(Tunis) – Des groupes armés, dont certains sont affiliés aux gouvernements rivaux qui se disputent la légitimité et le contrôle du territoire en Libye, ont arrêté, torturé, « fait disparaître » et exécuté sommairement des personnes en toute impunité dans ce pays pendant l'année 2016, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui dans son Rapport mondial 2017 (version abrégée en français).

L'état de guerre qui se prolonge a créé une crise humanitaire. Près de 500 000 personnes sont déplacées à l'intérieur des frontières, l'économie et le système judiciaire se sont effondrés et des centaines de milliers de migrants et de demandeurs d'asile étrangers s'exposent au risque d'être détenus dans des conditions très dures et torturés, alors qu'ils transitent par la Libye dans l'espoir de parvenir en Europe. Bien qu'affaiblis, les militants islamistes, y compris des combattants qui ont fait allégeance à l'État islamique (EI), continuent de contrôler des portions de territoire libyen et d'y commettre des abus.

Des combattants de l'Armée nationale libyenne, qui soutient le gouvernement provisoire situé à al-Bayda dans l’est du pays, lors d’affrontements avec des combattants du Conseil de la Shura des révolutionnaires de Benghazi (BRSC) – une coalition de milices islamistes – à Benghazi, le 1er avril 2015.

© 2015 Reuters

« Les abus commis par les groupes armés en Libye sont restés incontrôlés pendant les cinq dernières années, à mesure que les chefs de guerre devenaient plus puissants, tandis que les conditions de vie des civils ordinaires se détérioraient », a déclaré Eric Goldstein, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Bien qu'il n'existe pas de solution magique pour la Libye, les pays qui soutiennent les parties au conflit interne doivent cesser leur aide aux responsables d'abus et leur imposer des sanctions. »

Dans cette 27e édition annuelle de son Rapport mondial (version intégrale en anglais de 687 pages, version abrégée en français de 247 pages), Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction, le Directeur exécutif, Kenneth Roth, explique qu'une nouvelle génération de populistes autoritaires cherche à infirmer le concept d'une protection individuelle basée sur les droits humains, en caractérisant ces droits comme une entrave à la volonté de la majorité. Pour toutes les personnes qui se sentent laissées de côté par l'économie mondialisée et qui craignent de plus en plus d'être exposées à des violences et à des crimes, les organisations de la société civile, les médias et le public ont des rôles essentiels à jouer en réaffirmant la validité des valeurs sur lesquelles les démocraties respectueuses des droits humains ont été édifiées.

Près de six ans après le soulèvement populaire de 2011 en Libye contre le dictateur Mouammar Kadhafi, les milices et les forces armées affiliées aux deux gouvernements qui contrôlent l'est et l'ouest du pays se sont livrées à des mises en détention arbitraires, à des actes de torture, à des exécutions extrajudiciaires et à des attaques menées sans discrimination. Le vide sécuritaire ainsi créé a conduit à des enlèvements commis pour des motifs politiques, ainsi qu'à des rapts de politiciens, de journalistes et de civils ordinaires, y compris d'enfants, perpétrés pour obtenir des rançons.

À Benghazi, 24 personnes ont été retrouvées mortes et portant des traces de tortures, dans deux incidents distincts en juillet et en octobre, dans des zones contrôlées par la prétendue Armée nationale libyenne (ANL), qui est affiliée au gouvernement intérimaire installé dans l'est de la Libye. À Tripoli, des groupes armés non identifiés ont tué 12 détenus au moment de leur remise en liberté provisoire de la prison d'al-Baraka à Tripoli, en juin. Selon leurs familles, leurs cadavres ont été retrouvés dans divers endroits de Tripoli.

Les affrontements entre les diverses milices ont été particulièrement intenses à Benghazi, à Tripoli, à Sebha et à Syrte. À Benghazi, plusieurs centaines de civils sont restés pris au piège depuis 2014 dans le quartier de Ganfouda, tenu par des militants islamistes et assiégé par les forces de l'ANL.

Des milliers de personnes, dont des femmes et des enfants, pour la plupart soupçonnées d'être d'anciens partisans de Kadhafi, ont été placées en détention arbitraire pendant de longues périodes sans chefs d'accusation et au mépris du principe de régularité des procédures. Des gardes et des miliciens ont maltraité et torturé des détenus en toute impunité. Les autorités qui contrôlent des détenus devraient remettre en liberté tous ceux qui ont été placés arbitrairement en détention, a affirmé Human Rights Watch.

Les perspectives que des comptes soient un jour rendus demeurent minces, alors que le système de justice pénale libyen ne fonctionne plus dans certaines régions du pays et la Cour pénale internationale, bien qu'ayant compétence pour s'occuper de la situation en Libye, s'est abstenue d'ouvrir de nouvelles enquêtes sur des crimes qui continuent d'être commis.