Ainigmas, 18 ans
« J’ai pensé : Même si ce n’est pas possible, c’est ça que je veux. »
Je suis gay depuis que je suis petit. Quand j’avais trois ans, j’aimais déjà essayer les jupes de ma sœur et les chaussures à talon de ma mère. Quand j’avais 7 ans, je me suis rendu compte de je préférais les garçons. J’ai pensé : « Même si ce n’est pas possible, c’est ça que je veux. » En grandissant, j’ai essayé de me fondre dans la masse en jouant au foot avec les garçons. Malgré tout, je n’ai jamais réussi à changer ma façon d’être, de marcher ni mes goûts.
Depuis que je suis tout jeune, je fais des bijoux. J’ai commencé par des bracelets simples, puis des plus élaborés. Ensuite j’ai commencé à faire des boucles d’oreilles et des sacs tressés. Parfois, je les vends. Mes amis viennent m’en commander. Je porte des bijoux aussi, et les gens y sont habitués maintenant, parce que j’en porte depuis mon plus jeune âge. J’aimerais devenir créateur de mode et de coiffure.
Le fait que je sois gay a toujours gêné les gens qui ne me comprennent pas. Des gens ont menacé de me tuer, de me battre et ils cancanaient sur moi auprès de qui voulait bien les entendre. Un jour un ami aux États-Unis m’a envoyé de l’argent avec lequel je me suis acheté un téléphone coûteux. Il y avait un type, dans le quartier, qui était alcoolique et qui faisait partie d’un gang. À chaque fois que je passais près de lui et de ses amis, ils disaient des choses méchantes sur moi. Ils disaient que je me prostituais, bien que je ne l’aie jamais fait. Un jour, il m’a giflé et a pris mon téléphone. Il l’a fait parce que je suis gay, il pensait que je m’étais prostitué pour ce téléphone.
Je ne peux pas parler de ces problèmes avec ma famille. Je n’en parle pas à mon grand frère, qui me battait tout le temps quand j’étais petit. Il était membre de Sans Échec [une milice de jeunes Tutsis qui a commis des violences contre les Hutus pendant la guerre civile au Burundi dans les années 90] et il a toujours traîné avec des gens qui sont brutaux. J’étais plus proche de ma grande sœur mais elle est morte dans un accident de voiture il y a cinq ans. Il y avait une sorte de complicité entre nous. Quand elle sortait en secret, c’était moi qui lui ouvrais la porte à trois heures du matin. Ma grande sœur savait que j’étais gay, elle l’avait remarqué, même si je ne lui en avais jamais parlé.
Mais si je le disais à ma mère, elle en mourrait. Déjà quand j’ai mis une boucle d’oreille, elle a frisé la crise cardiaque.







