Des membres de la force d'élite Hadrami, soutenue par les Emirats arabes unis afin de lutter contre Al-Qaida, contrôlent des véhicules à la périphérie du port de Mukalla (Yémen).

 

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(Beyrouth) – En 2017, les Émirats arabes unis ont été impliqués dans des violences à domicile et à l’étranger, ont procédé à l’arrestation de l’un des derniers militants des droits humains dans le pays et pris part à des actes de torture et à des disparitions au Yémen, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2018.

En mars, les Émirats arabes unis ont placé en détention Ahmed Mansoor, un militant des droits humains primé qui, depuis des années, prenait vigoureusement la défense des dissidents ayant fait l’objet d’arrestations arbitraires routinières dans ce pays. Des chefs d’inculpation relatifs à la liberté d’expression pèsent sur Mansoor, dont le recours aux réseaux sociaux pour « diffuser de fausses informations qui portent atteinte à l’unité nationale ».

« Le gouvernement et les nombreuses compagnies de relations publiques qu’il paie à cette fin tentent de dépeindre les Émirats arabes unis comme un pays moderne et tourné vers la réforme », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Cette vision optimiste demeurera une fiction tant que les Émirats refuseront de remettre en liberté les militants, les journalistes et les critiques injustement mis en prison, comme Ahmed Mansoor. »

Dans cette 28e édition annuelle de son Rapport mondial (version intégrale en anglais 643 pages - version abrégée en français 180 pages – PDF), Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction au Rapport, le directeur exécutif Kenneth Roth observe que certains dirigeants politiques, prêts à défendre les principes des droits humains, ont démontré qu'il est possible de limiter l'impact des programmes populistes autoritaires. Lorsqu’ils ont pu s’appuyer sur une opinion publique mobilisée et des acteurs multilatéraux efficaces, ces dirigeants ont démontré que la montée des gouvernements hostiles aux droits humains n'a rien d'inéluctable.

Les abus à l’encontre de travailleurs persistent aux Émirats arabes unis. Les ouvriers en construction y ayant émigré sont victimes d’une exploitation grave. Les Émirats ont adopté en septembre une loi sur les travailleurs domestiques, qui reconnaît pour la première fois les droits de ces travailleurs migrants, mais certaines dispositions sont plus faibles que celles prévues pour les autres actifs en vertu de la législation du travail en vigueur dans le pays.

Les Émirats arabes unis pratiquent aussi une discrimination fondée sur le sexe, l’identité de genre et l’orientation sexuelle. En août, deux ressortissants singapouriens ont été condamnés à un an de prison pour avoir « tenté de ressembler à des femmes », après leur arrestation dans un centre commercial d’Abou Dhabi. Une cour d’appel a commué leur peine en amende et ils ont été expulsés du territoire.

Les Émirats arabes unis sont un des principaux membres de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite opérant au Yémen. Depuis mars 2015, Human Rights Watch a documenté 87 attaques illégales perpétrées par la coalition, dont certaines peuvent être assimilées à des crimes de guerre, causant près de 1 000 pertes civiles. Les États membres de la coalition, dont les Émirats, ont fourni des informations insuffisantes sur le rôle joué par leurs forces respectives pour déterminer celles qui sont responsables d’attaques illégales dans le cadre de la campagne militaire au Yémen.

Les Émirats arabes unis ont été impliqués dans des violations au Yémen, notamment en apportant leur soutien à des forces yéménites abusives qui ont conduit des opérations de sécurité dans le sud du Yémen. Ils administrent au moins deux centres de détention informels dans ce pays. Leurs responsables semblent avoir ordonné le maintien en détention de certains individus malgré des ordres de remise en liberté, ainsi que la disparition forcée de personnes et le transfert à l’étranger de détenus de haut rang, selon des recherches effectuées par Human Rights Watch. D’anciens détenus et des membres de leurs familles ont fait état de violations ou d’actes de torture commis dans des installations administrées par les Émirats et les forces qu’ils soutiennent. Des militants yéménites ayant critiqué ces abus ont été menacés, harcelés, détenus et ont disparu. Les États-Unis coopèrent étroitement avec les Émirats arabes unis au Yémen.

« Chaque fois que les États-Unis et d’autres pays louent les Émirats arabes unis pour leur contribution à la lutte antiterroriste dans des pays comme le Yémen, c’est d’une réalité nettement plus sombre qu’ils parlent : celle des disparitions, des tortures et des détentions, avec leur complicité potentielle », a conclu Sarah Leah Whitson.