31 août 2009

II. Contexte

Human Rights Watch observe de près la situation des droits humains au Zimbabwe, notamment depuis le 11 février 2009, date de la formation d’un gouvernement de transition de coalition au Zimbabwe. Les deux partis se sont engagés à entreprendre des réformes dans le cadre d’un Accord politique global (GPA) signé le 15 septembre 2008. [1]

La ZANU-PF en particulier fait preuve dans le meilleur des cas d’un engagement et d’une volonté négligeables de mettre en œuvre les réformes de grande envergure envisagées dans le GPA. Au pire, la conduite de la ZANU-PF a sapé délibérément les tentatives de rétablir l’Etat de droit et un gouvernement redevable de ses actes au Zimbabwe. Le manque de pouvoir réel du MDC et son désir de garantir la survie du gouvernement de coalition handicapent gravement sa capacité à impulser des réformes en matière de droits humains. Par exemple, le MDC n’a pas insisté avec force sur la justice et le devoir de rendre des comptes pour les atteintes aux droits humains, et n’a pas non plus tenté de traduire en justice les auteurs de ces violations.

Il faut reconnaître en sa faveur que le gouvernement de coalition a réussi, avec l’assistance de bailleurs de fonds et d’agences d’aide internationaux, à contrôler la grave crise humanitaire du Zimbabwe et à stabiliser quelque peu la situation économique du pays grâce à un ensemble de nouvelles politiques, définies dans le Programme d’urgence à court terme pour la relance (en anglais : Short-Term Emergency Recovery Programme, STERP). Ces mesures ont aidé à améliorer la grave situation socio-économique des communautés les plus vulnérables du Zimbabwe, en particulier pour ce qui est de l’accès à la nourriture et pour contrôler la propagation du choléra, qui à son point culminant a contaminé plus de  100 000 personnes et a fait plus de 4 200 morts. [2]

Ces résultats, toutefois, sont bâtis sur le sable. Les crises économique et humanitaire du Zimbabwe ont été pour l’essentiel causées par la répression politique institutionnalisée et par le non respect de l’Etat de droit. [3] Si le gouvernement ne procède pas à des améliorations significatives de ses politiques dans ces domaines, notamment des réformes majeures en matière de droits humains, les progrès des situations humanitaire et économique au cours des derniers mois s’amenuiseront au fur et à mesure et finiront par s’inverser. Par exemple, le gouvernement de coalition n’a pas réussi à remettre sur pied un système de santé actuellement délabré, laissant de ce fait le Zimbabwe vulnérable à une autre épidémie majeure de choléra.

La liberté des médias est vitale pour améliorer le devoir de rendre des comptes au Zimbabwe et garantir que les exactions actuelles soient à la fois dénoncées et corrigées. Les réformes des médias qui ont été jusqu’ici engagées par le gouvernement de coalition sont insuffisantes. Le gouvernement a autorisé des médias internationaux comme la BBC britannique et la chaîne américaine CNN à reprendre leur diffusion à partir du Zimbabwe. Mais il continue à restreindre la liberté d’expression pour les médias nationaux de façon arbitraire. Par exemple, alors que le gouvernement a levé les restrictions (mais sans encore lui avoir accordé de licence de fonctionnement) pesant sur un quotidien privé jusque là interdit — le Daily News — il a emprisonné des journalistes d’autres organes de presse privés. [4]

Il est crucial d’avoir un cadre légal et régulateur qui protège les médias contre les ingérences et le harcèlement injustifiés des agences gouvernementales. Un comité parlementaire a mené des entretiens pour la Commission des médias du Zimbabwe recommandée par le GPA, mais les réformes législatives concernant les médias, telle que l’abrogation de lois répressives comme la Loi relative à l’accès à l’information et la protection de la vie privée (en anglais : Access to Information and Protection of Privacy Act, AIPPA), n’ont pas encore été mises en œuvre.

Réformer l’appareil de sécurité répressif du Zimbabwe est essentiel si le gouvernement de coalition veut garantir un véritable respect pour les droits humains et le rétablissement de l’Etat de droit. Le gouvernement n’a tenu qu’une seule réunion du Conseil de sécurité nationale du Zimbabwe, théoriquement le nouvel organisme gouvernemental chargé de superviser les diverses institutions de sécurité de l’Etat du Zimbabwe, sous la direction du Président Robert Mugabe et avec la participation du Premier ministre Morgan Tsvangirai. Human Rights Watch dispose toutefois de preuves que le vieil appareil de sécurité répressif de la ZANU-PF continue de fonctionner en parallèle et sans changement. Au moment même où le Président Mugabe annonçait publiquement trois jours de réconciliation nationale en juillet 2009, renonçant à la violence politique, les agences de sécurité qui lui sont fidèles continuaient à commettre des actes de violence et d’intimidation contre ses adversaires politiques sans rencontrer la moindre opposition.

[1]Pour d’autres travaux de Human Rights Watch sur le Zimbabwe publiés bien avant l’accord de partage du pouvoir, veuillez consulter Human Rights Watch, « Bullets for Each of You »: State-Sponsored Violence Since Zimbabwe’s March 29 Elections, ISBN: 1-56432-324-2, juin 2008, http://www.hrw.org/node/40484; Human Rights Watch, « They Beat Me Like a Dog »: Political Persecution of Opposition Activists and Supporters in Zimbabwe, ISBN: 1-56432-370-6, août 2008, http://www.hrw.org/node/62081; et Human Rights Watch, « Our Hands Are Tied »: Erosion of the Rule of Law in Zimbabwe, ISBN: 1-56432-404-4, novembre 2008, http://www.hrw.org/node/76102.

[2]« Unicef: New Cholera outbreak ‘almost inevitable’ in Zimbabwe », Mail and Guardian Online (SA), 19 août 2009, http://www.mg.co.za/article/2009-08-19-unicef-new-cholera-outbreak-almost-inevitable-in-zim (consulté le 24 août 2009). Voir aussi Human Rights Watch, Crisis without Limits: Human Rights and Humanitarian Consequences of Political Repression in Zimbabwe,ISBN: 1-56432-429-X,janvier 2009, http://www.hrw.org/node/79824.

[3] Human Rights Watch, Crisis without Limits.

[4]« Newspaper editors face charges, arrested and released on bail », communiqué de presse de l’Institut des médias d’Afrique australe (Media Institute of Southern Africa, MISA), alerte Zimbabwe, 14 mai 2009, http://www.ifex.org/zimbabwe/2009/05/14/zimind_editors_arrested/ (consulté le 24 août 2009). Voir aussi « Govt gives Daily News licence to publish », Zimbabwe Independent, 31 juillet 2009.