Dortoir pour mineurs dans le centre de rétention de migrants à Homestead, en Floride.

© 2019 US Department of Health and Human Services

Alors que les candidats démocrates à la présidence se rassemblent en Floride pour la première série de débats primaires, plusieurs d’entre eux prennent le temps de se rendre au centre de détention de l’immigration pour les enfants à Homestead, en Floride.

Leurs visites font suite aux nouvelles la semaine dernière selon lesquelles des enfants migrants sont exposés aux mauvais traitements et aux risques dans une installation de la patrouille frontalière américaine, juste à l'extérieur d'El Paso. Cette histoire a éclaté lorsqu’un groupe de docteurs et d’avocats – deux de mes collègues de Human Rights Watch et moi-même étions parmi eux – ont appris par des entretiens avec des enfants détenus que des centaines d’enfants étaient maintenus dans des cellules de détention surpeuplées à Clint, au Texas, pendant des jours et même des semaines, nombre d’entre eux dormant à même le sol froid en ciment.

À Clint, des enfants s’occupaient d’enfants plus jeunes. Certains ne s’étaient pas lavés de tout le temps où ils avaient été enfermés. Tous portaient les vêtements avec lesquels ils étaient entrés. Nous sommes arrivés en pleine épidémie de grippe, et pendant que nous étions là nous avons appris que les poux s'étaient répandus dans certaines cellules.

En réponse, le Service des douanes et de la protection des frontières (U.S. Customs and Border Protection, CBP) a déclaré lundi qu’il transférait des centaines d’enfants migrants hors de l’installation de Clint, mais mardi en fait ce service a ramené 100 enfants. Mardi également, ajoutant au chaos, le commissaire intérimaire de CBP a démissionné.

Des enfants migrants sans défense 

Pour la plupart des enfants migrants non accompagnés de même que les enfants séparés de force de leurs parents ou d’autres membres de leur famille, les installations comme celle de Homestead, en Floride, sont l’étape suivante après les cellules de détention comme celles de Clint.

Mes collègues et moi-même nous trouvions au centre de détention de Homestead au mois de mars. Ce que nous avons vu est presque aussi troublant que ce que nous avons entendu à Clint.

Pour commencer, le centre est énorme — avec plus de 1 500 enfants lorsque nous l’avons visité et deux fois plus d’enfants aujourd’hui, bien trop grand pour fournir l'attention individualisée dont tout enfant a besoin. C’est totalement inadapté à des enfants ayant subi un traumatisme important — violence et persécution dans les pays d'origine, dangers sur le trajet, conditions d'abus dans les cellules de détention des immigrants à leur arrivée.

Les frères et sœurs sont souvent séparés. En mars, j'ai parlé à un Guatémaltèque âgé de 16 ans qui a déclaré que son frère âgé de 14 ans avait été détenu dans un dortoir différent, et qu'ils ne peuvent se voir que lorsqu'ils téléphonent, et deux ou trois fois par semaine au déjeuner.

Selon des enfants détenus à Homestead, le personnel leur avait répété à plusieurs reprises que le fait de ne pas respecter une règle, par exemple quelque chose d'aussi mineur que ne pas marcher en file indienne ou toucher accidentellement un autre enfant, même un frère ou une sœur, signifierait pour eux plus de temps enfermé et pourrait entraîner leur expulsion.

C’était un mensonge, mais les enfants ne le savaient pas. Nombre d’entre eux se trouvaient déjà au centre de détention de Homestead depuis trois mois ou plus, bien au-delà de la limite de 20 jours qui s'applique généralement aux installations sans licence ou sécurisées, et ils étaient naturellement soucieux de ne rien faire qui puisse prolonger leur temps de détention.

Nombre des enfants que j'ai vus à Clint risquent de ne pas se rendre à Homestead, ni dans un autre établissement du département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis (United States Department of Health and Human Services, HHS), avant un certain temps. Le CBP renonce déjà à sa promesse de retirer les enfants de Clint — mardi, il a ramené 100 enfants au poste frontière après que le HHS a déclaré ne plus avoir de lits.

Mais ces enfants ne doivent pas nécessairement être enfermés, et certainement pas pendant des semaines dans des cellules d’immigration comme Clint et des mois dans des endroits comme Homestead. Nombre d’entre eux ont des proches aux États-Unis qui sont disposés à les accueillir et sont en mesure de s'occuper d'eux pendant que leur situation au regard de l’immigration est examinée.

La Patrouille frontalière et les Services de la santé et des services sociaux devraient libérer les enfants non accompagnés pour les remettre à leurs proches aussi rapidement que possible. Pendant que les enfants sont sous la garde de ces organismes, ils devraient au minimum être au chaud, au propre, en bonne santé et en sécurité.

Il est impératif que le Congrès agisse et s’en assure. Le projet de loi budgétaire à l’étude devant les législateurs est l’une des façons d’y parvenir, en conditionnant le financement au respect de normes strictes. Les audiences publiques en sont un autre. Les législateurs peuvent également insister pour que les deux organismes fonctionnent avec plus de transparence, notamment en publiant publiquement des données détaillées sur les enfants placés sous leur garde.

Nous ne devrions pas accepter de faire comme si de rien n’était, alors que les deux agences ne respectent toujours pas les normes de base en matière de traitement décent et humain.