Interdit

Institutionnalisation de la discrimination contre les gays et lesbiennes au Burundi

Introduction

Le 22 avril 2009, le président du Burundi, Pierre Nkurunziza a promulgué un nouveau code pénal où figure une disposition criminalisant les relations sexuelles entre personnes du même sexe, pour la première fois dans l’histoire du pays.

Cette loi a porté un coup terrible aux personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenre (LGBT) du Burundi, qui, depuis quelques années seulement, et en nombre très réduit, avaient commencé à s’affirmer, à s’organiser et à réclamer que leurs droits soient respectés. L’Association pour le respect et les droits des homosexuels, ARDHO, a été fondée en 2003 dans la capitale, Bujumbura, en soutien aux LGBT. Inspirés par ce qu’ils considéraient comme un mouvement mondial en faveur des droits des LGBT, ses membres ont commencé à se rendre à des conférences dans d’autres pays africains, à s’informer et à informer d’autres personnes sur le VIH/SIDA et sur les autres maladies sexuellement transmissibles, et à s’exprimer sur les radios burundaises sur les discriminations qu’ils subissent dans leur vie quotidienne.

Alors que certains ont fait leur « coming out » en tant que gay ou lesbienne[1] auprès de leur famille et de leurs amis, la plupart n’ont pas quitté le « placard » hors de l’espace sûr que représente l’ARDHO, par peur d’être rejetés, voire reniés. Ils ont néanmoins vu des signes positifs : comme Théophile, 26 ans, nous l’a raconté, « Je croyais que nous abordions une ère de changement. J’avais parlé de mon homosexualité avec mes amis et mes voisins, et ils s’étaient montrés tolérants. Lorsque les gens prennent le temps d’essayer de comprendre, ils deviennent un peu plus ouverts. »

Les LGBT burundais ont été anéantis lorsqu’en novembre 2008, l’Assemblée nationale a voté pour l’ajout à la proposition de nouveau code pénal d’un article criminalisant les relations sexuelles entre adultes du même sexe consentants. Des juristes et des politiciens burundais, ainsi que des experts internationaux, avaient passé deux ans à réviser l’ancien  code pénal, qui datait de 1981, mais la commission des droits de l’homme de l’Assemblée nationale avait ajouté la disposition anti-homosexualité à la dernière minute.

La commission a apparemment agi sous la pression du président Nkurunziza, qui avait fait des déclarations à la télévision condamnant l’homosexualité comme « une malédiction » et dont les services avaient téléphoné aux parlementaires pour essayer d’influencer leur vote. Même avant que la loi n’entre en vigueur, elle avait déjà affecté les personnes LGBT, sapant leur confiance en les autorités. Plusieurs jours après le vote de l’Assemblée, Nick, un jeune homme gay de Bujumbura nous a déclaré : « Aujourd’hui, j’ai vu un policier dans un supermarché et il a commencé à me parler. J’ai soudain regardé son uniforme et je me suis rappelé de la nouvelle loi. J’ai eu peur. Je me suis rendu compte qu’il n’avait pas l’intention de m’arrêter, mais je me suis senti mal à l’aise. »

L’ARDHO s’est alliée à des organisations internationales qui se consacrent à l’égalité des LGBT, la lutte contre le SIDA et plus généralement aux droits humains (y compris Human Rights Watch), ainsi qu’à des organisations de la société civile pour faire pression sur le Sénat burundais afin qu’il rejette la disposition discriminatoire. En février 2009, le Sénat s’est prononcé contre la disposition par 36 voix contre 7. Mais en mars, le parti au pouvoir, le Conseil national pour la défense de démocratie-Forces pour la défense de la démocratie(CNDD-FDD) a organisé une grande manifestation contre l’homosexualité à Bujumbura. Le parti a fait venir par bus des milliers d’élèves et d’habitants des zones rurales pour manifester.

Dans ce contexte, l’Assemblée nationale, devant qui la version de la loi retouchée par le Sénat était revenue, a refusé d’accepter la décision de la chambre haute de retirer la disposition contre l’homosexualité. En dépit des protestations de diverses personnalités, dont l’archevêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix, et la secrétaire d’état française aux Droits de l’homme Rama Yade, le président Nkurunziza a promulgué le 22 avril le nouveau code pénal, incluant cette disposition.

Deux jours plus tard, Human Rights Watch et 62 autres organisations burundaises et internationales de défense des droits humains ont publié une déclaration commune  appelant au retrait de la disposition (article 567) du nouveau code pénal. L’article prévoit jusqu’à deux ans d’emprisonnement pour « toute personne ayant des rapports sexuels avec une personne du même sexe. » Les organisations ont souligné que la loi bafoue les droits à la vie privée et à ne pas subir de discrimination consacrés dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et la Déclaration universelle des droits de l’homme. Elles ont également exprimé leur préoccupation sur le fait que cette loi allait entraver les efforts du Burundi dans sa lutte contre le SIDA.

De novembre 2008, lorsque l’Assemblée nationale a adopté pour la première fois la loi  discriminatoire, à mai 2009, peu après que le code pénal ait été promulgué, Human Rights Watch a mené des entretiens approfondis avec 16 membres de la communauté LGBT du Burundi, des jeunes ayant tous entre 17 et 37 ans. Nous leur avons demandé de nous parler de leur enfance, du moment où ils ont réalisé pour la première fois qu’ils étaient gays ou lesbiennes, de la façon dont ils en avaient pris conscience et dont cette identité avait influencé leur vie. Ils nous ont raconté des histoires bouleversantes, entre ceux qui ont été battus par leurs parents, qui ont été chassés de leur maison, qui ont été menacés par des policiers, que l’on a fait taire à l’école, ou encore qui ont subi des violences sexuelles. Les mauvais traitements et les discriminations qu’ils ont endurés, contre lesquels ils n’ont reçu aucune protection de l’État, en ont fait des citoyens de seconde zone, bien avant l’adoption de l’article 567.

Mais leurs récits contenaient aussi une lueur d’espoir. Mike, qui rêve d’entrer en politique un jour, a participé à un débat sur l’homosexualité dans son école. Alors qu’il parcourait la classe du regard, des élèves ont l’un après l’autre levé la main pour dire qu’ils soutenaient les droits des homosexuels. Anneyoncé a combattu la dépression en écrivant des chansons. Cynthia, jetée dehors par son père après qu’elle ait parlé des droits des homosexuels à la radio, a d’abord vécu chez un patron compréhensif puis a pu rentrer chez elle après que d’autres proches aient convaincu son père de l’accepter. Pascal, étudiant en biologie, a trouvé sa vocation en animant des ateliers sur la protection contre le SIDA et d’autres maladies sexuellement transmissibles pour les gays. Yves, après avoir appris qu’il était  séropositif, a tiré de nouvelles forces des autres membres de l’association LGBT, qui ne le jugeaient pas sur sa séropositivité.

Human Rights Watch s’est associée à la photographe Martina Bacigalupo pour esquisser les portraits de dix de ces jeunes gens, dont beaucoup considèrent que leur identité profonde a été rendue illégale par la nouvelle loi burundaise. Dans les pages suivantes, nous leur donnons la parole. Nous espérons que d’autres pourront tirer des leçons de ces récits et contribueront à rétablir les droits des personnes comme Mike, Anneyoncé, Cynthia, Pascal et Yves.

Témoignages

Ces témoignages ont été adaptés pour une meilleure compréhension et plus de concision.

Dans certains cas, les noms des témoins ont été modifiés et leurs visages dans les photographies ont été obscurcis pour des raisons de confidentialité et de sécurité.

Carine, 37 ans

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 « Je ne peux pas changer de vie. Ils vont être obligés de me mettre en prison, comme les autres. »

J’ai grandi dans une petite ville. Quand j’avais 16 ans, un voisin (un homme qui avait 10 ans de plus que moi) a laissé son vélo chez moi. J’ai emprunté son vélo sans le lui dire, et je suis rentrée trop tard. Il m’a trouvé sur le chemin, dans le bush, et m’a prise de force. Je ne savais pas qu’un homme pouvait vous prendre de force. Ce fut ma première expérience sexuelle avec un homme.

J’ai pensé que c’était de ma faute, parce que j’avais pris son vélo. Je n’ai rien dit à mes parents, parce que je pensais qu’ils allaient me punir. Je n’ai parlé de ça à quelqu’un que des années plus tard. J’ai parfois pensé que c’était peut-être à cause de ça que j’étais lesbienne. Mais en fait, même avant, je n’étais pas attirée par les hommes. J’étais attirée par les femmes, simplement, je ne savais pas ce que c’était.

J’avais 19 ou 20 ans, au pensionnat, quand j’ai eu ma première relation avec une fille. Ma famille s’est rendu compte que j’étais lesbienne, bien que je ne l’ai jamais dit ouvertement. Mes proches m’ont dit de changer de vie. J’ai essayé, mais ça n’a pas marché.

Quand j’avais 27 ou 28 ans, ma famille m’a mis dehors pour un an. Ils m’ont dit que je devais me marier, et que si je ne changeais pas, je devais partir. Il y avait des hommes qui venaient chez moi et qui demandaient ma main à ma mère et à mon frère. Ces hommes savaient que j’étais lesbienne, mais ils pensaient qu’ils pouvaient me forcer.

Avant sa mort, ma mère a voulu savoir si mon corps avait changé, si j’avais encore des organes féminins. Elle a voulu me regarder sous la douche, et je lui ai répondu : « Non, maman, ce n’est pas mon corps qui a changé. J’ai des organes féminins. C’est dans ma tête que je suis différente. » Elle ne m’a jamais pardonné avant sa mort.

Aujourd’hui, je vis avec mon frère. Il me comprend, mais nous n’en parlons pas ouvertement. Il doit m’aimer parce qu’il sait que je suis comme je suis.

Je suis la seule lesbienne connue dans ma ville. Je travaillais comme assistante d’éducation dans une école catholique, mais les sœurs ont commencé à me soupçonner, à me suivre. Elles observaient mes moindres faits et gestes et finalement, elles m’on virée.

À un autre ancien travail, il y avait une fille qui me plaisait. Un chauffeur qui vivait sur la même parcelle que nous aimait aussi cette fille. Un jour, il est venu dans ma chambre en disant qu’il avait quelque chose à me dire. Il m’a poussé dans la pièce, a pris la clé et m’a enfermée. Il criait : « Où est ma copine ? Où est ma copine ? » Il m’a montré une corde dans sa poche et m’a menacée : « Je vais te tuer. Où est la fille ? » Il m’a enfermée dans ma  chambre pendant une demi-heure.

Je me suis rendue au tribunal pour porter plainte, et ils ont dit « Oui, cet homme est fautif. » Puis j’ai pensé que l’homme pourrait parler de la relation que j’avais avec cette fille et j’ai laissé tomber.

J’ai rejoint l’association d’homosexuels à Bujumbura après avoir rencontré un membre qui était un ami de la famille. Il m’a dit : « À l’association, on parle de nos vies, des vies que mènent les homosexuels et nous essayons de faire changer les choses. »

J’aimerais que cette loi [contre l’homosexualité] soit changée, parce que c’est important pour moi et pour mes amis. Je ne peux pas changer de vie. Ils vont être obligés de me mettre en prison, comme les autres.

Johnson, 24 ans

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« La femme qui m’a accueilli quand j’ai dû quitter la maison m’a dit : C’est Dieu qui donne ça aux gens, tu ne peux pas changer ce que Dieu t’a donné. »

Après la mort de ma mère, en 1994, j’ai grandi avec mon père. En 2004, mon père m’a rejeté. C’était le 16 avril. Il avait découvert que j’étais homosexuel.

Au début, il avait entendu des rumeurs. La femme de mon père me maltraitait, et disait à mon père que je me comportais mal, que j’étais homosexuel. Mon père disait : « Ne dis pas ça, mon fils n’est pas homosexuel. »

Puis un jour, mon père m’a annoncé qu’il avait à me parler. Il m’a dit : « Viens t’asseoir, tu peux dire la vérité. Est-ce que c’est vrai, ce qu’on dit de toi, que tu es homosexuel ? » J’ai répondu « Non, c’est pas vrai » parce que j’avais peur. La plupart des Burundais pensent que c’est tabou, ils ne comprennent pas ce qu’est l’homosexualité. Mon père a repris : « J’ai entendu dire des milliers de fois que tu aimais les garçons. » J’ai répondu : « Mon père, tout ça, c’est des mensonges. » Il m’a dit : « Je vais te suivre de près. Si je découvre que c’est vrai, je choisirai ta punition. »

Il y avait un garçon dans le voisinage qui était gay aussi. Nous nous comprenions l’un l’autre. Nous nous promenions ensemble, et les gens nous critiquaient en disant : « Ils se  comportent comme des filles. » Ils menaçaient de nous frapper, de nous lancer des pierres, ils nous sifflaient, mais nous essayions de les ignorer et nous continuions à marcher. Un jour, mon cousin est arrivé alors que je me promenais avec ce garçon. Il a dit : « Pourquoi est-ce que vous êtes toujours ensemble ? De quoi vous parlez ? Qu’est-ce que vous cachez ? » J’ai répondu : « Laisse-nous tranquilles, c’est ma vie privée. Je ne me mêle pas de ta vie privée. » Il a rétorqué : « Je vais aller le dire à mon oncle. » J’ai dit : « Eh bien va lui dire, si tu veux. »

Mon cousin a commencé à se battre avec mon ami. Beaucoup de gens se sont approchés pour regarder, et mon cousin leur a dit que nous étions homosexuels. Ils ont emmené mon ami à la police pour le mettre en prison.

J’ai été convoqué par la police pour expliquer ce qui c’était passé. J’ai répondu que je ne savais pas pourquoi mon cousin avait attaqué mon ami. Les policiers m’ont demandé : « Pourquoi disent-ils que vous êtes homosexuels ? » J’avais peur de dire la vérité. Je savais que si je leur disais ça, ils me prendraient pour un démon. Ils ne peuvent pas comprendre. Ils pensent que vous êtes fou. J’ai répondu : « Non, ce n’est pas vrai. Je ne peux même pas imaginer une chose pareille. » Les policiers ont été convaincus et ont laissé mon ami sortir.

Mon père avait entendu parler de cette histoire, et il m’a demandé si c’était vrai. Il m’a dit : « C’est de ta faute si ton cousin et ton ami se sont battus. » J’ai répondu : « Ce n’est pas vrai. Qu’est-ce que je peux dire pour te convaincre ? »

Un jour, une petite fille du quartier m’a vu embrasser mon ami. Elle est allée voir ma tante en disant que c’était vrai, que nous étions homosexuels. Ma tante a emmené la petite fille voir mon père pour qu’elle lui raconte ce qu’elle avait vu.

J’ai vu mon père se fâcher tout rouge. Il m’a frappé, il criait : « Combien de fois tu m’as dit « non, non », alors que tu fais ça ? » J’ai dit : « Mon père, qu’est-ce que j’ai fait ? » Il a répondu : « Comment peux-tu nier, alors qu’il y a quelqu’un qui t’as vu faire ? »

Mon père a continué à me frapper. Puis, il a dit : « Maintenant, tu prends tes affaires et tu t’en vas. Va faire tes saletés ailleurs. »

Je me suis installé chez une amie musulmane, qui est divorcée et qui a quatre enfants. Elle est « gay-friendly » [« homophile »]. Certaines personnes la critiquent pour m’avoir accueilli, mais l’un de ses fils est né comme moi, alors elle me comprend. Elle dit : « Mon fils est comme toi, alors je comprends. Même si notre religion n’accepte pas les gens qui agissent comme toi, qu’est-ce que je peux faire, quand il s’agit de mon propre fils ? C’est Dieu qui donne ça aux gens, tu ne peux pas changer ce que Dieu t’a donné. » Elle est comme une mère pour moi.

Mon père, mes frères, ils ne comprennent toujours pas ce qu’est l’homosexualité. Je voudrais qu’ils se rendent compte, « C’est mon fils, c’est notre frère, même s’il est comme ça, on ne peut pas le rejeter. » Je n’ai plus de contact avec mon père. C’est chacun pour soi. Si je le croise dans la rue, il ne me serre même pas la main. Il m’a dit : « Je ne veux plus te voir. »

Théophile, 26 ans

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« Quand j’ai entendu parler du nouveau code pénal, je n’ai pas compris pourquoi ils faisaient ça. L’homosexualité a toujours existé et n’a jamais posé de problème. Je ne comprends pas cette réaction disproportionnée. »

J’ai su très jeune, vers 11 ou 12 ans, que j’étais attiré par les garçons et pas par les filles. Je vivais à l’intérieur et je n’avais jamais entendu parler de l’homosexualité. Je ne voyais personne comme moi, et je pensais que ça me passerait. Quand je suis allé au lycée à Gitega, j’ai entendu dire qu’il y avait d’autres gays là-bas, mais ils étaient timides et ne le disaient pas. Moi, j’en ai parlé à mes amis. Je suis content quand je suis capable de dire aux gens que je suis gay, parce que je me sens mieux. Mes amis ont été assez compréhensifs. La plupart d’entre eux l’ont accepté, et m’ont soutenu quand je me faisais insulter dans la rue.

Certains avaient peur de ce qu’on allait penser d’eux si on les voyait avec moi, mais ils ne m’ont pas jugé.

Mon frère était au courant, mais il n’a jamais accepté que je sois comme ça. Il me disait : « Tu me fais honte. » Il refusait de marcher avec moi dans la rue et faisait comme si nous n’étions pas frères. Mais l’un de nos amis commun lui a dit : « Ça va, il n’est pas le seul. »

Un jour, j’étais à l’Africana Bar et je dansais avec un jeune gars et son frère m’a battu. Il m’a appelé dans les toilettes en disant qu’il avait à me parler et il m’a battu sérieusement. Il m’a dit : « Je veux pas que mon petit frère soit un pédé comme toi. » Le patron a appelé le type quand il a vu que je saignais, et il lui a dit de me demander pardon.

Quand j’ai entendu parler du nouveau code pénal, je n’ai pas compris pourquoi ils faisaient ça. L’homosexualité a toujours existé et n’a jamais posé de problème. Je ne comprends pas cette réaction disproportionnée. Je croyais que nous abordions une vague de changement. J’avais parlé de mon homosexualité avec mes amis et mes voisins, et ils s’étaient montrés tolérants. Quand les gens prennent le temps d’essayer de comprendre, ils deviennent un peu plus ouverts, quand ils voient comment tu vis, que tu es quelqu’un de bien. Cette nouvelle loi est donc un pas en arrière. Maintenant je vais vivre dans la peur qu’ils m’attrapent, à n’importe quel moment.

Je suis membre de l’association de gays à Bujumbura. C’est très important pour moi, parce qu’on y rencontre des gens comme nous, qui nous comprennent, qui nous soutiennent. Je ne me sens plus seul.

Mike, 17 ans

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« Beaucoup de jeunes ont l’esprit fermé sur l’homosexualité parce qu’ils ne comprennent pas exactement ce que c’est. »

J’avais 14 ans quand je me suis rendu compte que j’étais gay – je pensais souvent aux garçons. Je ne savais pas vraiment ce qu’était l’homosexualité. J’avais entendu des gens en parler, mais je n’y avais pas vraiment prêté attention. J’en ai parlé avec des amis et au début, ils disaient que ce n’était que des idées, des fantasmes. Mais maintenant, ça va, ils comprennent. Ils m’acceptent tel que je suis.

Aujourd’hui, je suis au lycée, un des meilleurs de Bujumbura. J’aime beaucoup aller au lycée pour voir mes amis, j’adore la vie sociale. Après la fin des études humanitaires générales, je ferai des études de gestion des affaires. J’aimerais aussi beaucoup étudier en anglais, être capable de travailler dans toute l’Afrique de l’est, au Kenya peut-être, ou au Rwanda. J’aimerais représenter une grande entreprise, ou même créer la mienne.

J’aimerais aussi beaucoup être député ou sénateur. La politique m’intéresse beaucoup. Ce que je préfère en politique, c’est la possibilité d’innovation. Pour l’instant, ils font les mêmes choses depuis 20 ans, ou depuis un éternité. Je pense qu’il y aurait beaucoup de choses à réformer. Dans la société, il faudrait toujours qu’il y ait des réformes, parce que rien n’est achevé.

Je ne comprends pas comment un groupe de personnes peut restreindre les droits d’une autre catégorie, aussi minoritaire soit elle. Beaucoup de jeunes ont l’esprit fermé sur l’homosexualité parce qu’ils ne savent pas exactement ce que c’est. Ils pensent que c’est le mal incarné dans des personnes qu’il faut détruire, ils se font des idées fausses dessus et ils font circuler ces idées. Il existe une sorte de pression du groupe, une idée reçue, et certaines personnes s’imaginent que si elles perçoivent certaines choses différemment, elles ne feront pas partie du groupe. Mais il y a aussi d’autres personnes qui comprennent.

En classe un jour nous avons fait un débat sur l’homosexualité. Certains défendaient l’homosexualité, d’autres la condamnaient. Certains parlaient de la morale, alors que moi et les autres, nous répondions que la morale change au fil du temps et qu’il faut accepter l’autre tel qu’il est si nous voulons être accepté tel que nous sommes. La majeure partie de la classe était contre. Ceux qui disaient être en faveur de l’homosexualité levaient timidement la main, mais en regardant autour de moi, je me disais que même s’ils n’étaient que peu, c’était déjà quelque chose. Au fur et à mesure du débat, ils se sont enhardis, et même ceux qui se montraient timides au début défendaient finalement la cause avec conviction.

Ainigmas, 18 ans

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« J’ai pensé : Même si ce n’est pas possible, c’est ça que je veux. »

Je suis gay depuis que je suis petit. Quand j’avais trois ans, j’aimais déjà essayer les jupes de ma sœur et les chaussures à talon de ma mère. Quand j’avais 7 ans, je me suis rendu compte de je préférais les garçons. J’ai pensé : « Même si ce n’est pas possible, c’est ça que je veux. » En grandissant, j’ai essayé de me fondre dans la masse en jouant au foot avec les garçons. Malgré tout, je n’ai jamais réussi à changer ma façon d’être, de marcher ni mes goûts.

Depuis que je suis tout jeune, je fais des bijoux. J’ai commencé par des bracelets simples, puis des plus élaborés. Ensuite j’ai commencé à faire des boucles d’oreilles et des sacs tressés. Parfois, je les vends. Mes amis viennent m’en commander. Je porte des bijoux aussi, et les gens y sont habitués maintenant, parce que j’en porte depuis mon plus jeune âge. J’aimerais devenir créateur de mode et de coiffure.

Le fait que je sois gay a toujours gêné les gens qui ne me comprennent pas. Des gens ont menacé de me tuer, de me battre et ils cancanaient sur moi auprès de qui voulait bien les entendre. Un jour un ami aux États-Unis m’a envoyé de l’argent avec lequel je me suis acheté un téléphone coûteux. Il y avait un type, dans le quartier, qui était alcoolique et qui faisait partie d’un gang. À chaque fois que je passais près de lui et de ses amis, ils disaient des choses méchantes sur moi. Ils disaient que je me prostituais, bien que je ne l’aie jamais fait. Un jour, il m’a giflé et a pris mon téléphone. Il l’a fait parce que je suis gay, il pensait que je m’étais prostitué pour ce téléphone.

Je ne peux pas parler de ces problèmes avec ma famille. Je n’en parle pas à mon grand frère, qui me battait tout le temps quand j’étais petit. Il était membre de Sans Échec [une milice de jeunes Tutsis qui a commis des violences contre les Hutus pendant la guerre civile au  Burundi dans les années 90] et il a toujours traîné avec des gens qui sont brutaux. J’étais plus proche de ma grande sœur mais elle est morte dans un accident de voiture il y a cinq ans. Il y avait une sorte de complicité entre nous. Quand elle sortait en secret, c’était moi qui lui ouvrais la porte à trois heures du matin. Ma grande sœur savait que j’étais gay, elle l’avait remarqué, même si je ne lui en avais jamais parlé.

Mais si je le disais à ma mère, elle en mourrait. Déjà quand j’ai mis une boucle d’oreille, elle a frisé la crise cardiaque.

Nick, 25 ans

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« J’ai prié pendant trois mois, parce que les gens disaient que [l’homosexualité] c’était mal. J’ai prié pour changer, mais je n’ai pas réussi. »

Quand j’avais 18 ans, une fille est tombée amoureuse de moi. Nous avons eu une  expérience, nous nous sommes embrassés, mais nous ne sommes jamais allés plus loin. Je me suis aperçu que j’étais peut-être gay. J’ai prié pendant trois mois, parce que les gens disaient que c’était mal, que Dieu avait brûlé Sodome à cause de ça. J’ai prié pour changer, mais je n’ai pas réussi.

Je l’ai finalement dit à la fille. Elle m’a dit qu’elle comprenait, et que les autres ne devraient pas me juger, puisque elle-même ne le faisait pas alors que c’était elle qui était amoureuse de moi.

Quand j’ai rompu avec la fille, je l’ai dit à mes sœurs. La dispute a duré des jours. Ma grande sœur disait que j’avais été ensorcelé, mais ma petite sœur comprenait.

Avec mon père, nous n’en parlons pas. Un jour, j’étais avec lui et nous avons entendu une émission sur l’homosexualité à la radio. J’ai dit : « Qu’est-ce que tu en penses ? Qu’est-ce que tu ferais si tu apprenais que ton fils était gay ? » Il a répondu : « Je le renierais. » J’avais également un professeur qui nous parlait un jour de la nouvelle loi qui était discutée et qui nous a dit : « Si j’avais un enfant homosexuel, je le bannirais. » D’habitude, je participe beaucoup en classe, mais depuis qu’il a dit ça, j’ai peur de lever la main.

J’étudie l’administration des affaires et le marketing, je finis l’année prochaine. J’aimerais travailler dans une banque ou monter ma propre société. C’est pour ça que je ne le dis pas à mon père. Si je suis renié, je n’aurai pas les moyens de démarrer dans la vie. Peut-être que lorsque je serai indépendant financièrement je pourrai le lui dire, mais si je le lui dis maintenant, il ne paierait peut-être même plus mes études.

Récemment, un policier m’a interpellé quand j’étais au marché et il m’a demandé ma carte d’identité. Quand je la lui ai montrée, il m’a dit : « Oh tu es un garçon ! » J’ai dit oui. Il a répondu : « Bientôt, tu seras en prison. » J’ai dit : « Qui ? » Il a repris : « Vous, les homosexuels, si la loi est adoptée. » Maintenant, j’ai peur de croiser encore ce policier. Il pourrait me jeter en prison sur le champ.

Pascal, 22 ans

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« J’ai l’impression que je suis en prison. J’ai besoin d’être libre. »

J’ai ressenti une attirance pour une personne du même sexe pour la première fois lorsque j’avais quatre ou cinq ans, et je ressentais le désir de porter des habits féminins. À la maison, ils ont commencé à me battre quand j’avais cinq ou six ans, parce qu’ils avaient peur que je sois gay. Je ne savais même pas ce qu’était l’homosexualité. Ils disaient : « Tu risques d’être comme une fille, mais tu es un garçon. » Ils pensaient qu’en me battant, ils me feraient changer.

Au fur et à mesure que je grandissais, ils ont continué à me battre. Ma mère disait : « Si tu continues à te comporter comme un homosexuel, je te mettrai dehors. » J’ai commencé à me replier sur moi-même, et je ne m’identifiais pas comme homosexuel, même jusqu’ à maintenant.

J’avais un cousin qui était gay aussi. Il y a quatre ans, quand la famille l’a appris, tous les membres se sont réunis et ils ont décidé de le jeter dehors, de ne plus le considérer comme un membre de la famille. Il s’est réfugié en Afrique du Sud. Ses sœur s ont repris contact avec lui depuis, mais pas ses frères, ni ses parents. Il n’est jamais revenu au Burundi. Il dit : « Tu sais, je n’ai même plus envie de voir ma famille. » Il a été trop traumatisé.

Je ne voulais pas risquer de faire comme lui. J’avais encore besoin de ma famille. J’étais jeune et je n’avais rien. Mais parfois, j’ai l’impression que je suis en prison. Je crois que quand j’aurai terminé le lycée, je quitterai ma famille. J’ai besoin d’être libre.

Par le biais de mon cousin, j’ai appris qu’il y avait une association d’homosexuels, mais au début j’avais peur d’y aller. Je pensais que si quelqu’un le découvrait, cela allait être terrible pour ma famille. Mais les membres de l’association m’ont dit qu’ils travaillaient discrètement et que personne ne le saurait.

Je suis content d’avoir pris cette décision. Je n’ai plus l’impression d’être emprisonné en permanence. Je peux être moi ici. Je considère l’association comme une vraie famille, avec des gens qui me comprennent.

J’ai aussi beaucoup appris sur l’homosexualité. Je savais que j’étais comme ça, mais je ne savais pas que c’était inné pour beaucoup de gens. J’ai aussi beaucoup appris sur la prévention des maladies que nous pouvons attraper. Aujourd’hui je suis chargé des aspects MSM [« men who have sex with men », hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes] et VIH/SIDA au sein de l’association. Je dispense des formations et je travaille avec d’autres organisations de la société civile pour diffuser les connaissances sur le VIH/SIDA et les maladies sexuellement transmissibles. J’ai fait une formation pour les  hommes travailleurs du sexe, dont la plupart ont été chassés de chez eux parce qu’ils étaient gays. Beaucoup ont dû abandonner leurs études. J’ai aussi donné une formation à des éducateurs à d’autres éducateurs en matière de VIH/SIDA.

Je suis en dernière année de lycée. J’étudie les sciences, notamment la biochimie. J’aimerais étudier la médecine et devenir docteur. Je voudrais devenir médecin spécialisé pour les  MSM. Ici au Burundi, nous n’avons pas de services médicaux spécialisés pour les MSM.

Par exemple, en 1999, je rentrais d’un club à 3 heures du matin avec un ami transsexuel. Sur la route nous avons rencontré un groupe de cinq voleurs. Nous nous sommes aperçus qu’ils venaient vers nous et nous avons pensé qu’ils allaient nous attaquer. J’ai couru aussi vite que j’ai pu, mais ils me suivaient. Je suis tombé dans un caniveau et je me suis blessé aux jambes. J’étais blessé et j’avais mal, mais je n’ai pas bougé. J’ai entendu qu’ils attrapaient mon ami Jimmy. Ils l’ont terrorisé. Ils lui disaient : « On te voit souvent, tu t’habilles comme une fille. » Et ils l’ont violé en lui disant : « Si tu ne te laisses pas faire, on te tue. »

J’ai attendu dans le caniveau jusqu’à ce qu’ils partent, puis je suis rentré chez moi. Le lendemain au soir, je suis allé voir Jimmy pour m’excuser de n’avoir pas pu lui venir en aide. Je lui ai dit d’aller à l’hôpital et de faire un test de dépistage du VIH, parce qu’il pouvait l’avoir attrapé. Il m’a dit : « Comment je vais expliquer que j’ai été violé alors que je suis un homme ? Ils vont comprendre que je suis homosexuel et ils vont me mettre en prison. » Nous ne savions rien à l’époque des organisations qui pouvaient l’aider, la nôtre n’a été créée qu’en 2003.

À propos du code pénal, je voudrais dire que la société burundaise est ignorante sur la question de l’homosexualité. Les gens savent que cela existe dans le pays, que certains de leurs fils sont parmi nous, mais ils essaient de l’ignorer et ils oublient que cela a des conséquences. À cause de cette nouvelle loi en discussion, nous avons peur de nous affirmer et d’exiger le respect de nos droits. Et si on nous interdit de faire des formations de prévention, le taux de malades du SIDA va augmenter, même s’il y a un programme au  Burundi pour lutter contre le SIDA.

Yves, 31 ans

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« L’association des homosexuels m’a rendu plus sûr de moi. Avant j’avais pas trop d’amis. Les gens ici ne me jugent pas, même si je suis séro. »

À 8 ans j’ai su que j’étais différent. Je croyais que j’étais une fille mais je le cachais aux autres et à moi même parce que je ne savais pas ce que j’étais. Ma mère me battait, m’interdisait de jouer avec les fillettes, « T’es un garçon, tu dois jouer avec les garçons ! »

J’ai été exclu de l’école en 2002, en 1ère année préparatoire de mes études d’hôtellerie et tourisme – je voulais travailler dans une agence de voyage. Les professeurs ne me donnaient pas de points dans mes cours, pour me faire échouer. Finalement ils ont réussi. Quand elle l’a su, ma mère a dit, « Je te l’avais dit, il faut que tu le caches, il faut que tu sois comme tous les autres. » Mon frère m’a dit « Tu me fais honte. »

À partir de ce moment, j’ai dû rester à la maison car je n’avais pas les moyens de partir et j’ai dû supporter toutes ces injures. Cela a duré une année. Tous mes amis avaient l’interdiction de venir me voir.

J’étais enfermé dans ma propre maison. J’étais en prison.

Après, ma maman a compris que j’étais comme ça et que je n’y pouvais rien. « Tu restes quand même mon enfant. »

En 2003, un jour, j’ai croisé des garçons dans la rue qui m’ont dit : « Si tu refuses de faire l’amour avec nous, on va dire à ta maman que tu fais ces choses là avec les hommes. » J’ai dû accepter pour sauver l’honneur devant ma mère.

Peu après, je suis parti faire un test du SIDA et j’ai su que j’étais séropositif. C’était le 31 octobre 2003, à douze heures pile.

Maintenant je suis obligé de prendre des médicaments tous les jours. J’ai souvent des problèmes dermatologiques, des mycoses qui grattent et me font mal. Les médecins m’ont dit que je devrais aller ailleurs pour avoir des soins plus modernes mais je n’en ai pas les moyens. Des fois je ne peux pas sortir de la maison, j’ai mal, j’ai des boutons partout et j’ai de la fièvre.

J’ai un copain à l’intérieur du pays qui est aussi séropositif. Quand on s’est rencontrés, ça a été un coup de foudre. Pour lui aussi. Et il m’a dit cela : « Avant qu’on s’aime, il faut que je te dise une chose : je suis séropositif. »

Je lui ai dit que je l’étais aussi. Et on s’aime depuis un an et demi. Il termine ces études cette année. Je l’attends toujours.

L’association des homosexuels m’a rendu plus sûr de moi. Avant j’avais pas trop d’amis. Les gens ici ne me jugent pas, même si je suis séro. Il y a une solidarité ici. On peut parler de nos problèmes. Par exemple, du fait que ce soit dur pour nous de trouver du travail. Tout le monde me refuse parce qu’ils me voient et qu’ils savent. Avec cette nouvelle loi, maintenant c’est encore plus dur.

Cette loi me dégoute. Les gens n’iront plus faire leur test pour peur d’être jugés – il y aura un gros problème sanitaire. Même les gens qui ont été violés n’auront pas le courage de le dire. Le SIDA va se propager dans la population.

Cynthia, 25 ans

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« J’ai été choquée quand j’ai entendu parler de cette nouvelle loi contre l'homosexualité. Je voudrais qu’ils nous laissent tranquilles. Nous sommes des personnes, comme tout le monde. C’est Dieu qui nous a créés. Ce n’est pas une loi qui nous changera. »

Je suis née fille, mais quand j’avais 10 ou 11 ans, j’avais envie d’être un garçon. Je ne connaissais pas le mot « lesbienne » ou « homosexuelle. » Quand j’avais 16 ans, ma mère me demandait : « Pourquoi tu t’habilles toujours comme un garçon ? » Je disais que je voulais être un garçon.

Quand j’avais 18 ans, elle a trouvé un garçon avec lequel elle voulait me marier. Je lui ai dit : « Je ne veux pas me marier avec un garçon, je veux être avec une fille. » Elle a répondu : « Alors tu dois quitter cette maison. » Mais elle s’est rendu compte qu’elle ne pouvait pas me forcer. Elle a laissé tomber et je suis restée avec ma famille. J’ai eu de la chance : ma mère est congolaise et elle avait déjà rencontré des lesbiennes qui s’assumaient à Kinshasa, elle savait ce que c’était.

Mais ensuite, j’ai donné une interview à la BBC, dans une émission à propos de la nouvelle loi. Mon père l’a entendue et s’est mis en colère. Il a dit : « Même si tu fais ces choses, tu n’as pas à le dire en public, je pourrais avoir des problèmes. Je ne veux plus te voir dans cette maison. » J’ai quitté la maison et je suis allée vivre chez le patron du restaurant où je travaillais. J’y suis restée cinq mois.

Finalement ma mère, ma tante et ma nièce ont dit à mon père : « Tu ne peux pas chasser ta fille ainsi. Elle n’a pas choisi d’être comme ça. » Finalement, mon père m’a autorisée à revenir, et maintenant, j’ai l’impression que ma famille m’accepte.

Les lesbiennes au Burundi ne s’affirment pas encore ouvertement. Il y a encore des endroits où les gens ne m’acceptent pas parce que je suis lesbienne. Il y a beaucoup de lesbiennes, mais elles ne veulent pas rejoindre l’association parce qu’elles pourraient avoir des problèmes avec leur famille. Certaines vivent avec leur copine, mais c’est un secret, comme si elles vivaient avec une simple camarade. Je connais d’autres femmes qui sont lesbiennes, mais mariées.

J’avais deux amis qui ont essayé de me violer parce que je suis lesbienne et que ça ne leur plaisait pas. Ils savaient que je n’avais jamais couché avec un homme et ils voulaient savoir si j’étais encore vierge. Ils ont essayé de me forcer, mais ils n’ont pas réussi, parce que j’étais plus forte qu’eux. Nous nous sommes battus, puis je suis rentrée chez moi. Je ne leur parle plus. Maintenant, je cherche des amis qui ne soient ni des barbares, ni des criminels, mais des gens qui me comprennent.

J’ai été choquée quand j’ai entendu parler de cette nouvelle loi contre l'homosexualité. Je voudrais qu’ils nous laissent tranquilles. Nous sommes des personnes, comme tout le monde. C’est Dieu qui nous a créés. Ce n’est pas une loi qui nous changera.

 

Anneyoncé, 20 ans

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« Parfois j’ai le sentiment que je ne vaux rien, je ne peux m’empêcher de penser à comment je pourrais me tuer, parce que j’ai l’impression que personne ne m’aime et que tout le monde me rejette. »

Je n’ai pas grand-chose à raconter sur ma vie, à part que je ne me suis jamais posé la question de savoir si j’aimais les filles ou les garçons. J’ai toujours su que j’étais gay, même quand j’étais très jeune. La seule chose qui me rend fou, c’est que je suis en permanence menacé par des gens qui me disent qu’ils vont me battre si je ne change pas. Je me fais insulter et huer dans la rue, c’est impossible de faire comme si de rien n’était. Chaque jour, quand je rentre à la maison, je remercie Dieu de m’avoir protégé tout au long de la journée.

Je suis un artiste. Je chante et j’écris des chansons. Écrire des chansons, c’est une forme de thérapie pour moi, parce qu’après avoir tout couché sur le papier, je me sens bien. C’est mon passe-temps favori, et c’est la seule façon que j’ai d’être libre et d’être moi-même. Parce que parfois, j’ai le sentiment que je ne vaux rien, je ne peux m’empêcher de penser à comment je pourrais me tuer, parce que j’ai l’impression que personne ne m’aime et que tout le monde me rejette.

Ce sera difficile de changer les choses au Burundi. Certains de nos hommes politiques ne sont pas très ouverts. Peut-être qu’un jour cela changera. J’en ai assez de souffrir, mais je ne peux rien faire, je garde juste l’espoir qu’un jour, les homosexuels auront des droits.

[1] Les individus interviewés par Human Rights Watch pour ce projet se définissaient tous comme gays ou lesbiennes, bien qu’ils aient parfois fait référence à des amis bisexuels ou transexuels. Tout le spectre des LGBT est représenté au Burundi, comme partout. Voir Human Rights Watch, Together, Apart: Organizing around Sexual Orientation and Gender Identity Worldwide, June 11, 2009, (Ensemble, à l’écart : s’organiser autour de l’orientation sexuelle et l’identité de genre à travers le monde, 11 juin 2009, en anglais) www.hrw.org/en/reports/2009/06/10/together-apart.

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