I. Introduction
Plus de six mois après la formation d’un gouvernement de transition de coalition au Zimbabwe entre l’Union nationale africaine du Zimbabwe–Front patriotique (ZANU-PF) et deux factions du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), peu de progrès ont été faits pour instituer diverses réformes promises en matière de droits humains et pour démontrer le respect pour l’Etat de droit. La ZANU-PF, l’ancien parti au pouvoir, exerce significativement plus de pouvoir que le MDC, et les partisans de la ZANU-PF continuent de commettre en toute impunité des exactions contre leurs opposants politiques présumés.
Il existe de multiples preuves que le nouveau gouvernement est incapable ou peu désireux de mettre fin aux graves violations des droits humains, de rétablir l’Etat de droit, d’engager des réformes en matière de droits fondamentaux et d’établir une nouvelle direction politique pour le pays. En dépit des engagements pris par toutes les parties, le nouveau gouvernement de coalition n’a pris aucune mesure significative pour garantir la justice pour les victimes d’exactions ou pour exiger que les auteurs de violations des droits humains rendent des comptes. La police, les autorités chargées des poursuites judiciaires et les magistrats alignés avec la ZANU-PF continuent de mener des poursuites politiquement motivées contre les activistes et les législateurs du MDC.
Cette inaction ne peut pas être imputée à la crise financière du pays, elle-même causée par des années de mauvaise gouvernance par la ZANU-PF avant 2009. Elle est due plutôt à une absence de volonté politique. La ZANU-PF garde le contrôle de tous les ministères importants — à savoir les ministères de la Défense, de la Justice, de la Sécurité de l’Etat et des Affaires étrangères ; et elle codirige le ministère de l’Intérieur. Le parti exerce de ce fait beaucoup plus de pouvoir au gouvernement que le MDC, et il ne souhaite pas engager de réformes en matière de droits humains et de gouvernance. Même si le MDC a le contrôle formel de certains ministères, le Président Mugabe a nommé unilatéralement des secrétaires permanents dans tous les ministères, s’assurant que la ZANU-PF en garde le contrôle. Manquant de pouvoir politique réel pour effectuer des réformes, le MDC est dans l’incapacité d’exiger des réformes en matière de droits humains et semble céder du terrain à la ZANU-PF dans le but de garantir la survie du gouvernement de coalition.
L’Accord politique global (en anglais Global Political Agreement, GPA), signé en septembre 2008, appelle les partis signataires à « construire une société exempte de violence, de peur, d’intimidation, de haine, de clientélisme, de corruption et fondée sur la justice, l’équité, l’ouverture, la transparence, la dignité et l’égalité ». Human Rights Watch souscrit à cette conclusion éclairée et appelle le gouvernement de coalition, ainsi que les voisins et alliés du Zimbabwe, à garantir que le pays adopte un changement progressiste et durable. Faute de quoi le Zimbabwe risque de retomber dans la violence et le chaos.
Ce rapport recommande une série de réformes fondamentales que le gouvernement de coalition devrait entreprendre pour améliorer la situation des droits humains au Zimbabwe. Sans ces réformes institutionnelles et législatives, ainsi que la mise en place d’un véritable respect des droits fondamentaux de tous les Zimbabwéens, il ne peut y avoir de paix et de stabilité durables et à long-terme au Zimbabwe. Ces changements permettront aussi finalement aux Zimbabwéens d’élire les dirigeants de leur choix. Une fois que ces réformes seront effectuées, le Zimbabwe sera mieux placé pour attirer l’aide internationale au développement ainsi que les investissements dans le secteur privé.







