«On n'échappe pas à l'horreur.»
L'histoire d'Elise, quinze ans, n'est qu'une histoire parmi tant d'autres en Ituri. Elise a fui d'une attaque à l'autre et a été le témoin d'atrocités effroyables. Ayant parcouru plus de 480 kilomètres à pied dans sa quête d'un endroit sûr, Elise a survécu pour raconter son histoire; beaucoup d'autres n'y sont pas parvenus.
J'ai quinze ans. Mon père est hema et ma mère nande. J'étais à Komanda en août 2002 quand les combattants ngiti ont attaqué la ville. Ils tuaient les gens, en particulier les Hema. Je me suis cachée avec ma famille dans la forêt mais ils nous ont trouvés. Ils étaient six, en civil, avec des haches et des machettes. J'ai vu des gens se faire tuer, des hommes, des femmes et des enfants. Puis, ça a été notre tour. Ils nous ont demandé de quel groupe ethnique on était. On a dit nande. Ils ne nous ont pas crus et ils ont dit qu'ils allaient nous tuer. Ils nous ont pris un par un. Ils ont tué ma mère, mon père et mon frère, celui qui est plus âgé que moi. Puis ils m'ont prise et ils ont coupé mon poignet, mon cou et mes deux épaules. Ils pensaient que j'étais morte, c'est pour ça qu'ils m'ont laissée. Je pense que plus de 200 personnes ont été tuées ce jour-là, surtout des Hema et des Gegere.
J'ai réussi à me relever et à trouver un hôpital à Komanda. Cela m'a pris environ cinq heures. J'ai dû marcher 10 kilomètres pour arriver là bas. J'étais toute seule. A l'hôpital, ils se sont occupés de ma main et de mon cou. J'ai passé un certain temps à l'hôpital avant que la milice hema décide de m'emmener dans un hôpital plus grand, à Nyakunde. J'ai passé à peu près un mois là-bas et puis le 5 septembre, les Ngiti ont aussi attaqué cette ville. Ils ont tué beaucoup de personnes. Cette fois, c'était les Ngiti, les Lendu et les soldats de l'APC. Je me suis cachée dans la salle d'opération avec d'autres Hema. Ils tuaient tout le monde et épargnaient seulement les Nande et ceux qui n'étaient pas hema. Je ne savais pas quoi faire. Je leur ai dit que j'étais nande et j'ai réussi à m'échapper. Avec 50 autres personnes, on a réussi à prendre la fuite en courant.
Je voulais m'éloigner de la tuerie alors j'ai marché jusqu'à Mambasa [à environ 320 kilomètres]. Je suis allée voir le prêtre blanc qui s'est débrouillé pour que je sois soignée dans l'hôpital de Mambasa. Une autre femme a aussi aidé à s'occuper de moi. Mais en octobre, Mambasa a aussi été attaqué par les Effaceurs [les troupes du MLC et du RCD-N]. Ils tiraient du matin au soir. On a fui dans la forêt. Ils ont pillé nos affaires. Ils ont violé de nombreuses filles. J'ai passé environ un mois dans la forêt. Ils ont tué quatre personnes à Mambasa. Elles ont été tuées sous un arbre, près de la maison du commissaire. Elles ont été enterrées dans une fosse commune. J'ai trouvé les corps en pleine décomposition. J'ai encore pris la fuite vers Mayuano, à environ 33 kilomètres mais les Effaceurs sont arrivés là-bas aussi. Alors je suis allée à Teturi où ils ont aussi attaqué, puis à Byakato. J'ai continué jusqu'à Mangina où je suis restée.
Est-ce-que ces tueries vont cesser un jour?
(Entretien conduit par Human Rights Watch, Mangina, février 2003.)






