Liens confirmés entre le gouvernement et les milices janjawids
20 juillet 2004
Il est absurde de faire la distinction entre les forces gouvernementales soudanaises et les milices-elles ne font qu'un. Ces documents montrent que les activités des milices n'ont pas simplement été tolérées, elles ont carrément été appuyées par des responsables soudanais.
Peter Takirambudde, directeur exécutif à la Division Afrique de Human Rights Watch

(New York) - Des documents du gouvernement soudanais montrent de manière irréfutable que les milices ethniques connues sous le nom de Janjawids ont été recrutées, armées et assistées par des responsables gouvernementaux, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Le gouvernement du Soudan n'a cessé de nier qu'il recrutait et armait les milices janjawids, comme ce fut encore le cas lors des récentes visites du Secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, et du Secrétaire Général de l'ONU, Kofi Annan.

Human Rights Watch a dit avoir obtenu des documents confidentiels de l'administration civile au Darfour impliquant de hauts responsables gouvernementaux dans une politique d'aide aux milices.  

"Il est absurde de faire la distinction entre les forces gouvernementales soudanaises et les milices-elles ne font qu'un" a dénoncé Peter Takirambudde, directeur exécutif à la Division Afrique de Human Rights Watch. "Ces documents montrent que les activités des milices n'ont pas simplement été tolérées, elles ont carrément été appuyées par des responsables soudanais."  

Human Rights Watch a affirmé que les forces gouvernementales soudanaises et les milices soutenues par le gouvernement sont responsables de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre et de "purification ethnique". Ces exactions ont été commises lors d'attaques aériennes et terrestres menées à l'encontre de civils appartenant à la même ethnie que les membres des deux groupes rebelles du Darfour. Des milliers de civils ont été tués, des centaines de femmes et de filles ont été violées et plus d'un million de personnes ont été expulsées par la force de leurs maisons et de leurs fermes du Darfour.  

Dans une série de documents officiels en langue arabe émanant des autorités gouvernementales du Darfour nord et sud et datant de février et mars 2004, des fonctionnaires réclament une mobilisation et un soutien militaire, et notamment que soient livrées "des provisions et des munitions" à des chefs de milices bien connus, des casernes et des "tribus loyalistes" janjawids.  

Une directive particulièrement accablante qui remonte à février dernier ordonne à "toutes les unités de sécurité" de la région de tolérer les activités du dirigeant janjawid notoire, Musa Hilal, au Darfour nord. Ce document "souligne l'importance d'une non-intervention pour que leur autorité ne soit pas remise en question" et autorise les unités de sécurité d'une province du Darfour nord à "ignorer les petits délits commis par les combattants à l'encontre de civils soupçonnés d'appartenir à la rébellion...."  

Un autre document prévoit un plan de "réimplantation des nomades dans des endroits d'où les hors-la-loi [rebelles] se sont retirés." Ceci, en plus des récentes déclarations du gouvernement annonçant que les personnes déplacées seront réinstallées dans 18 "implantations" plutôt que dans leurs villages d'origine, n'est pas fait pour rassurer car tout porte à croire que le nettoyage ethnique qui a eu lieu sera intensifié et que les personnes déplacées ne seront pas en mesure de retourner dans leurs villages ni sur leurs terres.  

Human Rights Watch a demandé que les responsables du gouvernement soudanais impliqués dans la politique de soutien aux milices soient également visés par les sanctions prévues par l'ONU dans une résolution actuellement en souffrance. L'organisation des droits de l'homme a par ailleurs réclamé que la communauté internationale supervise le désarmement des milices et que soit mise en place une commission internationale chargée d'enquêter sur les exactions commises au Darfour par toutes les parties au conflit.  

"Le Soudan a lancé une grande campagne de relations publiques, demandant de lui accorder du temps pour laisser une chance aux initiatives diplomatiques," a déclaré Takirambudde. "Mais à ce stade et étant donné les nouvelles preuves dont nous disposons, la crédibilité de Khartoum est égale à zéro. Jusqu'à présent, le gouvernement soudanais n'a utilisé le temps dont il dispose que pour intensifier la purification ethnique au Darfour."  

Bien que le gouvernement se soit engagé à désarmer les groupes "hors-la-loi", notamment les insurgés, il reste à savoir s'il considère que les milices janjawids qu'il appuie font partie des groupes à désarmer. De plus en plus de témoignages révèlent que les membres des milices janjawids sont absorbés dans les nouvelles forces de police déployées par le gouvernement pour "protéger" les civils au Darfour.  

Human Rights Watch estime que les membres des Janjawids qui ont participé à des attaques, des meurtres et des viols de civils au Darfour ne doivent en aucune circonstance être incorporés à la police et aux forces armées que le gouvernement utilise aujourd'hui pour protéger la population.  

L'organisation a réclamé une résolution ferme et immédiate de l'ONU sanctionnant Khartoum et les responsables gouvernementaux responsables de crimes contre l'humanité.  

"L'ambiguïté dans les déclarations du gouvernement montre qu'une supervision indépendante du processus de désarmement est capitale," a ajouté Takirambudde. "L'Union africaine et les autres observateurs internationaux doivent surveiller de près les projets de réimplantation et veiller à ce que les milices ne soient pas seulement désarmées mais entièrement évacuées des zones civiles qu'elles ont occupées."  

Les documents dévoilant les liens entre le gouvernement soudanais et les Janjawids sont en possession de Human Rights Watch.

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