30 juillet 2009

Yves, 31 ans

« L’association des homosexuels m’a rendu plus sûr de moi. Avant j’avais pas trop d’amis. Les gens ici ne me jugent pas, même si je suis séro. »

À 8 ans j’ai su que j’étais différent. Je croyais que j’étais une fille mais je le cachais aux autres et à moi même parce que je ne savais pas ce que j’étais. Ma mère me battait, m’interdisait de jouer avec les fillettes, « T’es un garçon, tu dois jouer avec les garçons ! »

J’ai été exclu de l’école en 2002, en 1ère année préparatoire de mes études d’hôtellerie et tourisme – je voulais travailler dans une agence de voyage. Les professeurs ne me donnaient pas de points dans mes cours, pour me faire échouer. Finalement ils ont réussi. Quand elle l’a su, ma mère a dit, « Je te l’avais dit, il faut que tu le caches, il faut que tu sois comme tous les autres. » Mon frère m’a dit « Tu me fais honte. »

À partir de ce moment, j’ai dû rester à la maison car je n’avais pas les moyens de partir et j’ai dû supporter toutes ces injures. Cela a duré une année. Tous mes amis avaient l’interdiction de venir me voir.

J’étais enfermé dans ma propre maison. J’étais en prison.

Après, ma maman a compris que j’étais comme ça et que je n’y pouvais rien. « Tu restes quand même mon enfant. »

En 2003, un jour, j’ai croisé des garçons dans la rue qui m’ont dit : « Si tu refuses de faire l’amour avec nous, on va dire à ta maman que tu fais ces choses là avec les hommes. » J’ai dû accepter pour sauver l’honneur devant ma mère.

Peu après, je suis parti faire un test du SIDA et j’ai su que j’étais séropositif. C’était le 31 octobre 2003, à douze heures pile.

Maintenant je suis obligé de prendre des médicaments tous les jours. J’ai souvent des problèmes dermatologiques, des mycoses qui grattent et me font mal. Les médecins m’ont dit que je devrais aller ailleurs pour avoir des soins plus modernes mais je n’en ai pas les moyens. Des fois je ne peux pas sortir de la maison, j’ai mal, j’ai des boutons partout et j’ai de la fièvre.

J’ai un copain à l’intérieur du pays qui est aussi séropositif. Quand on s’est rencontrés, ça a été un coup de foudre. Pour lui aussi. Et il m’a dit cela : « Avant qu’on s’aime, il faut que je te dise une chose : je suis séropositif. »

Je lui ai dit que je l’étais aussi. Et on s’aime depuis un an et demi. Il termine ces études cette année. Je l’attends toujours.

L’association des homosexuels m’a rendu plus sûr de moi. Avant j’avais pas trop d’amis. Les gens ici ne me jugent pas, même si je suis séro. Il y a une solidarité ici. On peut parler de nos problèmes. Par exemple, du fait que ce soit dur pour nous de trouver du travail. Tout le monde me refuse parce qu’ils me voient et qu’ils savent. Avec cette nouvelle loi, maintenant c’est encore plus dur.

Cette loi me dégoute. Les gens n’iront plus faire leur test pour peur d’être jugés – il y aura un gros problème sanitaire. Même les gens qui ont été violés n’auront pas le courage de le dire. Le SIDA va se propager dans la population.