que le gouvernement avait agi sans sommation.

Les dix boulangeries se trouvaient dans des quartiers ou des villes qui n'avaient pas encore été touchées par les combats avant ou pendant l'attaque. Dans la plupart des cas, quelques combattants de l'ASL étaient présents sur les lieux pour maintenir l'ordre et aider à la distribution du pain, aux dires des témoins, bien qu'ils n'aient, en règle générale, pas été blessés.

Dans l'une des attaques, une installation de l'ASL se trouvait à environ 150 mètres de la boulangerie attaquée, mais n'a pas été endommagée. Dans les cinq autres cas ayant fait l'objet d'une enquête de la part de Human Rights Watch, aucune cible militaire hormis les quelques combattants de l'ASL présents pour maintenir l'ordre n'a été aperçue aux alentours.

La présence de quelques combattants de l'ASL à proximité des boulangeries ne suffirait pas à légitimer ces raids, étant donné le nombre conséquent de civils qui étaient présents.Le gouvernement a manifestement cherché ni à cibler la poignée de combattants présents sur les lieux des attaques ni à minimiser les dommages causés aux civils. Dans certains cas, un hélicoptère avait survolé la zone avant le raid, laissant à penser que la présence de civils n'était pas inconnue.

L'une des offensives les plus meurtrières s'est produite dans le voisinage de Qadi Askar situé dans la ville d'Alep en date du 16 août. Vers 5 h 45 du matin, un ou deux obus d'artillerie sont tombés sur la place située près d'une base de l'ASL à proximité, à environ 150 mètres de la boulangerie, ne provoquant aucun dommage à l'installation et aucune victime dans les rangs de l'ASL. Un quart d'heure plus tard, trois autres obus tirés à quelques minutes d'intervalle sont tombés dans le secteur, à chaque fois plus près de la boulangerie, où plusieurs centaines de personnes attendaient pour acheter du pain.

Le troisième obus est tombé dans la rue à quelques mètres de la boulangerie, projetant des éclats parmi celles et ceux qui faisaient la queue. Il est difficile de vérifier le nombre exact de victimes, mais les dossiers que Human Rights Watch a pu consulter à l'hôpital de Dar Al Shifaa - où la plupart des personnes blessées et tuées suite à l'attaque ont été transportées - font état de 49 victimes identifiées, 11 non identifiées et 76 blessés.


Lors d'une attaque survenue le 21 août, une bombe larguée d'un hélicoptère est tombée sur des personnes qui faisaient la queue devant la boulangerie Aqyoul dans le quartier Bab al-Hadid d'Alep, provoquant la mort d'au moins 23 d'entre elles et en blessant 30 autres. Fais, un tailleur âgé de 44 ans qui a été blessé au cours de l'attaque, a déclaré à Human Rights Watch :
 

« Je me trouvais tout près de la porte de la boulangerie lorsque la bombe est tombée. Je me suis protégé la tête avec les mains et me suis mis à courir. Je suis entré dans un magasin à proximité, et c'est seulement là que j'ai vu que j'étais blessé, sur le côté et au bras gauche.
 

Il y avait de la fumée noire et des morceaux de verre cassé partout. La bombe est tombée au coin de la rue, et des éclats ont été projetés directement parmi les gens qui faisaient la queue : tous ceux qui étaient présents ont été soit tués soit gravement blessés. J'ai vu un homme à terre à qui il manquait une jambe, un autre à qui il manquait un bras, puis un jeune homme de 16 ans que je connaissais, Rafat Makik Halak, à qui il manquait la tête. Un cousin à moi, Ahmed, a perdu un bras et une jambe. Il est mort par la suite. Ma sœur, blessée elle aussi, est toujours à l'hôpital. »


Davantage de détails sur ce raid et les autres sont fournis ci-après.

Les lois humanitaires internationales (les lois en temps de guerre) interdisent les attaques dirigées contre les civils et leurs biens ainsi que les attaques menées à l'aveugle. Les lois en temps de guerre somment les parties au conflit de veiller constamment à épargner les populations civiles lors des opérations militaires et de « prendre toutes les précautions possibles » afin d'éviter ou de minimiser les pertes en vies humaines dans la population civile et les dommages aux biens de caractère civil. Ces précautions comprennent le fait de faire l’impossible pour s'assurer que les objectifs de l'attaque sont bel et bien des objectifs militaires et non pas des civils ou des biens de caractère civil, et le fait de donner, dans le cas d'attaques, « un avertissement en temps utile » lorsque les circonstances le permettent.

Les commandants militaires doivent choisir un moyen d'attaque qui peut être dirigé contre des cibles militaires et doivent minimiser les dommages fortuits causés aux populations civiles. Si les armes utilisées sont tellement imprécises qu'elles ne peuvent viser des cibles militaires sans faire courir de risque considérable aux populations civiles, elles ne doivent pas être déployées. Les attaques portant atteinte au principe de proportionnalité sont de plus interdites. Une attaque est disproportionnée si l'on s'attend à ce qu'elle provoque des pertes fortuites en vies humaines ou des dommages causés aux biens de caractère civil supérieurs à l'avantage militaire concret et direct attendu du raid.

Les violations graves des lois et coutumes de guerre, notamment les attaques délibérées, menées à l'aveugle et disproportionnées infligeant des souffrances aux civils à des fins criminelles, c'est-à-dire de manière délibérée ou imprudente, constituent des crimes de guerre. Les commandants et les responsables civils pourront être poursuivis pour crimes de guerre lorsqu'ils donnent l'ordre, aident ou encore sont complices de telles attaques, mais également au titre de leur responsabilité de commandement, lorsqu'ils avaient connaissance ou auraient dû avoir connaissance de la perpétration de crimes de guerre, et qu'ils n'ont pas pris les mesures nécessaires pour les empêcher ou pour punir les responsables.

Les dix boulangeries en question fournissaient du pain aux populations civiles et étaient clairement des biens de caractère civil, a déclaré Human Rights Watch.

« Chaque pilote qui lâche délibérément une roquette sur des civils en train de faire la queue pour acheter du pain et chaque commandant qui donne lun tel ordre devrait répondre de ses crimes devant les tribunaux », a affirmé Ole Solvang.

Human Rights Watch a instamment demandé à la Russie et à la Chine de cesser de faire obstacle à l'action du Conseil de sécurité des Nations unies afin de protéger les civils en Syrie. Le Conseil de sécurité des Nations unies devrait saisir la Cour pénale internationale de la situation en Syrie, imposer un embargo sur les armes au gouvernement syrien et adopter des sanctions ciblées contre les responsables impliqués dans des exactions (ou : violations des droits humains), a déclaré Human Rights Watch.
 

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Attaques menées contre des civils qui faisaient la queue pour acheter du pain documentées par Human Rights Watch

Boulangerie Al-Zarra située à Qadi Askar dans la ville d'Alep, le 16 août

Le 16 août, vers 5 h 45 du matin, des obus d'artillerie tirés sur ordre du gouvernement sont tombés à proximité d'une installation appartenant à l'ASL dans le quartier de Qadi Askar, dans la ville d'Alep. Des témoins ont déclaré à Human Rights Watch qu'entre trois et cinq minutes plus tard, deux autres obus étaient tombés sur des immeubles d'appartements dans un quartier situé de l'autre côté de la rue où se trouvait la boulangerie al-Zarra. Un quatrième obus a explosé dans la rue à quelques mètres des centaines de gens qui faisaient la queue de chaque côté de l'entrée.

Il est difficile de vérifier le nombre exact de victimes. Plusieurs témoins qui se trouvaient à la boulangerie au moment de l'attaque ou qui sont arrivées sur les lieux immédiatement après pour porter secours aux blessés ont déclaré avoir vu entre 35 et 50 morts. Les enregistrements auxquels Human Rights Watch a pu avoir accès à l'hôpital de Dar Al Shifaa où la plupart des personnes blessées et tuées ont été transportées font état de 49 victimes identifiées, 11 non identifiées et 76 blessés. Human Rights Watch n'a pas pu vérifier si toutes les personnes blessées ou tuées enregistrées par l'hôpital provenaient de l'attaque perpétrée contre la boulangerie al-Zarra.

Human Rights Watch s'est rendu sur le lieu du raid et a examiné l'endroit où le dernier obus a explosé. Lorsque Human Rights Watch s'est rendu sur place, des centaines de personnes attendaient devant la boulangerie toujours en activité.

Samir, qui habite à deux pas dans la rue, a déclaré à Human Rights Watch qu'un peu avant 6 heures du matin, il avait entendu un sifflement suivi d'une explosion et qu'il avait alors couru pour voir ce qui se passait.
 

« Entre 40 et 50 personnes gisaient par terre. Elles baignaient dans le sang. Il y avait des restes humains, des jambes et des bras, partout. Je me rappelle d'un petit garçon, il devait avoir cinq ans environ. Mort. Son crâne était fendu en deux, mais il avait toujours un morceau de pain dans la bouche. L'ASL a amené un camion pour emmener les blessés et les morts, ils étaient trop nombreux. »


Fadi, qui habite dans un immeuble de l'autre côté de la rue où se trouve la boulangerie, a déclaré à Human Rights Watch :
 

« Lorsque le bombardement a commencé, nous sommes allés au sous-sol. Tout à coup, il y a eu une très forte explosion. Nous avons pensé que l'obus était tombé sur notre immeuble. Lorsque je suis sorti pour voir ce qui se passait, j'ai vu de nombreux morts dans la rue, il y en avait au moins 15. D'autres sont morts après, des suites de leurs blessures. Les gens hurlaient. L'ASL, qui était arrivée pour aider les blessés, nous a dit d'oublier les morts pour nous concentrer sur les blessés. Nous avons chargé les blessés dans des voitures pour les emmener à l'hôpital. »


Boulangerie Kanjou située à al-Maysar dans la ville d'Alep, le 16 août
Le 16 août, vers 22 heures, trois obus d'artillerie se sont abattus à l'extérieur de la boulangerie Kanjou dans le quartier d'al-Maysar situé dans la ville d'Alep, alors que les civils faisaient la queue pour acheter du pain. Trois témoins ont déclaré que le premier obus était tombé à environ 30 mètres des gens qui faisaient la queue, endommageant une ambulance. Le deuxième obus est tombé de l'autre côté de la rue, et le troisième près des gens qui faisaient la queue. Les témoins ont déclaré que moins de trois minutes s'étaient écoulées entre le premier et le troisième obus. L'attaque a fait une victime, une vieille dame, et en a blessé 17 autres, dont six combattants de l'ASL qui veillaient au bon déroulement de la file d'attente.

Un combattant de l'ASL, blessé au bras lors de l'attaque, a déclaré à Human Rights Watch :
 

« Après l'attaque contre la boulangerie de Qadi Askar ce matin-là, la simple évocation des boulangeries nous mettait les nerfs à fleurs de peau. Pourtant, les gens se sont remis à faire la queue, parce qu'ils ont besoin de pain. Lorsque le premier obus est tombé, tout le monde a fui. Plusieurs enfants se trouvaient parmi les blessés. »


Le combattant de l'ASL évoqué précédemment a déclaré à Human Rights Watch qu'un hélicoptère avait survolé la zone juste avant le raid, évoquant la possibilité selon laquelle il aurait repéré le rassemblement pour l'unité d'artillerie. Un groupe de riverains a fait une description similaire de l'attaque.

Le lendemain, 17 août, un avion a lancé une roquette directement sur la même boulangerie, provoquant des dommages considérables, mais sans faire de victimes en raison de la fermeture de l'établissement.

Le 20 août, une bombe lâchée par un avion est tombée sur deux immeubles situés de chaque côté d'une rue proche parallèle à la rue de la boulangerie, faisant 12 morts et entre 20 et 25 blessés, aux dires des habitants. Ces derniers ont ajouté que parmi les morts figuraient quatre membres de la famille Hidani âgés de 10, 16, 16, et 75 ans respectivement, leur maison ayant été touchée par la bombe. Six autres victimes sont mortes dans la rue, alors qu'elles tentaient de fuir la boulangerie après avoir entendu l'avion. Parmi les blessés, on dénombrait sept enfants et cinq femmes de la famille Hidani.

La bombe est tombée sur un immeuble situé d'un côté de la rue, détruisant le dernier étage, et sur un autre immeuble de l'autre côté de la rue, détruisant ses étages inférieurs. Les dommages causés aux deux immeubles, examinés par Human Rights Watch, montrent que la bombe était sans doute destinée à atteindre la boulangerie, mais qu'elle a raté sa cible. Les riverains interrogés par Human Rights Watch pensent que l'avion visait la boulangerie.

Voici ce que l'un d'entre eux a déclaré à Human Rights Watch :
 

« En entendant l'avion, les gens ont pensé que la boulangerie pouvait être la cible, alors, ils se sont mis à courir pour se cacher dans notre rue. Cependant, la bombe a raté sa cible, et elle est tombée dans notre rue, au lieu d'atteindre la boulangerie. »


En se rendant sur les lieux de l'attaque deux jours plus tard, Human Rights Watch a vu quatre combattants de l'ASL assis de l'autre côté de la boulangerie, mais il n'y avait aucun autre signe d'activité militaire dans le voisinage. Selon les soldats de l'ASL, la base ASL la plus proche se trouve à 400 mètres de là.

Boulangerie Aqyoul située dans le quartier de Bab al-Hadid dans la ville d'Alep, le 21 août
Le 21 août vers 18 heures, un hélicoptère a lâché deux bombes à proximité de la boulangerie Aqyoul dans le quartier de Bab al-Hadid, à Alep. L'une d'elles a touché l'extrémité du bâtiment de l'autre côté de la rue où les gens faisaient la queue devant la boulangerie ; la seconde est tombée à environ 50 mètres de là. L'attaque a fait au moins 23 morts, et en a blessé plus de 30.

Human Rights Watch a visionné plusieurs vidéos réalisées par des témoins immédiatement après le raid et a interrogé leurs auteurs. L'une d'entre elles montre un hélicoptère survolant la zone juste avant l'attaque. Une autre montre les suites immédiates du raid : un amas de ce qui semble être des corps sans vie ou gravement blessés le long du mur de la boulangerie où les gens attendaient pour acheter du pain. Beaucoup d'autres corps, certains auxquels il manque un ou plusieurs membres, parfois la tête, sont visibles sur le périmètre qui encercle la boulangerie. Un adolescent âgé de 17 ans qui a partagé sa vidéo avec Human Rights Watch a déclaré :
 

« L'après-midi, un hélicoptère a survolé la zone pendant 4 heures environ. Cela m'a paru bizarre, alors j'ai pris mon caméscope pour commencer à filmer. Vers 18 heures, lorsque le raid a commencé, je me trouvais à une vingtaine de mètres de la boulangerie. J'ai vu la bombe tomber et me suis mis à courir pour me cacher. La bombe est d'abord tombée sur l'immeuble en face de la boulangerie, puis dans la rue. Je suis sorti pour filmer la scène. C'était indescriptible. Je n'ai jamais rien vu de plus horrible. »
 

Fais, 44 ans, tailleur de son état, travaillait bénévolement à la boulangerie. Blessé lors du raid, voici ce qu'il a déclaré à Human Rights Watch :
 

« Environ 200 personnes faisaient la queue à proximité de la boulangerie. J'ai entendu l'hélicoptère, et j'ai commencé à dire aux gens qu'il n'y avait plus de pain, je voulais juste qu'ils partent, qu'ils s'éloignent du danger. Beaucoup d'entre eux sont partis, mais pour d'autres, c'était trop tard. Je me trouvais tout près de la porte de la boulangerie lorsque la bombe est tombée. Je me suis protégé la tête avec les mains et me suis mis à courir. Je suis entré dans un magasin à proximité, et c'est seulement là que j'ai vu que j'étais blessé, sur le côté et au bras gauche.
 

Il y avait de la fumée noire et des morceaux de verre cassé partout. La bombe est tombée au coin de la rue, et les éclats ont été projetés directement parmi les gens qui faisaient la queue : tous ceux qui étaient présents ont été soit tués soit gravement blessés. J'ai vu un homme à terre à qui il manquait une jambe, un autre à qui il manquait un bras, puis un jeune homme de 16 ans que je connaissais, Rafat Makik Halak, à qui il manquait la tête. Un cousin à moi, Ahmed, a perdu un bras et une jambe. Il est mort par la suite. Ma sœur, blessée elle aussi, est toujours à l'hôpital. »


Un autre témoin a dit à Human Rights Watch que son frère Muhammad Bashir Saqal, âgé de 22 ans, était mort dans l'attaque.
 

« J'étais à la maison, près de la boulangerie, tandis que mon frère faisait la queue. Aux alentours de 18 heures, j'ai vu l'hélicoptère qui était bas dans le ciel ; puis j'ai entendu une grosse explosion, l'immeuble tout entier à vacillé, et nous nous sommes tous précipités au sous-sol. J'ai attendu une vingtaine de minutes, puis suis sorti pour secourir les blessés. J'ai d'abord trouvé l'un de mes cousins, qui était blessé, et alors que j'étais en train de le faire monter dans l'une des voitures qui emmenaient les blessés à l'hôpital, quelqu'un m'a dit que mon frère était aussi blessé.
 

Nous l'avons trouvé : il était blessé au cou et au ventre. Mon père, aidé d'un autre cousin, a tenté de le transporter l'hôpital, mais il est mort en chemin. En route pour l'hôpital, nous sommes tombés sur un point de contrôle de la milice progouvernementale (chabiha). Ils nous ont fait signe de nous arrêter, ont arrêté mon père et son cousin, et ont emmené le corps de mon frère. Ils ont été relâchés deux jours plus tard, et mon père a appris que le corps de Muhammad avait été enterré près de l'hôpital universitaire contrôlé par le gouvernement. Nous devons y aller, et trouver sa tombe. »
 

L'un des combattants de l'ASL ayant participé aux opérations de sauvetage a déclaré à Human Rights Watch qu'ils avaient emmené 21 corps sans vie et 3 personnes mortellement blessées ainsi que les autres blessés à l'hôpital de Dar Al Shifaa. Mais comme il était complet, ils avaient dû envoyer certains cadavres et plusieurs blessés à l'hôpital Razi contrôlé par le gouvernement. Selon les enregistrements auxquels Human Rights Watch a pu avoir accès à l'hôpital de Dar Al Shifaa, l'établissement hospitalier a reçu 17 cadavres, dont 3 non identifiés, en provenance du raid de la boulangerie de Bab al-Hadid. L'hôpital a transféré 29 blessés et 5 cadavres vers un autre établissement. L'un des blessés, un enfant, est décédé peu de temps après, et cinq autres, grièvement blessés, avaient peu de chances de s'en sortir vivants, selon les propos confiés à Human Rights Watch par le personnel hospitalier.

Les combattants de l'ASL dans le voisinage ont rapporté qu'au matin du 21 août, ils étaient aux prises avec les forces gouvernementales à un kilomètre ou deux de la boulangerie, mais qu'il n'y avait aucun combat près de cette dernière. Ils pensent que les forces gouvernementales, après avoir essayé de repousser l'ASL des heures durant, ont décidé de recourir à une attaque par hélicoptère contre la boulangerie pour que les forces de l'ASL abandonnent le combat.

Boulangerie située à al-Halwaniya, ville d'Alep, le 16 août
Des riverains à al-Halwaniyaont dit à Human Rights Watch que 11 personnes âgées de 11 à 60 ans avaient trouvé la mort lorsqu'un obus d'artillerie était tombé sur la boulangerie vers 18 heures le 16 août. Human Rights Watch n'a pas pu interroger les riverains en détail en raison de la précarité en matière de sécurité, mais le personnel de l'hôpital Dar Al Shifaa a confirmé le raid, indiquant même à notre organisation le nom de six des victimes décédées.

Boulangerie située à Maare, dans le nord d'Alep, le 22 août
Le 22 août, vers 9 h 30, un avion de combat a attaqué une boulangerie située dans la ville de Maare au nord de la province d'Alep, selon les propos de témoins recueillis par Human Rights Watch. L'avion a lancé une roquette avant de lâcher une bombe près de la boulangerie située dans la partie est de la ville. Trois témoins ont rapporté qu'environ 300 personnes faisaient la queue au moment du raid. Human Rights Watch s'est rendu sur le site et a constaté la présence d'un cratère à environ 35 mètres de la boulangerie.

Cette attaque n'a fait aucune victime, la plupart des gens ayant fui lorsqu'ils ont vu l'avion arriver, et du fait que la bombe n'a pas explosé alors qu'elle était tombée à 30 mètres de la boulangerie. Human Rights Watch n'a constaté aucune activité ni installation de l'ASL à proximité. Deux autres installations connues de l'ASL sont situées ailleurs dans la ville de Maare.

Boulangerie située à Al-Bab, dans le nord-est de la province d'Alep, les 21 et 22 août
Une boulangerie située à la périphérie de la ville d'Al-Bab dans le nord-est de la province d'Alep a été pilonnée par des avions de chasse à trois reprises au moins : à 16 h et à 23 h le 21 août, et vers 23 h encore le lendemain, 22 août.

Les raids du 21 août n'ont fait aucune victime. Des témoins ont déclaré à Human Rights Watch que lors de la première attaque, personne ne se trouvait à proximité de la boulangerie. Lors de la deuxième, les gens qui faisaient la queue, environ 20 hommes et 10 femmes, se sont enfuis dès qu'ils ont vu l'avion approcher, et personne n'a été blessé.

Le 22 août, l'avion a lâché deux bombes près de la boulangerie. Human Rights Watch s'est rendu sur le lieu du raid et a examiné les cratères. L'un deux se trouvait à environ 10 mètres de la boulangerie, et l'autre à 50 mètres approximativement. Des témoins ont déclaré à Human Rights Watch que la plupart de celles et ceux qui faisaient la queue avaient fui en voyant l'avion approcher, mais que trois hommes et un petit garçon avaient été blessés.