3 juin 2009

II. Méthodolog ie

Le présent rapport est basé sur plus de 200 entretiens réalisés par Human Rights Watch entre mai 2007 et avril 2009 dans 13 des 17 provinces du Burundi.

Les chercheurs de Human Rights Watch se sont entretenus avec des dizaines de victimes d’exactions et des membres de leurs familles. Certaines victimes—pour la plupart des membres des FNL en détention qui avaient subi des mauvais traitements—ont été identifiées lors de visites de cachots et de prisons. Des journalistes, des fonctionnaires de l’administration locale et des observateurs des droits humains d’organisations burundaises et de l’Organisation des Nations Unies (ONU) ont mis Human Rights Watch en contact avec d’autres victimes et témoins. Les chercheurs de Human Rights Watch ont généralement effectué les entretiens en privé avec une seule personne à la fois, même si certains entretiens réalisés dans les communes de Nyamurenza, Nyabikere et Kayogoro ont eu lieu avec des petits groupes de quatre à huit victimes. Les chercheurs ont réalisé les entretiens en français ou, avec l’aide d’un interprète, en kirundi ou kiswahili. Aucune récompense n’a été offerte ou fournie aux personnes interrogées.

Au cours de ces recherches, afin de suivre de près les atteintes aux droits humains et autres actes de violence visant les partis politiques, les chercheurs de Human Rights Watch se sont régulièrement entretenus avec des représentants de tous les principaux partis et mouvements politiques. Les informations fournies par les militants des partis politiques et présentées dans le corps du document ont été, dans presque tous les cas, vérifiées par recoupement avec d’autres sources, notamment des responsables d’autres partis politiques. Les responsables de la police et de la justice ont fourni des informations complémentaires sur les arrestations de militants des partis et les actes de violence politique, ainsi que sur l’état des enquêtes ouvertes sur ces exactions.

Un certain nombre de policiers, d’ex-combattants du CNDD-FDD et de membres des FNL se sont entretenus avec Human Rights Watch sous le couvert de l’anonymat, fournissant des renseignements internes sur les excès commis par des membres de ces groupes.

Human Rights Watch a également interrogé des responsables de l’armée et du service de renseignement, des soldats de la paix de l’Union africaine, des représentants d’organisations locales et internationales non gouvernementales (ONG), des diplomates, ainsi que des membres du personnel de l’ONU.

Le présent rapport ne prétend pas fournir un compte-rendu exhaustif des violations des droits humains perpétrées pendant la période couverte par les recherches. Les observateurs des droits humains de l’ONU, les organisations burundaises de défense des droits humains et les journalistes ont procuré à Human Rights Watch des informations sur des dizaines d’autres atteintes aux droits humains, notamment des meurtres, des passages à tabac et des arrestations. Pour les besoins du présent rapport, Human Rights Watch s’est focalisée sur les incidents qui semblent avoir eu lieu pour des motifs politiques. Ce rapport ne couvre pas certains cas qui nous ont été rapportés où des policiers, des soldats ou des agents du SNR ont tué des civils dans le cadre de conflits apparemment personnels, même si ces actes constituent également des violations des droits humains puisque l’État n’a pris aucune mesure à l’encontre de leurs auteurs. Le présent ouvrage ne couvre pas non plus un certain nombre de meurtres commis par des membres des FNL, dont beaucoup survenus apparemment dans le cadre de vols à main armée.[1]

En ce qui concerne les incidents qui semblaient être motivés par des considérations politiques, nous avons axé nos recherches en fonction de la gravité de l’exaction et de la probabilité qu’elle contribue à des cycles de violence, ainsi qu’en fonction de notre capacité à vérifier les faits par recoupement avec de multiples sources. Une chercheuse de Human Rights Watch a effectué des recherches approfondies sur le terrain à Bujumbura, Bujumbura Rural, Ngozi et Karusi afin de recueillir des informations sur les meurtres à connotation politique. Human Rights Watch a rencontré des détenus à Bujumbura, Cibitoke, Gitega, Makamba et Ngozi qui avaient subi des passages à tabac, et dans tous les cas, nous avons soit personnellement vérifié les cicatrices qu’ils présentaient sur le corps, soit reçu des informations émanant du BINUB ou d’officiers de police.

Nous avons été avisés d’un certain nombre d’autres exactions à caractère politique qui, même si elles n’atteignaient pas le degré de gravité d’un meurtre, de violences physiques ou d’une privation de liberté, n’en demeuraient pas moins inquiétantes. Par exemple, des militants de partis politiques (dont des membres du CNDD-FDD) ainsi que des membres des FNL ont fréquemment rapporté qu’ils avaient reçu des SMS et des appels téléphoniques anonymes menaçants. Des partis politiques ont également fait part de la destruction symbolique de leurs biens, par exemple l’incendie de permanences du parti et le vol de drapeaux du parti. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de rassembler des informations sur tous ces cas de menaces et de violence symbolique. Nous reconnaissons toutefois que ces actes devraient être traités sérieusement et faire l’objet d’enquêtes de la police et des autorités judiciaires, surtout lorsque l’on connaît la surenchère de violences politiques à laquelle est habitué le Burundi. Nous avons fait une seule exception et avons donné des informations sur l’incendie de permanences du CNDD-FDD, en raison à la fois de l’ampleur du phénomène et du fait qu’il a servi de prétexte à d’autres exactions.

Pour des raisons de sécurité, les noms des personnes interrogées sont omis de certaines citations et remplacés par des pseudonymes. Les pseudonymes utilisés sont des initiales qui ne correspondent pas au véritable nom des personnes interrogées.

[1]La Ligue Iteka, organisation burundaise de défense des droits humains, a recueilli des données sur plus de 90 meurtres commis en 2008 par des membres de la police ou de l’armée et plus de 50 meurtres commis par des membres des FNL. Ligue Iteka, « Rapport annuel 2008 sur la situation des droits de l’homme au Burundi »,  rapport récapitulatif présenté en Power Point, http://www.ligue-iteka.africa-web.org/IMG/ppt/Situation_des_DH_en_2008_par_la_ligue_Iteka_3_-4.ppt (consulté le 1er mai 2009).