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Pour les audiences du mercredi 7 et jeudi 8 octobre, les experts de l'équipe argentine d'anthropologie médico-légale (Equipo Argentino de Antropología Forense, EAAF) se sont présentés à la barre pour donner un témoignage très technique sur les fosses communes exhumées au Tchad pendant l’instruction des Chambres africaines extraordinaires.  

L'EAAF est une organisation scientifique non gouvernementale qui applique les sciences médico-légales - essentiellement l'anthropologie et l'archéologie médico-légales - à l'investigation des violations des droits de l'homme dans le monde entier. Cette l'équipe travaille en Amérique Latine, en Afrique, en Asie et en Europe.

Les experts utilisent diverses techniques pour exhumer et identifier les victimes de disparitions et de meurtres extrajudiciaires, rendre les restes aux parents, présenter des preuves de violations et des modèles d’abus aux organismes judiciaires et non judiciaires appropriés, et former des professionnels nationaux pour poursuivre ce travail au niveau local.    

Le premier expert à prendre la parole a été le Dr. Anahi Ginarte, archéologue légiste, qui a expliqué, à l’aide de nombreuses photographies, les procédés et les fouilles que son équipe a eu à effectuer sur le territoire tchadien.

Les docteurs Claudia Bisso et Mercedes Salado Puerto ont expliqué les résultats de l'analyse génétique des ossements retrouvés sur les sites de Déli et de Koumra, au sud du Tchad. 

Le lendemain, l’expert Pierre Perich, médecin légiste, a présenté les résultats de ses analyses. A la ferme de Déli et à Koumra, au sud du Tchad, il a constaté que des ossements présentaient les preuves d’une mort violente par arme à feu.

A Gadjira, au centre du Tchad, bien que l’état de dégradation des corps rendait les analyses difficiles, les vêtements retrouvés portaient clairement les stigmates de balles reçues ayant provoqué la mort. Ainsi, sur la plupart des ossements, les traumatismes et les fractures sont dus à l’impact de projectiles d’armes à feu.

Ces résultats ont été confirmés par l’expert en balistique Pachon Mora qui a identifié des projectiles et morceaux de projectiles sur les sites des massacres.

A la ferme de Déli, lieu d’un supposé massacre de rebelles non armés en septembre 1984, les experts ont localisé 21 corps, majoritairement tués par balle. A l’exception de trois corps dont le sexe n’a pas pu être déterminé avec précision, tous ont été identifiés comme étant de sexe masculin et âgés en moyenne de 30 à 50 ans. Ces résultats corroboreraient la version des témoins qui soutiennent que ce sont, pour l’essentiel, des hommes (combattants rebelles et dirigeants de la ferme), qui ont été tués le 17 septembre 1984.

A une question du Parquet sur l’ampleur de la tuerie de la ferme de Déli, l’un des experts s’est contenté de lister les cas de certains corps : « Corps C 1 : 6 impacts, corps C2 : 6 impacts, corps C3 : au moins 8, corps C4 : au moins 8, etc. C’est scientifiquement, tout ce que je peux vous dire ».

A Mongo, au centre du Tchad, les experts ont découvert 14 corps qu’ils croient être liés à un autre massacre survenu la même année. La plupart des vêtements que portaient les victimes présentaient des traces d’impact de balle et au moins un individu aurait eu les mains attachées dans le dos.

Pendant la description technique et scrupuleuse de ces macabres découvertes, l’ancien président Hissène Habré est resté stoïque.