Recommandations
Au gouvernement du Canada :
-
Mettre en place
une commission nationale d'enquête sur les assassinats et
disparitions de femmes et filles autochtones avant la fin de
l’année 2013 ; s’assurer que les termes de
référence de l'enquête soient élaborés
avec les dirigeants des communautés concernées et qu'ils
comprennent l'examen des relations actuelles et passées entre la
police et les femmes et filles autochtones, notamment les incidents
d'inconduite policière grave, ainsi que la marginalisation
socio-économique systémique des femmes et filles autochtones
qui les prédisposent à des niveaux élevés de
violence ;
-
En collaboration
avec les dirigeants des communautés autochtones, élaborer et
mettre en œuvre un plan d'action national pour combattre la violence
contre les femmes et filles autochtones abordant les causes structurelles
de la violence ainsi que le devoir de rendre des comptes et la
coordination des instances gouvernementales chargées de
prévention et de réponse à la violence ;
-
Mettre en place
des enquêtes civiles indépendantes sur les cas
signalés d'inconduite policière grave, notamment les
incidents de viol et autres agressions sexuelles, dans toutes les
juridictions ;
-
Coopérer
avec le Comité des Nations Unies sur l'élimination de la
discrimination à l'égard des femmes faisant
enquête sur la question des femmes et filles autochtones disparues
et assassinées, notamment par l'octroi d’une autorisation de
visite des lieux, et fournir une coopération similaire aux autres
instruments internationaux de droits humains qui peuvent chercher à
attirer l’attention du gouvernement sur ces questions
;
-
Ratifier la
Convention américaine des droits de l'homme et la Convention
interaméricaine sur la prévention, la sanction et
l'élimination de la violence contre les femmes (Convention de
Belém do Pará).
Au gouvernement provincial de la
Colombie-Britannique :
-
Veiller à
ce qu'une enquête publique soit menée sur la violence
vécue par les femmes et filles autochtones dans le nord de la
Colombie-Britannique. Cette enquête pourrait faire partie d'une
commission nationale d'enquête ou d'une enquête
indépendante pour la province. Elle devrait inclure à la
fois les meurtres et disparitions de femmes et filles autochtones le long
de l'autoroute 16 et les abus commis par des policiers à
l’encontre de femmes et de filles autochtones. Les termes de
référence de l'enquête devraient être
définis en collaboration avec les communautés autochtones,
et la prise en charge financière et des victimes adéquate
des intérêts et de la participation de la communauté
non-gouvernementale devrait correspondre proportionnellement à
celle qui est prévue pour le gouvernement et la police ;
-
Élargir le
mandat du Bureau des enquêtes indépendantes afin
d’inclure la compétence pour enquêter sur les
allégations d'agressions sexuelles commises par des policiers ;
-
Fournir des abris
et des services sociaux adéquats pour les victimes de violence,
notamment dans les zones rurales et des services spécifiquement
adaptés au contexte culturel ;
-
Renouveler
l'engagement de mise en œuvre des recommandations du Symposium de
l’Autoroute des larmes de 2006, mis à jour, le cas
échéant, en coopération avec les collectivités
autochtones du nord ;
-
Développer
des options de non-incarcération pour les personnes en état
d'ébriété publique, notamment les centres de
désintoxication où le personnel médical peut fournir
des soins appropriés ;
À la Gendarmerie royale du
Canada :
-
Recueillir et
rendre accessible au public (dans le respect de critères
éthiques) des données ventilées, exactes et
complètes comprenant une variable ethnique sur la violence contre
les femmes et les filles autochtones, en coopération avec les
organisations des communautés autochtones et le Centre national
pour les personnes disparues et les restes humains non identifiés
(CNPDRNI) ; le développement du CNPDRNI devrait faire partie
d'une stratégie nationale de la GRC pour l'élimination de la
violence contre les femmes et les filles autochtones qui assure la
cohérence de la collecte des données, la notification
immédiate et l'accès à l'information par la police,
les coroners et les médecins légistes ;
-
Développer
la formation des policiers pour contrer le racisme et le sexisme dans le
traitement des femmes et des filles autochtones en détention et
améliorer la réponse de la police à la violence
contre les femmes et les filles au sein des communautés autochtones
; cette formation devrait être mise au point grâce à la
collaboration entre les organisations autochtones et de défense des
droits humains, le Collège canadien de police et le
ministère de la Sécurité publique du Canada ; et
se concentrer spécifiquement sur le passé colonial du Canada
qui a prédisposé les femmes autochtones à subir des
niveaux élevés de violence, ainsi que sur les normes
relatives aux droits humains, notamment les droits des femmes et des
filles à vivre sans violence ni discrimination et d'être
traitées avec dignité et respect lors de leur détention
;
-
Veiller à
ce que des agents dûment formés soient stationnés dans
des détachements dans le nord pour un laps de temps suffisant afin
de développer de solides relations avec la communauté locale
;
-
Éliminer
les fouilles et le contrôle des femmes et des jeunes filles
pratiqués par des policiers masculins sauf circonstances
extraordinaires, et exiger que ce type de fouilles soit documenté
et examiné par les superviseurs et les commandants ; interdire
la mixité des fouilles corporelles quelles que soient les
circonstances ;
-
Interdire
l'utilisation d’armes à impulsions (pistolets taser) sur les
jeunes et réexaminer les règles relatives à
l'utilisation de chiens policiers et de gaz lacrymogène contre les
jeunes en vue de limiter leur utilisation à des circonstances
extraordinaires qui soient ensuite documentées et sous
réserve d’examen de superviseurs et commandants ; toutes les
politiques de la GRC et de la police municipale concernant les armes
à impulsions, les chiens policiers et le gaz lacrymogène devraient
être rendues accessibles au public ;
-
Appliquer les
règles existantes prescrivant que les parents ou tuteurs soient
contactés immédiatement en cas d'arrestation de leur enfant
et que les jeunes ne puissent pas être détenus dans des
cellules avec des adultes ou des enfants du sexe opposé ;
-
Envisager, en
consultation avec les communautés autochtones du nord de la
Colombie-Britannique, un changement des critères applicables aux
cas sur lesquels le groupe de travail E-PANA doit enquêter afin
d’inclure un plus grand nombre des meurtres et des disparitions de
femmes dans le nord ;
-
Mettre en place
un calendrier pour que le CNPDRNI complète et mette en œuvre
des protocoles spécialisés et standardisés pour
l'intervention policière lorsque des femmes et des filles
autochtones sont portées disparues ou retrouvées
assassinées ; ces protocoles devraient faire partie de la
stratégie nationale de la GRC et être créés en
collaboration avec des organisations autochtones ; les protocoles
devraient comprendre :
-
Des
mécanismes de surveillance, d’obligation de rendre des
comptes, qui fassent le suivi de toute enquête policière sur
une femme ou une fille autochtone disparue ou assassinée à
partir du moment où un tel incident est signalé ;
-
Des normes de
communication claires, accessibles au public, pour informer la famille et
la communauté en général sur l'état
d'avancement d'une enquête à mesure qu'elle évolue,
et sur ce qu'elles peuvent ou doivent faire pour contribuer à une
enquête au cours de ses différentes phases ;
-
Des objectifs
pour faire intervenir un agent de liaison autochtone dans tous les cas de
femmes et de filles autochtones disparues et assassinées afin de
travailler avec les familles touchées et la police ;
-
Des objectifs
pour examiner la réponse policière aux cas de femmes et
filles autochtones disparues et assassinées à intervalles
réguliers afin de compiler et rendre public un rapport sur
les meilleures pratiques et les leçons apprises qui
peuvent alors contribuer à l'avenir à des enquêtes
policières et une réponse communautaire ayant davantage de
réussite.
Au Conseil des droits de
l’homme de l’ONU :
-
Soulever la
question de la violence contre les femmes et les filles autochtones au
Canada dans le cadre de l'Examen périodique universel du Conseil
des droits de l’homme des Nations Unies ;
-
Encourager le
Canada à lancer une enquête nationale sur les meurtres et
disparitions des femmes et filles autochtones.