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L'un après l'autre, les orateurs ont évoqué la même inquiétude : si une solution ne peut pas être rapidement trouvée à la crise politique en République démocratique du Congo, le pays pourrait sombrer dans la violence.

Participants à une séance d’auditions tenue par la Commission des droits de l'homme Tom Lantos au Congrès des États-Unis le 29 novembre 2016 sur la crise en RD Congo. En haut (de g, à d.) : Fred Bauma, Mvemba Phezo Dizolele, Ida Sawyer. En bas (de g, à d.) : Sasha Lezhnev, Tom Malinowski, Tom Perriello. © 2016 Timo Mueller/Human Rights Watch

« Si ce problème se règle dans la rue, ce sera un désastre pour le peuple congolais », a déclaré Tom Perriello, Représentant spécial des États-Unis pour la région des Grands Lacs d'Afrique. « Tout est possible. »

Tom Perriello était l'un des orateurs aujourd'hui, lors d'une séance d'auditions au Congrès sur la situation en matière de droits humains et de démocratie en RD Congo.

Tous les orateurs, deux représentant le gouvernement américain et quatre parlant au nom d'organisations non gouvernementales et du monde universitaire, ont exprimé des inquiétudes au sujet de l'existence d'un gros potentiel de violence et de nouvelles répressions à l'approche de la date butoir du 19 décembre, à laquelle le président Joseph Kabila devrait, selon la constitution, quitter ses fonctions à l'expiration de son second mandat.

Dans sa dépositionIda Sawyer, chercheuse senior sur la RD Congo à Human Rights Watch, a déclaré vouloir « exposer devant le Congrès la gravité de la situation et le rôle important que le gouvernement américain peut jouer pour aider à éloigner la RD Congo du bord du précipice ».

Tom Perriello a souligné l'existence d'un « profond réservoir de défiance des deux côtés » de la classe politique. Bien « qu'il soit encore temps d'organiser une transition pacifique », il a déclaré craindre que la violente répression de manifestations en septembre « soit un aperçu de tactiques qui sont prêtes à être utilisées, et que la situation puisse devenir très rapidement incontrôlable. »

Tom Malinowski, Secrétaire d'État adjoint chargé de la démocratie, des droits humains et du travail, a également fait part de ses inquiétudes quant à la possibilité d'une répression sanglante, affirmant : « la mauvaise nouvelle, c'est que ce qui s'est passé au Burundi peut très bien se produire en RDC ». Mais, a-t-il ajouté, « la porte est encore ouverte » pour aider à éviter la crise. Le Représentant James P. McGovern, qui présidait la réunion, est convenu qu'une crise était « évitable. »

De nombreux orateurs se sont exprimés fermement en faveur de sanctions ciblées contre les responsables de haut rang qui sont responsables de graves abus en RD Congo. Tom Perriello a affirmé que les sanctions déjà en place contre trois hauts responsables de la sécurité ont été « extrêmement importantes et remarquées ».

« Je peux vous assurer que les sanctions ciblées ont eu un effet dissuasif notable et ont ébranlé les personnes impliquées dans des abus », a déclaré Ida Sawyer, qui s'est vu interdire de continuer à travailler dans le pays depuis août. Tom Malinowski a déclaré au Congrès que le gouvernement américain avait concentré ses efforts le mois dernier sur une « multilatéralisation » des sanctions ciblées, encourageant l'Union européenne à imposer son propre paquet de sanctions ciblées.

Tom Perriello a confirmé que le gouvernement américain allait « continuer à envisager de nouvelles cibles » pour les sanctions, soulignant que « l'objectif est braqué sur les individus responsables [d'abus] ». 

Ida Sawyer a invité l'administration américaine à entendre cet appel et à sanctionner le directeur de l'agence congolaise de renseignement, Kalev Mutond ; le vice-Premier ministre Évariste Boshab ; et le commandant de la Garde républicaine, le général Ilunga Kampete. 

Fred Bauma, un activiste congolais membre du mouvement de jeunesse Lutte pour le changement (LUCHA), qui en compagnie d'Yves Makwambala a passé 17 mois en prison pour des chefs d'accusation fabriqués de toutes pièces comme beaucoup d'autres prisonniers politiques, a appelé le gouvernement (américain) à appliquer davantage de sanctions financières aux individus impliqués dans des « malversations et des scandales. » Sasha Lezhnev, Directeur adjoint chargé de la politique à l'ONG Enough Project, a exposé les détails techniques des sanctions financières.

De nombreux orateurs sont convenus que soutenir les efforts de médiation de l'Église catholique demeurait l'une des voies les plus prometteuses vers une résolution pacifique de la crise.  

Mvemba Phezo Dizolele, chargé de conférences à la Johns Hopkins School of Advanced International Studies, a appelé le Congrès à ne pas perdre de vue que la responsabilité de la crise est principalement celle des dirigeants politiques et qu'il est important de dialoguer avec le président Kabila, « l'homme qui détient la clé » de la résolution de la crise. Se faisant l'écho de cette déclaration, Ida Sawyer a souligné la « nécessité de montrer à Kabila qu'il existe une porte de sortie honorable. » Précédemment, Tom Perriello avait estimé que Kabila – qui a « surpassé les attentes » en tant que dirigeant – pouvait encore partir en « héros ».

Du fait que la classe politique au pouvoir en RD Congo semble fermement convaincue que le président-élu américain Donald Trump sera plus laxiste dans son approche de la crise, Dizolele et Lezhnev ont appelé le Congrès à faire valoir auprès de Donald Trump l'importance qu'il y a à nommer un nouveau Représentant spécial en RD Congo, ce que le représentant James McGovern n'a pas exclu.

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L'un après l'autre, les orateurs ont évoqué devant le Congrès américain la même  inquiétude : si une solution ne peut pas être rapidement trouvée à la crise politique en RD Congo, le pays pourrait sombrer dans la violence.