- La presse victime de restrictions
- Attaques contre les partis politiques d’opposition
- Manquement à mettre en oeuvre les mandats constitutionnels et statutaires
- Police et mauvais traitements en prison
- Délai judiciaire
- Conflit armé
- Frontière érythréene
- Famine
- Acteurs internationaux clé
- Attaques contre les partis politiques d’opposition
L’existence de la presse indépendante est précaire. Rédacteurs-en-chef, éditeurs et reporters sont fréquemment l’objet d’arrestations ou de harcèlement. Le journaliste Teodros Kassa, ancien rédacteur-en-chef de Ethiop, est toujours en prison, où il purge une peine de deux ans. Il a été condamné pour avoir “nui à la réputation” d’un homme d’affaire décédé, dans un article suggérant que les forces de sécurité l’avaient tué en raison de son appartenance à un groupe d’opposition armé. Au moins quatre autres journalistes ont été arrêtés et libérés sous caution. En outre, un autre journaliste de Ethiop, Araya Tesfa Mariam, a été attaqué et grièvement blessé par trois hommes portant un uniforme fédéral. Araya a déclaré au Conseil éthiopien des droits humains –une organisation non-gouvernementale- qu’avant l’assaut, les forces de sécurité ont essayé de lui soutirer les noms de sources spécifiques.
Une nouvelle loi sur la presse actuellement en examen aboutirait à renforcer la main mise du gouvernement sur la presse indépendante, en dépit de quelques modifications. En octobre dernier, le ministre de l’information, auteur principal du texte de loi, a accusé l’Association des journalistes éthiopiens pour la liberté de la presse (EFJA) de nuir au “journalisme responsable” en opposant le texte de loi. Moins d’un mois plus tard, le ministre de la justice suspendait l’enregistrement de l’EFJA en raison du soit-disant refus de celle-ci de se soumettre aux audits annuels. En janvier 2004, le gouvernement annonçait la confiscation des comptes bancaires de l’EFJA.
Attaques contre les partis politiques d’opposition
Les autorités provinciales (y compris les chefs locaux de partis politiques) liées à la coalition au pouvoir, le Front Démocratique et Révolutionnaire du Peuple Ethiopien (EPRDF) sont souvent impliquées dans les cas d’assauts physiques sur les supporters des partis d’opposition enregistrés. En 2003, des rapports non confirmés de telles attaques ont fait état de tels agissements dans quatre régions. Dans l’un des cas, la police locale accompagnait les attaquants.
Manquement à mettre en oeuvre les mandats constitutionnels et statutaires
Bien que la Constitution éthiopienne de 1994 (article 55, sections 22-23) exige du Parlement qu’il établisse une Commission des droits humains et nomme un médiateur, aucune de ces mesures n’a été appliquée en dépit des promesses répétées des chefs parlementaires, faites dès 2001, que des nominations prendraient bientôt effet.
Une loi audiovisuelle de 1999 devait mettre fin au monopole du gouvernement sur les stations de télévision et de radio. Aucune licence n’a cependant jamais été émise et la seule radio qui n’appartient pas à l’Etat appartient au parti au pouvoir. La radio est la seule source d’information, à l’exception du bouche à oreille, pour les six millions d’Éthiopiens, pour la plupart analphabètes, des zones rurales.
Police et mauvais traitements en prison
Une force excessive a souvent été utilisée pour réprimer des manifestations pacifiques. Les manifestants sont sujets aux arrestations massives et aux mauvais traitements. En février 2003, trente-quatre membres au moins de l’Eglise Lideta ont été arrêtés pendant qu’ils participaient à une réunion. Les forces de sécurité les ont conduit dans un camp d’entraînement de la police où ils sont restés deux jours durant lesquels ils ont été battus, forcés à courir pieds nus et ramper sur leurs genoux et coudes nus sur du gravier et du sable plusieurs heures par jour. Cette forme d’abus est largement utilisée ces dernières années.
La torture plus sévère reste un problème. Le Conseil éthiopien des droits humains (EHRCO) a signalé la mort d’Abera Hay pendant sa garde à vue. La police prétend qu’Abera s’est pendu, mais un examen plus approfondi du cadavre et des photos a révélé un menton fracturé, des dents manquantes, des testicules enflées, des côtes meurtries et des saignements autour du nez et de la bouche.
Les forces de sécurité et les autorités pénitenciaires sont rarement tenues responsables de leur excès. Voir http://www.hrw.org/Reports/Ethiopia0103 pour prendre connaissance d’autres exemples de l’utilisation excessive de force et du mauvais traitement des prisonniers.
Délai judiciaire
Bien que le pouvoir judiciaire soit nominalement indépendant, le processus judiciaire est souvent sujet aux pressions politiques et aux délais en raison d’une pénurie de juges proprement formés. Les procédures criminelles sont fréquemment repoussées pour donner à la police et aux procureurs plus de temps pour réunir davantage de preuves. Les cautions sont souvent refusées même lorsque le risque de fuite est minime. Les personnes accusées de corruption, une infraction pour laquelle payer une caution n’est pas autorisé, restent emprisonnées pendant des années sans procès en raison de délais judiciairement sanctionnés; l’exemple le plus frappant est celui de l’ancienne ministre de la défense, la plus ardente rivale politique du premier ministre. Femme d’affaires, Dinkinesh Deressa a été arrêtée en juin 2002 et accusée d’appartenir au Front de Libération d’Oromo (OLF), un groupe d’opposition armé. Libérée sous caution en juillet 2002, elle était à nouveau arrêtée trois jours plus tard sous le même chef d’inculpation, mais cette fois, sa caution était refusée. Bien que la présentation de preuves à son procès ait pris fin une année plus tard, elle était toujours prisonnière et aucun jugement n’avait été rendu à la fin de 2003.
Treize ans après le renversement du gouvernement militaire (le Derg), plusieurs milliers de ses anciens membres restent incarcérés sans procès, accusés de génocide, de crimes contre l’humanité et d’infractions majeures. Un tiers environ des accusés du Derg qui ont été jugés (dans des tribunaux civils) ont été acquittés, certains après plus d’une décade d’emprisonnement. La perte de preuves au cours des années a entraîné quelques acquittements, mais peut aussi résulter en des condamnations. Au procès de trente-sept associés du dictateur Mengistu Haile Mariam, un accusé a renoncé à son droit de citer des témoins en notant que les crimes dont on l’accuse se sont déroulés il y a trente ans. (Mengistu, dont le procès s’est déroulé par contumace, reste l’invité du gouvernement Mugabe au Zimbabwe. Il est peu probable qu’il ait un jour à payer ses abus.)
Conflit armé
Des incidents mineurs entre les forces de sécurité et des bandes insurrectionnelles armées surviennent occasionnellement dans les zones rurales d’Éthiopie. Les forces de sécurité arrêtent fréquemment les civils, les accusant d’être membres des groupes suivants : le Front de Libération d’Oroma (FLO) dans l’Etat d’Oromia; le Front de Libération nationale de l’Ogaden (FLNO) et le Al-Itihad Al-Islamiya (Unité islamique) de l’État de Somali. Rares sont les personnes arrêtées qui ont droit à un procès. Certaines sont libérées; d’autres sont victimes de détentions arbitraires pendant de longues périodes, parfois au secret. Elles ne bénéficient que rarement d’une audience et la cause de leur détention n’est presque jamais stipulée.
Des luttes inter-communales entraînent souvent la mort, les blessures et le déplacement de populations. L’action ou au contraire l’inaction des forces de sécurité contribuent en grande partie à ces phénomènes. En décembre 2003, le gouvernement a reconnu qu’au moins cinquante-sept personnes avaient été tuées lors de troubles proches de Gambella, non loin de la frontière du Soudan. Comme c’est souvent le cas, le gouvernement a fait porter la responsabilité des troubles (avec le soutien supposé du gouvernement érythréen) au FLO. Néanmoins, les observateurs ont signalé plus de 400 morts imputées aux forces de l’ordre parmi les civils d’origine Anuak, qui ont suivi les meurtres de huit Éthiopiens et d’officiels étrangers d’un camp de réfugiés. Lors des conflits communaux passés, le gouvernement n’a mené aucune enquête ni permis à des observateurs étrangers d’enquêter efficacement sur les causes de conflits ou la réponse des forces de sécurité.
Frontière érythréene
Pendant deux ans et demi, entre 1998 et 2000, l’Éthiopie et l’Erythrée se sont affrontées dans une guerre sanglante provoquée par une dispute liée à leur frontière commune. Le conflit, qui a fait 100.000 morts et provoqué le déplacement de plus d’1 million de personnes, s’est finalement terminé en décembre 2000 avec l’accord de soumettre la dispute frontalière à l’arbitration. L’accord a abouti à la formation d’une commission indépendante ayant pour mission de délimiter et de démarquer la frontière sur la base de traités coloniaux du 19ème et 20ème siècle. Sous les termes de l’accord de paix, la décision de la commission est “finale et obligatoire”.
Bien que les deux gouvernements aient initialement approuvé la décision de la commission en avril 2002, l’Éthiopie l’a rejetée en 2003 lorsqu’il est devenu clair que le village de Badme, où les hostilités ont commencé, allait tomber du côté erythréen. Dans une lettre au Secrétaire général des Nations Unies, le premier ministre Meles Zenawi a dénoncé la décision de la commission comme étant totalement illégale, injuste et irresponsable”. Il a ensuite déclaré la décision nulle et caduque devant le Parlement éthiopien. Meles a également assuré qu’une reprise du conflit était “impensable” à moins que l’Éthiopie ne soit attaquée. L’Erythrée insiste de son côté que négocier des modifications avec l’Éthiopie est également “impensable”.
Le cessez-le-feu est en danger bien que les deux gouvernements semblent pour l’instant se limiter à une guerre des mots. En dépit d’une condamnation internationale de la position éthiopienne et des offres européenne et américaine de reconstruire Badme de toutes pièces à une centaine de mètres au sud, sur le sol éthiopien, l’Éthiopie refuse de permettre la démarcation de la frontière qui la forcerait à abandonner Badme à l’Erythrée. De son côté, l’Erythrée refuse de négocier et a rejeté les efforts de la communauté internationale d’arbitrer la dispute.
La tension sert les intérêts politiques des deux gouvernements. En Éthiopie, Meles a partiellement redoré son blason auprès des extrémistes, particulièrement dans son fief de l’Etat de Tigray, qui ne lui ont pas pardonné de n’avoir pas seulement échoué à la recapture de toute l’Erythrée mais aussi à celle du port d’Assab sur la Mer Rouge. En Erythrée, le président Issayas Afeworki utilise la tension pour : réprimer toute dissidence (en la caractérisant comme le travail perfide des agents éthiopiens); repousser les élections nationales indéfiniment; et refuser la démobilisation de son armée, en majorité consistée d’appelés. (Voir Erythrée).
Famine
La sécheresse, doublée de problèmes économiques systémiques, ravage périodiquement de larges zones d’Éthiopie, particulièrement les plaines du sud et de l’est du pays. En 2003, plus de treize millions de personnes (environ un cinquième de la population) vivant dans ces régions sont devenues dépendantes de l’aide alimentaire internationale. Plusieurs organisations humanitaires internationales ont accusé les gouvernements éthiopien et étrangers d’exacerber les conditions en encourageant l’aide internationale plutôt qu’en investissant dans l’infrastructure et la promotion de programmes de planning familial.
Acteurs internationaux clé
La mission des Nations Unies en Éthiopie et en Erythrée (UNMEE) maintient 4 200 casques bleus le long de la ligne tampon de vingt-cinq kilomètres de large séparant les deux pays depuis l’armistice. En décembre 2003, le Secrétaire général de l’ONU a nommé un émissaire, l’ancien ministre candien des affaires étrangères, Loyd Axworthy, pour tenter de négocier une issue à l’impasse. L’ Union européenne a menacé de réduire l’aide internationale si l’Éthiopie continue de défier l’ordre de la Commission frontalière. Aucun contributeur n’avait cependant réduit son soutien financier à la fin de 2003.
La plus grosse portion de l’aide étrangère accordée à l’Éthiopie en 2003 (par exemple, presque 88 pour cent de l’aide américaine, qui s’élève à un montant de 531 millions de dollars) sert à lutter contre la famine.
L’Éthiopie est considérée comme un partenaire majeur des Etats-Unis dans la guerre anti-terrorisme. Les Etats-Unis soupçonnent des groupes islamistes extrémistes de se cacher dans les zones frontalières de la Somalie et parfois à l’intérieur même de l’Éthiopie. En 2003, l’armée américaine, opérant à partir de Djibouti, a formé une division de l’armée éthiopienne à combattre le terrorisme.