30 juillet 2009

Pascal, 22 ans

« J’ai l’impression que je suis en prison. J’ai besoin d’être libre. »

J’ai ressenti une attirance pour une personne du même sexe pour la première fois lorsque j’avais quatre ou cinq ans, et je ressentais le désir de porter des habits féminins. À la maison, ils ont commencé à me battre quand j’avais cinq ou six ans, parce qu’ils avaient peur que je sois gay. Je ne savais même pas ce qu’était l’homosexualité. Ils disaient : « Tu risques d’être comme une fille, mais tu es un garçon. » Ils pensaient qu’en me battant, ils me feraient changer.

Au fur et à mesure que je grandissais, ils ont continué à me battre. Ma mère disait : « Si tu continues à te comporter comme un homosexuel, je te mettrai dehors. » J’ai commencé à me replier sur moi-même, et je ne m’identifiais pas comme homosexuel, même jusqu’ à maintenant.

J’avais un cousin qui était gay aussi. Il y a quatre ans, quand la famille l’a appris, tous les membres se sont réunis et ils ont décidé de le jeter dehors, de ne plus le considérer comme un membre de la famille. Il s’est réfugié en Afrique du Sud. Ses sœur s ont repris contact avec lui depuis, mais pas ses frères, ni ses parents. Il n’est jamais revenu au Burundi. Il dit : « Tu sais, je n’ai même plus envie de voir ma famille. » Il a été trop traumatisé.

Je ne voulais pas risquer de faire comme lui. J’avais encore besoin de ma famille. J’étais jeune et je n’avais rien. Mais parfois, j’ai l’impression que je suis en prison. Je crois que quand j’aurai terminé le lycée, je quitterai ma famille. J’ai besoin d’être libre.

Par le biais de mon cousin, j’ai appris qu’il y avait une association d’homosexuels, mais au début j’avais peur d’y aller. Je pensais que si quelqu’un le découvrait, cela allait être terrible pour ma famille. Mais les membres de l’association m’ont dit qu’ils travaillaient discrètement et que personne ne le saurait.

Je suis content d’avoir pris cette décision. Je n’ai plus l’impression d’être emprisonné en permanence. Je peux être moi ici. Je considère l’association comme une vraie famille, avec des gens qui me comprennent.

J’ai aussi beaucoup appris sur l’homosexualité. Je savais que j’étais comme ça, mais je ne savais pas que c’était inné pour beaucoup de gens. J’ai aussi beaucoup appris sur la prévention des maladies que nous pouvons attraper. Aujourd’hui je suis chargé des aspects MSM [« men who have sex with men », hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes] et VIH/SIDA au sein de l’association. Je dispense des formations et je travaille avec d’autres organisations de la société civile pour diffuser les connaissances sur le VIH/SIDA et les maladies sexuellement transmissibles. J’ai fait une formation pour les  hommes travailleurs du sexe, dont la plupart ont été chassés de chez eux parce qu’ils étaient gays. Beaucoup ont dû abandonner leurs études. J’ai aussi donné une formation à des éducateurs à d’autres éducateurs en matière de VIH/SIDA.

Je suis en dernière année de lycée. J’étudie les sciences, notamment la biochimie. J’aimerais étudier la médecine et devenir docteur. Je voudrais devenir médecin spécialisé pour les  MSM. Ici au Burundi, nous n’avons pas de services médicaux spécialisés pour les MSM.

Par exemple, en 1999, je rentrais d’un club à 3 heures du matin avec un ami transsexuel. Sur la route nous avons rencontré un groupe de cinq voleurs. Nous nous sommes aperçus qu’ils venaient vers nous et nous avons pensé qu’ils allaient nous attaquer. J’ai couru aussi vite que j’ai pu, mais ils me suivaient. Je suis tombé dans un caniveau et je me suis blessé aux jambes. J’étais blessé et j’avais mal, mais je n’ai pas bougé. J’ai entendu qu’ils attrapaient mon ami Jimmy. Ils l’ont terrorisé. Ils lui disaient : « On te voit souvent, tu t’habilles comme une fille. » Et ils l’ont violé en lui disant : « Si tu ne te laisses pas faire, on te tue. »

J’ai attendu dans le caniveau jusqu’à ce qu’ils partent, puis je suis rentré chez moi. Le lendemain au soir, je suis allé voir Jimmy pour m’excuser de n’avoir pas pu lui venir en aide. Je lui ai dit d’aller à l’hôpital et de faire un test de dépistage du VIH, parce qu’il pouvait l’avoir attrapé. Il m’a dit : « Comment je vais expliquer que j’ai été violé alors que je suis un homme ? Ils vont comprendre que je suis homosexuel et ils vont me mettre en prison. » Nous ne savions rien à l’époque des organisations qui pouvaient l’aider, la nôtre n’a été créée qu’en 2003.

À propos du code pénal, je voudrais dire que la société burundaise est ignorante sur la question de l’homosexualité. Les gens savent que cela existe dans le pays, que certains de leurs fils sont parmi nous, mais ils essaient de l’ignorer et ils oublient que cela a des conséquences. À cause de cette nouvelle loi en discussion, nous avons peur de nous affirmer et d’exiger le respect de nos droits. Et si on nous interdit de faire des formations de prévention, le taux de malades du SIDA va augmenter, même s’il y a un programme au  Burundi pour lutter contre le SIDA.