X. Le banditisme
Une guerre qui s'éternise depuis dix ans, la détérioration de l'économie et l'affaiblissement de l'autorité gouvernementale sont autant de facteurs qui favorisent l'émergence du banditisme, phénomène qui touche maintenant l'ensemble du pays. Tous ces crimes - meurtres, viols, embuscades sur les routes, pillage des propriétés, vols ou enlèvements contre rançon - sont en augmentation et ajoutent à la misère de la population.
Certains bandits opèrent en bande, comme le groupe de Eugène Bitaryumunyu susmentionné. Ces bandes sont associées à l'un ou l'autre groupe rebelle, combinant une criminalité de droit commun avec des objectifs politiques. Un témoin commentait, à propos des groupes rebelles, «Ils ont beaucoup de mauvais éléments en leur sein.» [234] Parfois, ces criminels, qui se présentent comme des combattants, ne sont, en fait, aucunement membre d'un mouvement rebelle. Un groupe de bandits capturés dans la nuit du 15 juin à Makamba, avait ainsi admis s'être fait passer pour des combattants des FDD. [235] Dans le cas de l'assassinat du parlementaire à Makamba, mentionné ci-dessus, les FDD avaient contesté le fait que les tueurs puissent faire partie de leurs rangs et affirmé qu'il ne pouvait s'agir que de bandits. [236]
Certains opèrent seul ou avec quelques-uns. Ils sont membres ou ex-membres des forces armées burundaises ou des Gardiens de la paix. D'autres furent un jour combattants rebelles. Ils ont en commun le fait qu'ils ont presque toujours un accès facile aux armes à feu et savent comment les utiliser à leur propre avantage. Il est facile de se procurer des armes et elles sont relativement bon marché. Un fusil d'assaut AK-47 coûte moins de 20 USD. [237]
Les victimes ne peuvent ou n'osent pas identifier les auteurs de ces crimes. Une vieille grand-mère, rencontrée dans un hôpital où elle veillait sur sa petite-fille de sept ans, a déploré l'insécurité dans laquelle elle et ses voisins étaient plongés. Le père de l'enfant avait été agressé par un groupe d'hommes armés alors qu'il rentrait chez lui le soir. L'entendant appeler au secours, sa famille avait accouru. Sa femme, qui portait un bébé au dos, a été tuée par un coup de lame au cou. L'enfant de sept ans fut frappée par un coup de machette à la tête, qui a nécessité trois semaines d'hospitalisation. La grand-mère n'a pas osé donner les détails qui auraient pu aider à identifier les agresseurs mais, comme l'avaient déjà fait avant elle d'autres témoins, elle est arrivée à la conclusion que les autorités ne faisaient rien pour protéger la population ni investiguer les crimes. [238]
Ceci amène les gens à recourir parfois à la justice populaire pour venger les crimes commis. Dans la commune de Butihinda, en province Muyinga, la foule a ainsi attrapé deux bandits qui venaient juste de tirer sur deux personnes et les a si sérieusement battus que l'un d'entre eux est mort de ses blessures. [239]
[234] Entretien de Human Rights Watch, Ruyigi, 16 juin 2003.
[235] Iteka, «Un parlementaire tué dans une attaque à Makamba», 16 juin 2003.
[236] CNDD-FDD, «Un député de l'Urona et un soldat tué à Makamba», 23 juin 2003, sur le site Internet www.burundi-info.com.
[237] Notes d'observation de Human Rights Watch, réunion du Parlement Européen, Bruxelles, 9 juillet 2003.
[238] Entretien de Human Rights Watch, Ruyigi, 16 juin 2003.
[239] Iteka, «Deux personnes tuées par des bandes armées en province de Muyinga», 17 juillet 2003.


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