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La reprise du procès est enfin arrivée, après 45 jours, le temps pour les avocats commis d’office d’étudier le dossier et préparer la défense de Hissène Habré. Arrivé au Palais de Justice avec huit des parties civiles, la plupart venue du Tchad, je pouvais sentir leur impatience de voir l’ancien dictateur à la barre.

L’audience commence : les procureurs, les juges, les avocats des victimes, les avocats commis d’office sont présents. Mais l’accusé, lui, n’est pas là. Il refuse de comparaître.  Le président lui ordonne de se présenter, pas de réponse.

La Cour suspend finalement l’audience le temps pour un huissier de présenter une injonction de comparaitre.

Une heure plus tard, l’audience reprend. La Cour ordonne que Habré soit présenté de force.

Les gesticulations commencent alors. Porté par des agents de force de l’ordre, Habré se débat, crie, tente de fuir. Ses partisans crient des slogans, certains sont évacués de la salle.

Tant bien que mal Habré prend place sur une chaise, devant le juge. Dès que ce dernier prend la parole, l’ancien homme fort du Tchad crie : « taisez-vous, à bas le néo-colonialisme ».

Le Président rétorque à l’accusé qu’il sera présent qu’il le veuille ou non. Cette Cour a compétence pour le juger, même s’il ne la reconnaît pas et la considère illégitime.

Débute dès lors la procédure habituelle : lecture des 187 pages de l’ordonnance de renvoi qui décrit le fonctionnement  de l’administration répressive et les crimes.

Le public écoute, attentivement. Les victimes, elles, restent dignes.

L’audience est à nouveau suspendue, pause déjeuner oblige.