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Questions et Réponses sur le Timor oriental   English


Questions
1. Pourquoi la violence a-t-elle atteint un tel niveau aussi rapidement?

2. Que sont les milices du Timor oriental?

3. Existe-t-il des preuves de la coopération et de la coordination entre l'armée et la milice?

4. Pourquoi l'armée organiserait-elle ces milices?

5. Comment mettre fin à la violence au Timor oriental?

6. Mardi, après avoir fait monter la pression internationale, Habibie et le Général Wiranto ont déclaré l'état d'urgence au Timor oriental. Cela sera-t-il utile ?

7. Tous ceux qui soutiennent l'autonomie sont-ils forcément membres de milices?

8. Pourquoi les réfugiés sont-ils chassés du Timor oriental ?

9. Que se passe-t-il à Djakarta ?

10. Est-il probable qu'une force internationale de maintien de la paix intervienne à ce stade ?

11. Si l'aide non-humanitaire est suspendue, quelles devraient être les conditions de la levée des sanctions ?

12. Quelles sont les implications économiques de la crise à l'échelle internationale ?


1. Pourquoi la violence a-t-elle atteint un tel niveau aussi rapidement?

L'annonce, le 4 septembre, du vote de près de 80 pour cent de la population timoraise contre l'autonomie et en faveur de la séparation d'avec l'Indonésie a provoqué une explosion de la violence. Plusieurs facteurs expliquent cette violence. Tout d'abord, les milices pro-autonomie étaient les seules à disposer d'armes à feu (les groupes de guérilla sont eux aussi armés mais n'ont pas voulu se servir de leur arsenal). Ensuite, la police et l'armée n'ont rien fait pour empêcher les attaques des milices et, enfin, il est possible que tout ceci fasse partie d'une stratégie militaire ayant pour but d'empêcher l'indépendance du Timor oriental.

2. Que sont les milices du Timor oriental?

A la fin du mois de janvier 1999, après l'annonce faite par le Président indonésien Habibie de sa volonté de donner au Timor oriental la possibilité de choisir entre la séparation d'avec l'Indonésie et l'autonomie sous souveraineté indonésienne, un réseau de treize milices créées au niveau des districts est soudainement apparu. Formées officiellement afin de défendre la population contre les violences susceptibles d'être provoqués par les guérillas indépendantistes et les groupes de jeunes, elles n'avaient pour but réel que d'essayer d'intimider les timorais et de les forcer à soutenir l'intégration avec l'Indonésie. Ces milices étaient ouvertement soutenues par l'armée indonésienne, la plupart d'entre elles ayant d'ailleurs installé leur QG dans les locaux des postes de commandement militaire de district.

Les 13 milices sont toutes dirigées par des timorais connus pour leur collaboration avec l'armée indonésienne. Certaines ont vu le jour dans les années 1970, après l'invasion indonésienne, mais les trois milices les plus violentes - Aitarak (Dili), Besi Merah Putih (Liquica) et Mahidi (Suai) - ont été créées cette année. Eurico Gutteres, leader d'Aitarak, est un ancien militant pro-indépendantiste qui a changé de camp après son arrestation suite au massacre de Santa Cruz, à Dili, en 1991. Il est devenu ensuite le leader d'une garde civile de jeunesse appelée Gardapaksi, une unité paramiliaire créée par Prabowo en 1995. Le chef de la milice de Baucau est un officier en activité du Kopassus. La milice Halilintar de Bobonaro, l'un des groupes les plus anciens, est dirigée elle par Joao Tavares, un ancien chef traditionnel membre du parti pro-indonésien Apodeti avant l'invasion de 1975.

Selon certaines allégations, plusieurs de ces milices ne sont pas est-timoraises. En juillet, on a ainsi dit que la milice Laksaur, de la région de Suai, était au moins à moitié composée d'ouest-timorais.

La campagne d'intimidation et de terreur menée par les milices semblait avoir atteint son point culminant en avril, lorsqu'une milice du district de Liquica, juste à l'ouest de Dili, massacra 45 réfugiés dans une église, avant de mettre à sac les bureaux et maisons de personnes suspectées de plaider à Dili la cause de l'indépendance. Les auteurs de ces faits étaient connus de tous mais aucune arrestation ne fut ordonnée.

Les violences se poursuivirent en juillet pour atteindre un nouveau sommet lorsque les milices s'attaquèrent à un convoi organisé par des ONG dans le but d'apporter une aide d'urgence à des déplacés. A cette époque, on chiffrait à plus de 40.000 le nombre de personnes ayant fui les violences. La réaction outrée de la communauté internationale donna lieu à l'arrestation de 7 jeunes suspects, aucunement responsable de l'organisation de l'attaque, et à une réduction marquée de l'intensité de la campagne de terreur dans les semaines suivantes. Une nouvelle vague de violence commença après l'ouverture fin juillet des bureaux d'enregistrements des votants, en prévision du référendum sur l'indépendance/autonomie. Le 30 août, jour du référendum, 98,2 pour cent des électeurs refusèrent de céder à l'intimidation et se présentèrent dans les bureaux de vote.

Les résultats furent annoncés dans la matinée du samedi 4 septembre, heure de Dili. Les milices, immédiatement, lancèrent ce qui semble être une offensive coordonnée et planifiée sur l'ensemble du territoire, mais en insistant particulièrement sur Dili et les districts de l'ouest (Bobonaro, Liquica, Suai et Ermera). Tous les est-timorais associés de quelque manière que ce soit à la mission des Nations unies au Timor oriental, l'UNAMET, furent visés. D'autres personnes furent également attaquées, notamment les journalistes étrangers et indonésiens suspectés de sympathie avec le mouvement indépendantiste, ainsi que les bureaux et habitations des militants pro-indépendantistes. Des milliers de déplacés furent également attaqués dans les lieux où ils s'étaient réfugiés. Il semble également que certains d'entre eux ont été transportés par camion au Timor occidental.

3. Existe-t-il des preuves de la coopération et de la coordination entre l'armée et la milice?

Human Rights Watch dispose de nombreux témoignages visuels selon lesquels des officiers de l'armée ont participé aux opérations de la milice, les attaques de la milice ont été couvertes par des lignes de soldats et la milice a organisé des réunions dans des districts contrôlés par l'armée. Le 30 août, après le scrutin, un major de l'armée indonésienne du Timor occidental aurait entrepris une campagne de terreur et incendié les maisons des personnes associées à l'organisation pour l'indépendance, le CNRT, à Gleno et Ermera alors que des soldats en service actif attaquaient le personnel local de l'UNAMET. Les soldats indonésiens auraient été directement impliqués dans l'attaque portée le 3 septembre à Liquica contre le personnel des Nations Unies. Le lien entre elles ne fait aucun doute. Les sources diplomatiques disposent de preuves encore plus évidentes.

Tout porte à croire que l'escalade de la violence après l'annonce du référendum était une offensive planifiée et organisée par l'armée. Un "haut fonctionnaire du Ministère d'Etat", dont les fonctions ne sont pas connues, aurait dit qu'il s'agissait d'une opération menée par les forces spéciales de l'armée (Kopassus) autrefois dirigées par Prabowo, le beau-fils de Suharto. La police de Dili a déclaré à un membre de la commission nationale indonésienne des droits de l'homme qu'elle ne pouvait rien faire car la zone était contrôlée par le Kopassus. Toutefois, le fait que le Kopassus ait pu être impliqué n'en fait pas une opération "dévoyée"; les dévoyés servent un dirigeant de Djakarta, toutes les preuves pointant vers le Général Wiranto, commandant des forces armées indonésiennes.

4. Pourquoi l'armée organiserait-elle ces milices ?

Plusieurs explications sont possibles :

  1. L'armée est impliquée depuis que Habibie a déclaré en janvier 1999 que l'indépendance du Timor oriental entraînerait la fragmentation de l'Indonésie. Il est certain que les mouvements séparatistes de Aceh et Irian Jaya ont été encouragés par l'évolution de la situation au Timor et par le rôle joué par les Nations Unies. La violence pourrait être un avertissement destiné à leur faire comprendre qu'une quelconque action pour l'indépendance entraînerait un bain de sang, et que l'armée indonésienne est plus puissante que toutes les forces extérieures, les Nations Unies y compris.
  2. Wiranto est préoccupé par l'unité des forces armées. De nombreux soldats indonésiens ont perdu la vie dans des attaques ou embuscades organisées par les guérillas de Falintil au Timor oriental et le nombre de blessés est encore plus élevé. Certains officiers considèrent qu'abandonner le Timor oriental reviendrait à trahir tout ce que l'armée a réalisé ces 24 dernières années. On affirme que, pour garantir l'union de ses forces, Wiranto a du faire tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher l'indépendance.
  3. L'armée a vraiment cru qu'elle avait faussé le jeu et intimidé assez de personnes pour obtenir davantage de voix. Elle n'arrive pas à croire à ces 78,2 pour cent et est maintenant prête à tout et à lancer une offensive médiatique pour convaincre le public indonésien que l'UNAMET s'est rendu coupable d'une énorme fraude. Malheureusement, cette offensive est une réussite (voir ci-dessous).
  4. Le vote et la violence ont des implications dans la politique indonésienne. Habibie a été totalement discrédité par la débâcle aux yeux des quelques groupes qui étaient encore prêts à lui accorder une certaine légitimité. Wiranto pourrait utiliser la violence qu'il domine, et le droit martial pour y mettre fin, comme tremplin pour devenir candidat à la présidence du parti au pouvoir, le Golkar, en lieu et place de Habibie.

5. Comment mettre fin à la violence au Timor oriental ?

Les forces armées indonésiennes pourraient facilement mettre fin à la violence si elles en avaient la volonté politique. Toutes les attaques de la semaine dernière, en réalité la plupart de celles menées ces six derniers mois, avec quelques exceptions, ont été lancées par des milices créées, armées et soutenues par l'armée indonésienne. Plus de 8.000 policiers se trouvent actuellement au Timor oriental, et au moins autant de soldats, et aucun d'entre eux n'a consenti des efforts pour mettre fin à la violence de la milice ou arrêter les responsables. L'attaque lancée le lundi 6 septembre sur la maison de Monseigneur Belo et le bureau du Comité international de la Croix-Rouge n'aurait pas été possible sans l'appui logistique de l'armée. Les organisations locales de défense des droits de l'homme, le personnel des Nations Unies et d'autres agences internationales ont identifiés les officiers indonésiens qui coopéraient directement avec les milices dans le cadre de ces actes de violence. Ces noms ont été transmis aux autorités indonésiennes compétentes mais aucune action n'a été entreprise contre eux.

Puisque l'armée indonésienne a la possibilité, mais non la volonté, de mettre fin à la violence, la seule alternative est que les pays donateurs utilisent leur pression économique considérable pour faire sentir à l'armée et aux membres de l'élite politique et économique qui la soutiennent les conséquences de leurs actes ou pour convaincre Habibie de faire appel aux forces de maintien de la paix.

6. Mardi, après avoir fait monter la pression internationale, Habibie et le Général Wiranto ont déclaré l'état d'urgence au Timor oriental. Cela sera-t-il utile ?

L'état d'urgence au Timor oriental sera probablement un désastre pour les droits de l'homme. L'armée dispose maintenant de tout le personnel dont elle a besoin pour arrêter la violence et elle n'a rien fait. La loi martiale pourrait seulement servir de prétexte pour arrêter et détenir les suspects sans accusation ni procès et empêcher tout contrôle international de l'armée. La dernière chose dont le Timor oriental a besoin est que l'armée acquière d'autres pouvoirs. La loi martiale pourrait également servir à désarmer et arrêter les dirigeants en faveur de l'indépendance.

7. Tous ceux qui soutiennent l'autonomie sont-ils forcément membres de milices?

Non. De nombreux fonctionnaires qui tirent leur autorité des liens avec la structure de pouvoir indonésienne ont probablement voté pour l'autonomie, ainsi que des personnes non originaires du Timor qui avaient le droit de vote parce qu'elles sont nées au Timor oriental ou parce que leur épouse y est née. En outre, certains intellectuels sont convaincus que le Timor oriental ne pourrait survivre s'il devenait indépendant. Lors du référendum, ils avaient presque tous été recrutés par les milices, leur aile politique (le Forum pour la démocratie et la justice) ou par l'organisation pour l'autonomie, le BRTT (Front populaire du Timor oriental), apparemment créé à l'image du parti au pouvoir, le Golkar.

8. Pourquoi les réfugiés sont-ils chassés du Timor oriental ?

Ce n'est pas clair. Il est possible que l'armée projette de démembrer le Timor oriental et de faire échouer le référendum. Pour ce faire, elle veut s'assurer que les secteurs stratégiques, y compris Dili et les districts de l'ouest, soient totalement contrôlés par la milice. Cela implique de se débarrasser des partisans de l'indépendance, qui constituent la grande majorité des personnes déplacées. La milice pourrait également souhaiter que l'on réponde positivement à leur demande d'un autre scrutin pour corriger le référendum qu'elle considère comme injuste et biaisé alors que les observateurs internationaux le jugent en général libre et juste. Si cela se produit, les rangs des partisans de l'indépendance s'en trouveront fortement diminués. (Les Nations Unies n'ont pas l'intention d'autoriser un deuxième scrutin mais les partisans de l'autonomie refusent d'accepter le résultat du premier et semblent prêts à se lancer dans une longue partie de bras de fer).

La presse indonésienne continue à considérer que la grande majorité des habitants du Timor oriental qui quittent Dili sont des partisans de l'autonomie qui craignent les conséquences de l'indépendance. C'est peut-être le cas pour ceux qui ne sont pas originaires du Timor mais bon nombre d'entre eux fuient la violence de la milice ou ont été forcés d'embarquer dans des camions pour être emmenés au Timor occidental. On estime que 25.000 personnes ont déjà quitté le Timor oriental, plus de 10.000 pour le Timor occidental.

9. Que se passe-t-il à Djakarta ?

A en croire la presse de Djakarta, les accusations portées contre l'UNAMET d'avoir faussé le scrutin en faveur de l'indépendance font l'unanimité. Tous les cabinets ministériels et tous les politiciens se rallient aux anti-Nations Unies et aux anti-occident et critiquent l'Australie avec véhémence. L'Australie voudrait l'indépendance du Timor oriental pour des raisons de sécurité, les USA voudraient contrôler la Chine depuis un Timor oriental indépendant et les Nations Unies se plieraient à leurs souhaits, arguments considérés par la plupart des observateurs extérieurs comme un peu tirés par les cheveux.

Ces affirmations sont dangereuses pour trois raisons. Elles pourraient donner la possibilité aux délégués de l'Assemblée consultative des personnes ou aux organes législatifs du MPR d'Indonésie au sommet de l'échelle hiérarchique de refuser d'accepter le résultat du référendum de novembre. Dans ce cas, l'indépendance du Timor oriental ne serait pas garantie. Ce nouveau nationalisme sert à affaiblir toute division de l'élite politique, ce qui signifie que l'armée et les groupes en faveur de l'autonomie bénéficient de plus en plus du soutien public. Par conséquent, d'un point de vue politique, il serait beaucoup plus difficile pour les pays donateurs de se montrer durs avec l'Indonésie puisque leurs élus craindraient d'exacerber les représailles dans un pays qui est pour eux un grand centre d'intérêt.

10. Est-il probable qu'une force internationale de maintien de la paix intervienne à ce stade ?

La déclaration de l'état d'urgence suggère que l'armée est déterminée à agir seule et que l'Indonésie n'aura pas recours aux forces de maintien de la paix. Sans l'approbation de l'Indonésie, le Conseil de sécurité des Nations Unies n'autorisera pas le déploiement de telles forces. Il est donc essentiel de faire pression sur Djakarta pour qu'une telle invitation soit lancée.

D'autre part, si l'Indonésie accepte, ces forces pourraient être rapidement réunies autour d'un groupe de troupes australiennes qui sont prêtes à être immédiatement déployées. Les Australiens souhaitent un engagement ou une implication des Nations Unies qui, dans ce cas, ne serait qu'un appui logistique destiné aux opérations d'un autre pays.

11. Si l'aide non-humanitaire est suspendue, quelles devraient être les conditions de la levée des sanctions ?

Nous pensons que la reprise de l'aide devrait dépendre de la capacité de l'UNAMET à relancer totalement ses opérations dans les treize districts du Timor oriental et à permettre aux équipes locales et internationales de travailler et de se déplacer librement sans être harcelées; à donner la possibilité aux réfugiés de rentrer au pays en toute sécurité et à arrêter les principaux dirigeants des milices responsables des actes de violence.

12. Quelles sont les implications économiques de la crise à l'échelle internationale ?

La dévaluation de la roupie provoquée par la débâcle au Timor oriental prouve que le monde des affaires à tout intérêt à ce que la crise soit résolue rapidement et efficacement.