« On va te battre pour te corriger »

Abus à l’approche du référendum constitutionnel au Burundi

Résumé

« Ou bien tu montres ton respect pour le CNDD-FDD … ou bien on va te battre pour te corriger. »
− Un habitant de la province de Muramvya qui s’est enfui du Burundi en octobre 2017.
Isingiro, Ouganda, 12 avril 2018

La décision controversée du président Pierre Nkurunziza en avril 2015 de briguer un troisième mandat a déclenché une crise dans les domaines politique, humanitaire et des droits humains qui continue d’avoir des conséquences désastreuses pour de nombreuses personnes au Burundi. Les actes de violence et d’intimidation perpétrés contre les opposants politiques à travers le pays ont connu une escalade à l’approche du référendum constitutionnel du 17 mai 2018 qui visait à permettre au président de se maintenir au pouvoir.

Depuis la première manœuvre de Nkurunziza en 2015 pour se maintenir au pouvoir, les forces de la sécurité d’État du Burundi et ses services de renseignement, ainsi que des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure, ont commis des attaques ciblées particulièrement brutales contre des opposants ou des personnes soupçonnées d’être des opposants, des activistes des droits humains et des journalistes – tuant un nombre de personnes estimé à 1 700 et faisant subir à d’innombrables autres des disparitions forcées, des viols, des tortures, des passages à tabac, des détentions arbitraires et des actes d’intimidation. Selon les Nations Unies, plus de 390 000 réfugiés burundais se sont enfuis depuis le début de cette crise et sont toujours en dehors du pays, et on estime à 3 millions le nombre de Burundais qui ont besoin d’une aide humanitaire – soit plus du quart de la population totale du pays. Les médias nationaux indépendants, naguère dynamiques, et les organisations de défense des droits humains ont été décimés, confrontés à de sévères restrictions ou fermés purement et simplement, et beaucoup de leurs dirigeants ont été arrêtés ou contraints de s’exiler. Depuis 2015, des groupes d’opposition armés ont également attaqué les forces de sécurité et des membres du parti au pouvoir, certains établissant des bases arrière en République démocratique du Congo, pays voisin.

Le 11 mai 2018, des attaquants non identifiés ont tué par balles ou à l’arme blanche au moins 26 personnes, dont plusieurs enfants, dans le village de Ruhagarika, dans la province de Cibitoke, près de la frontière congolaise, soit l’attaque la plus meurtrière contre des civils au Burundi depuis plusieurs années. Au moment de la rédaction de ce rapport, on ignorait encore si cette attaque était liée au référendum, mais elle illustre la précarité de la situation en termes de sécurité entourant ce référendum, alors que des acteurs de tous les camps ont eu, dans le passé, recours à la violence.

Le troisième (et actuel) mandat de Pierre Nkurunziza, qui est au pouvoir depuis 2005, est déjà considéré par de nombreux observateurs comme constituant une violation de la limite de deux mandats de cinq ans établie par les Accords d’Arusha–un accord-cadre politique signé en 2000 qui établissait un système de partage du pouvoir visant à mettre fin à la guerre civile–ainsi que de la constitution du pays de 2005. Nkurunziza et ses partisans ont argué que son premier mandat ne devrait pas compter car il avait été élu par le parlement et non pas directement par un vote populaire. Tandis que le troisième mandat de Nkurunziza était ainsi l’objet de controverse, il était en revanche clair que la constitution ne lui permettait pas de se re-présenter une nouvelle fois. Mais afin de conserver le pouvoir, le président et son parti, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD), ont appelé à la tenue d’un référendum pour modifier la constitution afin d’allonger à sept ans le mandat présidentiel, renouvelable une seule fois. Cependant, le décompte des mandats déjà accomplis serait remis à zéro, ce qui permettrait à Nkurunziza d’être candidat à deux nouveaux mandats de sept ans, en 2020 et en 2027. Ce changement pourrait donc prolonger son exercice du pouvoir jusqu’en 2034.

Le 12 décembre 2017, Nkurunziza a annoncé la tenue du référendum, avertissant que ceux qui oseraient « saboter » le projet de révision de la constitution « par la parole ou par l’action » seraient considérés comme ayant franchi une « ligne rouge. » Son discours a légitimé une politique gouvernementale consistant à détecter et à punir quiconque serait perçu comme étant opposé au référendum.

Depuis le début de 2017, les forces de sécurité et les Imbonerakure ont continué de tuer, de violer, de passer à tabac, d’arrêter, ou de menacer de très nombreuses personnes au Burundi. Certaines ont été prises pour cible après avoir refusé d’apporter leur contribution monétaire au financement du référendum et des élections de 2020. Dans certains cas, le simple fait de ne pas appartenir au parti au pouvoir suffisait à créer le soupçon et à provoquer une réponse violente.

Suite à la condamnation internationale de la répression au début de la crise en 2015, lorsque les forces de sécurité ont eu recours à la force létale pour disperser des manifestations et étouffer toute voix dissidente, certains abus ont été commis de manière discrète ces dernières années. À travers le pays, les Burundais ont régulièrement fait état de la découverte de cadavres, parfois décapités ou les mains liées derrière le dos. Certains cadavres étaient lestés de pierres et ont été retrouvés dans la rivière Ruzizi ou dans le lac Tanganyika. Certaines victimes ont été ultérieurement identifiées par des témoins comme étant des personnes connues pour s’être opposées aux efforts de Nkurunziza pour se maintenir au pouvoir. On a également assisté ces dernières années à un recours croissant aux Imbonerakure pour prendre pour cibles des personnes perçues comme étant des opposants, bien que la police, l’armée et les services de renseignement aient aussi continué de commettre de graves abus. Quoique les Imbonerakure soient théoriquement indépendants, d’anciens membres de cette ligue et d’autres témoins ont décrit comment leurs activités sont parfois étroitement coordonnées avec les forces de sécurité de l’État et les services de renseignement et comment ils reçoivent des ordres directement de commandants de l’armée, de la police et des services de renseignement.

Basé sur plus de 100 entretiens menés entre février et mai 2018 avec des victimes d’abus, des témoins, des membres des familles de victimes, ainsi qu’avec cinq anciens membres des Imbonerakure, ce rapport documente la répression et les graves violations des droits humains contre les personnes perçues comme étant des opposants du parti au pouvoir au Burundi depuis janvier 2017. Human Rights Watch a interrogé 67 réfugiés burundais ayant fui vers la RD Congo ou l’Ouganda en 2017 ou en 2018 et au moins 40 Burundais vivant actuellement au Burundi. Le rapport s’appuie également sur les résultats de précédentes recherches effectuées par Human Rights Watch sur le Burundi depuis le début de la crise actuelle en 2015. La véritable magnitude des abus commis est difficile à déterminer et est probablement nettement plus grande que ce que Human Rights Watch a pu documenter, étant donné le climat de peur prévalant à travers le pays qui rend de nombreux témoins et victimes réticents ou incapables de parler de ces abus.

L’impunité quasi-totale pour les crimes commis ces dernières années par les services de sécurité et les Imbonerakure a protégé leurs auteurs et encouragé la commission de nouveaux abus. Dans presque tous les 83 cas d’abus documentés par Human Rights Watch dans le cadre de ce rapport, les individus responsables et leurs supérieurs hiérarchiques n’ont pas été arrêtés, inculpés ou jugés, même lorsqu’ils ont été identifiés par des témoins. L’État s’est abstenu de prendre les mesures raisonnables nécessaires pour assurer la sécurité et protéger ses citoyens, et il ne s’est pas acquitté de son devoir de prendre toutes les mesures raisonnables pour empêcher ce type de crime et pour en poursuivre les auteurs en justice.

Un réfugié dans le camp de Mulongwe, République démocratique du Congo.

© 2018 Privé

Human Rights Watch exhorte le gouvernement burundais à prendre sans tarder des mesures pour mettre fin à l’impunité qui protège les individus responsables de meurtres, de viols, de passages à tabac, de détentions arbitraires, de menaces et d’actes de harcèlement et pour empêcher que ce genre d’abus ne soient commis, y compris par ses propres forces de sécurité et par les Imbonerakure. Il incombe également aux dirigeants des partis et groupes d’opposition d’agir immédiatement en vue de dissuader leurs membres d’attaquer les membres du CNDD-FDD et des Imbonerakure et d’affirmer clairement qu’ils ne cautionnent pas ce genre de crime.

Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a créé une Commission d’enquête en septembre 2016 pour documenter les graves crimes commis au Burundi depuis avril 2015. En septembre 2017, cette commission a conclu qu’elle avait « des motifs raisonnables de croire que des crimes contre l’humanité [avaie]nt été commis, depuis avril 2015, et continu[aie]nt à être commis au Burundi ». Le mandat de la commission a été prorogé jusque fin septembre 2018, mais le Burundi continue de refuser toute forme de coopération avec elle.

Le 25 octobre 2017, les magistrats de la Cour pénale internationale (CPI) ont autorisé l’ouverture d’une enquête sur des crimes commis au Burundi depuis avril 2015. Deux jours plus tard, le Burundi est devenu le premier pays à se retirer de la CPI. Toutefois, les magistrats de la CPI ont estimé que le retrait du Burundi n’affectait pas la compétence de la Cour concernant des crimes commis alors que le pays était membre de la CPI. L’enquête actuellement en cours apporte l’espoir que les individus responsables de certains des plus graves crimes commis ces dernières années au Burundi puissent être à terme traduits en justice.

En septembre 2015, l’Union européenne a infligé des sanctions à trois responsables de haut rang de la police et des services de renseignement et à un membre de l’opposition qui avait pris part à la tentative manquée de coup d’État. En novembre 2015, les États-Unis ont imposé des sanctions au ministre de la Sécurité publique, au directeur général adjoint de la police et à deux meneurs de la tentative de coup d’État. La plupart des principaux bailleurs de fonds ont suspendu leur assistance budgétaire directe au gouvernement burundais, mais certains ont maintenu leur aide humanitaire.

Cependant, bien davantage pourrait et devrait être fait pour permettre de réduire les abus et empêcher la situation au Burundi de se détériorer encore.

Pour montrer que les abus généralisés qui se poursuivent depuis 2015 au Burundi ne peuvent rester sans conséquences, l’UE et les États-Unis devraient élargir leurs sanctions ciblées aux individus qui se trouvent à des échelons plus élevés de la chaîne de commandement. Le Conseil de sécurité de l’ONU devrait également imposer des sanctions ciblées, notamment des interdictions de voyager à l’étranger et des gels d’avoirs financiers, aux individus responsables des graves violations des droits humains qui se poursuivent actuellement au Burundi.

Les gouvernements étrangers, les organes de l’ONU et les autres entités préoccupées par la situation au Burundi devraient accentuer les pressions sur le gouvernement et sur l’opposition pour qu’il soit mis fin aux types d’abus documentés dans ce rapport et appeler le gouvernement à faire rendre des comptes à leurs auteurs. Ils devraient également plaider vigoureusement pour la protection des acteurs de la société civile et des journalistes, et insister auprès du Burundi pour qu’il coopère avec les mécanismes de l’ONU, y compris avec la Commission d’enquête, et qu’il autorise le déploiement de 228 agents de police de l’ONU, prévu par une résolution du Conseil de sécurité adoptée en juillet 2016.

La Communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC) a tenté d’amorcer un dialogue entre les principaux acteurs burundais depuis 2014, mais ces efforts n’ont débouché sur aucun progrès tangible et ont été handicapés par une absence apparente de volonté de la part des dirigeants régionaux de pousser Nkurunziza à faire de véritables concessions. Il est temps que les dirigeants régionaux assument leurs responsabilités et prennent une position de fermeté en insistant auprès de Nkurunziza et de son gouvernement pour qu’ils résolvent de toute urgence la crise que traverse le pays et mettent fin aux violences et à la répression.

 

Recommandations

Au gouvernement du Burundi

  • Donner de manière publique des instructions claires aux forces de sécurité, aux services de renseignement et aux Imbonerakure, selon lesquelles les exécutions extrajudiciaires, les viols, les passages à tabac, les arrestations arbitraires, les menaces, les actes de harcèlement ou d’autres types d’abus ne seront pas tolérés, et tout individu soupçonné de commettre ou d’ordonner ce type d’abus sera traduit en justice. Enquêter immédiatement sur le rôle joué par certains individus impliqués dans ces abus ;
  • Émettre des instructions claires à l’intention des forces de sécurité, des services de renseignement et des Imbonerakure selon lesquelles personne ne doit en aucune circonstance être la cible d’attaques, d’actes d’intimidation ou de menaces en raison de son affiliation politique passée ou présente, et émettre des directives similaires à l’intention de la hiérarchie du CNDD-FDD ;
  • Rappeler à la police son devoir d’assurer, de manière impartiale, la sécurité et la protection de tous les Burundais, quelles que soient leurs tendances politiques ;
  • Faire cesser les actes d’intimidation et de harcèlement et les arrestations arbitraires de journalistes, d’activistes des droits humains et de membres de l’opposition qui pourraient avoir soulevé des questions sur le référendum constitutionnel ;
  • Permettre aux activistes des droits humains d’enquêter et d’informer sans entraves sur les violations des droits humains ;
  • Coopérer avec les mécanismes de l’ONU, y compris avec la Commission d’enquête, les autoriser à entrer au Burundi et permettre le déploiement des 228 agents de police de l’ONU, tel qu’il est prévu par une résolution du Conseil de sécurité de juillet 2016 ;
  • Reprendre pleinement sa coopération et sa collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), comme il est demandé dans la déclaration faite en avril 2018 par le président du Conseil de sécurité de l’ONU.

Aux dirigeants des partis politiques et des groupes d’opposition

  • Rappeler à leurs membres que les assassinats politiques et autres violations des droits humains par leurs adversaires ne peuvent jamais justifier des représailles illégales ;
  • Coopérer pleinement avec les autorités judiciaires enquêtant sur des assassinats politiques et d’autres abus qui leur sont liés, y compris en fournissant des informations pertinentes sur de tels incidents.

Aux gouvernements étrangers et aux organisations inter-gouvernementales

  • Continuer d’exprimer votre préoccupation au sujet des assassinats politiques et des autres abus commis au Burundi, évoquant des cas particuliers lorsque c’est approprié, et exhorter les autorités à agir de manière efficace pour traduire les auteurs d’exactions en justice et empêcher de nouveaux abus (comme nous le recommandons ci-dessus) ;
  • Élargir les sanctions ciblées des États-Unis et de l’Union européenne et exhorter le Conseil de sécurité de l’ONU à imposer des sanctions ciblées, notamment des interdictions de voyager à l’étranger et des gels d’avoirs financiers, aux individus responsables des graves violations des droits humains qui se poursuivent actuellement au Burundi.

Au Conseil de sécurité de l’ONU

  • Imposer des sanctions ciblées, notamment des interdictions de voyager à l’étranger et des gels d’avoirs financiers, aux individus responsables des graves violations des droits humains qui se poursuivent actuellement au Burundi ;
  • Continuer à surveiller de près la situation au Burundi, notamment en organisant régulièrement des réunions publiques et en discutant des rapports de l’ONU sur tout fait public d’incitation à la haine et à la violence tous les trois mois, comme le prévoit la résolution 2303 du Conseil de sécurité de l’ONU.

Aux dirigeants africains, à l’Union africaine et aux autres organes régionaux

  • S’impliquer pleinement dans les efforts visant à résoudre la crise politique et des droits humains au Burundi et à éviter une nouvelle escalade de la violence qui pourrait avoir des conséquences négatives pour toute la région, y compris en insistant auprès de Nkurunziza et de son gouvernement pour qu’ils mettent fin immédiatement aux violences et à la répression actuelles ;
  • Faire savoir clairement qu’il y aura de vraies conséquences si aucun progrès n’est accompli pour mettre fin aux violences généralisées et à la répression. Cela pourrait inclure l’application de l’article 4 (h) de l’Acte constitutif de l’Union africaine, qui autorise celle-ci à intervenir dans un État membre dans certaines circonstances, en particulier dans le cas de crimes contre l’humanité.

À la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples

  • Effectuer une mission d’information au Burundi afin d’évaluer la situation générale en matière de droits humains après le référendum. Rédiger et rendre public un rapport sur les résultats de cette mission.
 

Méthodologie

Ce rapport est basé sur plus de 100 entretiens réalisés par Human Rights Watch entre février et mai 2018 avec des victimes d’abus, des témoins, des membres des familles de victimes, et avec cinq anciens membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir. Ceci inclut des entretiens en personne avec 67 réfugiés burundais vivant dans des camps installés dans l’est de la République démocratique du Congo et en Ouganda, ainsi que des entretiens avec au moins 40 personnes vivant actuellement au Burundi. Les recherches effectuées par Human Rights Watch dans ces camps se sont concentrées principalement sur des personnes qui avaient fui le Burundi récemment en raison de menaces, réelles ou perçues, contre leur sécurité. Human Rights Watch n’a pas mené d’entretiens approfondis avec des personnes qu’elle identifiait comme ayant quitté le pays essentiellement pour des raisons humanitaires ou socio-économiques.

Les entretiens ont été menés en français ou en kirundi avec interprétation en français.

 Ce rapport s’appuie également sur de précédentes recherches et communications de Human Rights Watch sur le Burundi depuis le début de la crise en 2015. La véritable magnitude des abus commis est difficile à déterminer et est probablement nettement plus grande que ce que Human Rights Watch a pu documenter, étant donné le climat de peur prévalant à travers le pays qui rend de nombreux témoins et victimes réticents ou incapables de parler de ces abus.

Human Rights Watch a partagé ses informations sur les abus commis récemment, en particulier par les Imbonerakure, avec Nancy-Ninette Mutoni, secrétaire exécutive chargée de la communication et de l’information pour le CNDD-FDD, en avril 2018, mais n’a reçu aucune réponse au moment de la rédaction de ce rapport.

Du fait des craintes de représailles à l’encontre de victimes et de témoins ou des membres de leurs familles restés au Burundi, les noms des victimes et des personnes qui ont parlé à Human Rights Watch ont été retirés.

Toutes les personnes interrogées ont donné leur consentement en toute connaissance de cause à Human Rights Watch. Aucune n’a reçu de paiement ou d’autres avantages pour avoir donné des informations.

I. Contexte

Pour bien comprendre les violations des droits humains commises au Burundi dans la période ayant précédé le référendum constitutionnel, il est essentiel prendre en compte le contexte des élections de 2015 et du climat politique prévalant dans le pays, ainsi que le contexte plus large de la guerre civile au Burundi, qui a pris fin en 2009.

Déclenchée par l’assassinat en 1993 du président Melchior Ndadaye, le premier président hutu élu démocratiquement au Burundi, la guerre civile burundaise a opposé les membres des deux principales ethnies du pays, les Tutsis et les Hutus, et a fait des dizaines de milliers de morts.[1] Le CNDD-FDD, principal groupe rebelle hutu, a conclu un cessez-le-feu avec d’autres groupes en 2003, puis a gagné les élections de 2005, avec pour résultat l’accession de Nkurunziza à la présidence pour son premier mandat.[2] Des membres du groupe armé Forces nationales de libération (FNL) sont restés actifs au pays jusqu’à leur démobilisation en 2009 et la transformation du groupe en un parti politique.

L’Histoire du Burundi depuis la fin de la guerre civile a été marquée par les violences politiques. Aujourd’hui, de nombreux politiciens, dont certains se sont hissés à des postes de responsabilité après avoir combattu au sein de groupes armés, ont recours à la violence comme outil pour résoudre les différends et continuent de s’y référer comme étant le seul moyen d’accéder au pouvoir ou de s’y maintenir.

Lors de la période ayant précédé les élections de 2010, le CNDD-FDD au pouvoir et les FNL se sont disputé les voix des Hutus, majoritaires dans le pays. Ce faisant, les deux partis ont eu recours à la violence.[3] Des violations du code électoral ont été dénoncées lors des élections communales de 2010 dans des zones isolées, entraînant un boycottage par l’opposition du reste du processus électoral, notamment de l’élection présidentielle, ce qui a donné au CNDD-FDD un monopole presque total sur les leviers du pouvoir. De la fin de 2010 jusqu’à 2012, les assassinats d’opposants politiques, réels ou supposés, ont connu une brusque escalade.[4] Les anciens combattants et les membres des FNL ont été particulièrement visés.

Fin avril 2015, des manifestations publiques ont eu lieu en réponse à la décision de Nkurunziza de briguer un troisième mandat présidentiel. La police burundaise a eu recours à une force excessive et a tiré sans discernement sur les manifestants. À la suite d’une tentative manquée de coup d’État par un groupe d’officiers de l’armée en mai, le gouvernement burundais a intensifié sa répression à l’encontre des personnes soupçonnées d’être des opposants et a suspendu les activités de la plupart des stations de radio indépendantes du pays.

Répression de la société civile et des médias

 

Alors que par le passé, le gouvernement tolérait la critique, même si ce n’était pas de gaieté de cœur, aujourd’hui tout espace de liberté pour les organisations de défense des droits humains et les journalistes indépendants au Burundi a disparu. Depuis le début de 2015, certains défenseurs des droits humains renommés du Burundi ont été attaqués, des organisations ont subi de sévères restrictions dans leurs activités ou ont été fermées purement et simplement, et la plupart des principaux activistes de la société civile et des journalistes indépendants ont fui le pays pour des raisons de sécurité.[5]

En août 2015, Pierre Claver Mbonimpa, l’un des activistes des droits humains les plus renommés et véhéments du pays, président de l’Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH), a été blessé par balle au visage et au cou[6] alors qu’il rentrait chez lui en voiture en provenance du bureau de son organisation. Mbonimpa a survécu mais son gendre, puis son fils, ont ensuite été tués, en octobre et en novembre. Auparavant, en mai 2014, Mbonimpa avait été arrêté[7] et inculpé d’atteinte à la sécurité de l’État, en raison de certains propos qu’il avait tenus sur les ondes d’une radio. Il avait été remis[8] en liberté provisoire pour raisons médicales en septembre 2014, mais les chefs d’accusation retenus contre lui n’avaient pas été abandonnés.

En octobre 2016, le ministre de l’Intérieur, Pascal Barandagiye, a interdit cinq importantes organisations non gouvernementales burundaises et a suspendu les activités de cinq autres. Barandagiye a déclaré que les organisations interdites s’étaient activées à « ternir l’image du pays » et à « semer la haine et la division au sein de la population burundaise ».[9]

Les quelques activistes de la société civile qui ont choisi de rester au Burundi l’ont fait à leurs risques et périls. Deux activistes des droits humains, Nestor Nibitanga et Germain Rukuki, ont été arrêtés en 2017 et gardés à vue par le Service national de renseignement du Burundi (SNR). Tous deux ont été inculpés de crimes contre la sécurité de l’État.[10] En avril 2018, Rukuki a été condamné à 32 ans de prison pour « rébellion », « atteinte à la sûreté intérieure de l’État », « participation à un mouvement insurrectionnel » et « attaques contre le chef de l’État ».[11] Nibitanga et Rukuki étaient toujours en détention au moment de la rédaction de ce rapport.

Le gouvernement est ouvertement hostile à l’égard des médias indépendants. De 2010 à 2015, les journalistes qui informaient sur la situation politique et sur les violations des droits humains étaient la cible de multiples assignations et arrestations. En 2015, plusieurs stations de radio indépendantes ont été attaquées et leur matériel endommagé et, en août, des membres des services de renseignement ont sévèrement passé à tabac Esdras Ndikumana, correspondant de Radio France Internationale et de l’Agence France-Presse, alors qu’il prenait des photos à la suite du meurtre de l’ancien chef des services de renseignement.[12]

À l’approche du référendum en 2018, le gouvernement a poursuivi sa répression à l’encontre de la presse. Le 11 avril, la section réservée aux commentaires de la version en ligne d’Iwacu, un journal indépendant très respecté et très lu au Burundi, a été suspendue pour avoir « outrepassé les normes professionnelles » par le Conseil national de la communication (CNC)[13], qui est contrôlé par le gouvernement. Le 4 mai, le CNC a également suspendu pour six mois[14] le droit d’émettre dans le pays de la BBC (British Broadcasting Corporation) et de la Voix de l’Amérique (Voice of America, VOA).

Nkurunziza a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle controversée de juillet 2015, à laquelle il était seul candidat, la majeure partie de l’opposition ayant boycotté le scrutin. Le CNDD-FDD, déjà au pouvoir, a rapidement consolidé sa position dominante, restreignant les activités des partis d’opposition et contraignant beaucoup de leurs principaux membres à la fuite et à l’exil.

Les violences se sont accrues dans la seconde moitié de 2015, avec notamment des assassinats ciblés–y compris de personnalités en vue du gouvernement et de l’opposition–des opérations policières de contrôle et de fouille faisant des morts, des abus commis par des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, et des attaques perpétrées par des groupes armés d’opposition contre des membres des forces de sécurité et du parti au pouvoir. Les attaques à la grenade dans la capitale, Bujumbura, sont devenues de plus en plus fréquentes. Les autorités ont arrêté et emprisonné des centaines de personnes soupçonnées d’être des opposants, souvent de manière arbitraire et illégale. Les actes de torture commis par les services de renseignement et par la police se sont généralisés et sont devenus extrêmement brutaux.[15]

Début 2016, à la suite de condamnations internationales de la situation au Burundi, certains abus sont devenus plus discrets, avec une augmentation des enlèvements, des disparitions forcées et des décès mystérieux.[16] Plusieurs officiers et soldats de l’armée ont également été tués, alors que la méfiance et la suspicion causaient des divisions au sein de l’armée.

À la date du 30 avril 2018, on comptait 424 687 réfugiés burundais en Tanzanie, en Ouganda, au Rwanda et en République démocratique du Congo, dont 390 116 étaient devenus des réfugiés après avril 2015, selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR).[17]

Depuis 2016, les grandes organisations de défense des droits humains et les médias indépendants ont été fermés par le gouvernement burundais, limitant la couverture indépendante du pays. La Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH), créée en 2011, a perdu sa crédibilité en refusant d’enquêter sur les abus commis et de publier ses constatations. La CNIDH a été rétrogradée par la Sous-commission des accréditations de l’Alliance mondiale des institutions nationales de défense des droits humains en février 2018 en raison de son manque d’indépendance, perdant ainsi son droit de vote dans les réunions internationales.

Les Accords d’Arusha, la Constitution et la limitation des mandats

 

L’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation (connu sous le nom d’« Accords d’Arusha ») et la Constitution de 2005 sont essentiels à la compréhension de la crise politique actuelle au Burundi. Les Accords d’Arusha sont un accord-cadre politique largement crédité d’avoir fait sortir le Burundi de sa guerre civile et permis de partager le pouvoir, de construire des coalitions, d’organiser la participation au gouvernement et prévu un système d’équilibre des pouvoirs, ainsi que l’intégration des anciens combattants au sein de l’armée. Signés en 2000, ces accords ont ouvert la voie à l’élaboration de la Constitution adoptée cinq ans plus tard, et sont devenus un élément fondamental de l’identité nationale burundaise et la pierre angulaire d’un système basé sur le consensus dans lequel Hutus et Tutsis gouvernaient ensemble. 

Le différend au sujet du troisième mandat de Nkurunziza et de la légalité de sa candidature a été l’élément crucial déclencheur des violences de 2015. La Constitution de 2005 prévoit une limite stricte de deux mandats présidentiels obtenus par le suffrage universel,[18] tout en indiquant que la première élection, en 2005, serait assurée indirectement par les membres de l’Assemblée nationale et du Sénat.[19] Après une tentative infructueuse en 2014 de faire adopter une législation qui aurait permis explicitement au président de briguer un troisième mandat, la Cour constitutionnelle a ouvert la voie à ce troisième mandat pour Nkurunziza en avril 2015, lorsqu’elle a décidé que son premier mandat était exceptionnel et ne devrait pas compter dans la limite des deux mandats.

En septembre 2015, à la suite de l’élection de Nkurunziza pour un troisième mandat, le gouvernement a créé une commission chargée de conduire un dialogue national qui l’aiderait à dessiner l’avenir politique du pays. Connue sous le nom de Commission nationale de dialogue inter-burundais, elle a été chargée d’organiser des débats à travers le Burundi sur la consolidation du pays sur les plans social, politique et de la paix et d’évaluer des documents de base comme les Accords d’Arusha et la Constitution. La principale recommandation contenue dans son rapport de mi-mandat en août 2016 était de modifier les mandats présidentiels.[20] Le 12 décembre 2017, Nkurunziza a annoncé le référendum.

Le référendum s’est tenu dans un contexte de violence, de peur et d’intimidation. Le gouvernement a averti clairement qu’il rechercherait et punirait quiconque serait perçu comme étant opposé aux modifications proposées. Le 12 décembre 2017, Nkurunziza a averti que ceux qui oseraient « saboter » le projet de révision de la constitution « par la parole ou par les actes » seraient considérés comme ayant franchi une « ligne rouge. »[21] Le 13 février, le porte-parole du ministère de la Sécurité publique, Pierre Nkurikiye, a déclaré publiquement, se référant à des personnes arrêtées pour avoir prétendument encouragé d’autres personnes à ne pas s’inscrire en vue du vote : « Ceci est un avertissement, une mise en garde contre toute personne qui par son action ou son verbe est en train d’entraver ce processus … il sera immédiatement appréhendé par la police et traduit devant la justice. »[22]

Le camp de réfugiés de Mulongwe, en République démocratique du Congo. Selon les Nations Unies, il y a environ 90 000 réfugiés burundais en RD Congo.

© 2018 Privé

Les autorités locales ont mis ces menaces en application. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent les autorités encourageant les citoyens à la vigilance à l’égard de toute personne susceptible d’être opposée au référendum. Dans un de ces cas, le 27 janvier, Revocat Ruberandinzi, représentant du parti au pouvoir dans la commune de Butihinda, province de Muyinga, a déclaré lors d’une réunion qui a été filmée et affichée en ligne : « Quiconque sera surpris en train d’inciter des gens à voter ‘non’ à la constitution [au référendum], amenez-nous cette personne. Est-ce clair ? L’OPJ [la police judiciaire] n’arrivera pas jusqu’ici ; nous allons le prendre nous-mêmes … »[23] Dans un autre exemple, le 13 février, Désiré Bigirimana, administrateur de la commune de Gashoho, également dans la province de Muyinga, a déclaré à la foule : « Quiconque dit quoi que ce soit contre le ‘oui’ ou contre Peter [le président Nkurunziza], frappez-le sur la tête et appelez-moi quand vous l’aurez ligoté. »[24]

Des responsables gouvernementaux ont également déclaré ouvertement aux Burundais qu’ils devaient voter ‘oui’. Un habitant de la province de Makamba a déclaré à Human Rights Watch : « L’administrateur de la commune a organisé une réunion en janvier pour expliquer le référendum et pourquoi nous devons voter ‘oui’. Il a déployé les Imbonerakure pour aller chercher les gens et les forcer à assister à la réunion. Nous y avons passé toute la journée ; personne n’a pu travailler. Les Imbonerakure avaient des gourdins et ils vous en frappaient si vous refusiez d’assister à la réunion. »[25]

Loin de donner au peuple burundais la possibilité d’avoir son mot à dire dans l’avenir politique du pays, le référendum et le contexte qui l’entoure envoient un message inquiétant sur la direction empruntée par le Burundi, le gouvernement enracinant encore davantage son contrôle du pouvoir par la peur, la violence et la répression.

II. Abus commis par les Imbonerakure

Les partis politiques au Burundi ont depuis longtemps utilisé des groupes de jeunes pour des tâches diverses. Fin 2008, le CNDD-FDD a mobilisé des jeunes à travers le pays et les a organisés en groupes quasi-militaires, appelés les Imbonerakure, pour démontrer la puissance du parti.[26] Le CNDD-FDD a utilisé les Imbonerakure à partir de 2009 et jusqu’à la période électorale de 2010 pour intimider et harceler l’opposition politique, et ils se sont souvent livrés à des combats de rue contre les ligues de jeunes d’autres partis. Depuis lors, le recours aux jeunes pour intimider et attaquer des personnes perçues comme étant des opposants du CNDD-FDD au niveau local s’est accru.

Les membres des Imbonerakure sont restés systématiquement à l’abri de la justice. Dans de nombreux incidents documentés par Human Rights Watch, des membres des Imbonerakure, des services de renseignement et des forces de sécurité ont semblé coopérer dans des opérations d’intimidation et des attaques contre des opposants présumés, ce qui révèle un certain degré d’implication de l’État dans les activités des Imbonerakure.

De 2010 à 2012, des membres des Imbonerakure ont fréquemment attaqué et menacé des membres des FNL, actuels ou anciens, parfois conjointement avec des membres des services de renseignement ou de la police.[27]

À la suite d’un affrontement entre l’armée burundaise et des membres d’un groupe armé non identifié survenu entre le 30 décembre 2014 et le 3 janvier 2015, des membres des Imbonerakure, des militaires burundais et des agents de police ont commis au moins 47 exécutions extrajudiciaires de membres de ce groupe armé, dont certains s’étaient rendus, d’après les recherches effectuées par Human Rights Watch. Les membres des Imbonerakure ont participé activement à ces meurtres, certains en utilisant des machettes. Des témoins ont affirmé que pendant ces incidents, des policiers et des militaires avaient transporté certains Imbonerakure à bord de véhicules du gouvernement et leur avaient fourni des armes. Les témoins ont également affirmé avoir vu les Imbonerakure ligoter, passer à tabac ou tuer des hommes appartenant au groupe armé qui avaient été capturés, dans diverses zones de la province de Cibitoke.[28]

Depuis avril 2015, des membres des Imbonerakure ont arrêté, passé à tabac ou attaqué de nombreux membres des FNL à travers le pays. En mai 2016, Human Rights Watch s’est entretenu avec plus de 70 victimes de viol ou de violence sexuelle, dont certaines ont affirmé avoir reconnu des membres des Imbonerakure qui les avaient violées. Certaines femmes avaient été visées parce que leurs maris ou des membres de leurs familles de sexe masculin étaient membres de partis d’opposition comme les FNL.[29]

Fin 2016, les informations faisant état de meurtres, d’actes de torture et de passages à tabac commis par les Imbonerakure ont augmenté en nombre, démontrant que l’impunité généralisée dont bénéficient les membres du groupe et le manque de volonté du gouvernement de les poursuivre en justice ou de contenir ce groupe plus étroitement persistaient. Des membres des Imbonerakure ont installé des barrages de fortune sur des routes principales et secondaires dans plusieurs provinces, notamment Kirundo, Makamba, Muyinga, Muramvya, Ruyigi et Ngozi, ont arrêté des passants, leur ont extorqué de l’argent ou des objets de valeur et les ont parfois maltraités. Certaines victimes ont déclaré que les membres des Imbonerakure les avaient accusés de collaborer avec des groupes d’opposition. Dans d’autres cas, la raison pour laquelle ils avaient été pris pour cibles n’était pas claire.[30]

Les Imbonerakure ont édifié des barrages routiers en février 2018 pour vérifier si les passants s’étaient fait inscrire en vue de participer au référendum, passant à tabac ceux qui ne l’avaient pas fait ou qui ne pouvaient pas présenter un récépissé prouvant leur inscription. Des membres des Imbonerakure ont également passé à tabac plusieurs personnes accusées de ne pas s’être fait inscrire pour le référendum ou de faire campagne contre le changement constitutionnel.[31]

En avril 2018, Human Rights Watch a interrogé cinq anciens membres des Imbonerakure qui ont expliqué comment le groupe fonctionnait depuis 2015.

Un ancien membre des Imbonerakure de Bujumbura a expliqué qu’il avait rejoint le groupe à l’âge de 19 ans en 2015, alors que les tensions dans le pays étaient élevées. Il est resté membre du groupe pendant un an, avant de le quitter en 2016. Lorsqu’il a quitté le groupe, il a dû se cacher et par la suite s’est enfui du pays. « Ne dissociez pas les Imbonerakure du CNDD-FDD », a-t-il dit. « Le parti a mis au point tout un système pour gérer le groupe. » Il a ainsi expliqué comment le groupe fonctionne au niveau local :

Dans chaque province, commune, zone et sur chaque colline, il y a un chef des Imbonerakure. Ces chefs s’inscrivent dans une hiérarchie qui va jusqu’au sommet du parti. S’il y a une personne que le parti veut tuer ou enlever, l’ordre peut être facilement donné aux Imbonerakure pour qu’ils le fassent.... Les Imbonerakure sont utilisés à la place de l’armée et de la police, mais nous avons souvent travaillé en coordination avec ces deux entités. Nos chefs étaient traités comme des dirigeants de la police.[32]

Cet ancien membre a expliqué pourquoi il avait rejoint les Imbonerakure : « En 2015, Nkurunziza allait briguer son troisième mandat et il y a avait beaucoup de manifestations de protestations. Certains jeunes que je connaissais m’ont convaincu de rejoindre le mouvement mais j’ai été piégé. Ils m’ont promis un emploi gouvernemental mais au lieu de cela, j’ai eu du sang sur les mains, puis j’ai pris peur. J’ai rapidement été mal vu par les autres et ils ont commencé à me considérer comme un traître. »[33]

Un autre ancien membre des Imbonerakure, âgé de 21 ans et originaire de la province de Gitega, a déclaré à Human Rights Watch : « La pauvreté peut vous faire rejoindre ces mouvements. À cause de la pauvreté, les Imbonerakure ont recruté de nombreux jeunes. Nous sommes tous sans emploi et on nous promet un travail stable. »[34]

Cet homme a précisé qu’en avril 2017, le président du Sénat, Révérien Ndikuriyo, avait rendu visite aux Imbonerakure dans la province de Gitega et leur avait dit de se tenir prêts à travailler dur. « Ndikuriyo nous a dit que le Burundi de demain dépendait des Imbonerakure et que le Rwanda pourrait s’emparer du pays si nous n’étions pas préparés. Son discours a convaincu beaucoup d’entre nous. »[35]

Cet ancien membre des Imbonerakure a ensuite décrit le genre de personnes qu’ils prenaient pour cibles au moment où il a rejoint le groupe : « D’abord et avant tout, les Imbonerakure visent des opposants ou des personnes considérées comme opposées au CNDD-FDD. Mais nous avons aussi pris pour cibles des Tutsis car la plupart des membres de l’opposition étaient tutsis, et on nous a dit que les Tutsis étaient soutenus par le Rwanda et le Rwanda était considéré comme un ennemi. »[36]

Un ancien combattant des FNL a expliqué comment il avait été contraint de rejoindre les Imbonerakure, mais avait ensuite décidé de fuir après avoir refusé de participer à des assassinats. « J’ai reçu l’ordre de tuer d’autres membres des FNL qui étaient en prison dans la province de Cibitoke », a-t-il dit à Human Rights Watch. « Mais je ne pouvais pas le faire.... Ils m’avaient dit que j’étais encore une recrue récente des Imbonerakure et qu’ils n’avaient pas entièrement confiance en moi. Ils disaient que je devais faire quelque chose pour prouver qu’on pouvait me faire confiance dans le groupe.... Quand j’étais avec les Imbonerakure, nous avions l’habitude de dire : ‘Nous égorgerons nos adversaires.’ »[37]

Un homme de 33 ans originaire de la province de Gitega a expliqué à Human Rights Watch qu’il avait rejoint les Imbonerakure pour une brève période en 2017. « Ils nous disaient que notre tâche était de défendre le Burundi si jamais nous étions menacés par des ennemis de la paix », a-t-il dit. « Nous suivions un entraînement physique et ils nous disaient : ‘Un jeune Imbonerakure doit être fort, courageux, endurci et visionnaire.’ Ils insistaient pour que nous apprenions l’idéologie du CNDD-FDD et on nous disait : ‘Si nous vous donnons pour mission de trouver quelqu’un, attrapez cette personne. Même si vous devez opérer de manière clandestine. Notre parti vous a donné les moyens dont vous avez besoin pour capturer ceux qui trahissent ses idéaux.’ »[38]

 

III. Schémas de violence en 2017 et 2018

Les épisodes de violence qui ont contraint de nombreuses personnes à fuir le Burundi en 2017 et 2018 suivaient plusieurs schémas précis d’incitation à la peur : peur consécutive au meurtre, à l’agression ou au viol d’un membre de la famille ; peur consécutive à l’enlèvement ou à la disparition forcée d’un membre de la famille ; et peur d’être arrêté, passé à tabac, tué ou recruté de force au sein des Imbonerakure ou du CNDD-FDD.

La crainte d’une culpabilité par association est un sentiment très répandu que Human Rights Watch a entendu exprimer à de nombreuses reprises. Un membre de la famille d’une personne qui est portée disparue a expliqué : « Si vous avez un frère qui a disparu, cela veut dire que les gens vont présumer qu’il avait des liens avec les manifestations ou avec l’opposition. Quand votre frère est porté disparu depuis plusieurs jours, cela veut dire qu’il est mort et que votre tour pourrait venir bientôt. »[39] Ce sentiment démontre non seulement les craintes généralisées que les victimes et les membres de leurs familles continuent d’éprouver, mais aussi le manque de confiance envers les services de sécurité dans leur rôle de protection des civils.

Les incidents de 2017 et de 2018 documentés par Human Rights Watch se sont déroulés dans tout le pays, dans 9 des 18 provinces du Burundi. Les tensions et les abus ont connu une escalade depuis que le référendum a été annoncé en décembre 2017, alors que les services de sécurité et les Imbonerakure s’en prenaient à des personnes perçues comme étant opposées au changement constitutionnel.

Meurtres

Lors de ses récentes recherches, Human Rights Watch a documenté 15 cas dans lesquels des individus ont été tués par les forces de sécurité ou par les Imbonerakure en 2017 et en 2018. Il est probable que ceci ne soit qu’un petit échantillon du nombre total de ces incidents. Les organisations burundaises de défense des droits humains ont fait état de 482 personnes tuées en 2017 et dans la première partie de 2018.[40] La majorité de ces victimes auraient été tuées par les services de sécurité de l’État ou par les Imbonerakure.

Lors des incidents documentés par Human Rights Watch, deux victimes étaient accusées d’avoir refusé de se faire inscrire en vue du vote pour le référendum. Dismas Sinzinkayo, membre des FNL, a été battu à mort par des Imbonerakure dans la province de Kayanza le 24 février 2018. Une personne proche de Sinzinkayo, qui a été témoin de son meurtre, a déclaré à Human Rights Watch :

Les Imbonerakure sont arrivés [au domicile de Sinzinkayo] tard dans la soirée, vers 22h30. Ils ont demandé à voir le récépissé [attestant qu’il s’était fait inscrire]. Il a refusé de le leur montrer. Les Imbonerakure l’ont alors fait sortir de force de sa maison et ont commencé à le frapper. Alors qu’ils le frappaient, ils continuaient de demander le récépissé. Il a affirmé qu’il s’était fait inscrire mais à ce moment-là, ils n’en avaient cure. Ils ont continué de le frapper encore et encore à coups de gourdin. Quand ils ont fini, ils sont partis et je suis allé le voir. Il était mort. Nous l’avons enterré le lendemain.[41]

Le 14 février 2018, les autorités locales de la province de Cankuzo sont venues chercher Simon Bizimana, 35 ans, à son domicile parce qu’il avait refusé de se faire inscrire pour le vote. Ils l’ont emmené à une réunion d’administrateurs locaux où il a été filmé en train d’expliquer qu’il ne s’était pas inscrit à cause de ses convictions religieuses.

Le camp de réfugiés de Nakivale, en Ouganda, accueille plus de 28 000 réfugiés burundais. Photographie par Lewis Mudge. 

© 2018 Human Rights Watch

Des médias burundais ont affirmé que les autorités locales avaient frappé Bizimana à coups de barre de fer après la réunion.[42] Quoique Human Rights Watch ne soit pas en mesure de confirmer ceci, un témoin qui assistait à la réunion a affirmé qu’une fonctionnaire de haut rang avait frappé Bizimana avant qu’il ne soit conduit en prison. « Elle l’a frappé avec sa Bible », a déclaré ce témoin. « Elle lui a crié : ‘Si nous étions en temps de guerre, nous t’enterrerions vivant !’ ».[43]

Une personne proche de Bizimana, qui a pu lui rendre visite pendant sa détention, a affirmé qu’il avait dit que son corps était totalement endolori par les passages à tabac qu’il avait subis. « Il a demandé de l’argent, afin de pouvoir acheter des sédatifs en prison », a dit cette personne à Human Rights Watch. « Il a dit qu’il avait constamment mal à la tête. »[44]

Le 14 mars, Bizimana a été transporté à l’hôpital local dans un état comateux. Des témoins à l’hôpital ont indiqué à Human Rights Watch qu’il ne pouvait plus parler et que les policiers avaient dû le transporter en fauteuil roulant. « Il était dans un triste état », a déclaré un témoin à l’hôpital. « Il était très amaigri et il était clair qu’il n’avait pas pu changer de vêtements lorsqu’il était détenu par la police. Il était crasseux. Nous avons essayé de lui parler mais c’était inutile, il était déjà à l’article de la mort. »[45] Bizimana est mort à l’hôpital le 18 mars.[46]

Le 9 juillet 2017, des Imbonerakure sont venus chercher un enseignant âgé de 30 ans à son domicile car il était soupçonné d’être opposé à Nkurunziza. Son frère a expliqué à Human Rights Watch :

[Mon frère] a refusé de rejoindre les Imbonerakure. Ils lui ont envoyé des avertissements mais il les a ignorés. Après sa capture, nous ne savions pas ce qu’il s’était passé. La famille a informé la police des menaces proférées par les Imbonerakure, mais les policiers ont dit qu’il s’était probablement caché. Mais le 12 juillet, nous avons trouvé son cadavre dans un champ ; il était en cours de décomposition. Il avait été étranglé et portait des marques de coups. Quand nous sommes allés dire à la police que nous avions trouvé son corps, ils ont dit : ‘Allez l’enterrer dignement. De nombreuses autres familles ne peuvent même pas enterrer leurs proches.’… C’est là que j’ai su que les Imbonerakure étaient intouchables dans le pays, qu’ils peuvent tuer comme ils le veulent. Comme [les Imbonerakure] me connaissaient, j’ai dû partir [du pays].[47]

La mère d’un jeune homme de 20 ans tué en mai 2017 dans la province de Muramvya a expliqué que son fils était visé depuis sa participation aux manifestations de protestation en 2015. Quand elle a vu son cadavre, avec une grosse pierre enfoncée dans la bouche, elle a compris qu’elle devait quitter le pays. « J’ai vu les effusions de sang en 1993 »,[48] a-t-elle dit. « Maintenant, mon fils est mort ; je n’ai plus d’avenir au Burundi. »[49]

L’épouse d’un ancien combattant des FNL âgé de 50 ans et originaire de la province de Bujumbura Rural a déclaré à Human Rights Watch que son mari avait cédé aux pressions et rejoint les Imbonerakure vers 2010. Pendant plusieurs années, les choses allaient bien, a-t-elle dit. Puis en mars 2017, un groupe de collègues Imbonerakure de son mari sont venus à leur domicile et ont dit à son mari : « Viens avec nous, traître. Nous ne servons pas deux morceaux de viande en même temps. Soit tu es avec le CNDD-FDD, soit tu es avec les FNL. » Les Imbonerakure l’ont emmené et il n’est jamais revenu. On a dit à sa femme quelques jours plus tard que le cadavre de son mari avait été jeté dans le lac Tanganyika. Craignant pour sa propre vie, elle a emmené ses enfants et s’est enfuie en RD Congo.[50]

La mère d’un homme de 30 ans tué en février 2017 dans la province de Bujumbura Rural a déclaré à Human Rights Watch : « Les Imbonerakure voulaient que mon fils les rejoigne mais il a refusé. Alors ils ont commencé à dire que c’était un traître. Une nuit en février 2017, ils sont venus à la maison et ont demandé de l’argent à mon fils. Il leur a donné ce qu’il avait mais ils lui ont quand même tiré dans le ventre. Il est mort sur place. J’ai alors décidé que je devais quitter le pays. »[51]

Viols

Les viols et les violences sexuelles commis par des membres des services de sécurité et des Imbonerakure se sont généralisés au Burundi depuis le début de la crise en 2015. Ces crimes ont continué à être commis en 2017 et 2018. Une organisation burundaise de défense des droits humains a fait état de 77 cas de violence sexuelle en 2017, dont la majorité sont réputés avoir été commis par des membres des services de sécurité de l’État et des Imbonerakure, mais il est difficile de distinguer avec certitude quels cas revêtent un aspect politique.[52] Lors de ses récentes recherches, Human Rights Watch a documenté sept cas de viol par des membres des Imbonerakure. Dans six de ces cas, le viol semble avoir été une forme de punition contre un membre de la famille qui était perçu comme un opposant au parti au pouvoir.[53] La conviction que les membres des Imbonerakure sont en mesure de commettre ces actes dans une totale impunité a conduit des victimes (et souvent les membres de leurs familles) à fuir le pays.

L’épouse, âgée de 28 ans, d’un membre bien connu des FNL dans la province de Ngozi a raconté à Human Rights Watch comment elle a été violée fin février 2017, alors qu’elle était enceinte de sept mois. « Les Imbonerakure effectuaient une patrouille de nuit et ils sont venus à notre domicile », a-t-elle dit. « Mon mari était là et deux Imbonerakure l’ont emmené dehors tandis qu’un troisième est resté dans la maison et m’a violée. Il a vu que j’étais enceinte mais il n’a pas eu pitié de moi. Au contraire, il m’a dit qu’il voulait me faire faire une fausse couche. Pendant qu’il me violait, il a dit : ‘Tu dois savoir que toutes les femmes des opposants au CNDD-FDD nous appartiendront un jour.’ »[54]

La nièce âgée de 17 ans d’un opposant connu du CNDD-FDD originaire de la province de Rumonge a été violée le 27 février 2017. Avant cette agression, un chef bien connu des Imbonerakure de la région avait dit à son oncle : « Nous savons que vous n’aimez pas Peter [se référant à Nkurunziza]. Mais Peter va vous gouverner pendant encore des décennies et vous ne pouvez rien y faire. Nous trouverons moyen de vous attraper. »[55] La nièce de cet homme a été violée par un Imbonerakure quelques jours plus tard. La famille a informé les autorités locales mais ses membres ont senti que cela les mettait encore plus en danger et ils ont décidé de quitter le pays.

En mai 2017, les Imbonerakure ont attaqué le domicile d’un homme qui avait refusé de participer à des patrouilles de nuit avec eux, dans la province de Cibitoke. Lors de cette attaque, un membre des Imbonerakure a violé l’épouse de cet homme, âgée de 35 ans. Elle a déclaré à Human Rights Watch : « Alors que je pleurais, il m’a plaquée de force sur le lit et m’a violée. Les autres Imbonerakure étaient dans la salle de séjour et disaient à nos enfants de ne pas paniquer.... Le lendemain, je suis allée à l’hôpital, puis j’ai appris plus tard que les Imbonerakure savaient que j’avais sollicité des soins médicaux. Après cela, nous avons compris qu’il n’était pas prudent pour nous de rester. »[56]

Une femme de 29 ans de la province de Cibitoke a expliqué à Human Rights Watch comment elle avait été violée collectivement chez elle par des membres des Imbonerakure :

J’étais contre le CNDD-FDD et les Imbonerakure. Je me suis disputée avec mon mari au sujet du fait que je ne soutenais pas Nkurunziza, et il a quitté la maison. Quelques nuits plus tard, trois Imbonerakure sont venus. J’avais peur d’ouvrir la porte et de les laisser entrer mais ils ont insisté. Leur chef m’a dit : « Nous sommes des Imbonerakure et vous êtes une traîtresse. » Il m’a ordonné de me déshabiller mais j’ai refusé. Il a lacéré mes vêtements avec un couteau. J’avais peur qu’il m’égorge. Tous les trois m’ont violée de force devant mes enfants. C’était horrible. Quand ils m’ont laissée, j’étais inconsciente. Le lendemain, je suis allée à l’hôpital, mais j’avais déjà décidé de quitter le pays.[57]

Enlèvements

Huit personnes qui ont récemment cherché refuge en RD Congo ou en Ouganda ont déclaré à Human Rights Watch qu’elles avaient fui le pays après la disparition de membres de leurs familles. Plusieurs d’entre elles ont affirmé que cela n’avait rien à voir avec la politique, mais qu’elles étaient suffisamment préoccupées par leur association avec la personne portée disparue qu’elles avaient décidé de fuir. D’autres ont indiqué qu’elles avaient été ouvertement menacées après la disparition d’un membre de leur famille.

L’épouse d’un homme qui a disparu en février 2017 dans la province de Ngozi a décrit à Human Rights Watch comment des Imbonerakure sont venus une nuit à leur domicile, ont accusé son mari de ne pas manifester assez de soutien au CNDD-FDD, l’ont passé à tabac devant elle et leurs enfants, puis l’ont emmené. Elle ne l’a jamais revu et elle a souligné qu’elle restait traumatisée par la façon dont les membres des Imbonerakure agissaient avec impunité. « Les Imbonerakure tuent pour faire la preuve de leur loyauté », a-t-elle dit. « Ils déclarent ouvertement qu’ils ont une stratégie pour faire en sorte que les femmes des opposants deviennent veuves et pour engrosser leurs filles. Après la disparition de mon mari, je ne pouvais plus supporter cela et je suis partie. »[58]

L’épouse d’un homme qui a disparu en janvier 2017 dans la province de Rumonge a déclaré à Human Rights Watch :

Les Imbonerakure sont venus à notre domicile tard dans la soirée et ont emmené mon mari. À ce jour, je ne sais toujours pas pourquoi ; mon mari n’a jamais été mêlé à la politique. Peut-être y avait-il une rumeur à son sujet. Quelques jours plus tard, un Imbonerakure est venu chez moi et m’a dit : « Je suis prêt à te prendre pour femme car tu n’as pas de mari. » C’était l’un des hommes qui avaient emmené mon mari, donc j’ai compris qu’il était mort. Cet Imbonerakure est revenu ensuite et m’a dit que je devrais être loyale. Cela m’a fait craindre pour ma vie.[59]

L’épouse d’un ancien combattant des FNL a déclaré que des membres des Imbonerakure avaient demandé à son mari en février 2017 s’il soutenait le CNDD-FDD. Il a répondu que non. Quelques semaines plus tard, deux hommes soupçonnés d’être membres des services de renseignement sont venus à leur domicile et ont emmené son mari. On ne l’a jamais revu. « J’ai pris peur après qu’ils eurent emmené mon mari », a-t-elle dit à Human Rights Watch. « J’ai pensé qu’ils croiraient aussi que mes enfants et moi étions des rebelles, donc nous nous sommes enfuis. »[60]

Passages à tabac, peur et intimidation

Tout au long de l’année 2017 et en 2018, les forces gouvernementales et, tout particulièrement, les Imbonerakure ont menacé, passé à tabac et intimidé des opposants, réels ou supposés, visant en particulier des membres des partis politiques d’opposition. Human Rights Watch a documenté de nombreux cas dans lesquels des personnes ont été prises pour cibles car elles étaient soupçonnées de refuser de participer au référendum ou d’avoir insulté Nkurunziza ou le CNDD-FDD. De nombreuses personnes qui ont fui le pays en 2017 et au début de 2018 ont déclaré à Human Rights Watch qu’elles pensaient être face à un choix draconien : fuir ou mourir.

Un habitant de la province de Karusi a ainsi décrit un passage à tabac dont il a été témoin à un barrage routier tenu par les Imbonerakure fin janvier 2018 :

Le chef de zone [une autorité locale] et les Imbonerakure avaient installé une barrière en travers de la route pour vérifier les récépissés et voir si les gens s’étaient fait inscrire. C’était juste à la fin de la période des inscriptions. Je les ai vus demander son récépissé à un conducteur de [la province de] Muyinga, mais il ne l’avait pas. Les Imbonerakure étaient armés de bâtons, ils l’ont sorti de force de sa voiture et l’ont passé à tabac.... Il y avait deux Imbonerakure. Alors qu’ils le frappaient, ils criaient : « Si tu ne te fais pas inscrire, cela veut dire que tu es contre le référendum ! » Cela s’est passé non loin de mon domicile et quand j’ai vu cela, j’ai compris que je ne pouvais pas me déplacer sans mon récépissé.[61]

Un membre des FNL a déclaré qu’il avait été soupçonné d’inciter les gens de son quartier à voter non. Des Imbonerakure l’ont arrêté le 2 février dans la province de Kirundo :

Les Imbonerakure se sont présentés chez moi à 7h00 du matin, affirmant être envoyés par le chef de la communauté locale. Ils étaient cinq et ont immédiatement commencé à me frapper. Ils m’ont passé à tabac devant ma femme et mes enfants. Alors qu’ils me frappaient, ils disaient : « On nous a dit de venir nous occuper de toi car tu incites les gens à voter ‘non’ ! » Mais ce n’était pas vrai.... J’ai été conduit à la prison et les policiers m’ont dit que je devrais attendre là jusqu’à ce que je sois inculpé. Je n’avais pas d’avocat. En fin de compte, j’ai été libéré sans inculpation. Ils m’ont juste dit de partir.... Quand je suis sorti de prison, les autorités et les Imbonerakure étaient en train de lancer leur propre campagne et disaient aux gens de voter ‘oui’ au référendum.... J’ai peur d’être de nouveau arrêté ou tué lors de la période électorale.[62]

Cet homme a été remis en liberté le 20 février, soit 18 jours après son arrestation.

Un homme d’affaires de la province de Karusi a déclaré que les Imbonerakure l’avaient passé à tabac le 10 février à un barrage routier. Il avait son récépissé mais n’a pas voulu le montrer, insistant sur le fait qu’il était burundais et n’avait pas à prouver quoi que ce soit. « Ils étaient nombreux et certains étaient armés de câbles métalliques », a-t-il dit. « Ils ont commencé à me frapper et je suis tombé de ma bicyclette. Ils ont continué de me frapper à terre et ils criaient : ‘Nous combattrons tous les opposants !’ Cela se passe dans tout le pays ; tout le monde a peur des Imbonerakure. »[63]

Un membre du Mouvement pour la solidarité et la démocratie (MSD), un groupe d’opposition, originaire de la province de Bubanza, a expliqué à Human Rights Watch comment il a commencé à recevoir des menaces après les manifestations de 2015 :

J’étais ouvertement membre du MSD et la vie est devenue très difficile pour moi après 2015. Quand un de mes amis appartenant au MSD a été tué par les Imbonerakure en 2016, j’ai compris que la situation était grave pour nous les membres [du MSD].... Les Imbonerakure font du sport tous les samedis et ils chantent qu’ils vont violer les femmes des opposants.[64] Ils se déplacent aussi la nuit, armés de bâtons, et menacent les gens. C’était traumatisant pour moi et quand ils m’ont menacé, j’ai compris que je devais partir. La vie n’est pas facile ici, mais au moins je ne vis pas constamment dans la peur.[65]

Ce membre du MSD s’est enfui et a rejoint un camp de réfugiés en RD Congo en février 2017.

D’autres membres de partis politiques, en particulier d’anciens combattants des FNL, ont expliqué comment ils se sont retrouvés soumis à de fortes pressions pour rejoindre les Imbonerakure ou le CNDD-FDD. Ceux qui ont refusé ont été menacés de mort ou d’arrestation. Beaucoup de ces hommes ont été contraints de vivre cachés.

Un ancien combattant des FNL de la province de Cibitoke a expliqué à Human Rights Watch comment il avait subi des pressions pour rejoindre le parti et participer aux activités des Imbonerakure. Quand il a refusé, il a été convoqué par la police qui lui a dit : « Tu es un rebelle des FNL et pourtant, tu te comportes comme si c’était ton pays. C’est le pays de Nkurunziza. Nous savons que tu travailles toujours pour ton parti et que tu as refusé de rejoindre le CNDD-FDD. Tu as fait ton choix. »[66] Cet ancien combattant a déclaré qu’après cette menace, il n’avait pas d’autre choix que de s’enfuir.

Un membre du MSD a décrit à Human Rights Watch comment il a été détenu pendant six jours et battu par des membres des services de renseignement en 2015. Puis il a été transféré dans une prison jusqu’à sa remise en liberté en février 2017, date à laquelle il est retourné chez lui dans la province de Mwaro. « Une fois rentré chez moi, j’étais suivi par des Imbonerakure qui me demandaient : ‘Est-ce bien sûr que tu as quitté le MSD ?’ », a-t-il dit. « Je leur ai assuré que j’avais bien quitté le parti, mais je suis allé à un événement mineur organisé par le MSD en mars [2017] et ils m’y ont vu. C’est alors que les vraies menaces ont commencé. Les Imbonerakure ont commencé à dire qu’ils pourraient facilement me renvoyer en prison ou me tuer. J’avais déjà perdu un frère et mon père à cause de cette violence en 2015, donc j’ai décidé de m’enfuir. »[67]

D’autres membres de groupes d’opposition, en particulier ceux qui avaient été arrêtés lors des manifestations de 2015, ont fait l’objet de menaces s’ils ne versaient pas de l’argent aux Imbonerakure. Par exemple, un dirigeant du MSD de la province de Cankuzo a affirmé à Human Rights Watch qu’il avait été arrêté et envoyé en prison pour un an et demi sous l’accusation d’avoir des liens avec la rébellion. Il a été remis en liberté en mai 2017 et est rentré chez lui. Il a déclaré :

Une fois rentré chez moi, j’ai été l’objet de menaces de la part des Imbonerakure. Ils venaient et me disaient que je devais donner de l’argent pour aider à financer les élections. Parfois, ils étaient accompagnés du chef de zone [une autorité locale]. Ils disaient que je devais verser 150 000 FBU [environ 85 dollars] par mois pendant trois mois. Ils m’ont dit : « Si tu n’as pas l’argent, tu retourneras en prison. Tu vas voir ! » Je craignais d’être de nouveau arrêté si je n’avais pas l’argent. Je ne pouvais pas supporter l’idée de passer plus longtemps en prison, donc je me suis enfui.[68]

Des personnes non affiliées aux partis d’opposition ont affirmé à Human Rights Watch qu’elles avaient été menacées de mort, de passage à tabac ou d’emprisonnement pour ne pas avoir payé les taxes ad hoc requises par les autorités de l’État et perçues par les Imbonerakure. On leur a dit qu’une partie de ces taxes était destinée à financer l’organisation du référendum et des prochaines élections. Un homme de 29 ans, qui avait vécu à Bujumbura jusqu’à ce qu’il décide de retourner dans son village d’origine dans la province de Muramvya en 2016, a déclaré à Human Rights Watch :

Quand je suis rentré dans mon village, les gens savaient que je venais de Bujumbura. J’avais des amis qui avaient été arrêtés par le SNR, donc on m’a fait subir des pressions pour que je rejoigne le CNDD-FDD, afin de prouver ma loyauté. Ils m’ont forcé à rejoindre le parti, ce que j’ai fait. Mais l’année dernière, ils ont dit que je devais verser de l’argent pour contribuer au financement des élections. Ils ont affirmé que cet argent était destiné au parti et au financement du vote.... Je n’avais pas trouvé de travail et j’avais des difficultés à payer. Bientôt, j’ai commencé à recevoir des menaces de la part des Imbonerakure qui disaient : « Nous allons te donner le choix. Ou bien tu montres ton respect pour le CNDD-FDD et tu payes, ou bien on va te battre pour te corriger. »[69]

Un habitant de la province de Rumonge, victime d’un passage à tabac, a déclaré à Human Rights Watch qu’il avait été stoppé par un groupe d’Imbonerakure en décembre 2017, et que leur chef, que la victime a identifié sous le nom de Manirampa, a réclamé de l’argent pour le référendum de mai 2018 :

J’ai refusé de payer. Alors ils m’ont battu au point que j’ai perdu connaissance. Je me suis réveillé à la prison de Rumonge et j’ai été accusé d’avoir causé des troubles à l’ordre et à la tranquillité publics. Ils m’ont également accusé de répandre des programmes de radio d’opposition sur WhatsApp et Facebook afin d’inciter les gens à manifester contre le pouvoir en place. Mon frère travaille pour la police, donc il a pu me faire sortir de prison, mais une fois libéré, j’ai dû m’enfuir.[70]

Trois réfugiés ont indiqué à Human Rights Watch qu’ils avaient dû fuir le Burundi récemment car ils avaient des liens avec des organisations de la société civile.

Le frère d’un membre du Forum pour la conscience et le développement (FOCODE) a été contraint de fuir le pays en août 2017 après avoir été accusé d’avoir aidé son frère à s’enfuir. Il a déclaré à Human Rights Watch : « Des hommes ont commencé à venir à la maison et à demander où j’étais. J’ai commencé à me déplacer constamment et à ne jamais dormir au même endroit. Si vous êtes associé avec quelqu’un du FOCODE, vous devenez une cible.... J’étais un homme d’affaires, mais j’ai dû quitter le pays. Maintenant, je ne fais rien et j’attends que quelqu’un me donne des haricots et du maïs. »[71]

Au moins trois réfugiés ont déclaré à Human Rights Watch qu’ils avaient estimé n’avoir pas d’autre choix que de s’enfuir, après avoir été perçus comme étant opposés au référendum parce qu’ils avaient été accusés d’avoir insulté le président ou le parti au pouvoir.

Un réfugié de la province de Bururi a expliqué : « J’avais fait quelques plaisanteries au sujet de Nkurunziza et j’ai été accusé d’avoir insulté le président et le parti au pouvoir. Les hommes qui m’ont interrogé ont dit que les accusations étaient très graves. Comme les Imbonerakure ne tolèrent pas cela, je savais que je pourrais être tué. »[72]

Un autre réfugié, qui avait fui sa résidence dans la province de Bujumbura Rural, a expliqué à Human Rights Watch qu’il avait quitté l’église que Nkurunziza fréquente parce qu’il « ne voulait passer son temps avec des criminels. » Quelques semaines après qu’il eut cessé de fréquenter cette église, les Imbonerakure sont venus à son domicile. « Ils ont demandé pourquoi je n’étais pas à l’église », a-t-il dit. « J’ai répondu que j’avais été occupé, mais ils ont dit que cela signifiait que j’étais un traître et que j’avais insulté Peter [Nkurunziza] et le parti. Ils ont dit cela clairement et j’ai compris que je devais partir. »[73]

 

Remerciements

Ce rapport a fait l’objet de recherches et a été rédigé par Lewis Mudge, chercheur senior au sein de la division Afrique de Human Rights Watch, avec l’appui de collègues au sein de la division Afrique. Il a été revu par Ida Sawyer, directrice pour l’Afrique centrale au sein de la division Afrique, Babatunde Olugboji, directeur adjoint du bureau des Programmes, et Clive Baldwin, conseiller juridique senior. Jean-Sébastien Sépulchre, coordinateur au sein de la division Afrique, a apporté une assistance rédactionnelle additionnelle. Fitzroy Hepkins, responsable administratif, a aidé à la production de ce rapport.

Hervé Couturier a traduit le rapport en français et Jean-Sébastien Sépulchre a revu la traduction en français.

 

 

[1] Le Burundi est composé de trois groupes ethniques : les Hutus, les Tutsis et les Twas. Les Hutus représentent environ 80 % de la population et les Tutsis environ 19 %. Les tensions entre Hutus et Tutsis ont par moments attisé la violence depuis l’indépendance en 1962.

[2] Voir International Crisis Group, Burundi : du boycott électoral à l’impasse politique, Africa Report n. 169, 7 février 2011, https://www.crisisgroup.org/fr/africa/central-africa/burundi/burundi-electoral-boycott-political-impasse (consulté le 17 mai 2018).

[3] Les organisations burundaises et internationales ont documenté des violations généralisées des droits humains et des abus pendant cette période, y compris des assassinats ciblés, dont un grand nombre commis par des membres du CNDD-FDD. Pour plus d’informations, voir Human Rights Watch, « Nous allons vous ligoter et vous abattre » : Les violences politiques restent impunies au Burundi, 14 mai 2010, https://www.hrw.org/fr/report/2010/05/14/nous-allons-vous-ligoter-et-vous-abattre/les-violences-politiques-restent-impunies.

[4] Voir Human Rights Watch, « Tu n’auras pas la paix tant que tu vivras » : L’escalade de la violence politique au Burundi, 2 mai 2012, https://www.hrw.org/fr/report/2012/05/02/tu-nauras-pas-la-paix-tant-que-tu-vivras/lescalade-de-la-violence-politique-au.

[5] Voir Human Rights Watch, Rapport Mondial 2017 : Burundi, https://www.hrw.org/fr/world-report/2017/country-chapters/298103.

[6] « Burundi : un défenseur de premier plan des droits humains blessé par balles », communiqué de presse de Human Rights Watch, 3 août 2015, https://www.hrw.org/fr/news/2015/08/03/burundi-un-defenseur-de-premier-plan-des-droits-humains-blesse-par-balles.

[7] « Burundi : Un défenseur éminent des droits humains arrêté », communiqué de presse de Human Rights Watch, 17 mai 2014, https://www.hrw.org/fr/news/2014/05/17/burundi-un-defenseur-eminent-des-droits-humains-arrete.

[8] « Burundi : Un défenseur éminent des droits humains arrêté », communiqué de presse de Human Rights Watch, 17 mai 2014, https://www.hrw.org/fr/news/2014/05/17/burundi-un-defenseur-eminent-des-droits-humains-arrete.

[9] « Le gouvernement burundais accentue la répression par crainte de la dissidence », point de vue de Human Rights Watch, 26 octobre 2016, https://www.hrw.org/fr/news/2016/10/26/le-gouvernement-burundais-accentue-la-repression-par-crainte-de-la-dissidence.

[10] « Burundi : Un défenseur des droits humains emprisonné », communiqué de presse de Human Rights Watch, 13 décembre 2017, https://www.hrw.org/fr/news/2017/12/13/burundi-un-defenseur-des-droits-humains-emprisonne.

[11] « Le prix élevé de l’activisme au Burundi », point de vue de Human Rights Watch, 27 avril 2018, https://www.hrw.org/fr/news/2018/04/27/le-prix-eleve-de-lactivisme-au-burundi.

[12] Voir Human Rights Watch, Rapport Mondial 2016 : Burundi, https://www.hrw.org/fr/world-report/2016/country-chapters/285131.

[13] « ‘Pas de commentaire’ au Burundi », point de vue de Human Rights Watch, 20 avril 2018, https://www.hrw.org/fr/news/2018/04/20/pas-de-commentaire-au-burundi.

[14] « Des médias internationaux frappés d’interdiction pendant la campagne pour le référendum au Burundi », point de vue de Human Rights Watch, 6 mai 2018, https://www.hrw.org/fr/news/2018/05/06/des-medias-internationaux-frappes-dinterdiction-pendant-la-campagne-pour-le.

[15] « Burundi : Des agents du Service national de renseignement ont torturé des opposants présumés », communiqué de presse de Human Rights Watch, 7 juillet 2016, https://www.hrw.org/fr/news/2016/07/07/burundi-des-agents-du-service-national-de-renseignement-ont-torture-des-opposants.

[16] Voir Human Rights Watch, La crise des droits humains au Burundi : Documents publiés par Human Rights Watch, avril 2015 à juillet 2016, https://www.hrw.org/sites/default/files/supporting_resources/burundi_compendium_2016_web_version_fr_0.pdf.

[17] Voir le Portail opérationnel du HCR, Crises des réfugiés : Burundi, https://data2.unhcr.org/fr/situations/burundi, consulté le 17 mai 2018.

[18] Constitution du Burundi, adoptée en 2005, art. 96.

[19] Constitution du Burundi, adoptée en 2005, art. 302. Pour une analyse du débat sur cette question, voir Stef Vandeginste, « Legal Loopholes and the Politics of Executive Term Limits, Insights from Burundi », Africa Spectrum, 51 (2), 2016, https://journals.sub.uni-hamburg.de/giga/afsp/article/view/976/983 (consulté le 17 mai 2018).

[20] « Burundi Could Scrap Presidential Term Limits », The East African, 24 août 2016, http://www.theeastafrican.co.ke/news/Burundi-could-scrap-term-limits/2558-3356170-803fjez/index.html.

[21] « Référendum Constitutionnel : lancement officiel des activités par le président Pierre Nkurunziza », communiqué de la Présidence du Burundi, 13 décembre 2017, http://www.presidence.gov.bi/2017/12/13/referendum-constitutionnel-lancement-officiel-des-activites-par-le-president-pierre-nkurunziza/.

[22] Voir « Référendum au Burundi : la police met en garde ceux qui militant pour le ‘non’ », Jeune Afrique, 14 février 2018, http://www.jeuneafrique.com/530514/politique/referendum-au-burundi-la-police-met-en-garde-ceux-qui-militent-pour-le-non/.

[23] Voir par exemple le compte Twitter de Thierry Ntibasame, https://twitter.com/ntibasame/status/958367476047282179, consulté le 11 mai 2018.

[24] Voir par exemple le compte Twitter de Gilbert Niyonkuru, https://twitter.com/ntibasame/status/958367476047282179, consulté le 11 mai 2018.

[25] Entretien téléphonique mené par Human Rights Watch, 16 mars 2018.

[26] Imbonerakure signifie « ceux qui voient de loin » en kirundi, la langue prédominante au Burundi.

[27] Voir Human Rights Watch, « Tu n’auras pas la paix tant que tu vivras », 2 mai 2012, pp. 20-21.

[28] « Burundi : Exécutions sommaires perpétrées par l’armée et la police », communiqué de presse de Human Rights Watch, 12 février 2015, https://www.hrw.org/fr/news/2015/02/12/burundi-executions-sommaires-perpetrees-par-larmee-et-la-police.

[29] « Burundi : Des viols collectifs commis par des jeunes du parti au pouvoir », communiqué de presse de Human Rights Watch, 27 juillet 2016, https://www.hrw.org/fr/news/2016/07/27/burundi-des-viols-collectifs-commis-par-des-jeunes-du-parti-au-pouvoir.

[30] « Burundi : Des attaques perpétrées par des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir », communiqué de presse de Human Rights Watch, 19 janvier 2017, https://www.hrw.org/fr/news/2017/01/19/burundi-des-attaques-perpetrees-par-des-membres-de-la-ligue-des-jeunes-du-parti-au.

[31] « Burundi : Répression à l’approche du référendum sur le mandat présidentiel », communiqué de presse de Human Rights Watch, 17 avril 2018, https://www.hrw.org/fr/news/2018/04/17/burundi-repression-lapproche-du-referendum-sur-le-mandat-presidentiel.

[32] Entretien mené par Human Rights Watch, Baraka, République démocratique du Congo, 15 avril 2018.

[33] Ibid.

[34] Entretien mené par Human Rights Watch, Mulongwe, République démocratique du Congo, 15 avril 2018.

[35] Dans un discours adressé à des autorités locales le 29 octobre 2015, après les violences liées aux manifestations, Révérien Ndikuriyo a averti : « Allez leur dire [à ceux qui détiennent des armes]. Si quelque chose leur arrive, qu’ils ne disent pas : “si nous avions su”... Le jour où on dira, nous donnons l’autorisation aux gens, on leur dira, ‘travaillez’ ! Ce sera terminé et vous allez voir. » Il a utilisé à plusieurs reprises le mot « gukora », ce qui signifie « travailler » en langue kirundi. Le même mot a été employé pour inciter les gens à la violence collective avant et pendant le génocide rwandais de 1994.

[36] Entretien mené par Human Rights Watch, Mulongwe, République démocratique du Congo, 15 avril 2018.

[37] Entretien mené par Human Rights Watch, Lusenda, République démocratique du Congo, 12 avril 2018.

[38] Entretien mené par Human Rights Watch, Lusenda, République démocratique du Congo, 12 avril 2018.

[39] Human Rights Watch interview, Isingiro, Uganda, April 13, 2018.

[40] Voir la Ligue Burundaise des droits de l’homme « Iteka », « Rapport annuel, janvier – décembre 2017 », http://ligue-iteka.bi/wp-content/uploads/2018/01/RAPPORT-ANNUEL-2017.pdf et SOS-Torture/Burundi, « Rapport trimestriel sur la situation des droits de l’homme au Burundi », 1er janvier au 31 mars 2018, http://sostortureburundi.over-blog.com/2018/05/rapport-trimestriel-sur-la-situation-des-droits-de-l-homme-au-burundi-resume.html (consultés le 17 mai 2018).

[41] Entretien téléphonique mené par Human Rights Watch, 21 mars 2018.

[42] « Enquête : Mort de Simon, l’homme qui refusait de voter », Iwacu, 27 mars 2018, http://www.iwacu-burundi.org/enquete-mort-de-simon-lhomme-qui-refusait-de-voter/ (consulté le 17 mai 2018).

[43] Entretien téléphonique mené par Human Rights Watch, 4 avril 2018.

[44] Entretien téléphonique mené par Human Rights Watch, 4 avril 2018.

[45] Entretien téléphonique mené par Human Rights Watch, 27 mars 2018.

[46] Pour plus d’informations sur les morts de Dismas Sinzinkaya et Simon Bizimana, voir « Burundi : Répression à l’approche du référendum sur le mandat présidentiel », communiqué de presse de Human Rights Watch, 17 avril 2018.

[47] Entretien mené par Human Rights Watch, Baraka, République démocratique du Congo, 15 avril 2018.

[48] Référence aux violences ethniques après le meurtre du président Melchior Ndadaye.

[49] Entretien mené par Human Rights Watch, Baraka, République démocratique du Congo, 15 avril 2018.

[50] Entretien mené par Human Rights Watch, Mulongwe, République démocratique du Congo, 8 avril 2018.

[51] Entretien mené par Human Rights Watch, Lusenda, République démocratique du Congo, 12 avril 2018.

[52] Voir la Ligue Burundaise des droits de l’homme « Iteka », « Rapport annuel, janvier – décembre 2017 », http://ligue-iteka.bi/wp-content/uploads/2018/01/RAPPORT-ANNUEL-2017.pdf.

[53] Human Rights Watch a documenté des cas de viols utilisés pour punir des opposants politiques depuis 2015. Voir « Burundi : Des viols collectifs commis par des jeunes du parti au pouvoir », communiqué de presse de Human Rights Watch, 27 juillet 2016.

[54] Entretien mené par Human Rights Watch, Lusenda, République démocratique du Congo, 12 avril 2018.

[55] Entretien mené par Human Rights Watch, Mulongwe, République démocratique du Congo, 7 avril 2018.

[56] Entretien mené par Human Rights Watch, Mulongwe, République démocratique du Congo, 12 avril 2018.

[57] Entretien mené par Human Rights Watch, Mulongwe, République démocratique du Congo, 12 avril 2018.

[58] Entretien mené par Human Rights Watch, Mulongwe, République démocratique du Congo, 12 avril 2018.

[59] Entretien mené par Human Rights Watch, Mulongwe, République démocratique du Congo, 8 avril 2018.

[60] Entretien mené par Human Rights Watch, Mulongwe, République démocratique du Congo, 12 avril 2018.

[61] Entretien téléphonique mené par Human Rights Watch, 15 mars 2018.

[62] Entretien téléphonique mené par Human Rights Watch, 27 février 2018.

[63] Entretien téléphonique mené par Human Rights Watch, 16 mars 2018.

[64] Human Rights Watch a documenté le fait que des Imbonerakure ont chanté à propos du viol des femmes de leurs opposants. Pour plus de détails, voir « Un aspect sordide des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir au Burundi », point de vue de Human Rights Watch, 7 avril 2017, https://www.hrw.org/fr/news/2017/04/07/un-aspect-sordide-des-membres-de-la-ligue-des-jeunes-du-parti-au-pouvoir-au-burundi.

[65] Entretien mené par Human Rights Watch, Lusenda, République démocratique du Congo, 9 avril 2018.

[66] Entretien mené par Human Rights Watch, Lusenda, République démocratique du Congo, 12 avril 2018.

[67] Entretien mené par Human Rights Watch, Isingiro, Ouganda, 13 avril 2018.

[68] Entretien mené par Human Rights Watch, Isingiro, Ouganda, 11 avril 2018.

[69] Entretien mené par Human Rights Watch, Isingiro, Ouganda, 12 avril 2018.

[70] Entretien mené par Human Rights Watch, Lusenda, République démocratique du Congo, 12 avril 2018.

[71] Entretien mené par Human Rights Watch, Isingiro, Ouganda, 11 avril 2018.

[72] Entretien mené par Human Rights Watch, Mulongwe, République démocratique du Congo, 13 avril 2018.

[73] Entretien mené par Human Rights Watch, Mulongwe, République démocratique du Congo, 13 avril 2018.

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