French

Pour les audiences des mardi 22 et mercredi 23 septembre, c’était au tour de Bandjim Bandoum de déposer. Son témoignage était particulièrement attendu par la presse et toute personne intéressée par le dossier Habré. Pourquoi ?

Parce que c’est l’un des seuls, si c’est ne le seul témoin venant de l’intérieur du système : Bandoum est un ancien membre de la Direction de la documentation et de la sécurité, la DDS, la police politique du gouvernement de Habré.  Bandoum, lui, vit à Paris et était déterminé à venir témoigner.

Bandoum a expliqué avec une voix tremblante les raisons qui l’ont poussé à témoigner devant les Chambres :

« Ce que j’ai vu et assisté a troublé ma conscience. J’ai promis à mon fils il y a plusieurs années que si Hissène Habré serait un jour jugé, j’irai livrer mon témoignage pour participer à la vérité sur le régime Habré ».

Interrogé par le Parquet et les parties civiles, l’ancien responsable de la police politique est revenu dans les détails sur le fonctionnement de l’Etat tchadien à l’époque du régime : le rassemblement de l’information, les ordres donnés, la hiérarchie. Il a aussi évoqué la répression : les motifs d’arrestation, la torture systématique, les viols en prison, etc. « Je voyais la mort dans les yeux des prisonniers » a-t-il notamment affirmé.

Devant les questions des avocats des parties civiles, il a expliqué « l’obligation de résultat » qui pesait sur les agents de la DDS, parfois contraints d’ajouter des choses sur les rapports d’audition « alors qu’ils savaient que les personnes interrogées étaient innocentes ». Lui-même emprisonné après avoir refusé un nouveau poste à la DDS, il a décrit longuement un climat de peur et de suspicion difficile à supporter qui régnait au sein de la police politique.

Dans un message adressé aux victimes, il a dit :

«  A tous ceux  qui, par mon travail, par ma mission, j’ai couvert d’atrocités, je leur demande pardon. Ce pardon n’est pas suffisant mais je leur demande pardon publiquement ».

Devant les questions des avocats de Habré qui ont insisté sur la culpabilité de Bandoum et les poursuites en cours contre lui au Tchad, Bandoum a conclu :

« Je ne fuis pas la justice, aujourd’hui je suis devant la justice. Je ne fuis pas la justice du Tchad. Je suis prêt à comparaitre s'il y a une justice équitable. »

Pendant tout le témoignage de son ancien agent, l’ancien président Hissène Habré est resté de marbre, derrière son turban et ses lunettes de soleil, sans jeté un seul regard vers celui qui fut, un temps, à l’intérieur du système.

L’audience reprendra le lundi 28 septembre à 9h avec les premières auditions de parties civiles.