VIII. Les actes d’intimidation politique posés par des groupements de jeunes du CNDD-FDD et cautionnés par l’État
Vers la fin de l’année 2008, dans plusieurs régions du pays, des groupes de jeunes du CNDD-FDD ont commencé à se mobiliser pour se livrer publiquement à des démonstrations de force quasi militaires. Ces démonstrations constituent des intimidations politiques, et le rôle des fonctionnaires locaux ainsi que la réaction complaisante des hauts responsables du CNDD-FDD semblent indiquer que ces actes sont cautionnés par les autorités. Depuis décembre 2008, les habitants de la commune de Busoni, province de Kirundo, et de la commune de Kayogoro, province de Makamba, ont signalé des activités de type « milices » réalisées par des ex-combattants FDD et des membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, connus sous le nom de « Imbonerakure ». Ces jeunes, avec l’assentiment des responsables de l’administration locale, de la police et du parti, se sont livrés à des actes de harcèlement et à des arrestations d’opposants politiques.
À Kayogoro, par exemple, les jeunes du CNDD-FDD ont défilé dans les rues le soir, armés de bâtons et de matraques, en chantant des chants militaires ; un journaliste qui s’était documenté sur ces activités a expliqué que les paroles de l’un des chants, en kirundi, comprenaient des phrases telles que « Ceux qui ne sont pas avec nous vont avoir des problèmes ». Le journaliste a également été informé du fait que ce groupe avait participé la nuit à une formation militaire dans un champ, avec des Kalachnikovs et des grenades.[227] Un responsable du BINUB a signalé qu’un groupe d’au moins 12 ex-combattants FDD, accompagné de fonctionnaires locaux, avait effectué des patrouilles de nuit, arrêtant plus d’une douzaine de membres de l’opposition politique, en particulier des membres des FNL. Ils les ont emprisonnés dans un cachot illégal des environs.[228]
Dans la commune de Busoni, province de Kirundo, la ligue des jeunes du CNDD-FDD s’est livrée à des « sports nocturnes », défilant notamment dans un style militaire avec des gourdins.[229] Selon les informations des médias, ces jeunes scandaient également des slogans menaçants qui parlaient d’ « écraser leurs opposants ». Jean Minani, parlementaire bien connu de Busoni et fondateur du « Frodebu-Nyakuri », un groupe dissident du FRODEBU qui s’aligne généralement sur le CNDD-FDD, a déclaré à Human Rights Watch qu’il avait observé les activités. Il a confirmé que les jeunes étaient armés de bâtons et de matraques et scandaient des slogans en kirundi qui, traduits approximativement, voulaient dire « Ceux qui ne sont pas avec nous seront envoyés en exil ou mourront ». Il a décrit le groupe comme étant « pratiquement un groupe paramilitaire » et a indiqué que les responsables locaux s’en servaient pour menacer les opposants politiques et procéder à des arrestations.[230]
Dans les deux cas, le comportement illégal a été encouragé ou toléré par les responsables du gouvernement et du parti. Le Gouverneur de Makamba a dit qu’il ne fallait pas s’inquiéter à propos des groupes de Kayogoro, les qualifiant de « comités de sécurité locaux ».[231] Le porte-parole du CNDD-FDD, Onésime Nduwimana, a expliqué que les membres du parti local cherchaient à mobiliser la communauté pour patrouiller et trouver ceux qui incendiaient leurs permanences. Selon lui, le problème était que les patrouilles étaient devenues obligatoires, les membres du parti obligeant les autres à participer. Il a reconnu que les patrouilles forcées étaient interprétées par d’autres comme un acte d’intimidation, et a ajouté que la police devrait assumer les patrouilles.[232] Dans le cas de Busoni, Nduwimana a signalé que les activités du groupe de jeunes étaient de « simples sports »[233] et n’étaient pas destinées à intimider l’opposition politique.[234]
À en croire les informations des médias et de l’ONU, les activités des Imbonerakure dans les communes avoisinantes tendent à prouver le contraire. Début février, dans la commune de Bugabira, province de Kirundo, des membres d’un groupement de jeunes ont dispersé par la force les meetings de deux partis politiques, l’UPRONA et l’UPD-Zigamibanga.[235] Dans la commune de Butihinda, province de Muyinga, lesImbonerakure ont battu une femme enceinte qui refusait de les aider à transporter du matériel destiné à la construction d’une permanence du CNDD-FDD.[236]
Les partis de l’opposition ont fait savoir qu’ils craignaient que les Imbonerakure ne soient entraînés pour faire office de milice pro-gouvernementale.[237] En février, un habitant de Busoni a déclaré au journal burundais local Iwacu que les groupes participaient à un entraînement militaire à un stand de tir de Busoni connu sous le nom de Yanza. Les responsables du CNDD-FDD interrogés par Iwacu ont démenti ces accusations.[238] La formation de milices constitue une violation de la loi burundaise.[239]
[227]Entretien de Human Rights Watch avec un journaliste burundais, Bujumbura, 27 janvier 2009.
[228]Communication électronique envoyée à Human Rights Watch par un responsable du BINUB, 23 janvier 2009.
[229]Entretien de Human Rights Watch avec le Ministre de la Défense Germain Niyoyankana, Bujumbura, 28 janvier 2009 ; programme de la Radio Publique Africaine (RPA), 11 janvier 2009.
[230]Entretien de Human Rights Watch avec Jean Minani, Bujumbura, 4 février 2009 ; programme de la Radio Publique Africaine (RPA), 11 janvier 2009.
[231]Entretien de Human Rights Watch avec un journaliste burundais, Bujumbura, 27 janvier 2009 ; programme de Radio Isanganiro, 15 janvier 2009.
[232]Entretien de Human Rights Watch avec Nduwimana, Bujumbura, 30 janvier 2009.
[233]Programme de Radio Renaissance FM, 16 janvier 2009.
[234]Entretien de Human Rights Watch avec Nduwimana, Bujumbura, 30 janvier 2009.
[235]Communication électronique envoyée à Human Rights Watch par un responsable du BINUB, 11 février 2009.
[236]Burundi Tribune, « Le harcèlement des opposants du pouvoir CNDD-FDD se poursuit en province Muyinga », 23 février 2009, http://www.burunditribune.com/news.cfm?LANG=F (consulté le 25 février 2009).
[237]Agence Burundaise de Presse, « La question du sport de masse fait par la ligue des jeunes du CNDD-FDD divise l’opinion publique », 14 février 2009.
[238]Dieudonné Hakizimana et Christian Bigirimana, « Kirundo, milice en formation ou sport de masse? », Iwacu, no. 18, 20 février 2009, p. 3-4.
[239]Loi no. 1/05 du 22 avril 2009 portant révision du code pénal, art. 593-599.



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