French

Aujourd’hui, dernier jour d’une semaine riche, c’est un expert atypique mais reconnu des droits de l’Homme qui était invité à livrer son témoignage : Patrick Ball, directeur du Human Rights Data Analysis Group.

Le mathématicien américain surnommé le « statisticien des droits de l’Homme » a détaillé les conclusions de son expertise sur la « mortalité dans les prisons de la DDS au Tchad, 1985-1988 ». Mandaté par les Chambres africaines extraordinaires, il s’était rendu au Tchad en juin 2014 pour obtenir des copies des archives de la DDS, la police politique du régime de Hissène Habré, s’intéressant particulièrement aux listes journalières des prisonniers en détention.

Patrick Ball est bien quelqu’un de prisé dans son domaine. Depuis 20 ans il produit des analyses statistiques quantitatives de violations des droits humains. Tout aussi bien un habitué des commissions de vérité ou de missions des Nations unies comme en El Slavador, en Ethiopie, au Guatemala, en République démocratique du Congo, au Libéria, en Syrie, etc. il a été témoin expert au procès Milosevic devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et a prêté main forte aux ONG désireuses de mettre des chiffres sur des exactions.

Son expertise uniquement basée sur les documents de la DDS, il rapporte que le taux brut de mortalité maximum dans les prisons de la DDS pour la période étudiée était de 2,37 décès pour 100 prisonniers le 23 mai 1988. «Un taux extraordinaire » a-t-il insisté.

Soumis aux questions contradictoires des différentes parties, la défense a surtout insisté sur ses travaux précédents avec Human Rights Watch, notamment dans l’affaire Habré. Il a toutefois affirmé qu’il n’existait aucun lien juridique ou financier avec l’ONG de défense des droits de l’Homme.

Au terme de cette deuxième semaine d’audience chargée en témoignages d’experts, Souleymane Guengueng, un des représentants des associations de victimes a indiqué :

« Après les dépositions de Mahamat Hassan Abakar, du juge Fransen et aujourd’hui de Patrick Ball, ... oui tout est fait pour témoigner de notre histoire ».