September 14, 2007

Conclusion: Le besoin de protection et de justice

Dans son essence, la crise en cours dans le nord de la RCA est une crise des droits humains. Les troupes gouvernementales, et dans une moindre mesure les forces rebelles, ont perpétré des violations graves des droits humains à l'encontre de la population civile. Les soldats gouvernementaux ont procédé à des centaines d'exécutions sommaires et autres morts illégales, dont au moins 100 ont été documentées par Human Rights Watch, et ils ont réduit en cendres plus de 10 000 habitations civiles. Les forces rebelles se sont livrées à des pillages généralisés et à des brutalités contre les civils et l'UFDR a commis un certain nombre d'exécutions et de viols. Tant l'APRD que l'UFDR ont utilisé des enfants soldats. En raison de la guerre, quelque  212 000 personnes ont été déplacées de chez elles, trouvant refuge dans la brousse où elles vivent dans des conditions précaires, trop effrayées de rentrer chez elles et de reconstruire leurs villages détruits.

Afin de mettre fin à cette crise, il faut de toute urgence garantir la protection de la population civile et traduire en justice les responsables de ces exactions.

Une crise interne aux dimensions régionales

Comme le souligne un rapport consacré à la crise en République centrafricaine, il est incorrect d'en parler comme de l'une des crises oubliées par le monde entier car «le fait d'oublier implique qu'il y ait eu connaissance préalable. Or, la crise en RCA n'est pas une situation d'urgence oubliée: elle est pratiquement inconnue et non reconnue ».[202]  La crise qui touche depuis longtemps la République centrafricaine n'arrive pas sur les écrans radar de la majeure partie de la communauté internationale. Aujourd'hui encore, lorsqu'elle s'intéresse aux événements en RCA, presque toute la communauté internationale se focalise sur l'effet de «débordement» de la crise du Darfour et sur les efforts visant à contenir la guerre au Darfour, faisant abstraction des causes internes des troubles en RCA et de la responsabilité des troupes gouvernementales centrafricaines dans une grande partie du carnage perpétré dans les régions du nord du pays.

Après avoir dans un premier temps nié l'existence de tout groupe rebelle armé organisé, le Président Bozizé a fréquemment décrit la rébellion dans le nord de la RCA comme étant un débordement du conflit du Darfour en Centrafrique.