French

L’audience de ce lundi 21 septembre s’est ouverte avec un témoignage hautement technique sur les résultats d’une comparaison en écritures manuscrites. L’expertise du graphologue canadien Tobin Tanaka a permis de montrer que des annotations sur des documents auraient pu avoir été écrites par l’accusé. C’est notamment le cas d’une lettre envoyée par le ministre chargé de la Défense nationale, des anciens combattants et victimes de guerre à Hissène Habré en date du 29 octobre 1984 relayant une demande du Comité international de la Croix rouge de faire hospitaliser un certain nombre de prisonniers de guerre. Une note manuscrite en haut à gauche du document énonce :

« - Contrôler l’existence de ces prisonniers de guerre à l’hôpital

  - Désormais aucun prisonnier de guerre ne doit quitter la Maison d’Arrêt, sauf cas de décès. Car, le CICR a fait fuir de nombreux prisonniers de guerre ».

« Et Olivier c’est comment ? »

Mais le témoignage qui a retenu l’attention du public, et qui a continué aujourd’hui, est bien celui d’Olivier Bercault. Actuellement professeur en droit à l’Université de San Francisco, il a été pendant des années chercheur à Human Rights Watch dans la division « urgence » où il a couvert des conflits au Darfour, en Centrafrique, au Sri Lanka, en Irak, etc. mais il a surtout longuement enquêté au Tchad sur les exactions commises durant le gouvernement de Hissène Habré.

Il a notamment participé avec Reed Brody à la découverte des archives de la police politique du régime, la DDS, en 2001, lorsqu’ils visitaient les anciens locaux de la DDS : des procès-verbaux d’enquête, des listes de prisonniers, des certificats de décès, des rapports de situation qui deviennent une véritable mine d’or de preuves pour comprendre le fonctionnement du système. Olivier a aussi été interviewé des centaines de personnes au Tchad.

Je dois admettre que j’ai eu la chance de travailler avec Olivier au Tchad et qui’il participé à ma formation sur le terrain. Quand je me rends à l’association des victimes à N’Djaména, nombreuses sont les personnes qui me demandent des nouvelles d’Olivier : « et Olivier c’est comment ? » Plusieurs survivants interrogés par Olivier dans ses recherches m’ont affirmé qu’il avait joué un rôle psychologique incontestable, et qu’il avait permis à de nombreuses victimes de se renforcer, de reprendre confiance et de se mobiliser.

Lors de son témoignage, Olivier met l’accent sur les séquelles des traumas psychologiques des victimes qu’il a côtoyées pendant des années. Il rappelle la difficulté qu’il a eue à recueillir des témoignages de femmes sur les crimes sexuels, mais a pu affirmer avoir recueilli des témoignages de femmes qui auraient été violées, notamment en détention.

Vidéo RTS :

Olivier Bercault a indiqué à la Cour avoir co-écrit un livre, « La Plaine des morts », qui énonce en détails les exactions commises pendant le gouvernement de Habré : arrestations arbitraires, exécutions extra-judiciaires, tortures, répressions contre des groupes ethniques, etc. Ce livre est décrit par le témoin qui cite notamment des expressions figurant sur des fiches de la DDS comme « interrogatoires serrés » ou « contraints de dire la vérité ». Le livre est la source de questions de la part du parquet et des avocats des parties civiles. Il est ensuite passé au crible par les avocats commis d’office chargés de défendre Hissène Habré. Cette fois c’est Olivier, en chercheur méthodique et passionné du Tchad, qui doit répondre aux questions. Il le fait avec calme.