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Ce jeudi, c’est un homme abimé par les souffrances de la torture qui s’est présenté à la barre à Dakar. Les traits sont marqués mais c’est d’une voix forte que Robert Hissein Gambier décrit ce qu’il a vécu, usant de grands gestes, comme s’il s’était fait le devoir de raconter son passé dans les moindres détails. Arrêté en décembre 1985 à N’Djamena par des agents de la DDS alors qu’il aurait été, selon lui, confondu avec un mercenaire libyen, il témoigne avoir été amené à la Présidence et conduit devant Hissène Habré qui aurait donné des instructions à ses agents. Ses geôliers le surnommèrent « Sabagalmoute », « celui qui court plus vite que la mort ».

Détenu à la DDS, à la Gendarmerie et au Camp des Martyrs, il affirme avoir subi de nombreuses formes de torture dont il garde des séquelles jusqu’à aujourd’hui. Aspergé d’insecticide dans les yeux et de gaz dans les oreilles, il est pratiquement sourd et aveugle. Tiré par les testicules, fouetté au câble électrique et ligoté arbatachar, Robert Hissein Gambier est un véritable survivant. Rare rescapé du « supplice des baguettes », il en fait la démonstration à la barre : deux morceaux de bois sont attachés à leurs extrémités et placés sur la tête de la victime au niveau des tempes. « Je voyais le monde à l’envers », explique-t-il à la barre.

A sa libération en 1990, tous ses proches le croyaient mort depuis longtemps. Vingt-cinq ans après les faits, le souvenir de la prison le hante toujours la nuit, l’empêchant de dormir. La torture des baguettes lui a également laissé d’incessantes séquelles : « ma tête est pleine de bourdonnements ».

Interpellant Hissène Habré, il s’écrit « Il a créé l’enfer, qu’il me dise pourquoi il a créé l’enfer ».  

Robert Hissein Gambier, qui capte l’attention du public venu en nombre, quitte finalement la salle d’audience en gros sanglots.