Un peu plus d’un an après la mise en place d’un plan européen visant à répartir jusqu’à 160 000 demandeurs d’asile bloqués dans leurs premiers pays d’arrivée dans l’Union européenne (UE) vers d’autres pays européens, le bilan est bien maigre. Non seulement l’objectif initial a été réduit de plus d’un tiers, mais seuls 8.099 demandeurs d’asile ont effectivement été transférés de la Grèce et de l’Italie vers d’autres pays d’accueil. C’est un bilan dérisoire à l’échelle européenne. Et la Belgique a sa part de responsabilité. Le gouvernement de Charles Michel doit s’engager à rapidement rattraper son retard en la matière.

Le plan de relocalisation des demandeurs d’asile de Grèce et d’Italie vers d’autres Etats européens était l’une des réponses clé à la crise humanitaire et politique que traverse l’Europe. Et il y a urgence. Plus de 66.000 demandeurs d’asile, la plupart ayant fui la guerre et les persécutions, sont bloqués en Grèce dans une situation insoutenable.

Temporary shelters on the shoreline at Souda migrants' camp on the island of Chios, Greece, in October 2016. 

De nombreuses familles sont condamnées à rester pendant des mois dans des camps surpeuplés, aussi bien sur le continent que sur les îles de la Mer Égée. Les conditions de vie sont déplorables. Les femmes et les enfants ne bénéficient d’aucune protection, et le découragement est palpable. Un adolescent Afghan faisant désespérément la navette entre les camps de VIAL et de Souda sur l’Île de Chios, a résumé sa situation à une équipe de Human Rights Watch lors de notre présence sur l’île: « Ne perdez pas votre temps, rien ne changera pour nous. »

Malgré l’hiver qui approche, les dirigeants européens ne semblent pas pressés d’apporter une solution à la mesure des conséquences de la vague d’arrivées de 2015-2016. La mise en place rapide du plan de relocalisation aurait permis d‘alléger la pression sur les principaux pays de première arrivée dans l’UE, mais aussi de soulager les souffrances des demandeurs d’asile.

À ce jour, la mise en place du plan piétine. Tout juste 5 % de l’objectif fixé en septembre 2015 a été atteint. Seuls quelques États européens y ont, timidement, contribué. La France a, à elle seule, accueilli plus du tiers des demandeurs d’asile relocalisés. D’autres, comme la Finlande, les Pays-Bas et le Portugal, mais surtout les plus petits États de l’UE comme Malte, le Luxembourg et Chypre ont fait des progrès plus notoires. D’autres par contre, ouvertement hostiles aux réfugiés, comme la Slovaquie, qui préside actuellement l’UE, la Hongrie de Viktor Orban, et la Pologne, cherchent purement et simplement à enterrer le mécanisme.

À ce rythme, il faudrait au moins deux ans rien que pour relocaliser les réfugiés Syriens présents en Grèce.

Et la Belgique ? Elle est vraiment en queue de peloton.

En plus d’un an, le pays a accueilli seulement 206 demandeurs d’asile de Grèce et d’Italie sur les 3812 prévus initialement et traîne donc en dessous de la moyenne européenne avec l’Espagne et la Roumanie. L’Allemagne, qui a pourtant accueilli tant de réfugiés en 2015, est également dans cette fourchette basse en matière de relocalisation de ceux bloqués en Grèce et en Italie. Mais elle vient d’annoncer il y a quelques semaines son intention de recevoir plusieurs centaines de personnes dans le cadre du programme. Pour les pays de destination, le nombre de personnes qu’il leur incombe d’accueillir est modeste. Mais pour les réfugiés concernés, le plan aurait pu aurait pu faire une immense différence.

Les dirigeants belges expliquaient il y a plusieurs mois leur scepticisme du fait de la lenteur des autorités grecques et italiennes à présenter des dossiers complets. Aujourd’hui, cet argument ne tient plus, comme le démontre le fait que d’autres États se soient mis à jouer le jeu. Plusieurs milliers de dossiers complets sont en attente depuis la Grèce uniquement.

Dans une Europe de plus en plus marquée par la montée de populismes diabolisant la question des réfugiés, la Belgique, État hôte des principales institutions européennes, doit choisir son camp entre ceux qui souhaitent détricoter la réponse de l’UE à la crise des réfugiés, et ceux qui feront preuve de  plus de responsabilité collective et de solidarité. En Octobre, à Schengen, les dirigeants du Benelux avaient conjointement soutenu une « solidarité inconditionnelle et la mise œuvre des décisions adoptées » en réponse à la crise des réfugiés. Mais la contribution de la Belgique reste largement inférieure à celle de ses deux partenaires régionaux.

Le gouvernement de Charles Michel, s’il souhaite donner une chance à une réponse européenne commune à ce défi, ne doit plus rester en retrait. Il est encore temps de se fixer un objectif ambitieux, clair et chiffré, de relocalisations d’ici à la fin de cette année, et de contribuer à redonner un peu d’espoir aux milliers de familles désespérément bloquées en Grèce et en Italie.

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Philippe Dam est le Directeur du Plaidoyer de la Division Europe et Asie centrale pour Human Rights Watch.