Johnson, 24 ans
« La femme qui m’a accueilli quand j’ai dû quitter la maison m’a dit : C’est Dieu qui donne ça aux gens, tu ne peux pas changer ce que Dieu t’a donné. »
Après la mort de ma mère, en 1994, j’ai grandi avec mon père. En 2004, mon père m’a rejeté. C’était le 16 avril. Il avait découvert que j’étais homosexuel.
Au début, il avait entendu des rumeurs. La femme de mon père me maltraitait, et disait à mon père que je me comportais mal, que j’étais homosexuel. Mon père disait : « Ne dis pas ça, mon fils n’est pas homosexuel. »
Puis un jour, mon père m’a annoncé qu’il avait à me parler. Il m’a dit : « Viens t’asseoir, tu peux dire la vérité. Est-ce que c’est vrai, ce qu’on dit de toi, que tu es homosexuel ? » J’ai répondu « Non, c’est pas vrai » parce que j’avais peur. La plupart des Burundais pensent que c’est tabou, ils ne comprennent pas ce qu’est l’homosexualité. Mon père a repris : « J’ai entendu dire des milliers de fois que tu aimais les garçons. » J’ai répondu : « Mon père, tout ça, c’est des mensonges. » Il m’a dit : « Je vais te suivre de près. Si je découvre que c’est vrai, je choisirai ta punition. »
Il y avait un garçon dans le voisinage qui était gay aussi. Nous nous comprenions l’un l’autre. Nous nous promenions ensemble, et les gens nous critiquaient en disant : « Ils se comportent comme des filles. » Ils menaçaient de nous frapper, de nous lancer des pierres, ils nous sifflaient, mais nous essayions de les ignorer et nous continuions à marcher. Un jour, mon cousin est arrivé alors que je me promenais avec ce garçon. Il a dit : « Pourquoi est-ce que vous êtes toujours ensemble ? De quoi vous parlez ? Qu’est-ce que vous cachez ? » J’ai répondu : « Laisse-nous tranquilles, c’est ma vie privée. Je ne me mêle pas de ta vie privée. » Il a rétorqué : « Je vais aller le dire à mon oncle. » J’ai dit : « Eh bien va lui dire, si tu veux. »
Mon cousin a commencé à se battre avec mon ami. Beaucoup de gens se sont approchés pour regarder, et mon cousin leur a dit que nous étions homosexuels. Ils ont emmené mon ami à la police pour le mettre en prison.
J’ai été convoqué par la police pour expliquer ce qui c’était passé. J’ai répondu que je ne savais pas pourquoi mon cousin avait attaqué mon ami. Les policiers m’ont demandé : « Pourquoi disent-ils que vous êtes homosexuels ? » J’avais peur de dire la vérité. Je savais que si je leur disais ça, ils me prendraient pour un démon. Ils ne peuvent pas comprendre. Ils pensent que vous êtes fou. J’ai répondu : « Non, ce n’est pas vrai. Je ne peux même pas imaginer une chose pareille. » Les policiers ont été convaincus et ont laissé mon ami sortir.
Mon père avait entendu parler de cette histoire, et il m’a demandé si c’était vrai. Il m’a dit : « C’est de ta faute si ton cousin et ton ami se sont battus. » J’ai répondu : « Ce n’est pas vrai. Qu’est-ce que je peux dire pour te convaincre ? »
Un jour, une petite fille du quartier m’a vu embrasser mon ami. Elle est allée voir ma tante en disant que c’était vrai, que nous étions homosexuels. Ma tante a emmené la petite fille voir mon père pour qu’elle lui raconte ce qu’elle avait vu.
J’ai vu mon père se fâcher tout rouge. Il m’a frappé, il criait : « Combien de fois tu m’as dit « non, non », alors que tu fais ça ? » J’ai dit : « Mon père, qu’est-ce que j’ai fait ? » Il a répondu : « Comment peux-tu nier, alors qu’il y a quelqu’un qui t’as vu faire ? »
Mon père a continué à me frapper. Puis, il a dit : « Maintenant, tu prends tes affaires et tu t’en vas. Va faire tes saletés ailleurs. »
Je me suis installé chez une amie musulmane, qui est divorcée et qui a quatre enfants. Elle est « gay-friendly » [« homophile »]. Certaines personnes la critiquent pour m’avoir accueilli, mais l’un de ses fils est né comme moi, alors elle me comprend. Elle dit : « Mon fils est comme toi, alors je comprends. Même si notre religion n’accepte pas les gens qui agissent comme toi, qu’est-ce que je peux faire, quand il s’agit de mon propre fils ? C’est Dieu qui donne ça aux gens, tu ne peux pas changer ce que Dieu t’a donné. » Elle est comme une mère pour moi.
Mon père, mes frères, ils ne comprennent toujours pas ce qu’est l’homosexualité. Je voudrais qu’ils se rendent compte, « C’est mon fils, c’est notre frère, même s’il est comme ça, on ne peut pas le rejeter. » Je n’ai plus de contact avec mon père. C’est chacun pour soi. Si je le croise dans la rue, il ne me serre même pas la main. Il m’a dit : « Je ne veux plus te voir. »







