HUMAN RIGHTS WATCH

Une paix est rarement durable si nul n'est jugé pour ses crimes

Par Anneke Van Woudenberg, Publié en Le Monde

La guerre est-elle finie en République démocratique du Congo (RDC)?  
 
La situation demeure fragile. Le conflit se poursuit dans l'est du pays et la campagne électorale a été marquée par des violences. Les élections sont un pas important pour faire passer le Congo de l'état de guerre à l'état de paix, mais le scrutin ne parviendra pas, en soi, à régler les problèmes. Il faut accorder plus d'attention à l'ensemble des questions qui sont à la base du conflit : la corruption généralisée, la compétition pour les ressources minières et la culture de l'impunité. Tant qu'elles ne seront pas réglées, la guerre pourra reprendre.

D'anciens chefs de guerre se transforment en candidats aux élections. Est-ce cela, la culture de l'impunité?  
 
Le processus électoral a renforcé la légitimité du président Joseph Kabila et du vice-président Jean-Pierre Bemba : deux acteurs de premier plan de la guerre, de 1998 à 2002. Ces élections n'ont pas permis l'émergence d'une génération de nouveaux responsables. Depuis deux ans, des dizaines de chefs de guerre accusés de meurtres, de tortures et de viols, ont été nommés au grade de colonel ou de général dans l'armée. Cet effort d'inclusion a fait surgir de nouveaux chefs de guerre. Diplomates et politiques avancent que la justice doit être précédée par la paix. L'expérience montre qu'une paix est rarement durable si nul n'est obligé de rendre compte ensuite des grands crimes.  
 
Qui faut-il juger en priorité en RDC?  
 
Déterminer les cas prioritaires ne pourra être fait qu'une fois les crimes majeurs recensés. Le secrétaire général de l'ONU a proposé l'envoi d'experts internationaux pour faire le bilan des grands crimes commis entre 1993 et 2003 et émettre des recommandations sur leur jugement. Or la Cour pénale internationale (CPI) ne peut juger que les crimes commis après juillet 2002. Il est donc impératif que davantage de procédures soient menées au niveau congolais.  
 
Une seule personne est détenue par la CPI à La Haye. Est-ce un échec?  
 
C'est un début, mais beaucoup plus doit être fait. La CPI a commencé ses enquêtes (en RDC) en juin 2004. En mars 2006, elle a arrêté Thomas Lubanga, un chef de guerre de l'Ituri, dont la milice, l'Union des patriotes congolais (UPC), est responsable de massacres, de tortures et de viols. A ce jour, Lubanga n'est poursuivi que pour avoir utilisé des enfants soldats. C'est regrettable, car cela ne donne pas la mesure de la souffrance de ses victimes. Et il n'y a eu jusqu'à présent aucune action contre d'autres milices ou des militaires rwandais ou ougandais responsables de crimes de guerre en Ituri.  
 
Dans la première guerre du Congo, 200 000 réfugiés rwandais seraient morts dans l'est du pays, dont une partie tués par des soldats rwandais et congolais. Ces crimes resteront-ils impunis?  
 
Ils ne doivent pas le rester. Les enquêtes de l'ONU sur la mort de Hutus rwandais, de Hutus congolais ou de Tutsis et d'autres civils ont été bloquées par le gouvernement de l'ex-président Laurent-Désiré Kabila. La proposition de Kofi Annan de prescrire l'ensemble des crimes commis entre 1993 et 2003 devrait couvrir ces faits.  
 
Le candidat Jean-Pierre Bemba pourrait être poursuivi par la CPI en raison des exactions commises par ses forces. D'autres responsables congolais devraient-ils l'être également?  
 
HRW n'est pas au courant que le procureur de la CPI enquête sur des crimes commis par les troupes de Bemba. A ce jour, il n'a pas ouvert d'enquête ni dit s'il comptait reprendre ce dossier. La responsabilité de M. Bemba devrait être examinée, mais il n'est qu'un des nombreux dirigeants dont les troupes se seraient rendues responsables de crimes.



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