Les groupes armés commettent des viols et utilisent des enfants soldats
30 avril 2012
« Au cours des dernières semaines, les groupes armés dans le nord du Mali ont terrorisé les civils en commettant des enlèvements et en pillant les hôpitaux. Les commandants de ces groupes doivent cesser les exactions, discipliner leurs combattants, et sanctionner de manière appropriée les personnes dans leurs rangs responsables de ces crimes. »
Corinne Dufka, chercheuse senior sur l’Afrique

(Bamako, le 30 avril 2012) – Les rebelles touaregs séparatistes, les groupes islamistes armés et les milices arabes qui ont pris le contrôle du nord du Mali en avril 2012 ont commis de nombreux crimes de guerre, notamment le viol, l’utilisation d’enfants soldats et le pillage d’hôpitaux, d’écoles, d’organismes d’aide et d’édifices gouvernementaux, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Un groupe armé islamiste a exécuté sommairement deux hommes, amputé la main d’au moins un autre, effectué des flagellations publiques, et menacé des femmes et des chrétiens.

Human Rights Watch a également reçu des informations crédibles selon lesquelles des soldats de l’armée malienne ont arrêté arbitrairement et, dans certains cas, exécuté sommairement des membres des services de sécurité ainsi que des civils appartenant à l’ethnie touareg.

« Au cours des dernières semaines, les groupes armés dans le nord du Mali ont terrorisé les civils en commettant des enlèvements et en pillant les hôpitaux », a déclaré Corinne Dufka, chercheuse senior sur l’Afrique à Human Rights Watch. « Les commandants de ces groupes doivent cesser les exactions, discipliner leurs combattants, et sanctionner de manière appropriée les personnes dans leurs rangs responsables de ces crimes. »

Au mois d’avril, Human Rights Watch a mené une mission de 10 jours dans la capitale malienne, Bamako, et a documenté les exactions commises par plusieurs groupes armés qui opèrent dans le nord du Mali. Le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), un mouvement séparatiste touareg, cherche à obtenir l’autonomie pour le Nord, qu’il appelle Azawad. Les Touaregs sont un peuple berbère, traditionnellement nomades. Ansar Dine est un groupe armé islamiste qui veut imposer une interprétation stricte de la charia – la loi islamique – dans tout le Mali. Une milice d’ethnie arabe locale, basée dans la ville historique de Tombouctou et dans ses alentours, était alliée avec le gouvernement malien, mais le jour où Tombouctou est tombée, elle a changé de camp et s’est depuis scindée en au moins deux groupes ayant des objectifs militaires et politiques incertains.

Ceux-ci, ainsi que d’autres groupes armés, se sont engagés dans des opérations en janvier 2012, lorsque le MNLA a lancé son offensive visant à créer un État séparatiste. Bien qu’ils n’aient pas conclu une alliance formelle, les témoins et les analystes les décrivent comme étant devenus des alliés dans le but commun de reprendre du territoire à l’armée malienne et de consolider leur contrôle sur les régions de Kidal, Tombouctou et Gao, dans le nord du pays (chaque région a une ville capitale du même nom). Les groupes maintiennent des sièges distincts dans chacune des capitales régionales et sont identifiés grâce aux drapeaux arborés par leurs véhicules, leurs uniformes, les points stratégiques particuliers – tels que les ponts et les aéroports – qu’ils contrôlent, et les quartiers dans lesquels leurs combattants sont concentrés.

La grande majorité des exactions documentées par Human Rights Watch se sont produites durant les derniers jours de mars et les deux premières semaines d’avril, après que les groupes armés ont pris le contrôle de Kidal le 30 mars, de Gao le 31 mars, et de Tombouctou le 1er avril. L’avance rapide des rebelles a profité du chaos politique et sécuritaire créé lorsque des officiers maliens de l’armée de grade inférieur ont organisé un coup d’État le 22 mars en réponse à ce qu’ils considéraient comme une réponse inadéquate du gouvernement à la rébellion du MNLA. Un grand nombre de combattants touaregs, tant du MNLA que d’Ansar Dine avaient auparavant appuyé le gouvernement libyen de Mouammar Kadhafi, et sont retournés au Mali avec des armes en provenance de Libye après qu’il a été évincé.

Les combats et l’insécurité récents, la pénurie de nourriture et de médicaments, et le manque de banques, d’écoles et de services en état de fonctionnement ont poussé des dizaines de milliers de Maliens à fuir vers le sud du pays contrôlé par le gouvernement et vers les pays voisins. Des témoins ont décrit des autobus et des camions débordant de civils en fuite, qui ont souvent fait l’objet d’extorsion de fonds aux points de contrôle du MNLA alors qu’ils fuyaient.

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies estime que, depuis janvier 2012, au moins 284 000 habitants avaient fui leurs foyers à la suite du conflit armé dans le Nord, dont environ 107 000 seraient déplacés à l’intérieur du pays et environ 177 000 ont fui vers les pays voisins, notamment le Niger, le Burkina Faso, l’Algérie et la Mauritanie.

Human Rights Watch a interrogé plus de 100 victimes et témoins des exactions, ainsi que des autorités religieuses locales, du personnel médical, des chefs traditionnels, des membres de groupes locaux de défense des droits humains, des responsables gouvernementaux et des travailleurs humanitaires. La plupart des témoins avaient fui les zones touchées ; ceux qui sont restés dans les zones sous le contrôle des rebelles ont été interviewés par téléphone. Des témoins ont décrit les exactions qui ont lieu au Nord dans les villes de Gao, Tombouctou, Diré, Niafounké, Ansongo et, dans une moindre mesure, Kidal.

Des victimes, des témoins et des membres des familles des victimes ont signalé à Human Rights Watch une vague d’enlèvements de femmes et de filles par les groupes armés. Des témoins ont décrit les enlèvements par les rebelles d’au moins 17 femmes et de filles dont certaines n’avaient pas plus de 12 ans. Une jeune fille de 14 ans a indiqué à Human Rights Watch que six rebelles l’ont retenue captive à Gao et l’ont violée sur une période de quatre jours. Un résident de Tombouctou a expliqué à Human Rights Watch qu’il avait vu trois miliciens arabes entrainer de force une fille d’environ 12 ans depuis chez sa mère jusque dans un bâtiment abandonné, où elle a été violée. Les témoins et les membres des familles qui avaient parlé avec plusieurs autres victimes ont affirmé que les filles et les femmes enlevées avaient été agressées sexuellement par les rebelles. Une personne a indiqué que les rebelles ont enlevé trois jeunes femmes de la même famille dans une résidence à Gao, les ont violées et les ont ramenées le lendemain. La majorité de ces crimes ont eu lieu à Gao peu de temps après que la ville est tombée entre les mains des groupes rebelles, mais aussi à Tombouctou, Niafounké, et dans des villages à proximité de Diré.

La grande majorité de ces enlèvements et viols présumés, selon les témoins, auraient été effectués par des hommes armés parlant la langue tamashek locale au volant de voitures portant le drapeau touareg séparatiste du MNLA. La plupart des enlèvements documentés par Human Rights Watch ont eu lieu dans des quartiers où des témoins ont indiqué qu’il y avait une forte concentration de combattants du MNLA.

Presque tous les témoins interrogés par Human Rights Watch ont fait état d’actes de pillage perpétrés par les rebelles du MNLA et, dans le sillage immédiat du retrait de l’armée à Tombouctou, par des milices arabes. Selon des témoins, le groupe rebelle islamiste Ansar Dine a détruit plusieurs bars et hôtels qu’il associait à la consommation d’alcool et la prostitution, et s’est livré au pillage, mais à une échelle bien moindre. Un grand nombre de résidents locaux et quelques prisonniers qui avaient été tirés de prisons locales au cours de l’avancée des rebelles auraient également participé au pillage, dans de nombreux cas aux côtés des rebelles du MNLA.

Des témoins ont décrit plusieurs jours de pillage, qui ont commencé le jour où l’armée malienne a été soit contrainte de battre en retraite ou a abandonné ses positions dans ces zones. Les rebelles ont fait irruption dans les hôpitaux et les établissements médicaux, où ils ont pillé les biens ainsi que menacé et maltraité le personnel et les patients. Ils ont également pillé des bâtiments gouvernementaux locaux, des banques, des bureaux et des entrepôts d’aide maliens et internationaux, les maisons de représentants locaux, des écoles et des églises.

Le personnel hospitalier de Gao et de Tombouctou a déclaré à Human Rights Watch que les patients dans les hôpitaux publics locaux ont été contraints de quitter leurs lits et ont été laissés sur le sol après que les rebelles ont volé des matelas. Quatre patients à Gao, notamment des patients âgés sous oxygène, sont décédés après que le personnel terrifié s’est enfui, laissant les patients sans personnel médical pour s’occuper d’eux. Des témoins ont également décrit avoir vu les rebelles charger leurs véhicules et, dans quelques cas, de gros camions, avec des meubles, des ordinateurs, des imprimantes, des climatiseurs, des réfrigérateurs, des téléviseurs, des vêtements, des chaussures, du bétail et d’autres articles. Un grand nombre d’autres personnes ont signalé que les rebelles ont volé leurs motos et leurs voitures, souvent sous la menace des armes.

Les résidents de plusieurs villes et villages dans le Nord ont décrit la présence d’enfants n’ayant pas plus de 13 ans dans les rangs du MNLA et dans une moindre mesure au sein des milices arabes et d’Ansar Dine. Des soldats maliens, qui avaient été retenus captifs par les rebelles pendant des semaines, ainsi que d’autres témoins ont déclaré que des enfants avaient fait partie du MNLA depuis que celui-ci avait commencé les opérations dans le Nord en janvier. Les résidents ont observé certains enfants prendre une part active dans le pillage suite à la chute des villes et des villages aux mains des rebelles. Le Mali est un État partie au Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, qui interdit le recrutement et l’utilisation dans les hostilités d’enfants de moins de 18 ans par des groupes non étatiques armés.

Les combattants d’Ansar Dine ont pris plusieurs mesures pour protéger les civils des pillages, violences sexuelles et autres exactions généralisées commises par le MNLA, les milices arabes, et les criminels de droit commun. Le groupe islamiste a mis en place des lignes d’appel directes et mené des patrouilles à pied et motorisées. Mais des témoins ont indiqué qu’Ansar Dine a également exécuté sommairement deux hommes à Gao et amputé les mains d’un rebelle du MNLA à Kidal dans le cadre de sa répression. Des résidents de Gao ont déclaré qu’au début du mois d’avril, Ansar Dine avait coupé l’oreille d’une femme pour avoir porté une jupe courte et fouetté des hommes qui avaient consommé de l’alcool et commis des larcins.

Le pillage de plusieurs églises, d’une école biblique et d’une station de radio chrétienne ainsi que la destruction d’icônes religieuses par le MNLA et des combattants d’Ansar Dine ont provoqué l’exode des résidents chrétiens de ces régions, selon des témoignages recueillis par Human Rights Watch.

Des témoins ont également signalé que le 2 avril, des soldats du gouvernement malien à Sévaré ont détenu et exécuté au moins quatre membres touareg des services de sécurité maliens, dont deux gendarmes, un gendarme cadet et une quatrième personne qui aurait été un soldat de l’armée. D’autres témoins ont rapporté à Human Rights Watch que depuis le début du mois d’avril, des soldats occupant des points de contrôle ont enlevé un grand nombre d’hommes ayant la peau claire, notamment des Touaregs, des Arabes et des Mauritaniens, voyageant en autobus entre le Sud contrôlé par le gouvernement et le Nord tenu par les rebelles. Il est à craindre que quelques-uns de ces hommes n’aient été exécutés.

Les combats dans le nord du Mali constituent un conflit armé au regard du droit international. Toutes les parties au conflit, y compris les groupes rebelles, sont tenus de se conformer au droit international humanitaire, qui interdit tout mauvais traitement des personnes en détention, le viol, le pillage, l’utilisation d’enfants soldats, et autres exactions. Les personnes qui commettent délibérément des violations graves du droit international humanitaire sont responsables de crimes de guerre. Les commandants sont redevables au titre de la responsabilité de commandement pour les crimes commis par leurs subordonnés s’ils étaient au courant, ou auraient dû avoir connaissance des crimes, mais ne les ont pas empêchés ni n’ont puni leurs auteurs.

Human Rights Watch appelle les dirigeants militaires et politiques de chaque groupe armé dans le nord du Mali à :

  • Adopter toutes les mesures nécessaires pour respecter le droit international humanitaire.
  • Émettre immédiatement des ordres interdisant le mauvais traitement des personnes en détention, le viol, le pillage, et autres violations du droit international humanitaire.
  • Émettre immédiatement des ordres interdisant les attaques contre les civils et les structures civiles, notamment les établissements médicaux, les écoles et les lieux de culte.
  • Cesser le recrutement et l’utilisation d’enfants de moins de 18 ans dans les hostilités, libérer tous les enfants présents dans leurs rangs, et travailler avec les agences de protection de l’enfance pour renvoyer ces enfants dans leurs foyers.
  • Garantir et protéger les droits humains fondamentaux des civils dans les zones sous leur contrôle, notamment ceux qui ont fui leurs maisons et sont revenus.
  • Mener des enquêtes et sanctionner de façon appropriée les commandants et les combattants qui se sont rendus coupables de violations du droit international humanitaire, notamment les enlèvements, le viol, le recrutement d’enfants soldats, le pillage et autres exactions. Suspendre ceux contre lesquels il existe des allégations de mauvais traitement crédibles durant les enquêtes en cours d’instruction.
  • Cesser les châtiments cruels et inhumains prohibés par le droit international, tels que les exécutions, les flagellations et les amputations perpétrées par Ansar Dine.
  • Faciliter l’accès impartial et sans entraves aux organisations fournissant une aide humanitaire.
  • Mettre en œuvre toutes les mesures possibles pour avertir les personnes dans les zones sous leur contrôle de la menace des engins non explosés et chercher à écarter les civils des zones dangereuses, notamment par le marquage et la surveillance des zones touchées, l’éducation sur la manipulation des munitions non explosées et le partage des informations avec toutes les parties belligérantes sur le type, la quantité et la localisation des armes utilisées afin de faciliter la dépollution.

Human Rights Watch appelle également le gouvernement du Mali à inviter le Bureau du Haut Commissaire pour les droits de l’homme des Nations Unies pour surveiller et enquêter sur les violations de droits humains commises dans le nord du pays.

Enlèvement de filles et de femmes et violence sexuelle
Des victimes et des témoins ont décrit à Human Rights Watch l’enlèvement de 17 femmes et filles par des groupes rebelles, principalement à Gao. Certaines des femmes et des filles qui plus tard se sont échappées ont affirmé que des rebelles les avaient violées. Dans tous les cas sauf un, les témoins estimaient que les ravisseurs étaient des rebelles du MNLA, identifiés par les drapeaux sur leur voiture et la forte présence du MNLA dans les quartiers où les enlèvements ont eu lieu. Un témoin a indiqué à Human Rights Watch qu’il avait été témoin du viol collectif d’une jeune fille d’environ 12 ans par trois membres d’une milice arabe.

Une fille de 14 ans a déclaré à Human Rights Watch avoir été enlevée à son domicile à Gao et violée par six rebelles du MNLA pendant quatre jours. Plusieurs personnes ont affirmé avoir vu des femmes et des filles n’ayant pas plus de 12 ans emmenées de force sous la menace des armes par des hommes armés. Souvent, les femmes et les filles avaient été emmenées dans des maisons, des hôtels et autres bâtiments abandonnés et agressées sexuellement, puis ramenées dans les 24 heures.

Un militant de la société civile à Gao a indiqué Human Rights Watch qu’il avait documenté huit cas de viol commis par des membres du MNLA, la plupart impliquant des jeunes filles d’environ 15 ans. Il a ajouté que la plupart des filles et leurs familles avaient fui vers le Niger.

Plusieurs cas documentés par Human Rights Watch ont concerné des victimes du groupe Bella, membres d’une caste d’esclaves traditionnelle dans la culture touareg. Le mot bella signifie « captif » en tamashek.

Une dirigeante âgée de la communauté a confié qu’elle avait essayé de réconforter la mère de trois filles Bella enlevées de leur maison à Gao par des rebelles et violées pendant plusieurs heures, un incident que Human Rights Watch a confirmé.

Un commerçant de Gao a déclaré à Human Rights Watch qu’il avait été témoin de trois enlèvements et d’un enlèvement raté par le MNLA de filles et de jeunes femmes dont il a précisé qu’elles étaient « toutes sans aucun doute âgées de moins de 20 ans – quelques-unes n’ayant peut-être pas plus de 16 ans ». Il a déclaré que les enlèvements ont eu lieu en fin d’après midi ou le soir sur la route principale qui traverse le Château ou à proximité, dans les 7ème et 8ème quartiers de Gao. Il a raconté :

Dans chaque cas, les rebelles ont sauté hors de leurs véhicules, saisi la jeune fille alors qu’elle se promenait, et l’ont hissée dans la voiture, en couvrant sa bouche afin qu’elle ne puisse pas crier. La quatrième fois, la jeune fille a réussi à leur résister et a pu crier, déclenchant ainsi l’alerte. Comme il y avait des gens à proximité, ils l’ont laissée partir. Le lundi après la chute de Gao, [le 2 avril], mon oncle m’a raconté comment les rebelles sont entrés de force dans sa maison à Gao, ont essayé de prendre une de ses épouses. Il a ôté son boubou [tunique] et a déclaré : « Vous pouvez me tuer d’abord, mais vous ne prenez pas mes épouses ». Ils sont finalement partis.

Deux jeunes femmes qui ont fui Gao le 16 avril ont témoigné de l’enlèvement d’une voisine de 14 ans par le MNLA le 3 avril. L’une d’elles a expliqué à Human Rights Watch :

En fin d’après-midi, il y a eu un brouhaha derrière notre maison. Un Land Cruiser de couleur beige arborant le drapeau du MNLA était devant la tente où vit une famille de Bella, ils ont dit à la mère qu’ils avaient besoin que sa fille cuisine pour eux. La mère a refusé, en disant qu’elle était veuve, que ses deux enfants étaient tout ce qu’elle avait. Les rebelles ont insisté. Ils sont entrés de force dans la maison, en poussant la mère de côté. Ils ont attrapé la jeune fille, qui se cachait à l’intérieur. La mère les a suppliés de laisser sa fille tandis que celle-ci pleurait et criait qu’elle voulait sa mère. Les hommes l’ont forcée à monter dans la voiture ; la jeune fille se battait pour sortir. La mère a essayé de la tirer hors du camion, mais ils l’ont repoussée. Quelque temps plus tard, des hommes d’Ansar Dine [le groupe armé] – ils ont un drapeau différent – sont venus pour enquêter. Nous sommes allés lui dire que nous étions désolés, pour essayer de la rassurer [la mère]. Ses yeux étaient devenus rouges à force de pleurer.

Human Rights Watch a interrogé la jeune fille de 14 ans quelques jours après qu’elle a dit qu’Ansar Dine l’avait aidé à s’échapper. Elle a expliqué que ses ravisseurs l’avaient emmenée dans une maison dans la périphérie de la ville de Gao, où six rebelles l’ont violée à plusieurs reprises pendant quatre jours. Elle a dit qu’ils l’avaient battue plusieurs fois alors qu’elle tentait de résister aux agressions sexuelles. La maison se trouvait dans une zone de Gao que de nombreux témoins ont décrite comme ayant une forte concentration de rebelles du MNLA. La jeune fille a ajouté que, chaque fois que les rebelles partaient, ils l’enfermaient dans la maison. Le cinquième jour, des voisins qui avaient pris conscience de sa présence ont prévenu le groupe Ansar Dine, qui a contribué à son évasion et a fourni des soins médicaux.

Un résident de Tombouctou a décrit le viol collectif commis le 2 avril par trois membres d’une milice arabe locale d’une jeune fille qu’il a estimée être âgée de 12 ou 13 ans:

Le pillage de Tombouctou a commencé le 1er avril, un dimanche, et lundi matin j’étais dans la rue avec mes voisins à regarder et j’ai vu les voitures des rebelles passer en vitesse chargées de biens qu’ils avaient pillés, notamment dans le camp militaire plus loin sur la route. J’ai vu un 4 x 4 [véhicule] passer avec quelques jeunes armés de la milice arabe locale. Quelques minutes plus tard ils sont revenus à pied et ont immédiatement attrapé violemment la fillette de 12 ans, qui criait, tout comme sa mère. Les garçons [jeunes hommes] étaient âgés d’environ 21 ou 22 ans. Plusieurs personnes ont crié en signe de protestation, en disant qu’elles ne le permettraient pas, mais ils ont pointé leurs armes sur nous... Les gens avaient peur et ne pouvaient pas croire que cela puisse se produire ouvertement. La mère s’est battue pour retenir sa fille, mais elle n’a pas pu. Ils ont traîné la jeune fille qui criait dans une maison voisine en construction… Deux d’entre eux se tenaient à l’extérieur comme s’ils montaient la garde tandis que l’autre la violait à l’intérieur. Puis ils ont échangé leur place jusqu’à ce que chacun d’entre eux soit allé à l’intérieur. Je ne peux pas vous dire a quel point c’était horrible, c’était affreux. Nous pouvions entendre ses pleurs. La mère s’est effondrée en sanglots sur le sol. Une fois qu’ils en ont fini avec elle, la mère s’est précipitée pour chercher sa fille.

Le chef d’une famille Bella dans une petite ville près de Tombouctou a décrit l’enlèvement d’une femme de sa famille âgée de 20 ans le 13 avril vers 14 heures. Après sa libération, la femme avait été amenée à Bamako pour recevoir des soins médicaux pour les sévices sexuels qu’elle avait endurés.

Nous avons vu un camion avec des hommes armés et le drapeau de l’Azawad (MNLA) s’arrêter en face de notre maison et au moins cinq hommes armés en sortir. Ils sont entrés de force dans notre maison en brandissant des armes automatiques et des couteaux, et m’ont dit qu’ils emmenaient ma parente avec eux. En tant que chef de cette famille, j’ai refusé. Ils ont insisté, et j’ai pris 5 000 CFA [10 dollars américains] et les leur ai offerts, mais l’un d’eux a dit : « Ce n’est pas de l’argent que nous voulons ! » Ils l’ont emmenée de force et l’ont ramenée le lendemain dans l’après-midi.

Recrutement et utilisation d’enfants soldats
Presque tous les témoins avec lesquels Human Rights Watch s’est entretenu ont décrit la présence d’enfants soldats dans les rangs du MNLA et, dans une moindre mesure, dans la milice arabe et le groupe Ansar Dine. Un grand nombre de ces enfants ont été décrits comme portant des fusils d’assaut militaires ainsi que des treillis dont certaines personnes ont indiqué qu’ils « leur tombaient du corps ». La plupart des enfants combattants ont été estimés comme ayant entre 15 et 17 ans. Toutefois, certains témoins ont également fait état d’enfants ayant à peine 12 ans parmi les rangs des rebelles.

Plusieurs enseignants et étudiants de Gao, Tombouctou, Diré et Ménaka ont déclaré avoir reconnu des enfants combattants du MNLA. Les enfants ont été observés à bord de voitures et de camions rebelles, se tenant aux côtés de rebelles adultes du MNLA aux postes de contrôle, et se livrant parfois au pillage et à l’extorsion.

Les résidents de Gao, Diré et Niafounké ont signalé une nouvelle vague de recrutement par Ansar Dine qui a commencé à la mi-avril. Un leader de la société civile locale a déclaré qu’il avait rencontré les parents inquiets de quelques adolescents qui avaient été recrutés par Ansar Dine à Gao, tandis qu’un témoin a fait état de quelques adolescents parmi les nouvelles recrues entraînées dans un camp à quelque sept kilomètres de Gao. Un résident qui a assisté à une réunion d’information d’Ansar Dine à Diré a indiqué que plusieurs adolescents armés se trouvaient parmi les représentants d’Ansar Dine lors de la séance.

Cambriolage, pillage et attaques d’hôpitaux
Le pillage systématique de stocks de nourriture dans des magasins, des marchés et des entrepôts d’organisations d’aidelocaux, ainsi que le vol de fournitures médicales dans des hôpitaux et des cliniques, et la fermeture d’écoles, ont sans aucun doute contribué à la décision prise par des dizaines de milliers de civils de fuir le Nord sous contrôle rebelle pour se réfugier dans le Sud contrôlé par le gouvernement, selon Human Rights Watch.

Les civils qui avaient fui Gao, Tombouctou, Ansongo, et Diré ont décrit le saccage et le pillage systématiques par les membres du MNLA et, à Tombouctou et dans une moindre mesure Gao, par des milices arabes. Les véhicules dans lesquels les biens pillés ont été chargés portaient très souvent le drapeau du MNLA. Des civils ont également pris part au pillage.

Human Rights Watch a documenté beaucoup moins de cas de saccage et de pillage de la part d’Ansar Dine. Au contraire, de nombreux témoins ont décrit les efforts d’Ansar Dine pour empêcher le pillage, notamment en établissant une ligne téléphonique d’urgence pour que les victimes de pillages et autres exactions puissent appeler à l’aide. Il y a eu, cependant, quelques indications de distribution par Ansar Dine de nourriture qui avait été pillée dans les entrepôts des agences d’aide.

Depuis la prise de villes importantes telles que Gao, Kidal et Tombouctou, des groupes armés ont semblé cibler les bâtiments et les institutions du gouvernement, ainsi que les résidences de hauts fonctionnaires et de membres des services de sécurité maliens. Plus récemment, ils ont dépouillé des résidents ordinaires au cours d’intrusions à domicile, volé des voitures et des motos, et attaqué des boutiques et des petits commerces.

Le personnel médical de Gao et de Tombouctou a déclaré que des rebelles avaient dévalisé les hôpitaux et les cliniques, emportant des médicaments et du matériel médical, ainsi que du mobilier et des fournitures. Des témoins ont estimé que des miliciens arabes étaient responsables du pillage de l’hôpital de Tombouctou. Un infirmier de Gao a décrit le pillage, qu’il a lié au décès de quatre patients :

Ils sont arrivés à 23 heures le 31 mars. Ils ont fait le tour de l’hôpital, en pointant leurs armes sur les membres des familles des blessés, en leur demandant s’ils étaient des militaires ou non. Ils ont tout volé – les médicaments de la pharmacie ; les ordinateurs, les scanners, les imprimantes et les climatiseurs du bureau ; la Hilux [voiture] du directeur, l’ambulance, la Mercedes personnelle d’un médecin, et une quarantaine de motos appartenant au personnel hospitalier. À un moment donné ils sont venus avec un gros camion, qu’ils ont rempli avec des biens pillés de l’hôpital. Je les ai vus arracher les tubes d’oxygène d’un patient et le forcer à s’allonger par terre afin de pouvoir prendre son matelas. La plupart des membres du personnel ont fui, terrifiés par ce que les rebelles pourraient faire, laissant les patients là. Nous avons perdu quatre patients à cause de ce pillage ; deux hommes âgés et une femme âgée, qui sont décédés plus tard, après que les membres de leur famille ont fui avec eux à la maison, et un soldat qui avait été blessé en se battant le samedi matin. Nous avions fait les premiers soins, et il aurait dû être transféré en chirurgie, mais après l’arrivée du MNLA, il n’était pas possible de pratiquer sur lui l’intervention chirurgicale dont il avait besoin. Les rebelles doivent être tenus pour responsables de leurs morts.

Une résidente âgée de Gao, qui avait fui à Bamako, a décrit le pillage de Gao :

Durant une période de plusieurs jours, la ville de Gao a été pillée de fond en comble, de manière systématique – les bureaux gouvernementaux, les banques, les écoles, les hôpitaux et les églises, les entrepôts et les bureaux des organisations humanitaires internationales, les maisons de responsables gouvernementaux. Cela ne peut être décrit que comme un festival tragique de pillages. Tout ce que l’État et les résidents de Gao avaient travaillé à construire pour le bénéfice de la population a été emporté en quelques jours à peine. Bien sûr, la population locale, les prisonniers qui avaient été sortis de prison, et même des habitants des villes et des villages voisins ont participé, mais je pense que la majorité des pillages a été le fait du MNLA.

Les personnes qui avaient fui le Nord pour trouver refuge dans le Sud contrôlé par le gouvernement ont affirmé avoir été forcées de payer un « droit de passage » avant d’être autorisées à passer les points de contrôle occupés par le MNLA. De nombreux témoins ont déclaré que le MNLA avait menacé de retenir tout civil dans l’incapacité de payer le montant exigé. Parfois, des rebelles du MNLA ont braqué leurs armes sur les conducteurs de véhicules pour les forcer à payer. La plupart des personnes ont été contraintes à payer de 1 000 à 3 000 CFA, tandis que les conducteurs se sont vu souvent demander de payer 50 000 CFA. (500 CFA = 1 dollar US.) Un étudiant qui a fui Kidal au début du mois d’avril avec une trentaine d’autres civils a raconté comment ils avaient été dépouillés de leurs chaussures, vêtements, appareils photo et téléphones à un point de contrôle du MNLA entre Kidal et Gao.

Châtiments cruels et inhumains
Après l’établissement de bases au sein de plusieurs villes du Nord, les dirigeants d’Ansar Dine ont déclaré qu’ils imposeraient leur interprétation stricte de la charia. Cette interprétation comportait des exigences sur la façon dont les hommes et les femmes doivent s’habiller et avec qui les filles et les femmes pourraient être vues en public. Des femmes et des filles ont avoué à Human Rights Watch avoir peur de désobéir à ces directives.

Ansar Dine a imposé des peines sévères contre plusieurs hommes ayant commis des délits ou pour des violations de la charia. Selon plusieurs témoins, au début du mois d’avril plusieurs hommes armés ont tendu une embuscade à un bus dans la périphérie de Gao, le détournant sur une route secondaire. Suite à la réponse d’Ansar Dine à un appel lancé sur sa ligne d’assistance téléphonique, au moins un des hommes armés a tiré sur les membres d’Ansar Dine qui arrivaient. Les membres d’Ansar Dine ont ensuite exécuté deux des hommes armés, l’un en lui tranchant la gorge, l’autre en l’abattant par balle.

Un témoin originaire de Kidal a déclaré qu’au début du mois d’avril, des membres d’Ansar Dine ont amputé la main d’un rebelle du MNLA qui refusait de payer des achats à un commerçant local :

Alors que je me faisais couper les cheveux, j’ai vu deux rebelles du MNLA – à Kidal, ils partagent le pouvoir avec l’AQMI [Al-Qaïda au Maghreb islamique] et les gens d’Ansar Dine – acheter des choses dans un petit kiosque de l’autre côté de la rue. L’un d’eux a payé le commerçant, mais l’autre a refusé de payer. Le rebelle était odieux et intimidant ; il a braqué son arme sur le commerçant. À ce moment-là, une patrouille d’Ansar Dine passait par là en voiture. Quatre d’entre eux ont sauté hors du Land Cruiser et ont demandé au propriétaire du kiosque ce qui se passait. Après avoir entendu ses explications, l’un d’eux est allé vers le camion, s’est emparé d’un long couteau, puis du rebelle, a mis sa main sur un morceau de bois, et a tranché sa main droite au-dessus du poignet, en disant à tout le monde que c’était ce qu’un voleur mérite. Ils ont parlé de la charia ... Je tremblais, c’était trop. ... Nous ne connaissons pas ce type de violence au Mali.

Des témoins de Gao ont décrit comment le 20 avril, des membres d’Ansar Dine ont publiquement flagellé devant une mosquée un homme qu’ils accusaient de consommer de l’alcool, et un autre pris en train de voler par un comité de surveillance de quartier local. Les hommes ont été fouettés 80 fois avec une branche.

Alors que les résidents chrétiens n’ont fait état d’aucunes menaces directes ni de directives de quitter les villes désormais sous le contrôle des rebelles islamistes et du MNLA, ils ont interprété le pillage des églises et la destruction des icônes religieuses, notamment des bibles et des croix, comme un avertissement sérieux. Des responsables ecclésiastiques à Tombouctou et Gao ont affirmé qu’autant le MNLA qu’Ansar Dine avaient largement pillé au moins trois églises, une station de radio chrétienne et une école biblique.

Dommages infligés aux civils par les munitions explosives abandonnées ou pillées
Depuis la fin de 2011, le nord du Mali a connu une prolifération d’armes lourdes et légères. Cela a été le résultat de l’éviction du défunt président libyen Mouammar Kadhafi en 2011 au cours de laquelle les entrepôts de munitions et d’armes ont été largement laissés sans surveillance, et de l’abandon depuis janvier 2012 par l’armée malienne de ses camps militaires sur lesquels les rebelles, principalement le MNLA et l’Ansar Dine, ont déferlé et ont consolidé le contrôle du nord.

Des habitants ont déclaré que la manipulation négligente par les rebelles des armes qu’ils avaient pillées dans des camps militaires dans le nord avait entraîné la mort de trois jeunes garçons et avait blessé ou mutilé au moins cinq autres. Dans certains endroits, des fusils militaires et des boîtes de grenades volés sont tombés des camions des rebelles qui roulaient à grande vitesse à travers les rues. Un résident de Tombouctou a rapporté :

J’habite le long de la route principale en provenance du camp militaire. Après que l’armée se soit enfuie et tandis que le camp était pillé par le MNLA et les milices arabes, j’ai vu des 4 x 4, dont certains qu’ils avaient volé à l’armée malienne, passer à toute vitesse chargés de fusils et de boîtes de munitions. Tout était empilé si haut qu’il en tombait parfois dans la rue alors qu’ils conduisaient à toute vitesse. À quelques occasions, j’ai vu des armes automatiques tomber, ainsi que quelques boîtes pleines de grenades. Quand elles ont heurté le sol, les grenades ont roulé partout, se dispersant ça et là comme des mangues. Nous avons essayé d’avertir les gens de ne pas les toucher, mais vous savez comment sont les enfants.

Deux adolescents ont été tués et un autre a été grièvement blessé à Tombouctou le 11 avril, lorsque ce que les résidents pensaient être une grenade a explosé alors que les garçons jouaient avec. Un troisième garçon a perdu une main et une partie de sa jambe. Le 19 avril, un garçon de 12 ans est décédé à Niafounké lorsque l’objet avec lequel il jouait a explosé. Un employé de l’hôpital de Gao a indiqué avoir traité un homme qui avait perdu les doigts d’une main dans l’explosion d’une grenade. Une infirmière de Kidal a signalé avoir traité un adolescent qui avait perdu une partie de sa main quand le garçon a lancé une pierre sur des munitions non explosées ; l’incident a blessé deux autres garçons.

Des habitants ont indiqué que les autorités rebelles avaient fait peu d’efforts pour collecter les armes ou informer le public sur le danger des munitions non explosées.

Détention arbitraire et exécutions de Touaregs par les Forces armées maliennes
Human Rights Watch a reçu des informations crédibles selon lesquelles des soldats de l’armée malienne ont arbitrairement arrêté et, dans certains cas, sommairement exécuté des membres touaregs des services de sécurité et des civils touaregs voyageant entre le Nord sous contrôle rebelle et le Sud contrôlé par le gouvernement.

Un témoin a indiqué à Human Rights Watch qu’aux environs de 19 heures le 2 avril, trois hommes, dont deux gendarmes et un gendarme cadet, ont été arrêtés par un camion plein de soldats de l’armée malienne venant d’une maison à Sévaré, à 570 kilomètres de Gao. Le témoin, une femme de la famille d’un des hommes, a déclaré qu’elle a été informée par un membre des services de sécurité que les hommes avaient été exécutés à l’intérieur du camp militaire le même soir. Les corps de quatre hommes, dont celui du membre de la famille de la femme qui a fourni son témoignage, ont été localisés à la morgue de l’hôpital local le lendemain. Cette femme et sa famille ont fui au Burkina Faso quelques jours plus tard.

Des témoins ont indiqué à Human Rights Watch que le premier point de contrôle tenu par l’armée malienne sur la route entre Gao et Bamako se trouve dans le village de Kona, près de la ville de Sévaré. Un passager du bus qui est arrivé au point de contrôle le 22 avril a décrit ce qui s’est passé :

Quand nous sommes arrivés au point de contrôle, cela a été plus difficile pour ceux du nord, les Touaregs. Les militaires les ont distingués par la couleur de leur peau. Ils les ont fait descendre du bus, tandis que le reste d’entre nous sommes restés à bord. Ensuite, les militaires ont ordonné au bus de partir avec tous les autres. Nous les avons vus être fouillés alors que nous partions. La situation était tendue, vraiment très tendue. Les soldats ont été brutaux avec eux.

Ces fouilles, la séparation des Touaregs quittant Gao, cela a commencé aux alentours du 3 avril. Nous savons que plusieurs de ceux qui ont été sortis du bus ont disparu – été enlevés et exécutés sommairement.

Human Rights Watch appelle le gouvernement malien à enquêter sur les allégations de détention arbitraire et d’exécutions sommaires au point de contrôle de Kona, et à prendre des mesures disciplinaires ou engager des poursuites de manière appropriée contre toute personne impliquée dans des exactions.

More reporting on: