(Paris) – Au cours de sa visite imminente à Jakarta, le président français François Hollande devrait publiquement encourager le gouvernement indonésien à s’attaquer aux problèmes liés aux droits humains dans le pays, a déclaré Human Rights Watch dans une lettre au président. François Hollande est attendu en Indonésie le 29 mars 2017 pour un voyage de « diplomatie économique ».

Le ministre des Affaires étrangères français Jean-Marc Ayrault et le ministre des Affaires étrangères indonésien Retno Marsudi participent à un point presse à Jakarta le 28 février 2017.

« La France doit s’assurer que le silence sur les droits humains n’est pas le prix à payer de sa volonté d’établir des liens économiques étroits avec l’Indonésie », a déclaré Bénédicte Jeannerod, directrice France de Human Rights Watch. « François Hollande devrait affirmer que la promotion et la protection des droits des personnes sont essentielles pour tout pays renforçant son engagement avec la France. »

Le président indonésien Joko « Jokowi » Widodo n’a pas mis en pratique le soutien rhétorique qu’il avait exprimé en faveur des droits humains, a déclaré Human Rights Watch. Les minorités religieuses subissent des lois discriminatoires et de violentes attaques perpétrées par des groupes islamistes militants. Les actes d’intolérance religieuse et les violations de la liberté de culte sont en hausse. Début 2016, les forces de sécurité indonésiennes se sont rendues complices de l’expulsion forcée de plus de 7 000 membres de la communauté religieuse «Gafatar» de chez eux, à Kalimantan – suite à quoi l’administration a publié un décret interdisant les activités de Gafatar.

En avril 2016, le gouvernement a brisé un tabou vieux de cinquante ans qui interdisait de remettre en cause l’explication officielle des massacres de 1965-1966 soutenus par l’État, qui ont causé la mort de près d’un million de personnes. Mais le gouvernement indonésien n’a pas su enclencher le processus de recherche de justice pour ces assassinats. François Hollande devrait appeler Jokowi à enclencher la mise en œuvre d’un processus de justice et réconciliation pour les graves violations des droits humains commises par le passé. Cela implique notamment des efforts réels pour établir la vérité et un travail de documentation systématique pour répertorier les sites de fosses communes.

Depuis janvier 2016, des dirigeants indonésiens de premier plan ont fait des déclarations au vitriol dénigrant les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) du pays. Ces invectives ont alimenté une augmentation des menaces, des intimidations et des violences à l’encontre des militants LGBT. François Hollande devrait pousser Jokowi à condamner publiquement les violences et le harcèlement contre les personnes LGBT et à s’engager à protéger les personnes LGBT d’Indonésie.

Le président français devrait aussi inciter Jokowi à restaurer le moratoire que pratiquait officieusement l’Indonésie sur la peine de mort et à avancer vers une éventuelle abolition, a déclaré Human Rights Watch. L’exécution de personnes condamnées pour trafic de drogue a été un cheval de bataille de la présidence de Jokowi, avec 18 personnes exécutées depuis sa prise de fonctions. Pourtant il a récemment suggéré que le gouvernement indonésien pourrait se diriger vers une abolition de la peine de mort. C’est pour François Hollande une réelle occasion de le pousser à restaurer le moratoire.

« En tant que premier président français à visiter l’Indonésie en 30 ans, François Hollande a une opportunité unique de montrer que la France considère le respect des droits humains universels comme faisant partie intégrante de relations commerciales étroites », a déclaré Bénédicte Jeannerod. « François Hollande devrait envoyer aux minorités religieuses opprimées et à la communauté LGBT d’Indonésie le message clair que la France ne fermera pas les yeux sur les abus dont elles sont victimes sous prétexte de nouveaux accords économiques. »