Le conflit avec Boko Haram qui continue de sévir dans le nord-est du pays, les cycles de violence communautaire entre bergers et fermiers et des manifestations séparatistes dans le Sud sont autant d’événements qui ont défini l’actualité des droits humains du Nigeria en 2017.

L’absence du Président Muhammadu Buhari pendant une majeure partie de cette année a été notoire, celui-ci ayant effectué deux séjours à l’étranger pour raisons médicales, sans que la nature de sa maladie n’ait été divulguée. L’intérim a été assuré par le Vice-Président Yemi Osinbajo à ces deux occasions.

Si l’armée nigériane a considérablement contribué à faire reculer Boko Haram, les souffrances endurées par les populations civiles se sont poursuivies, le groupe extrémiste se servant de plus en plus de femmes et d’enfants pour commettre des attentats-suicides. Depuis la fin 2016, plus de 180 civils ont été tués dans des attentats-suicides, pour la plupart à Maiduguri, la capitale de l’État de Borno. En août, des femmes se sont fait exploser, tuant 13 personnes et en blessant 20 autres dans une attaque près d’un poste de sécurité dans l’État de Borno. Trois kamikazes ont aussi tué 27 personnes et en ont blessé 83 autres lors d’attaques coordonnées visant un marché et un camp de personnes déplacées à l'intérieur du pays (IDP) à Maiduguri en août. En septembre, des attentats-suicides ont tué au moins 25 personnes déplacées dans deux camps, à Banki et Ngala.

Le conflit avec Boko Haram auquel le Nigeria fait face depuis huit ans a entraîné la mort de plus de 20 000 civils et une crise humanitaire de grande ampleur. Environ 2,1 millions de personnes ont été déplacées à cause du conflit, tandis que 7 millions ont besoin d’une aide humanitaire ; en février, le Secrétaire général des Nations Unies, en collaboration avec des agences onusiennes de premier plan, a prévenu que le Nigeria était confronté à des conditions comparables à une famine en raison de l’insécurité attribuable à la guerre. En juin, le Nigeria a aidé les autorités camerounaises à forcer de manière illégale près d’un millier de demandeurs d’asile à regagner le Nigeria.

En mai, à l’issue de négociations menées par la Suisse et le Comité international de la Croix-Rouge, 82 lycéennes de Chibok ont été libérées. Des combattants de Boko Haram avaient enlevé 276 lycéennes à Chibok, dans l’État de Borno, en avril 2014. Plus d’une centaine de ces jeunes filles et des centaines d’autres prisonniers, dont plus de 500 enfants de Damasak, dans l’État de Borno, étaient toujours détenus par Boko Haram au moment de la rédaction des présentes.

Exactions commises par Boko Haram

Boko Haram a conservé le contrôle d’une petite partie du territoire nigérian après plusieurs offensives lancées par les forces de sécurité du Nigeria et du Cameroun pour déloger le groupe extrémiste. Cependant, celui-ci a poursuivi sa violente campagne dans le Nord-Est, notamment dans l’État de Borno et dans certaines zones des États de Yobe et d’Adamawa. Le groupe a perpétré des attentats-suicides dans des marchés, des universités et des camps de personnes déplacées ; tendu des embuscades à des convois qui circulaient sur les principaux axes routiers du pays ; et dévalisé et pillé des villages.

En 2017, au moins 300 civils ont trouvé la mort dans des attaques perpétrées par le groupe. Lors d’une attaque lancée en juillet, sans doute la plus meurtrière de 2017, Boko Haram a pris en embuscade une équipe d’exploration pétrolière de la compagnie pétrolière nigériane nationale, la Nigerian National Petroleum Corporation, tuant au moins 69 personnes à Magumeri, à une cinquantaine de kilomètres de Maiduguri.

Boko Haram s’est surtout servi de femmes et de jeunes filles pour perpétrer ses attentats-suicides, les forçant à se faire exploser dans des centres urbains. D’après le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), 83 enfants ont été utilisés pour commettre des attentats-suicides depuis janvier, à savoir 55 filles et 27 garçons, plus un bébé accroché au dos d’une fillette. En 2017, le groupe a enlevé 67 femmes et enfants.

Le 9 octobre, les autorités ont ouvert des procès à huis clos dans une base militaire de Kainji, dans l’État de Niger, pour juger plus de 2 300 personnes soupçonnées d’appartenir à Boko Haram, dont certaines étaient détenues depuis le début de l’insurrection en 2009. Les préoccupations relatives à la garantie d’une procédure régulière et d’un procès équitable se sont multipliées lorsque, au bout de quatre journées de procédure, 45 des 565 personnes qui constituaient la première série d’accusés ont été reconnues coupables et condamnées à des peines allant de trois à 31 ans pour des chefs d’accusation non révélés. Le tribunal a débouté 34 personnes, en a dispensé de peine 468 autres, et a renvoyé 25 accusés devant d’autres cours de justice.

En octobre, seuls 13 membres présumés de Boko Haram avaient été jugés, dont neuf ont été reconnus coupables d’une implication présumée dans les crimes commis par le groupe.

Comportement des forces de sécurité

Le 17 janvier, l’armée de l’air nigériane a lancé une frappe aérienne sur un site où étaient installées des personnes déplacées à Rann, dans l’État de Borno, tuant environ 234 personnes d’après un agent local, dont neuf travailleurs humanitaires, et en blessant 100 autres. L’armée a d’abord affirmé que cette attaque ciblait des combattants de Boko Haram qu’elle croyait se trouver dans la région, invoquant des renseignements erronés. Au bout de six mois d’enquête, les autorités ont déclaré avoir pris le camp de déplacés pour des forces insurgées. Le camp était alors tenu par l’armée.

En juin, une commission d’enquête militaire composée de sept officiers de l’armée et de deux juristes membres de la Commission nationale des droits de l’homme ont conclu qu’il n’y avait aucune raison d’enquêter sur les allégations de crimes de guerre commis par des officiers supérieurs de l’armée dans le conflit qui sévit dans le nord-est du pays et dans d’autres régions. Parmi les allégations visées par leurs enquêtes figuraient des exécutions sommaires, des actes de torture et des arrestations arbitraires de milliers de personnes.

Les autorités n’ont pas appliqué une décision de justice de décembre 2016 visant la libération d’Ibrahim El Zakzaky, chef du Mouvement islamique du Nigeria (MIN), un groupe chiite. Zakzaky et son épouse Zeenat, ainsi que des centaines de membres du MIN, sont détenus sans procès depuis décembre 2015, date à laquelle des militaires ont tué 347 membres du MIN à Zaria, dans l’État de Kaduna.

En août, le Président par intérim Osinbajo a instauré un panel judiciaire présidentiel chargé de mener des enquêtes pour déterminer si l’armée respectait ses obligations en matière de droits humains et ses règles d’engagement. Ce panel de sept personnes, qui a commencé à instruire des plaintes en septembre, a été créé en réponse aux allégations de crimes de guerre commis par l’armée à travers le pays, dont l’incident de décembre 2015 impliquant les membres chiites du MIN à Zaria, le meurtre de manifestants pro-Biafra dans le Sud-Est et le meurtre, la torture et la disparition forcée de personnes soupçonnées d’être membres de Boko Haram dans le Nord-Est.  

Violence intercommunautaire

La violence entre les communautés nomades et agricoles s’est propagée au-delà de la région du Centre-Nord pour atteindre des régions du sud du pays en 2017. Des centaines de personnes ont été tuées, et des milliers d’autres déplacées. En juillet, deux journées d’affrontements entre des bergers et des fermiers ont fait plus de 30 morts dans le village de Kajuru, à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Kaduna, dans l’État de Kaduna. Une attaque similaire à Jos, dans l’État de Plateau, a fait 19 morts et cinq blessés en septembre. Le gouverneur de l’État de Kaduna a demandé l’intervention du bloc régional, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), pour mettre un terme à la violence perpétuelle sévissant entre les deux groupes.

En avril, Nnamdi Kanu, chef du groupe séparatiste Peuple indigène du Biafra (IPOB), a été libéré sur ordre d’un tribunal. Arrêté en octobre 2015, il était détenu pour trahison. En juin, suite aux appels à l’indépendance igbo lancés par l’IPOB, un groupe de pression du nord du pays, l’Arewa Youth Consultative Forum (AYCF), a émis un avis réclamant aux Igbos de quitter le nord du Nigeria avant le 1er octobre, faute de quoi ils feraient l’objet de « mesures visibles ». Cet avis ayant été condamné par différents interlocuteurs, dont des experts indépendants de l’ONU, l’AYCF l’a retiré fin août.

Corruption dans le secteur public

La corruption continue de ravager le Nigeria, et ce, malgré les efforts accrus de l’administration Buhari visant la mise en œuvre de réformes et d’une surveillance. En octobre, le Président Buhari a limogé le secrétaire du gouvernement fédéral Babachir Lawal en raison d’allégations de corruption, ainsi que le chef des services des renseignements, Ayodele Oke, la Commission nigériane contre les délits économiques et financiers (EFCC) ayant découvert 43 millions de dollars américains en espèces dans son appartement. L’EFCC a accusé Diezani Alison-Madeke, ancienne ministre du Pétrole, de pots-de-vin, de fraude, de blanchiment d’argent et d’utilisation abusive de fonds publics. En août, un tribunal a ordonné la confiscation par le gouvernement de biens immobiliers représentant 44 millions de dollars américains et de 21 millions de dollars américains issus de comptes bancaires associés à Alison-Madeke.

Orientation sexuelle et identité sexuelle

L’adoption en janvier 2014 d’une loi interdisant le mariage entre personnes du même sexe (Same Sex Marriage Prohibition Act, SSMPA) a eu pour effet de légitimer des abus contre la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre (LGBT) en 2017. Cette loi porte atteinte à la liberté d’expression des membres de la communauté LGBT, des organisations de défense des droits humains et d’autres entités. En juillet, les autorités ont arrêté plus de 40 hommes qui assistaient à un événement de sensibilisation au VIH dans un hôtel de Lagos, les accusant de s’être livrés à des actes homosexuels, un délit passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 14 années de prison. En avril, 53 hommes ont été arrêtés alors qu’ils fêtaient un mariage gay et accusés d’« appartenance à un groupe anti-social ».

Outre la SSMPA, en vertu de la loi du Code pénal nigérian de 1990, les personnes qui s’adonnent à des « relations charnelles contraires à l’ordre de la nature » peuvent encourir une peine d'emprisonnement de 14 ans. Le code pénal de la charia adopté par plusieurs États du nord du Nigeria interdit et sanctionne les relations sexuelles entre personnes du même sexe, la peine maximale pouvant être, pour les hommes, la mort par lapidation et, pour les femmes, la flagellation et/ou l’emprisonnement.

Liberté d’expression, des médias et d’association

La presse nigériane, soutenue par une société civile dynamique, reste en grande partie libre. Cependant, les journalistes font l’objet de harcèlement, et l’entrée en vigueur d’une loi sur la cybercriminalité de 2015 risque de limiter la liberté d’expression.

En janvier, la police a arrêté deux journalistes, l’éditeur et le correspondant spécialisé dans les questions de droit d’une publication en ligne, Premium Times, à Abuja en raison d’articles qui auraient montré « une haine profonde à l’égard de l’armée nigériane ». En juin, Ibraheema Yakubu, journaliste du service radio en langue hausa de la station allemande Deutsche Welle, a été arrêté et détenu alors qu’il couvrait un défilé du groupe de musulmans chiites à Kaduna. Il a déclaré aux médias que des policiers l’avaient battu et giflé. En août, des policiers ont arrêté et détenu le journaliste Danjuma Katsina dans l’État de Katsina pour avoir publié sur Facebook « des propos injurieux » à propos d’une personnalité politique. Les deux journalistes ont été relâchés au bout d’une journée de détention après l’intervention d’agents du Syndicat nigérian des journalistes.

Le directeur des informations relatives à la défense nationale a annoncé en août que l’armée contrôlerait les réseaux sociaux afin d’identifier « les propos haineux et les renseignements allant à l’encontre du gouvernement et de la sécurité ». Le gouvernement a également ordonné à la Commission nationale de communication audiovisuelle de sanctionner toute chaîne de radio ou de télévision qui diffuserait des discours haineux. Il a menacé de condamner les personnes dont il s’avérerait qu’elles diffusent des discours haineux – terme dont la définition n’a pas encore été établie – en vertu de la loi sur la prévention du terrorisme, le Terrorism Prevention Act.

Un projet de loi prévoyant l’instauration d’organisations non gouvernementales (Bill to provide for the Establishment of Non-Governmental Organizations (NGOs)), qualifié par des groupes locaux d’initiative visant à tenter de réprimer et contrôler les ONG, a passé la deuxième lecture à la Chambre fédérale des représentants.

Principaux acteurs internationaux

Des acteurs internationaux, notamment les États-Unis et le Royaume-Uni, ont continué d’aider le gouvernement du Nigeria à faire face au conflit avec Boko Haram, fournissant des équipements militaires, un appui financier et une aide humanitaire en réponse à la crise qui sévit dans le nord-est du pays.

En août, les États-Unis ont finalisé la vente d’équipements militaires au Nigeria d’un montant de 593 millions de dollars américains. Cette vente, d’abord reportée sous l’administration Obama en raison de préoccupations relatives aux droits humains, se composait de 12 avions Super Tucano A-29 pour attaque légère, de roquettes à guidage laser, de roquettes non guidées et d’autres équipements. Si certains membres du Congrès américain ont exprimé leur inquiétude au sujet de cette vente, personne n’a tenté de l’empêcher.

Suite à la visite en août du secrétaire d’État britannique des Affaires étrangères et du Commonwealth au Nigeria, le Royaume-Uni s’est engagé à fournir un plan d’aide d’urgence sur cinq ans d’une valeur de 259 millions de dollars américains afin de fournir de la nourriture, des soins médicaux et une aide à l’éducation dans le nord-est assiégé du Nigeria.

En février, l’agence humanitaire onusienne OCHA a coorganisé une conférence de donateurs à Oslo, en Norvège, qui a permis de lever 700 millions de dollars américains pour répondre à la crise humanitaire dans le bassin du lac Tchad, dans le nord-est du pays. En août, malgré un raid de l’armée dans un camp de base de l’ONU à Maiduguri, dont l’objectif aurait été de rechercher des armes, les relations de l’ONU avec le Nigeria n’ont pas été perturbées. 

Le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a poursuivi son examen préliminaire des allégations d’atrocités commises par toutes les parties dans le cadre du conflit avec Boko Haram. Le Bureau poursuit également une analyse de l’incident qui a impliqué en décembre 2015 des militaires et des membres chiites du MIN.

En mai, le Nigeria a fait l’objet d’un examen du Comité de l’ONU pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, mais le pays ne lui a pas remis son rapport et n’a pas non plus envoyé de délégation pour assister à l’examen. Le Comité s’est déclaré préoccupé, notamment par des actes de harcèlement et d’exploitation de travailleurs domestiques migrants et par le manque d’informations sur les mesures prises par le Nigeria pour que les travailleurs migrants ne fassent pas l’objet de discrimination en droit et dans la pratique.

En juillet, alors qu’il passait en revue le Nigeria, le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes s’est déclaré préoccupé par des questions relatives à l’accès à la justice ; à la mutilation génitale féminine ; à l’exploitation sexuelle constatée dans les camps de déplacés ; à la violence basée sur le genre, y compris la violence conjugale ; au trafic à des fins d’exploitation sexuelle et de travail ; et à la persistance d’actes d’enlèvement, de viols et d’esclavage sexuel sous le contrôle de Boko Haram.

Politique étrangère

Le Nigeria est actuellement membre du Conseil des droits de l’homme et du Conseil économique et social de l’ONU. En janvier, la ministre nigériane de l’Environnement Amina Mohammed a été nommée Vice-Secrétaire générale de l’ONU. En août, des agents du gouvernement se sont joints au Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme pour condamner le nettoyage ethnique des musulmans Rohingyas en Birmanie, et ont appelé l’ONU à invoquer le « devoir de protection » pour mettre fin aux abus.

L’Afrique se situe depuis de nombreuses années au cœur de la politique étrangère nigériane, mais lors du 28ème sommet de l’Union africaine qui s’est tenu en janvier, le Nigeria n’a assumé aucune fonction de premier plan au sein de l’organisation. En janvier, le Président a joué un rôle important aux côtés d’autres dirigeants de pays membres de la CEDEAO en mettant fin à la crise politique gambienne.

Le Nigeria a pris position en faveur de la justice pour les crimes graves en s’opposant publiquement au retrait de la CPI lors du sommet de l’Union africaine (UA) en juillet 2017 à Addis-Abeba.