Clément Abaifouta, président de l'Association des victimes de crimes et de la répression politique au Tchad (AVCRP).

© 2007 Victor Affaro

Dakar, le 21 juillet 2010) - Desmond Tutu et Shirin Ebadi, tous deux Prix Nobel de la Paix, ainsi que 117 organisations africaines de défense des droits humains domiciliées dans 25 pays ont appelé aujourd'hui le gouvernement du Sénégal et l'Union africaine à progresser rapidement dans l'organisation du procès d'Hissène Habré. L'ancien dictateur tchadien, exilé au Sénégal, est accusé de milliers de meurtres politiques et de torture systématique.

Parmi les signataires de cet appel figurent des personnalités sénégalaises dont Serigne Mansour Sy Djamil (chef religieux de la confrérie tidjane), l'Abbé Léon Diouf (représentant de l'Archevêque de Dakar), Jacques Baudin (avocat, ancien Ministre de la Justice et des Affaires étrangères), Didier Awadi, (artiste), Bara Tall (homme d'affaires) ainsi que les professeurs Abdou Aziz Kébé et Amsatou Sow Sidibe.

Les chefs d'État africains se réuniront dans la capitale ougandaise Kampala pour le sommet de l'Union africaine du 25 au 27 juillet 2010, quatre ans après que l'UA ait donné mandat au Sénégal « de poursuivre et de faire juger, au nom de l'Afrique, Hissène Habré ». Cependant, le Sénégal n'a toujours pas entamé de poursuites contre Habré, arguant qu'il est toujours en attente du financement du procès par la communauté internationale.

« Les victimes du régime d'Hissène Habré luttent sans relâche depuis 20 ans pour que justice leur soit rendue et de nombreux survivants sont déjà décédés  », rappelle une pétition adressée au Sénégal et à l'Union africaine signée par des organisations de la société civile africaine, des lauréats du Prix Nobel de la Paix et de hautes personnalités. « Au lieu de voir leur cause entendue, les victimes ont eu droit à un interminable feuilleton politico-judiciaire. »

Habré a dirigé le Tchad d'une main de fer de 1982 à 1990, avant d'être renversé par le président Idriss Déby Itno et de fuir au Sénégal. Son régime de parti unique a été marqué par de graves exactions ainsi que par des campagnes d'épuration ethnique. Des documents de la police politique de Habré, la Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS), ont révélé les noms de 1 208 personnes assassinées ou mortes en détention. Un total de 12 321 victimes de violations de droits humains a été recensé dans ces fichiers.

Habré a été inculpé une première fois au Sénégal en 2000 mais, à la suite d'ingérences politiques dénoncées par deux rapporteurs des Nations Unies, les juridictions sénégalaises se sont déclarées incompétentes pour juger cette affaire. Les victimes de Habré se sont alors tournées vers la Belgique et, après quatre années d'enquêtes, un juge belge a inculpé Habré pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et torture en septembre 2005. Après que le Sénégal ait rejeté la demande d'extradition de la Belgique, le président Abdoulaye Wade a accepté le mandat émis par l'Union africaine visant le jugement de Habré au Sénégal.

Le 1er juillet 2010, après des années de discussion autour de la question du budget, l'Union africaine et l'Union européenne ont annoncé la tenue d'une réunion des bailleurs de fonds en octobre. Toutefois, il n'y a toujours pas eu d'accord définitif sur le budget final.

Parmi les signataires de la pétition figure le Sud-africain Richard Goldstone, qui a été le premier Procureur des tribunaux pénaux internationaux des Nations Unies pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda. Plus récemment,  il a dirigé l'enquête de l'ONU sur le conflit de Gaza. On retrouve également les principales organisations de défense des droits humains au Tchad et au Sénégal ainsi que la Fondation sud-africaine pour les Droits de l'Homme, l'Organisation égyptienne pour les Droits de l'Homme, la Commission kenyane pour les Droits de l'Homme et l'Association africaine pour la Défense des Droits de l'Homme en République Démocratique du Congo.