30 juillet 2009

Carine, 37 ans

 « Je ne peux pas changer de vie. Ils vont être obligés de me mettre en prison, comme les autres. »

J’ai grandi dans une petite ville. Quand j’avais 16 ans, un voisin (un homme qui avait 10 ans de plus que moi) a laissé son vélo chez moi. J’ai emprunté son vélo sans le lui dire, et je suis rentrée trop tard. Il m’a trouvé sur le chemin, dans le bush, et m’a prise de force. Je ne savais pas qu’un homme pouvait vous prendre de force. Ce fut ma première expérience sexuelle avec un homme.

J’ai pensé que c’était de ma faute, parce que j’avais pris son vélo. Je n’ai rien dit à mes parents, parce que je pensais qu’ils allaient me punir. Je n’ai parlé de ça à quelqu’un que des années plus tard. J’ai parfois pensé que c’était peut-être à cause de ça que j’étais lesbienne. Mais en fait, même avant, je n’étais pas attirée par les hommes. J’étais attirée par les femmes, simplement, je ne savais pas ce que c’était.

J’avais 19 ou 20 ans, au pensionnat, quand j’ai eu ma première relation avec une fille. Ma famille s’est rendu compte que j’étais lesbienne, bien que je ne l’ai jamais dit ouvertement. Mes proches m’ont dit de changer de vie. J’ai essayé, mais ça n’a pas marché.

Quand j’avais 27 ou 28 ans, ma famille m’a mis dehors pour un an. Ils m’ont dit que je devais me marier, et que si je ne changeais pas, je devais partir. Il y avait des hommes qui venaient chez moi et qui demandaient ma main à ma mère et à mon frère. Ces hommes savaient que j’étais lesbienne, mais ils pensaient qu’ils pouvaient me forcer.

Avant sa mort, ma mère a voulu savoir si mon corps avait changé, si j’avais encore des organes féminins. Elle a voulu me regarder sous la douche, et je lui ai répondu : « Non, maman, ce n’est pas mon corps qui a changé. J’ai des organes féminins. C’est dans ma tête que je suis différente. » Elle ne m’a jamais pardonné avant sa mort.

Aujourd’hui, je vis avec mon frère. Il me comprend, mais nous n’en parlons pas ouvertement. Il doit m’aimer parce qu’il sait que je suis comme je suis.

Je suis la seule lesbienne connue dans ma ville. Je travaillais comme assistante d’éducation dans une école catholique, mais les sœurs ont commencé à me soupçonner, à me suivre. Elles observaient mes moindres faits et gestes et finalement, elles m’on virée.

À un autre ancien travail, il y avait une fille qui me plaisait. Un chauffeur qui vivait sur la même parcelle que nous aimait aussi cette fille. Un jour, il est venu dans ma chambre en disant qu’il avait quelque chose à me dire. Il m’a poussé dans la pièce, a pris la clé et m’a enfermée. Il criait : « Où est ma copine ? Où est ma copine ? » Il m’a montré une corde dans sa poche et m’a menacée : « Je vais te tuer. Où est la fille ? » Il m’a enfermée dans ma  chambre pendant une demi-heure.

Je me suis rendue au tribunal pour porter plainte, et ils ont dit « Oui, cet homme est fautif. » Puis j’ai pensé que l’homme pourrait parler de la relation que j’avais avec cette fille et j’ai laissé tomber.

J’ai rejoint l’association d’homosexuels à Bujumbura après avoir rencontré un membre qui était un ami de la famille. Il m’a dit : « À l’association, on parle de nos vies, des vies que mènent les homosexuels et nous essayons de faire changer les choses. »

J’aimerais que cette loi [contre l’homosexualité] soit changée, parce que c’est important pour moi et pour mes amis. Je ne peux pas changer de vie. Ils vont être obligés de me mettre en prison, comme les autres.