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Après les incertitudes et les préliminaires d’une telle procédure, le procès de Hissène Habré pour les crimes de masse commis sous son régime a finalement repris. Deux témoins clés, Mike Dottridge, ancien chercheur à Amnesty International, et Mahamat Hassan Abakar, ancien président de la Commission nationale d’enquête, ont été entendus durant les trois derniers jours d’audience.

Dottridge a exposé l’histoire des 23 « mini-rapports » d’Amnesty International publiés pendant le régime qui relatent les exécutions sommaires, l’utilisation de la torture et les disparitions. Amnesty a véritablement mis  un coup de projecteur sur les exactions commises pendant le régime de Hissène Habré : après la chute du dictateur, plus de 50.000 lettres et cartes postales de membres d’Amnesty ont été retrouvées dans les dossiers de la police politique de Habré, la DDS. Dottridge a également décrit la visite d’une délégation d’Amnesty au Tchad en 1985 qui a rencontré le directeur de la DDS, Saleh Younouss. La Cour a également diffusé un enregistrement de Radio France Internationale dans lequel Habré répond aux allégations d’Amnesty que des massacres auraient été commis dans le Sud du Tchad en 1984-1985.

Mahamat Hassan Abakar, certainement un des juristes tchadiens les plus distingués, a ensuite été appelé à la barre. Il a témoigné des méthodes de tortures de la DDS et de ses lieux de détention ainsi que des différents épisodes de la répression qui ont eu lieu sous le règne de Habré. Le film de la Commission d’enquête, malheureusement gâché par des problèmes techniques qui ont d’ailleurs marqué l’ensemble des audiences, a montré des images dures de prisonniers émaciés et de fosses communes, forçant beaucoup de personnes présentes dans la salle d’audience à fermer les yeux.

La nomination par la Cour de trois avocats commis d’office pour représenter Habré a permis , comme il se doit, de garantir une procédure contradictoire. Les avocats de la défense ont passé des heures à contre-interroger les deux témoins. Dottridge a dû faire preuve de tout son sang-froid britannique pour rester   calme, tandis qu’Abakar utilisait les questions pour creuser davantage sur le rapport de la Commission d’Enquête et ses conclusions.

Les partisans de Habré continuent de qualifier les avocats commis d’office par la Cour  de « mercenaires », alors même que le fils de Habré prenait des selfies avec Mounir Ballal, le doyen des avocats commis d’office, à l’extérieur de la salle d’audience.

Un des neveux de Habré, après avoir perturbé les audiences pour la seconde fois, a été immédiatement présenté à la Cour, jugé avec l’assistance d’un avocat et reconnu coupable de trouble à l’audience. La Cour l’a condamné à 5 mois de prison.

Les prochains témoins sont le juge d’instruction belge, Daniel Fransen, qui a passé 4 ans à enquêter sur l’affaire, le statisticien Patrick Ball et le consultant de Human Rights Watch Olivier Bercault, auteur du livre « La Plaine des morts ».