Par Kenneth Roth, Directeur exécutif

Depuis une génération, le monde n'a pas connu autant de tumultes qu'actuellement. Le Printemps arabe, naguère porteur d'espoir, a dégénéré presque partout en conflits et répressions. Les extrémistes islamistes commettent des atrocités massives et menacent les civils dans tout le Moyen-Orient et dans certaines régions d'Asie et d'Afrique. Des tensions rappelant la Guerre froide sont réapparues au sujet de l'Ukraine, où un avion civil a même été abattu en plein vol. On a parfois l'impression que le monde se disloque.

De nombreux gouvernements ont réagi à ces bouleversements en faisant passer les droits humains au second plan, voire en les Iignorant complètement. Les gouvernements directement affectés par la contestation sont souvent à la recherche d'excuses pour réprimer les pressions populaires en faveur de changements démocratiques. D'autres gouvernements influents estiment souvent plus commode de renouer leurs relations habituelles avec des autocrates plutôt que d'affronter les incertitudes de la démocratie. Certains de ces gouvernements continuent d'exprimer leurs préoccupations concernant les droits humains, mais beaucoup semblent parvenus à la conclusion que les graves menaces sécuritaires d'aujourd'hui doivent prendre le pas sur les droits humains. Leur raisonnement semble être qu'en ces temps difficiles, les droits humains doivent passer au second plan, comme s'il s'agissait d'un luxe à réserver pour des époques plus propic

Cette subordination des droits humains à d'autres priorités n'est pas seulement moralement condamnable, c'est aussi une attitude à courte vue et contreproductive. Les violations des droits humains ont joué un grand rôle dans l'apparition ou dans l'aggravation de la plupart des crises d'aujourd'hui. Protéger ces droits et permettre aux citoyens d'avoir leur mot à dire dans la manière dont leurs gouvernements font face aux crises, seront des éléments clés de la résolution de ces crises. C'est tout particulièrement dans les périodes où se présentent des défis et des choix difficiles que les droits humains constituent une boussole essentielle pour toute action politique.

La montée de l'EIIL

Parmi les nouveaux défis apparus au cours de l'année écoulée, aucun n'a explosé sur la scène mondiale de manière aussi spectaculaire que l'émergence de l’État islamique autoproclamé, le groupe extrémiste également connu sous le nom d'État islamique d'Irak et du Levant (EIIL). On ne peut qu'être horrifié par les exécutions massives par l'EIIL de combattants capturés et de civils appartenant à des catégories de population qu'il méprise. Ce groupe armé sunnite a pris pour cibles les Yézidis, les Turkmènes, les Kurdes, les chiites et même d'autres sunnites qui contestent son interprétation extrême de la loi islamique. Ses militants ont réduit en esclavage, épousé de force et violé des femmes et des filles yézidies, et décapité des journalistes et des travailleurs humanitaires dans d'horribles scènes filmées en vidéo. Rarement une force armée aura suscité autant de révulsion et d'opposition à travers le monde.

Et pourtant, l'EIIL n'est pas apparu comme s'il sortait du néant. Il est pour une certaine part un produit de la guerre dirigée par les États-Unis suivie de l'occupation militaire de l'Irak qui a commencé en 2003 et a créé, entre autres choses, un vide sécuritaire et une situation dans laquelle ont été commis des abus à l'encontre de détenus de la prison d'Abu Ghraib et d'autres centres de détention gérés par les États-Unis. Le financement de groupes extrémistes par des États du Golfe et par certains de leurs citoyens a également joué un rôle. Et plus récemment, les politiques sectaires suivies par les gouvernements irakien et syrien, ainsi que l'indifférence de la communauté internationale aux graves violations des droits humains commises par ces gouvernements, ont été des facteurs importants. Si les conditions qui ont conduit à l'apparition de l'EIIL restent inchangées, le groupe pourrait consolider son emprise sur les deux pays et l'étendre au Liban, à la Jordanie, à la Libye et au-delà.

Irak

En Irak, l'EIIL doit son émergence pour une large part au style de gouvernement sectaire et abusif de l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki et à la radicalisation de la communauté sunnite qui s’en est ensuivie. Avec l'appui de l'Iran, Maliki a pris personnellement le contrôle des forces de sécurité irakiennes et a soutenu la formation de milices chiites, dont beaucoup ont persécuté avec brutalité la population sunnite minoritaire. Les sunnites étaient régulièrement tenus à l'écart des postes gouvernementaux les plus en vue, arrêtés et détenus arbitrairement en vertu de nouvelles lois très générales, sommairement exécutés et visés dans des attentats à la bombe.

La sévérité de cette persécution peut être mesurée à ses effets. Le prédécesseur de l'EIIL, al-Qaida en Irak (AQI), a été défait avec l'aide d'une coalition militaire de tribus sunnites de l'ouest de l'Irak connue sous le nom de Conseils de sensibilisation (Awakening Councils). Mais beaucoup de ces tribus qui, presque à elles seules, avaient mis l'AQI en échec, ont commencé à éprouver une telle crainte d'être massacrées et persécutées par les forces de sécurité pro-gouvernementales que lorsque l'actuel conflit a éclaté en 2014, elles ont considéré qu'il était plus sûr pour elles de combattre ces forces-là plutôt que celles de l'EIIL.

Les organisations de défense des droits humains ont attiré avec insistance l'attention sur le caractère abusif du gouvernement Maliki mais les États-Unis, le Royaume-Uni et d'autres pays, impatients de tourner la page de leur propre engagement militaire en Irak, ont dans une large mesure fermé les yeux sur les méthodes de ce régime sectaire — et lui ont même massivement fourni des armes.

Aujourd'hui, il est assez généralement admis que cette indifférence aux atrocités commises par le régime Maliki était une erreur. Par la suite, Maliki a été évincé du pouvoir et remplacé à la tête du gouvernement par Haider al-Abadi, qui a promis une gouvernance plus inclusive. Mais alors que l'aide militaire occidentale continue d'affluer en Irak, le sectarisme abusif n'a pas disparu. Maliki continue d'occuper l'un des trois postes de vice-président de l'Irak et le gouvernement, dans sa faiblesse, a largement accru son recours aux milices chiites, autorisant la mobilisation de près d'un million de combattants chiites sans aucune supervision ou règlementation. En fait, en raison de la désorganisation de l'armée irakienne, les milices constituent la principale force terrestre opposée à l'EIIL, alors qu'elles continuent de commettre des meurtres et d'effectuer des purges parmi les sunnites, considérés comme sympathisants objectifs de l'EIIL. Tant que ces atrocités ne cesseront pas, les milices chiites seront plus susceptibles de favoriser le recrutement de combattants par l'EIIL que de le mettre en déroute sur le champ de bataille.

Par ailleurs, le gouvernement irakien n'a pas mis fin à ses offensives militaires menées sans discernement dans des zones civiles, ni remis en liberté un nombre important de prisonniers détenus sans mandat d'arrêt ou alors qu'ils ont déjà purgé leur peine. Le système judiciaire, corrompu et abusif, n'est toujours pas réformé et les appels d'Abadi à la fin des pratiques gouvernementales abusives et exclusives sont pour l'instant restées lettre morte. Sur le long terme, l'accomplissement de ces réformes sera au moins aussi important que l'action militaire pour protéger les civils des atrocités de l'EIIL.

Syrie

En Syrie, l'EIIL doit son ascension à une série de facteurs, notamment à la porosité de la frontière avec la Turquie qui a permis à des combattants, armés et financés par des gouvernements étrangers, d'affluer dans le pays. Beaucoup d'entre eux ont ensuite rejoint le groupe extrémiste. L'EIIL a également récolté des fonds grâce à l'extorsion de rançons et de « taxes » exorbitantes imposées aux personnes vivant sur les territoires qu'il contrôle, ainsi qu'en vendant du pétrole syrien et des antiquités.

Profitant des ses premiers succès, l'EIIL s'est efforcé de se définir comme la force la mieux capable de se dresser face à l'extraordinaire brutalité du président syrien Bachar al-Assad et de ses troupes. Les forces d'Assad continuent d'attaquer cruellement et délibérément les civils qui vivent dans les zones tenues par l'opposition, visant à dépeupler ces zones et à punir des sympathisants présumés des rebelles.

Depuis que le gouvernement syrien a accepté de se défaire de ses armes chimiques, son outil le plus tristement célèbre a été la bombe-baril, un baril de pétrole ou un conteneur similaire, rempli d'explosifs puissants et de fragments de métal. Utilisées également par l'armée de l'air irakienne, ces armes artisanales ont acquis une grande notoriété en Syrie, où l'aviation gouvernementale a pris l'habitude de les larguer d'un hélicoptère survolant la cible à haute altitude pour éviter les tirs anti-aériens. De cette hauteur, il est impossible de guider le baril d'explosifs avec précision. Il tombe en chute libre, émettant un inquiétant sifflement tandis que son contenu est balloté de tous côtés, jusqu'à ce qu'il explose en s'écrasant au sol.

Les barils d'explosifs sont si imprécis que l'armée syrienne n'ose pas s'en servir à proximité des lignes de front, de crainte de frapper ses propres troupes. En revanche, elle les largue sur des zones situées au cœur des territoires tenus par les groupes rebelles, sachant parfaitement qu'ils détruiront des immeubles résidentiels, des hôpitaux, des écoles et d'autres édifices liés à la vie civile. Ces armes aveugles ont rendu la vie de nombreux civils tellement épouvantable que certains d'entre eux, qui n'ont pas décidé de fuir le pays, choisissent de s'installer avec leurs familles à proximité de la ligne de front, préférant braver les tireurs embusqués et l'artillerie plutôt que l'horreur des barils d'explosifs.

Quand le gouvernement syrien a attaqué des civils à l'arme chimique, le Conseil de sécurité des Nations Unies a fait pression sur Assad pour qu'il cesse et pour qu'il abandonne son arsenal d'armes chimiques. Mais depuis que le gouvernement syrien s'est mis à tuer infiniment plus de civils dans des attaques menées sans discernement à l'aide d'armes conventionnelles telles que les barils d'explosifs, les armes à sous-munitions, les projectiles incendiaires et les roquettes non guidées, le Conseil de sécurité est resté essentiellement inactif. Un certain nombre d'États ont condamné les massacres mais ont fait bien peu d'efforts pour générer assez de pression pour les faire cesser.

La Russie a recouru à son droit de veto au Conseil de sécurité pour bloquer les efforts collectifs visant à mettre fin au carnage. La Russie, de même que l'Iran, a également refusé d'user de son influence considérable auprès de Damas pour presser le gouvernement syrien de mettre fin aux attaques menées de manière aveugle, bien que le Conseil de sécurité, avec l'accord de la Russie, eut exigé que ces attaques cessent. L'idée de saisir la Cour pénale internationale (CPI) des graves crimes contre le droit international commis par toutes les parties au conflit, appuyée par plus de 65 pays, demeure une abomination pour Moscou.

La coalition dirigée par les États-Unis a engagé le combat contre l'EIIL, mais aucun pays—qu'il s'agisse de pays opposés au gouvernement d’Assad comme les États-Unis, ou de ses alliés comme la Russie et l'Iran—n'a accru les pressions sur le président syrien pour faire cesser les massacres de civils commis par ses propres forces. Les deux causes ne peuvent pas, et ne devraient pas, être si facilement séparées l'une de l'autre.

Cette sélectivité dans les préoccupations a constitué un cadeau inespéré pour les recruteurs de l'EIIL, qui aime se présenter comme la seule organisation déterminée et capable de se dresser face aux atrocités d'Assad. Il est clair que se contenter d'attaquer l'EIIL ne fera pas disparaître sa force d'attraction. Il est nécessaire de se fixer l'objectif plus large de protéger les civils syriens.

Répression accrue en Égypte

En Égypte, le régime brutal du général devenu président, Abdel Fattah al-Sissi, a cherché à anéantir les aspirations démocratiques de la place Tahrir. Le soulèvement populaire qui a renversé le gouvernement autoritaire de l'ex-président Hosni Mubarak a donné à l'Égypte sa première élection présidentielle libre et équitable, remportée par le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi. Puis le gouvernement Morsi a gouverné d'une manière qui a fait craindre à de nombreux Égyptiens (à tort ou à raison) l'émergence progressive d'un régime islamique strict, mais ses abus n'ont jamais approché en gravité ceux qui sont actuellement commis au détriment du peuple égyptien par le gouvernement à dominante militaire qui a renversé Morsi le 30 juin 2013.

Le coup d'État militaire dirigé par Sissi a écrasé le mouvement des Frères musulmans et ses partisans. En l'espace de 12 heures le 14 août 2013, les forces de sécurité supervisées par Sissi et par le ministre de l'Intérieur Mohamed Ibrahim ont méthodiquement tué par balles au moins 817 manifestants, pour la plupart pacifiques, sur la place Rabaa al-Adawiya au Caire, où ils tenaient depuis plusieurs semaines un sit-in de masse pour protester contre la destitution de Morsi.

Les forces de sécurité ont plaidé la légitime défense, mais le bilan de quelques victimes enregistrées dans leurs rangs paraît dérisoire en comparaison avec le nombre de manifestants abattus par des tireurs embusqués et par d'autres hommes armés, dont beaucoup alors qu'ils cherchaient à recevoir des soins médicaux. Les autorités égyptiennes avaient planifié la dispersion violente de la manifestation des semaines à l'avance, et avaient pleinement anticipé que le bilan des victimes serait lourd. Il s'agit du pire massacre de manifestants de l'Histoire récente—le plus meurtrier au moins depuis la répression en Chine du mouvement pro-démocratie de la place Tiananmen à Pékin, en 1989.

Depuis le coup d'État, les forces de sécurité de Sissi ont emprisonné des dizaines de milliers de personnes soupçonnées d'être membres des Frères musulmans, souvent sans chef d'accusation ni procès, ainsi que de nombreux militants laïcs. Les tribunaux égyptiens ont prononcé des condamnations à mort par centaines, à l'issue de procès de masse lors desquels aucune tentative n'a été faite pour individualiser les éléments à charge ou permettre aux accusés de présenter une véritable défense.

La réponse de la communauté internationale à cette répression sans précédent a été scandaleusement inadéquate. Au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, 27 pays ont pressé l'Égypte d'enquêter sur le massacre de la place Rabaa mais n'ont pas obtenu une majorité au sein du Conseil. Il n'y a guère d'appétit parmi les gouvernements des États-Unis, du Royaume-Uni et des autres pays européens clés pour s'occuper des abus commis par le régime militaire égyptien. En effet, alors que Washington est prêt à imposer des sanctions sélectives à certains dirigeants vénézueliens (une politique que nous approuvons) pour la réponse brutale de leurs forces de sécurité à des manifestations—qui a causé la mort de quelques dizaines de protestataires tout au plus (tout en en blessant beaucoup d'autres)—il s'est opposé à des sanctions contre l'Égypte, malgré le meurtre par le gouvernement égyptien de près de 1 000 manifestants sur la place Rabaa.

Le Congrès américain a suspendu une partie de l'aide militaire apportée par les États-Unis à l'Égypte, alors même que l'administration Obama refuse de qualifier de « coup d'État » le changement de régime, de crainte de complications d'ordre juridique pouvant découler de la loi américaine. Le secrétaire d'État, John Kerry, a évoqué à plusieurs reprises une transition vers la démocratie qui serait en cours en Égypte, en dépit de l'absence d'indices permettant de soutenir cette affirmation. Maintenant que le Congrès a ajouté, au nom de la sécurité nationale, une nouvelle exception aux conditions qu'il a mises en place pour l'octroi d'aide militaire à l'Égypte, il semble probable que le gouvernement américain restaurera l'essentiel, sinon la totalité, de son appui militaire au Caire, même sans diminution de sa répression. Cette hâte à rouvrir le robinet de l'aide est motivée par le désir de donner la priorité à l'obtention du soutien de l'armée égyptienne pour contrer une rébellion dans le Sinaï, pour appuyer Israël dans sa lutte contre le Hamas à Gaza et pour épauler l'effort de guerre contre l'EIIL en Syrie et en Irak, plutôt qu'à la défense des droits humains du peuple égyptien. Le Royaume-Uni, la France et d'autres gouvernements européens ont également fait très peu d'efforts pour obtenir que Sissi mette fin à sa répression sans précédent.

L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) ont aidé avec empressement l'Égypte à écraser le mouvement des Frères musulmans. Ces monarchies, qui invoquent l'Islam pour asseoir leur propre légitimité, semblent terrifiées par un mouvement religieux qui entend gouverner au nom de l'Islam mais adhère au principe d'élections démocratiques. Elles ont apporté des milliards de dollars au projet répressif de Sissi et classé le mouvement des Frères musulmans parmi les organisations terroristes. Sur leur territoire, les EAU ont fait la chasse à ceux de leurs citoyens qui sont considérés comme proches des vues des Frères musulmans.

Le soutien international apporté au gouvernement répressif de Sissi n'est pas seulement désastreux pour les espoirs des Égyptiens d'un avenir démocratique; il envoie un signal consternant à toute la région. L'EIIL peut désormais prétendre avec crédibilité que la violence est le seul moyen pour les islamistes d'accéder au pouvoir puisque lorsqu'ils ont tenté d'y parvenir par des élections équitables et ont gagné, ils en ont été évincés sans que cela ne déclenche beaucoup de protestations internationales. Une fois de plus, l'intérêt à court terme de certaines puissances influentes—l'élimination des Frères musulmans—crée la menace d'une débacle à long terme pour l'avenir politique de la région.

Le conflit israélo-palestinien

L'année écoulée a vu davantage de constructions de colonies de peuplement par Israël, davantage de violences commises des deux côtés en Cisjordanie et un nouvel épisode sanglant de conflit armé à Gaza. Le Hamas et d'autres groupes armés palestiniens de Gaza ont tiré sans discernement des milliers de roquettes et d'obus de mortier sur des centres de population israéliens. Dans certains cas, le Hamas et ses alliés ont mis inutilement en danger des civils palestiniens en combattant à partir de zones habitées par des civils, et ils ont exécuté sommairement des Palestiniens soupçonnés de trahison.

Des dizaines de milliers de roquettes, de bombes et de tirs d'artillerie israéliens, ainsi qu'une définition extensive de ce qui constitue une cible militaire légitime, des attaques sans cible militaire évidente et peu de préoccupation pour les victimes civiles, ont fait environ 1 500 morts parmi les civils à Gaza et ont causé des destructions sans précédent aux résidences civiles et à l'infrastructure. En Cisjordanie occupée, outre l'expansion des colonies de peuplement, Israël a continué sa pratique de démolition discriminatoire et punitive de résidences palestiniennes, ainsi que son recours injustifié à la force létale contre les Palestiniens, tuant des dizaines d'entre eux, dont des enfants.

Israël a un bilan médiocre quand il s'agit de faire rendre des comptes à ses propres forces pour de graves violations du droit de la guerre; quant au Hamas, il n'a même pas prétendu enquêter sur les violations commises par les combattants palestiniens. L'implication de la CPI pourrait permettre de dissuader les deux camps de commettre des crimes de guerre, tout en ouvrant la possibilité d'offrir aux victimes un minimum de justice. Avec son statut d'État observateur aux Nations Unies, la Palestine est habilitée à adhérer à la CPI et elle a marqué la nouvelle année en prenant enfin les dispositions pour le faire. La CPI aura compétence pour enquêter sur les crimes de guerre commis en territoire palestinien ou à partir de ce territoire; c'est-à-dire que sa compétence s'étendra aux deux parties au conflit.

Cependant, les États-Unis et certains des principaux pays de l'UE ont tenté d'empêcher cette évolution, en exerçant des pressions malvenues sur les Palestiniens pour qu'ils ne rejoignent pas la Cour basée à La Haye. Ils ont argué que l'implication de la CPI ne serait d'aucun secours pour le processus de paix, aujourd'hui quasi-moribond. Mais ils prennent une position exactement opposée dans presque toutes les autres situations où des crimes de guerre ont été commis sur une large échelle, où ils reconnaissent que réduire ces crimes est souvent une condition indispensable à l'instauration d'un climat de confiance nécessaire à la tenue de pourparlers de paix productifs. Personne n'a jamais expliqué de manière crédible pourquoi le conflit israélo-palestinien devrait faire exception à cette règle.

Toutefois, la vraie motivation des gouvernements occidentaux est de protéger les Israéliens de la possibilité d'être poursuivis en justice. Ce genre de soutien sélectif affaiblit le pouvoir et la légitimité du dispositif de justice internationale à travers le monde. Il enhardit ses détracteurs qui affirment que la justice internationale est réservée aux nations faibles qui ne sont pas de proches alliées des grandes puissances.

Atrocités commises par Boko Haram au Nigéria

La problématique selon laquelle la lutte contre les désordres internationaux doit prendre le pas sur la défense des droits humains n'est pas limitée au Moyen-Orient. Des préoccupations concernant les droits humains sont au centre du conflit au Nigéria, où le groupe islamiste militant Boko Haram s'en prend aux civils aussi bien qu'aux forces de sécurité nigérianes. Ce groupe armé est devenu célèbre pour sa cruauté en plaçant des bombes sur des marchés, dans des mosquées et dans des écoles, tuant des milliers de civils. Au cours de l'année écoulée, Boko Haram a enlevé des centaines d'écolières et de jeunes femmes dans le nord-est du pays. Certaines ont été mariées de force à des militants et ont subi des violences sexuelles. Un rapt massif commis en avril a suscité une campagne mondiale sur les réseaux sociaux, intitulée « #Rendez-nous nos filles » (« #BringBackOurGirls »), mais ces victimes, ainsi que de nombreuses autres, sont toujours en captivité.

Le Nigéria, pays riche en pétrole, devrait avoir les moyens d'aligner une armée professionnelle et respectueuse des droits humains qui puisse protéger les Nigérians contre les abus commis par Boko Haram. Mais les dirigeants du pays ont laissé ses forces armées dans une situation de sous-équipement et de profonde démotivation face aux attaques de ce groupe.

Quand l'armée a agi, elle l'a souvent fait de manière abusive, raflant des centaines d'hommes et de garçons soupçonnés de soutenir Boko Haram, les détenant dans des conditions inhumaines, leur infligeant des sévices physiques et, parfois, les tuant. De nombreux membres d'autres communautés ont été victimes de disparitions forcées, semble-t-il aux mains des forces de sécurité. Lorsque des hommes soupçonnés d'appartenir à Boko Haram se sont évadés en mars du centre de détention Giwa Barracks, connu pour ses conditions d'incarcération déplorables, les forces de sécurité nigérianes les auraient recapturés et auraient exécuté sommairement des centaines d'entre eux.

L'absence persistante de responsabilité pour ces atrocités a rendu difficile pour les alliés du Nigéria de lui fournir une assistance en matière de sécurité, de crainte de se faire les complices de ce genre d'exactions. Le manquement des dirigeants du Nigéria à leur responsabilité de contrôler les forces de sécurité leur a également aliéné des communautés locales qui, sans cela, auraient pu fournir volontiers de précieux renseignements aux autorités. Gagner « le cœur et l'esprit » de la population civile nécessitera que le gouvernement enquête de manière transparente sur les exactions prétendument commises par l'armée et punisse leurs auteurs.

Réplique abusive du Kenya à al-Shabab

Comme le Nigéria, le Kenya a subi une forte hausse du nombre d’attentats extrémistes contre sa population civile, au moins partiellement alimentées par la réponse abusive qu'apportent à ce problème les forces de sécurité. Al-Shabab, groupe rebelle islamiste somalien, a commis ses attentats les plus spectaculaires contre un centre commercial de Nairobi, à Mpeketoni et dans des villages proches le long de la côte kenyane, et à Mandera dans le nord-est du pays.

La réplique du Kenya a été émaillée d'exactions. Au lieu d'inspirer au public la confiance en la capacité des forces de sécurité de combattre de tels attentats, les opérations des forces de sécurité ont suscité colère et méfiance au sein du public. En avril, après une vague d'attentats à la bombe et à la grenade à Nairobi, l'armée et la police ont effectué l'Opération Usalama Watch dans le quartier d'Eastleigh—une campagne de grande ampleur dans le cadre de laquelle ont été commises des violations des droits humains à l'encontre de demandeurs d'asile et de réfugiés dûment enregistrés comme tels, de Somaliens et d'autres étrangers sans papiers, et de Kenyans appartenant à l'ethnie somalie. Comme lors de précédentes opérations du même genre, la police kenyane a arbitrairement arrêté plusieurs milliers de personnes et a eu recours à une force excessive, perquisitionnant des domiciles, rackettant les habitants et faisant subir des sévices physiques à des Somaliens.

Dans le même temps, les indices se multipliaient que les unités kenyanes de lutte antiterroriste faisaient disparaître de force des suspects de terrorisme ou les exécutaient sommairement, au lieu de les déférer devant la justice. Plutôt que de répondre au tollé que de tels actes ont provoqué dans le public, le gouvernement a tenté de baillonner le messager en donnant encore plus de pouvoirs aux forces de sécurité et en renforçant les contrôles législatifs sur les médias, la société civile et d'autres sources potentielles de critique indépendante. Les pays bailleurs de fonds, en particulier les États-Unis et le Royaume-Uni, qui fournissent un soutien significatif dans le domaine de la lutte antiterroriste aux services de sécurité kenyans, ont été très lents à réagir à l'accumulation de preuves de ce comportement abusif.

La Russie et la crise en Ukraine

L'occupation par la Russie de la province ukrainienne de Crimée et son appui militaire aux rebelles dans l'est de l'Ukraine ont constitué un défi politique et sécuritaire majeur pour les gouvernements occidentaux. Au cœur de ce conflit figurent des questions de souveraineté sur lesquelles Human Rights Watch s’abstient de prendre position. Cependant, la réaction relativement timide des gouvernements occidentaux à l'intensification des violations des droits humains qui couvait en Russie au cours des deux années précédentes pourrait bien avoir aggravé la crise ukrainienne.

Les gouvernements occidentaux ont exercé une pression politique intense sur la Russie, y compris des sanctions ciblées, pour l'inciter à se retirer de Crimée et à cesser d'appuyer les rebelles. Cependant pour l'essentiel, ces gouvernements ont soit sous-estimé le caractère de plus en plus autoritaire du régime russe depuis le retour au Kremlin de Vladimir Poutine, soit éprouvé de la peine à y répondre.

Craignant la possibilité d'une « révolution de couleur », le Kremlin a entamé en 2012 ce qui est devenu la plus intense campagne de répression de la dissidence depuis l'ère soviétique. En prenant pour cible les organisations de défense des droits humains, les dissidents, les journalistes indépendants, les manifestants pacifiques, ainsi que ses détracteurs sur Internet, le gouvernement russe a radicalement réduit la possibilité que des voix critiques puissent atteindre un grand nombre de personnes. Le système d'information en circuit fermé qui en est résulté a permis au Kremlin d'occulter la plupart des critiques publiques de son action en Ukraine. La vigueur des droits politiques en Russie devrait être un élément central de tout effort visant à résoudre le conflit ukrainien, mais cela n'a pas été le cas.

Dans le même ordre d'idées, l'Occident, confronté à ce qui apparaît parfois comme une nouvelle Guerre froide avec la Russie au sujet de l'Ukraine, a également eu tendance à se replier sur une mentalité manichéenne du bien contre le mal. Le désir de présenter l'Ukraine comme la victime innocente de l'agression russe a rendu l'Occident réticent à remettre en question certains aspects troublants du comportement de l'Ukraine, qu'il s'agisse de l'utilisation de « bataillons de volontaires » qui commettent régulièrement des abus à l'encontre des prisonniers, ou de tirs d'armes de guerre effectués sans discernement dans des zones habitées. Parallèlement, les forces pro-russes dans l'est de l'Ukraine ont elles-mêmes commis de graves exactions contre des détenus et mis en danger la population civile en tirant des roquettes à partir de positions établies en zone civile. La réticence des Occidentaux à s'occuper des exactions ukrainiennes a politisé ce qui aurait dû être un appel fondé sur les principes aux deux parties afin qu'elles respectent le droit humanitaire international—appel qui, s'il était entendu, ferait baisser les tensions et accroîtrait la possibilité de trouver une solution politique globale.

Répression par la Chine des Ouïghours au Xinjiang

L'approche du gouvernement chinois de la question du Xinjiang, région du nord-ouest où vit la minorité musulmane ouïghoure, consiste à répondre aux plaintes concernant des violations des droits humains par davantage de violations et de restrictions de ces droits. Pékin affirme que sa répression est nécessaire pour lutter contre le séparatisme et le terrorisme, mais sa tactique consiste à imposer certaines politiques qui sont parmi les plus draconiennes et discriminatoires à l'encontre des Ouïghours, y compris l'interdiction de porter la barbe ou le voile, des restrictions à la pratique du jeûne et des discriminations flagrantes concernant l'éducation religieuse.

L'escalade des attentats meurtriers perpétrés contre des civils et contre les forces de sécurité au Xinjiang est une grave préoccupation pour le gouvernement. Mais la hâte avec laquelle le gouvernement attribue ces violences à des « terroristes ouïghours »—souvent sans produire la moindre preuve et en déniant régulièrement aux suspects le droit à un procès équitable—crée un cercle vicieux dans lequel une population ouïghoure, déjà victime de répression, se sent constamment sous pression de la part de l'État. À partir des rares informations rendues publiques, il est impossible d'évaluer avec certitude si les personnes qui sont déclarées coupables et souvent condamnées à mort étaient vraiment responsables de violences et si les sévères mesures antiterroristes du gouvernement sont dirigées vers les bonnes cibles.

Comme l'illustre la condamnation extraordinairement dure à la prison à perpétuité prononcée en septembre contre Ilham Tohti, un économiste ouïghour modéré, l'État demeure réticent à faire une distinction entre ses détracteurs pacifiques et ceux qui commettent des actes de violence. Poursuivre en justice avec acharnement les auteurs de critiques pacifiques, ne ménager pratiquement aucun espace de liberté religieuse ou culturelle et développer une stratégie économique dans laquelle les Ouïghours ne peuvent pas rivaliser avec des chances égales avec les migrants chinois d'ethnie Han, ne peut mener qu'à une augmentation des violences.

Exactions liées à la lutte anti-drogue au Mexique

À partir de 2007 au Mexique, le gouvernement du président de l'époque, Felipe Calderón, a déclaré une « guerre à la drogue », déployant des forces de sécurité en masse pour lutter contre les violents cartels de la drogue du pays. Le résultat a été une vague d'exécutions sommaires, de disparitions forcées et d'actes de torture commis par l'armée et la police, une spirale de la violence entre les organisations criminelles concurrentes et une catastrophe en matière de sécurité publique, qui ont coûté la vie à plus de 90 000 Mexicains. Depuis son arrivée au pouvoir il y a deux ans, l'actuel président mexicain, Enrique Peña Nieto, a baissé la rhétorique d’un ton mais n'a pas accompli de véritables progrès dans la lutte contre la corruption et l'impunité qui permettent à ces atrocités de se perpétuer.

Le gouvernement américain a soutenu la politique de « guerre contre la drogue » du Mexique, fournissant une assistance aux forces de sécurité du pays, tout en louant à plusieurs reprises leurs efforts pour affronter les cartels. Mais il s'est abstenu de condamner publiquement les terribles exactions que ces forces commettent, ou d'appliquer les conditions concernant le respect des droits humains que le Congrès américain a attachées à l'octroi d'une partie de l'assistance qu'il lui fournit. Plutôt que d'embarrasser un allié important et de faire courir des risques à la coopération bilatérale dans la lutte contre les trafics de drogue et sur d'autres priorités politiques, l'administration Obama a préféré rester silencieuse, facilitant les efforts du Mexique pour minimiser ses graves problèmes dans le domaine des droits humains.

Certains États américains ont fait davantage en légalisant la marijuana, portant ainsi un coup au marché illégal de cette drogue. L'administration Obama a acquiescé à ces initiatives mais ne les a guère reprises à son compte. Elle devrait le faire. Il ne s'agit pas seulement de la bonne décision à prendre du point de vue du droit à la protection de la vie privée, c'est aussi une mesure importante pour réduire les profits grâce auxquels les trafiquants de drogues prospèrent.

Impunité aux États-Unis pour les actes de torture cautionnés par la CIA

L'année s'est terminée sur la publication, par le Comité restreint du Sénat américain sur les activités de renseignement, d'une version abrégée de son rapport sur le recours à la torture contre des suspects de terrorisme par l'Agence centrale de renseignement (Central Intelligence Agency, CIA) sous l'administration de l'ex-président George W. Bush.

Le président Obama a pris une position ferme contre la torture durant son mandat, agissant dès son deuxième jour en fonctions pour interdire les « techniques d'interrogatoire renforcées »—un euphémisme pour désigner la torture—de l'administration Bush et pour fermer les centres de détention secrets de la CIA où la plupart de ces tortures étaient pratiquées. Néanmoins, Obama a continuellement refusé d'enquêter, sans même parler d'engager des poursuites en justice, sur les pratiques de torture de la CIA sous la présidence de George W. Bush, alors que c'est une exigence de la Convention internationale contre la torture, que les États-Unis ont ratifiée en 1994.

Il existe plusieurs raisons possibles pour lesquelles Obama s'est refusé à permettre l'ouverture de poursuites. Il a pu craindre que de telles poursuites s'avéreraient un facteur de division politique, compromettant le soutien des partisans de Bush au Congrès pour son programme législatif, même si une telle coopération a été très rare. Il a pu estimer qu'il serait injuste d'engager des poursuites après que le Bureau de conseil juridique du département de la Justice eut affirmé que les « techniques d'interrogatoire renforcées » étaient légales, même si le rapport du Sénat montre que la CIA savait que ces techniques équivalaient à des tortures et avait sollicité de la part du gouvernement un conseil politisé afin de pouvoir justifier l'injustifiable. Il a aussi pu estimer que la grave menace en matière de sécurité à laquelle le pays a été confronté après les attentats du 11 septembre 2001, rendait compréhensible le recours à des méthodes extrêmes d'interrogatoire, même si le rapport du Sénat montre qu'elles n'ont permis de recueillir que très peu, voire pas du tout, de renseignements exploitables, tout en détériorant l'image de l'Amérique dans le monde et en entravant les efforts de lutte antiterroriste.

Le refus du président Obama d'autoriser l'ouverture de poursuites signifie que l'interdiction fondamentale de la torture, en tant qu'acte criminel, n'est pas appliquée aux États-Unis. Ceci permet aux futurs présidents américains, qui seront inévitablement confrontés à de graves menaces dans le domaine de la sécurité, de considérer la torture comme une option légitime. Cela réduit également beaucoup la capacité du gouvernement américain à faire pression sur les autres pays pour qu'ils poursuivent en justice leurs propres tortionnaires, affaiblissant une voix essentielle en faveur des droits humains à un moment où un soutien inconditionnel, fondé sur les principes, est une nécessité urgente.

Les révélations contenues dans le rapport du Sénat rendent également nécessaire une action en Europe, en particulier dans les pays qui ont accueilli des sites de détention de la CIA ou se sont rendus complices des programmes de transfèrement extrajudiciaire de suspects et des actes de torture qui en ont résulté. Jusqu'ici, l'Italie est le seul pays européen à avoir poursuivi en justice des personnes pour leur implication dans des abus commis par la CIA. La Pologne a finalement reconnu qu'elle avait accepté sur son sol un centre de détention secret de la CIA mais l'enquête criminelle est au point mort. La Roumanie et la Lituanie sont toutes deux dans le déni.

Des enquêtes criminelles sont en cours au Royaume-Uni mais le gouvernement est revenu sur sa promesse d'ordonner une enquête judiciaire réellement indépendante sur l'implication de la Grande-Bretagne dans les transfèrements extrajudiciaires et les actes de torture. Il est indispensable que le rôle joué par l'Europe dans ces abus soit pleinement éclairci pour que les responsables soient amenés à rendre des comptes et pour empêcher que de tels actes se reproduisent à l'avenir.

Conclusion : Le rôle central des droits humains

Dans tous les cas évoqués ci-dessus, les décideurs politiques peuvent forcément avancer des raisons apparemment bonnes pour minimiser l'importance des droits humains. Le respect des droits humains exige une retenue qui peut sembler contraire à l'attitude consistant à « faire le nécessaire » qui prévaut souvent quand surgissent de graves défis en matière de sécurité. Mais les événements de l'année dernière démontrent qu'il s'agit là d'un réflexe à courte vue. Ce sont souvent des violations des droits humains qui font apparaître ces défis sécuritaires et il est fréquent que la poursuite de ces violations les aggrave.

Les droits humains ne doivent pas être perçus simplement comme des contraintes arbitraires imposées aux gouvernements. Elles reflètent des valeurs fondamentales, largement partagées et profondément ancrées dans les esprits, par lesquelles des limites sont imposées aux pouvoirs des gouvernements et des garanties essentielles sont établies pour assurer dignité et autonomie à chaque personne. Trahir ces valeurs donne rarement de bons résultats. Faire face aux défis en matière de sécurité exige non seulement de contrôler certains individus dangereux, mais aussi de reconstruire les bases morales qui sous-tendent l'ordre social et politique de la nation.

Les avantages à court terme que l'on tire d'une attitude consistant à reléguer au second plan ces valeurs essentielles et la sagesse fondamentale qu'elles reflètent sont rarement à la hauteur du prix qu'il faudra inévitablement payer sur le long terme. Plutôt que de traiter les droits humains comme une restriction irritante de leur capacité d'action, les décideurs politiques feraient mieux de les considérer comme une boussole morale et une obligation légale. Il ne peut qu'en résulter des décisions politiques qui seront à la fois meilleures et plus efficaces.

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Kenneth Roth est le Directeur exécutif de Human Rights Watch.