Un appel à la FIFA pour intervenir afin d'empêcher l'extradition vers le Bahreïn du footballeur Hakeem al-Araibi. #SaveHakeem.

© 2019 Human Rights Watch

Lundi, le monde du football a été choqué par la comparution, devant un tribunal de Bangkok, du joueur et réfugié Hakeem al-Araibi. Il est apparu pieds nus et enchaîné, en vue d’être extradé vers Bahreïn, un pays où il dit avoir été torturé et craindre pour sa vie.

Al-Araibi est un ex-membre de l’équipe nationale de football de Bahreïn. Il a été arrêté et torturé à la suite des manifestations du printemps arabe de 2011 dans son pays, qu’il a fui pour se rendre en Australie, où il a obtenu le statut de réfugié et rejoint l’équipe professionnelle du Pascoe Vale FC de Melbourne.

Les autorités thaïlandaises l’ont placé en garde à vue le 27 novembre à son arrivée en Thaïlande avec sa femme pour leur lune de miel, à la suite d’une « alerte » déposée par Bahreïn demandant son expulsion. Mais la Thaïlande aurait pu et dû le remettre en liberté et l’autoriser à rentrer en Australie lorsqu’il est devenu évident que la demande de Bahreïn est en violation des règles d’Interpol.

En décembre, al-Araibi m’a parlé depuis sa cellule du centre de détention en Thaïlande, avant d’être transféré dans une prison pour criminels, où son téléphone lui a été confisqué.

« Le Bahreïn est un État qui ne respecte pas les droits humains », a-t-il déclaré. « Ma vie est en danger. »

Ces mots doivent être entendus maintenant.

Al-Araibi a compris, m’a-t-il confié, que la famille royale au pouvoir à Bahreïn lui en voulait pour avoir dénoncé des actes de torture infligés aux athlètes. Mais il était dérouté par les circonstances de son arrestation, alors que l’Australie avait déjà reconnu son statut de réfugié et lui avait accordé l’asile au terme d’une procédure longue et rigoureuse. Et il avait peur. C’est non seulement sa lune de miel qui a été interrompue, mais peut-être sa vie entière.

En l’absence de crime commis à Bahreïn, le gouvernement de ce pays n’a aucune raison valable d’obtenir l’extradition d’al-Araibi, laquelle constitue une persécution politique flagrante. En tant que réfugié, il est clair que celui-ci ne devrait pas être renvoyé dans son pays d’origine. Cette histoire devrait s’arrêter là.

Le Premier ministre australien, Scott Morrison, et la ministre des Affaires étrangères, Marise Payne, ont tous deux demandé qu’Al-Araibi, réfugié reconnu par l’Australie, soit rendu à son épouse et à son équipe de professionnels à Melbourne.

Le Premier ministre thaïlandais, Prayut Chan-o-cha, devrait mettre un terme à ce processus. Il peut à tout moment confirmer la détermination, par l’Australie, que Hakeem est un réfugié et permettre à ce dernier de rentrer chez lui.

Si le général Prayut n’agit pas immédiatement en ce sens, les gouvernements, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés, les citoyens concernés, les athlètes et la FIFA devraient alors faire pression sur lui.

Le footballeur bahreïnien Hakeem al-Araibi, qui bénéficie du statut de réfugié en Australie mais qui a été arrêté par les autorités thaïlandaises à l'aéroport de Bangkok le 27 novembre 2018, quitte sous escorte policière le Tribunal pénal de Bangkok, le 4 février 2019.

© 2019 AP Photo/Sakchai Lalit

Le mois dernier, la FIFA et les dirigeants du Comité olympique international ont appelé publiquement à la libération d’al-Araibi, et la FIFA a franchi une étape importante en dépêchant à Bangkok son responsable du programme viabilité et droits humains, Federico Addiechi, pour qu’il assiste à une audience pénale relative à l’extradition du joueur. C’était la bonne décision à prendre.

La FIFA a récemment procédé à de nombreuses réformes en vue de faire respecter les droits humains. Elle dispose également d’un important levier pour inciter les gouvernements à éviter qu’Al-Araibi ne soit renvoyé contre son gré à Bahreïn.

Après la décision de la Thaïlande de refuser la libération sous caution d’Al-Araibi jusqu’à sa prochaine comparution devant le tribunal, le 22 avril, la FIFA doit en faire davantage, en commençant au plus haut niveau. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, dont la voix n’a pas encore été entendue dans l’affaire al-Arabi, devrait prendre la parole. La Fédération devrait user de son pouvoir de conviction, en soulignant que l’extradition d’un réfugié exposé à un risque réel de préjudice ou de persécution, constitue une violation du droit international et de sa propre politique en matière de droits humains.

Cheikh Salman al-Khalifa, vice-président de la FIFA, fait partie de la famille au pouvoir à Bahreïn. Al-Araibi a accusé celui-ci de ne pas avoir empêché la persécution et la torture d’athlètes bahreïniens qui avaient pris part aux manifestations de 2011. Mais Cheikh Salman, en sa qualité de vice-président de la FIFA, a la responsabilité d’intervenir pour mettre fin à la procédure d’extradition, et s’il se soucie de son avenir au sein du football asiatique, il le fera.

« La FIFA devrait me protéger et protéger tous les joueurs », m’a confié al-Arabi. « J’aimerai dire au président Infantino qu’il a le pouvoir de me sauver la vie, et je lui demande de m’aider. »

La politique de la FIFA en matière de droits humains paraîtra dérisoire si Bahreïn parvient à extrader un joueur dont le seul « crime » est d’avoir dénoncé la torture de ses collègues athlètes par une famille dirigeante dont fait partie le vice-président de la FIFA, Cheikh Salman.

La procédure légale en cours en Thaïlande ne devrait pas détourner l’attention de la solution simple à cette affaire. Tous les efforts déployés au niveau international doivent maintenant avoir pour but de convaincre le général Prayut de mettre fin à cette parodie de justice.

Les derniers mots de Hakeem étaient les suivants: « Si je ne rentre pas en Australie, continuez de parler et de faire toute la lumière sur ce qui se passe. »

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