I. IntroductionEn décembre 2004, la Cour pénale internationale (CPI) a entamé un processus en vue délaborer un plan stratégique (le « Plan stratégique »).1 Human Rights Watch se réjouit de cette initiative, laquelle devrait permettre à la Cour de formuler la vision quelle a de son travail, de dégager des objectifs visant à mettre en uvre cette vision, et de présenter des plans en vue datteindre lesdits objectifs. Le Plan stratégique permettra par ailleurs à la Cour détablir une division des tâches claire entre les différents organes qui la composent. Grâce à ces démarches, la Cour sera plus à même de remplir son mandat et de percevoir avec justesse lorientation à suivre à lavenir. La Cour a fait savoir quelle examinera les commentaires émis à propos du plan, notamment par les Etats parties et les organisations non gouvernementales (ONG).2 Elle présentera ensuite une version révisée du Plan stratégique à lAssemblée des Etats parties (AEP) avant sa cinquième session. La concertation entre la CPI et les Etats parties à propos du plan peut se révéler mutuellement profitable dans le sens où elle renforcera la compréhension du travail de la Cour. En même temps, les Etats parties se doivent de respecter lindépendance de la CPI en tant quinstitution judiciaire.3 Human Rights Watch se réjouit de loccasion qui est offerte démettre des commentaires à propos du Plan stratégique. Ce dernier comprend à lheure actuelle un certain nombre dobjectifs cruciaux, notamment garantir aux participants le plein exercice de leurs droits, promouvoir la sensibilisation à légard de la Cour, et sassurer la coopération des Etats et des organisations intergouvernementales. Le Plan stratégique met en outre laccent sur le besoin denquêtes impartiales, de poursuites judiciaires de qualité ainsi que de procédures judiciaires équitables et rapides. Nous estimons quil sagit de conditions essentielles pour que la Cour puisse mener à bien le mandat difficile et unique qui lui est confié de traduire en justice les auteurs des crimes les plus graves lorsque les tribunaux nationaux ne sont pas en mesure de le faire ou ny sont pas disposés. Cependant, le plan na pas la vision nécessaire pour assurer que le travail de la Cour ait une résonance et une pertinence auprès des communautés les plus affectées par les crimes qui feront lobjet dune enquête et dun jugement de la CPI.4 Notre expérience du terrain donne à penser que le mandat de la CPI ne sera pas rempli sil se limite uniquement à mener des enquêtes efficaces et sérieuses aboutissant à des procès équitables, aussi cruciales que soient ces tâches. Lexpérience des tribunaux internationaux ad hocqui siègent loin des pays où les crimes ont été perpétrés et où la justice a été perçue comme étant très éloignée des communautés concernéesmet en évidence le besoin de donner priorité aux efforts qui visent à faire de la justice pénale internationale un système accessible et porteur de sens pour les populations locales. Si la CPI ne sattelle pas à optimiser son impact auprès des communautés concernées, elle ne sera pas en mesure de faire honneur à son mandat et elle décevra ceux que sa création était censée servir. Le fait que la Cour ne conduira quun nombre limité de procès dans chaque situation sur laquelle elle enquêtera rend ces efforts dautant plus importants. Par ailleurs, le plan met trop laccent sur les questions de gestion et dorganisation,5 surtout si lon considère le fait quil porte sur les dix prochaines années. Une institution bien administrée est certes capitale pour garantir le succès de la Cour mais le Plan stratégique devrait se focaliser principalement sur la vision à plus long terme de la Cour et moins sur la gestion institutionnelle. Lun des buts du Plan stratégique devrait être doptimiser limpact de la CPI auprès des communautés concernées. Le présent mémorandum décrit comment la Cour peut y parvenir, notamment à travers: la participation des victimes et les réparations, un engagement sur le terrain, la sensibilisation et la communication, le principe de complémentarité, ainsi que des initiatives visant à garantir que le travail de la CPI laisse un héritage durable.6 Travailler efficacement dans ces domaines constitue un gigantesque défi et limportance quils revêtent exige une mise en uvre sur le long terme. Les recommandations portant sur les éléments à incorporer dans la version révisée du Plan stratégique sont détaillées dans chaque chapitre du mémorandum. Sachant que la Cour dispose dun budget limité pour opérer, la plupart des recommandations ne requièrent pas de moyens supplémentaires importants. Une zone dombre subsiste sur létendue des détails qui seront prodigués dans le Plan stratégique que la Cour a lintention délaborer. Toujours est-il que lanalyse de mesures concrètes visant à atteindre les objectifs fait défaut dans la version actuelle. Nos recommandations reflètent le niveau de détail que nous estimons nécessaire.7 Des explications complémentaires relatives aux objectifs ainsi que des critères permettant dévaluer leur mise en uvre sont également nécessaires.8 Il sagit déléments indispensables pour que le plan exprime plus clairement la vision de la CPI et la façon dont la Cour entend réaliser ses buts. Des détails supplémentaires contribueront également à mieux quantifier les ressources requises pour les futures opérations de la Cour. En tant que « moteur » de la CPI, la capacité du Bureau du Procureur à aller de lavant en menant des enquêtes et des poursuites judiciaires efficaces est un facteur crucial dont dépendra la faculté de la Cour de rendre la justice pour les graves crimes commis. Son choix des situations, des cas et des chefs dinculpation sera primordial pour la légitimité et la crédibilité de la Cour. Le succès de la CPI sera tributaire de sa capacité à engager des procédures judiciaires impartiales et rapides. Le présent mémorandum napprofondit pas ces fonctions car leur importance dans le Plan stratégique nest pas mise en question.9 Néanmoins, il est nécessaire dinclure dans le plan des explications complémentaires relatives aux objectifs et stratégies visant à garantir lefficacité des enquêtes et des poursuites ainsi que la qualité des procédures judiciaires.10
1 La Cour a pris cette initiative suite à une recommandation du Comité du budget et des finances (CBF) pour que « la Cour établisse un ensemble dobjectifs et de réalisations escomptées fondamentaux pour la Cour dans son ensemble, capables de concrétiser ses plans collectifs concernant la réalisation des buts du Statut de Rome ». « Rapport du Comité du budget et des finances sur les travaux de sa troisième session », août 2004, ICC-ASP/3/25, [en ligne] http://www.icc-cpi.int/asp/documentation/doc_3rdsession.html&l=fr,para. 46. 2 La CPI a remis au CBF un « Rapport sur le Plan stratégique de la Cour » en avril 2006 (ICC-ASP/5/CBF.1/5). Le 16 mai 2006, des fonctionnaires de la CPI ont fait une présentation de la structure du plan à lintention des ONG. 3 Comme la relevé le CBF, « il est essentiel que le Plan stratégique reste la propriété de [la Cour] ». « Rapport du Comité du budget et des finances sur les travaux de sa sixième session », mai 2006, ICC-ASP/5/1, [en ligne] http://www.icc-cpi.int/asp/documentation/doc_5thsession.html, para. 56. 4 Dans le présent mémorandum, ces communautés sont également appelées « populations locales » et « communautés concernées ». 5 Ces questions sont principalement abordées dans le troisième but du Plan stratégique: « Un modèle dadministration publique: Exceller pour atteindre les résultats souhaités avec des ressources minimales au moyen de structures et de procédures rationnelles tout en maintenant la flexibilité requise et en engageant sa responsabilité et en faisant appel à du personnel dûment qualifié et motivé dans un environnement à visage humain et une culture non bureaucratique ». Ce but comprend quinze objectifs alors que les deux autres buts en comptent moins de dix. Présentation par la CPI du projet de Plan stratégique, 16 mai 2006. 6 La plupart de ces domaines sont cités sous une forme ou lautre dans la version actuelle du Plan stratégique mais ce dernier ne prévoit pas suffisamment de les utiliser en vue doptimiser limpact du travail de la CPI auprès des populations locales. 7 Human Rights Watch croit comprendre que la Cour a déjà commencé à développer des « stratégies sur certaines questions fondamentales alors que le plan stratégique était en cours délaboration ». Si tel est le cas, ces stratégies devraient également être incluses dans le plan. Voir « Rapport sur le Plan stratégique de la Cour », para. 25. 8 Human Rights Watch croit savoir que la Cour préparera un « plan de mise en uvre » ainsi que des « indicateurs stratégiques » pour évaluer la mise en uvre du Plan stratégique dici août 2006. Par ailleurs, des stratégies spécifiques à lorgane seront élaborées afin de compléter le plan sil y a lieu. « Rapport sur le Plan stratégique de la Cour », para. 6. Le Plan stratégique devrait inclure le plan de mise en oeuvre et les indicateurs stratégiques de la Cour. 9 Voir Partie II. Human Rights Watch prend note que le Bureau du Procureur produit également son propre plan stratégique. 10 Par exemple, les objectifs repris dans le but intitulé qualité de la justice incluent les normes de qualité pour les victimes, les témoins et les défendeurs ainsi quun système visant à gérer les risques en matière de sécurité. Toutefois, le plan nexplique pas en quoi consistent ces « normes de qualité ». |