30 juillet 2009

Théophile, 26 ans

« Quand j’ai entendu parler du nouveau code pénal, je n’ai pas compris pourquoi ils faisaient ça. L’homosexualité a toujours existé et n’a jamais posé de problème. Je ne comprends pas cette réaction disproportionnée. »

J’ai su très jeune, vers 11 ou 12 ans, que j’étais attiré par les garçons et pas par les filles. Je vivais à l’intérieur et je n’avais jamais entendu parler de l’homosexualité. Je ne voyais personne comme moi, et je pensais que ça me passerait. Quand je suis allé au lycée à Gitega, j’ai entendu dire qu’il y avait d’autres gays là-bas, mais ils étaient timides et ne le disaient pas. Moi, j’en ai parlé à mes amis. Je suis content quand je suis capable de dire aux gens que je suis gay, parce que je me sens mieux. Mes amis ont été assez compréhensifs. La plupart d’entre eux l’ont accepté, et m’ont soutenu quand je me faisais insulter dans la rue.

Certains avaient peur de ce qu’on allait penser d’eux si on les voyait avec moi, mais ils ne m’ont pas jugé.

Mon frère était au courant, mais il n’a jamais accepté que je sois comme ça. Il me disait : « Tu me fais honte. » Il refusait de marcher avec moi dans la rue et faisait comme si nous n’étions pas frères. Mais l’un de nos amis commun lui a dit : « Ça va, il n’est pas le seul. »

Un jour, j’étais à l’Africana Bar et je dansais avec un jeune gars et son frère m’a battu. Il m’a appelé dans les toilettes en disant qu’il avait à me parler et il m’a battu sérieusement. Il m’a dit : « Je veux pas que mon petit frère soit un pédé comme toi. » Le patron a appelé le type quand il a vu que je saignais, et il lui a dit de me demander pardon.

Quand j’ai entendu parler du nouveau code pénal, je n’ai pas compris pourquoi ils faisaient ça. L’homosexualité a toujours existé et n’a jamais posé de problème. Je ne comprends pas cette réaction disproportionnée. Je croyais que nous abordions une vague de changement. J’avais parlé de mon homosexualité avec mes amis et mes voisins, et ils s’étaient montrés tolérants. Quand les gens prennent le temps d’essayer de comprendre, ils deviennent un peu plus ouverts, quand ils voient comment tu vis, que tu es quelqu’un de bien. Cette nouvelle loi est donc un pas en arrière. Maintenant je vais vivre dans la peur qu’ils m’attrapent, à n’importe quel moment.

Je suis membre de l’association de gays à Bujumbura. C’est très important pour moi, parce qu’on y rencontre des gens comme nous, qui nous comprennent, qui nous soutiennent. Je ne me sens plus seul.