HRW News
  FREE    Recevez des Nouvelles 
Présentation générale de la situation en République Démocratique du Congo
Human Rights Watch, janvier 2001
Joseph Kabila a promis le retour à un état fondé sur le droit mais ceci signifie que les personnes coupables d'abus devront être tenues pour responsables de leurs actes.


Sur le même thème

Afrique Centrale
HRW documents en français

Joseph Kabila, le nouveau président de la République Démocratique du Congo (RDC) a hérité d'une guerre incontrôlable, d'une absence presque totale d'institutions civiles et d'un lourd passif en matière d'atteintes aux droits humains commises sous la présidence de son père aujourd'hui décédé, Laurent Désiré Kabila.
 
Joseph Kabila, le nouveau président de la République Démocratique du Congo (RDC) a hérité d'une guerre incontrôlable, d'une absence presque totale d'institutions civiles et d'un lourd passif en matière d'atteintes aux droits humains commises sous la présidence de son père aujourd'hui décédé, Laurent Désiré Kabila.

Le nouveau président a tenté de ranimer les discussions sur le processus de paix et a soulevé des espoirs quant à de possibles améliorations de la situation politique interne. Il a promis un nouveau respect des libertés civiles et a ordonné que soit élaborée une loi reconnaissant les partis politiques. Il a établi une commission chargée d'élaborer les termes du dialogue national avec les autres forces politiques, tel que stipulé dans les Accords de Lusaka.

L'ancien Président Kabila est resté pratiquement quatre ans au pouvoir. Durant cette période, de façon régulière, il a durement bafoué les droits humains du peuple congolais, tuant, torturant, emprisonnant et causant la "disparition" de toute personne soupçonnée de constituer une menace pour lui-même ou pour son régime. Les personnes qui ont le plus souffert sont les opposants politiques, les responsables de la société civile, les défenseurs des droits humains et les journalistes.

Joseph Kabila a promis le retour à un état fondé sur le droit mais il n'a pas encore initié de réformes de la justice civile. Le traitement de cette question urgente devrait comporter notamment un examen des personnes actuellement détenues en prison et la libération rapide de celles retenues sans inculpation particulière ou soupçon crédible de culpabilité.

Le nouveau président a promis des améliorations du système militaire de justice. La commission établie pour enquêter sur l'assassinat de Kabila père pourrait constituer un test des chances de succès de ce processus. L'assassin, apparemment tué juste après son crime, serait membre de l'unité Kadogo et plusieurs autres soldats de cette unité ont été arrêtés. Kadogo signifie "enfant soldat" et fait référence à une unité de soldats recrutés lorsqu'ils étaient très jeunes, beaucoup parmi eux, dans les provinces orientales du Kivu. Si Kabila pouvait garantir une enquête transparente et méthodique sur le sujet sensible de l'assassinat de son père, son engagement en faveur de l'amélioration de la justice militaire gagnerait en crédibilité.

Un nombre important de services de sécurité, parfois en compétition les uns avec les autres, opéraient sous le régime de Kabila père. Joseph Kabila aurait contraint à la démission les chefs de ces services pour "leur incompétence et leurs échecs" et leur incapacité à prévenir l'assassinat de son père. Il devrait également ordonner une enquête sur la façon dont ces services ont violé les droits fondamentaux des simples citoyens congolais, en particulier en se livrant à des arrestations arbitraires, des mauvais traitements et des tortures sur les détenus. Pour que l'état de droit devienne une réalité, les auteurs d'abus doivent être tenus pour responsables de leurs actes.

Kabila a ordonné un durcissement de la discipline militaire mais il n'est pas clair si cette mesure comporte de nouveaux ordres donnés aux troupes pour qu'elles observent dorénavant les lois de la guerre. Durant la guerre de 1996-1997 qui a amené Laurent Kabila au pouvoir, les soldats congolais et leurs alliés rwandais et ougandais ont attaqué des dizaines de milliers de civils, les massacrant, les violant et les blessant. Les soldats ont aussi contraint à l'exil des centaines de milliers de civils. Les Nations Unies se sont efforcées à deux reprises de recueillir des informations sur ces crimes de guerre mais ne sont pas parvenues à terminer leur travail, en partie à cause des efforts d'obstruction déployés par Kabila père. Après que l'équipe d'experts nommée par le Secrétaire Général des Nations Unies ait remis un rapport impliquant des soldats congolais et rwandais dans des crimes contre l'humanité et un possible génocide, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a confié la responsabilité de la poursuite de l'enquête aux gouvernements congolais et rwandais. Aucun des deux ne s'est acquitté de cette tâche. Si Kabila voulait manifester clairement sa volonté de faciliter le travail d'une nouvelle enquête internationale, il commencerait par fournir des preuves de cet engagement en faveur de la justice qu'il proclame haut et fort.

Au cours de la guerre, certains des belligérants nationaux se sont mêlés de conflits locaux, à base ethnique, souvent en fournissant des armes et des formations militaires qui ont contribué à rendre ces combats plus mortels encore. Parce que les troupes rwandaises et ougandaises dans l'est du Congo sont perçues par les Congolais comme des forces d'occupation hostiles, les groupes ethniques associés à ces étrangers sont de plus en plus exposés à des attaques de la part de leurs voisins. Kabila pourrait jouer un rôle majeur dans la réduction des tensions ethniques en affirmant fermement que tous les Congolais partagent une nationalité et des droits identiques, quels que soient leur groupe ethnique ou leur région d'origine.