VII. Menaces contre des avocats de la défense
Comme le démontre ce rapport, l’accès à la justice est difficile pour de nombreuses personnes accusées d’homosexualité. Les menaces récentes contre certains avocats de la défense ayant représenté des clients dans des affaires d’homosexualité constituent une nouvelle menace pour le droit à une assistance juridique. Ces avocats avaient déjà reçu ponctuellement des menaces par le passé, mais le harcèlement systématisé au cours des derniers mois, associé à l’inertie de l’ É tat, suscitent de sérieuses inquiétudes quant à l’engagement du gouvernement camerounais à garantir le droit à une assistance juridique.
Depuis le 18 octobre 2012, Maître Alice Nkom et Maître Michel Togué ont reçu une série de menaces anonymes par téléphone portable et email liées à leur travail sur des affaires d’homosexualité très médiatisées. Un message SMS envoyé à Togué menaçait ses enfants d’âge scolaire et l’avertissait qu’il devait arrêter de défendre des personnes accusées d’homosexualité. Un message électronique adressé ultérieurement à Togué avertissait : « Dans ce pays il n’y a pas de place pour les pédés et leurs défenseurs », et un troisième message le menaçait que s’il n’arrêtait pas de « défendre ses idées de pédé » il risquerait « d’être au chevet d'un de [ses] enfants mourant. » L’expéditeur a joint des photos à l’un de ces messages, où l’on voyait les enfants de Togué quitter leur établissement scolaire. [139]
Un courriel électronique adressé à Alice Nkom déclarait : « Si tu n’arrêtes pas tu verras » et la prévenait que « Ce sera sanglant » ; il contenait aussi des menaces contre les enfants d’Alice Nkom. Un autre message, menaçant ses clients, annonçait : « Il nous reste seulement[à trouver] leur domicile… les quartiers sont déjà entre nos mains. » [140]
Michel Togué a déposé une plainte auprès de la police de Yaoundé, et Alice Nkom a porté plainte auprès des procureurs de la république à Yaoundé et Douala. Cependant, bien que les menaces se soient calmées pendant plusieurs jours, elles ont redoublé d’intensité à l’approche d’une audience d’appel pour Roger M. le 19 novembre. L’épouse de Michel Togué a également reçu des menaces de violences par téléphone. Au moment de la rédaction de ce rapport, les autorités camerounaises n’avaient encore pris aucune mesure pour dénoncer publiquement les menaces ou pour assurer la protection de Michel Togué et d’Alice Nkom. Le manque de réaction aux plaintes soulève des doutes quant à la volonté du gouvernement camerounais de garantir à tous les citoyens l’accès à une procédure régulière.








