Les bombardements de bâtiments civils semblent avoir violé les lois de la guerre
16 juillet 2014
« Ces dernières attaques menées par Israël dans la bande de Gaza s'inscrivent malheureusement dans une longue lignée de frappes aériennes illicites avec un nombre élevé de victimes civiles. »
Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch

(Gaza, le 16 juillet 2014) - Des attaques aériennes menées par Israël dans la bande de Gaza ont apparemment visé des structures civiles, tuant des civils en violation des lois de la guerre, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui à l’issue d’une enquête au sujet de certaines attaques. Israël doit mettre fin aux attaques illégales qui ne sont pas dirigées contre des cibles militaires et qui pourraient être conçues comme une forme de punition collective, ou qui détruisent massivement des biens civils. Les attaques délibérées ou imprudentes qui violent les lois de la guerre constituent des crimes de guerre, a rappelé Human Rights Watch.

Lors des attaques menées par Israël dans la bande de Gaza depuis le 7 juillet, plus de 500 tonnes d'explosifs ont été larguées dans des missiles, des bombes aériennes et des tirs d'artillerie, selon des responsables israéliens. À la date du 14 juillet, ces attaques avaient tué au moins 178 personnes et blessé 1 361 autres, y compris 635 femmes et enfants, selon l'Organisation des Nations Unies. Un rapport préliminaire de l'ONU a établi que 138 victimes, soit environ 77 % des personnes tuées, étaient des civils, dont 36 enfants, et que les attaques avaient détruit 1 255 maisons, déplaçant au moins 7 500 personnes.

« Le gouvernement israélien parle de la ‘précision’ de ses attaques, mais il est difficile d’utiliser ce mot pour des frappes qui touchent des cibles non militaires et qui tuent de nombreux civils », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Ces dernières attaques menées par Israël dans la bande de Gaza s'inscrivent malheureusement dans une longue lignée de frappes aériennes illicites avec un nombre élevé de victimes civiles. »

Les groupes armés palestiniens doivent également mettre fin aux tirs de roquettes aveugles dirigés contre des centres de population israéliens. Selon les médias israéliens, des groupes armés palestiniens ont lancé 1 500 roquettes sur Israël, blessant cinq civils israéliens et détruisant de nombreux biens.

Human Rights Watch a enquêté sur quatre frappes menées par Israël lors de son offensive militaire à Gaza dans la première quinzaine de juillet qui ont fait des victimes civiles :

  • Une attaque menée le 11 juillet contre le café Fun Time Beach, près de la ville de Khan Younis, et qui a tué neuf civils, dont deux enfants de 15 ans, et blessé trois personnes, dont un garçon de 13 ans.
  • Une attaque menée le 11 juillet, lors de laquelle un missile israélien a frappé un véhicule dans le camp de réfugiés de Bureij, tuant deux employés municipaux. L'explosion a également blessé deux sœurs, âgées de 9 ans 8 ans, qui se trouvaient à proximité ; la fillette de 9 ans a été partiellement éventrée.
  • Une frappe aérienne menée le 10 juillet qui a détruit le domicile de Mohammed al-Hajj, un tailleur, dans le camp de réfugiés de Khan Yunis ; cette frappe a tué huit membres de sa famille, dont deux enfants, et blessé plus de vingt autre civils. Selon des résidents locaux, la seule victime non civile parmi les huit personnes tuées était l’un des fils de Mohammed al-Hajj, un membre des Brigades Qassam (la branche armée du Hamas), âgé de 20 ans.
  • Une frappe aérienne menée le 9 juillet, qui a tué Amal Abed Ghafour, une femme enceinte de sept mois, ainsi que sa fillette âgée d’un an, et qui a blessé son mari ainsi que leur fils, âgé de 3 ans.

Les structures civiles telles que les résidences ne peuvent être considérées comme des cibles légitimes que si elles sont utilisées à des fins militaires.

Pour qu’un avertissement préalable à une attaque soit efficace, il doit laisser suffisamment de temps aux civils pour quitter les lieux et se rendre dans un endroit sûr avant l’attaque. Or, dans plusieurs cas sur lesquels Human Rights Watch a enquêté, Israël a lancé un avertissement, mais seulement cinq minutes ou moins avant l’attaque. Compte tenu de l’absence d’abris anti-bombes dans la bande de Gaza, les civils ont souvent peu de possibilités de fuir vers un abri sûr.

Les attaques visant des civils ou des biens civils sont illégales, tout comme les attaques qui ne distinguent pas entre civils et combattants.

Le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies devrait selon Human Rights Watch tenir une session extraordinaire consacrée aux violations des droits humains et du droit international humanitaire à Gaza. Le Conseil devrait donner mandat au Bureau du Haut-Commissaire aux droits de l'homme des Nations unies pour créer une mission d’enquête chargée  de mener des recherches de manière impartiale sur ​​les violations commises par toutes les parties à Gaza, de publier ses conclusions dans les plus brefs délais et d'émettre ses recommandations à l’attention des parties au conflit ainsi qu’à l'ONU.

Communiqué intégral en anglais : http://www.hrw.org/node/127370