August 11, 1998
L'armée que dirigeait Kabila avant de prendre le pouvoir, en 1996, comptait déjà en son sein des milliers d'enfants, connus sous le nom de "kadogos". Beaucoup d'entre eux n'ont pas été démobilisés et sont aujourd'hui impliqués dans le conflit actuel, membres soit des forces gouvernementales ou des troupes rebelles.

Human Rights Watch a aujourd'hui appelé le président du Congo a mettre fin immédiatement à la campagne d'enrôlement d'enfants, dont certains sont âgés d'à peine douze ans, dans les forces armées congolaises. Un communiqué officiel, diffusé par la radio nationale le 7 août, avait appelé les enfants et adolescents âgés de douze à vingt ans à rejoindre l'armée congolaise, en réaction aux récents mouvements de révolte contre le gouvernement actuel. Dans une lettre adressée au Président Laurent Kabila, Human Rights Watch a insisté sur la nécessité de mettre fin de toute urgence au recrutement de mineurs âgés de moins de dix-huit ans et a appelé à la démobilisation de tous ceux qui font déjà partie des forces armées gouvernementales.

Human Rights Watch a également appelé les forces rebelles à ne pas enrôler d'enfants de moins de dix-huit ans et à procéder à la démobilisation de tous ceux qui figurent déjà au sein de leurs troupes.

L'armée que dirigeait Kabila avant de prendre le pouvoir, en 1996, comptait déjà en son sein des milliers d'enfants, connus sous le nom de "kadogos". Beaucoup d'entre eux n'ont pas été démobilisés et sont aujourd'hui impliqués dans le conflit actuel, membres soit des forces gouvernementales ou des troupes rebelles.

Le droit international interdit que des enfants de moins de quinze ans soient enrôlés au sein de forces armées. De plus, la communauté internationale semble aujourd'hui être arrivée à un consensus et considère dans son ensemble qu'aucun individu âgé de moins de dix-huit ans ne devrait être mobilisé. Le Conseil de Sécurité de l'ONU s'est récemment déclaré fortement préoccupé par l'impact négatif qu'un conflit armé pouvait avoir sur des enfants et a condamné le recours aux enfants-soldats. Dans une déclaration datée du 29 juin, le Conseil a appelé toutes les parties concernées à respecter à la lettre les obligations qui leur incombent en vertu du droit international.

"Recourir à des enfants-soldats est un acte qui viole à la fois le droit international et la décence la plus élémentaire," a déclaré Jo Becker, responsable de la Division défense et promotion des droits de l'enfance de Human Rights Watch. "L'enrôlement d'enfants-soldats par le Président Kabila va à contre-courant de tous les efforts que déploie aujourd'hui la communauté internationale afin de mettre fin à cette pratique répréhensible."

Diverses initiatives internationales relatives aux enfants-soldats ont été entreprises récemment. Ainsi, des dispositions spécifiques ont été intégrées au nouveau traité établissant le Tribunal Pénal International (TPI), et une nouvelle campagne internationale a été lancée par des organisations non-gouvernementales afin de modifier l'âge minimum auquel des individus peuvent être enrôlés et faire partie de forces armées. Le nouveau traité établissant le TPI, dont le texte a été défini le mois dernier à Rome, stipule ainsi que la conscription et le recours, en cas d'hostilités, à des enfants âgés de moins de quinze ans est un crime de guerre qui donnera lieu à des poursuites menées par le Tribunal.

En juin dernier, Human Rights Watch, en collaboration avec Amnesty International et d'autres organisations non-gouvernementales, lançait la "Coalition pour le bannissement du recours aux enfants-soldats". L'objectif de cette coalition est de promouvoir des normes internationales strictes afin de protéger les enfants et d'éviter qu'ils ne soient enrôlés par des forces armées et utilisés dans des conflits. La coalition souhaite également faire pression pour que l'âge minimum auquel un individu peut être enrôlé dans une armée et participer à un conflit, quinze ans selon le droit international, soit modifié et passe à dix-huit ans.

Les études les plus récentes montrent qu'environ 30.000 enfants de moins de dix-huit ans sont aujourd'hui impliqués dans des conflits armés. Bien que la plupart d'entre eux soient âgés de plus de quinze ans, il apparaît que dans de nombreuses forces armées le recrutement commence dès l'âge de dix ans, et l'on a également noté la présence dans certaines armées d'enfants encore plus jeunes.