II. Arrestations arbitraires massives, détention illégale et actes d’extorsion
« Comment le gouvernement peut-il parler de réconciliation alors que les FRCI nous volent, nous traitent tous avec suspicion [et] font des rafles chaque jour? »
—Jeune pro-Gbagbo arrêté arbitrairement à Yopougon et détenu dans le camp de la BAE, août 2012 [80]
Même si des arrestations arbitraires ont eu lieu en juin 2012 après que le gouvernement ivoirien a déclaré qu’il avait déjoué une tentative de coup d’État, l’attaque du 6 août à Akouédo a entraîné une répression encore jamais vue depuis la fin de la crise postélectorale. Un diplomate d’un partenaire essentiel de la Côte d’Ivoire a indiqué à Human Rights Watch qu’il y avait de vives inquiétudes face à la manière dont les autorités ivoiriennes avaient formulé le problème : « Le langage qu’ils utilisent est très préoccupant : ‘éradication’, ‘terrorisme’, ‘faire le ménage’. Ils sont tellement convaincus qu’ils ont raison [quant à la nature de la menace et à l’ampleur de l’implication de la population] ... qu’ils ont décidé de mettre la réconciliation de côté. » [81]
Human Rights Watch a interrogé 31 personnes appréhendées lors d’arrestations massives entre le 7 août et le 11 septembre à Yopougon et autour de Dabou, et leurs déclarations indiquaient que des centaines d’autres avaient été arrêtés et détenus de la même manière. Dans la grande majorité des cas, les forces de sécurité n’ont avancé aucune raison spécifique pour l’arrestation des personnes appréhendées, et encore moins fourni un mandat d’arrêt. Au lieu de cela, les forces de sécurité, principalement les militaires, sont arrivées dans des zones essentiellement pro-Gbagbo et ont forcé les jeunes hommes en masse à embarquer dans des camions militaires, qui les ont conduits jusqu’aux sites de détention.
La grande majorité des personnes interrogées par Human Rights Watch étaient des civils détenus dans des bases militaires, notamment dans la base de la BAE de Yopougon, le camp militaire de Dabou et la base d’Adjamé de la police militaire, comme indiqué dans le chapitre précédent. Dans certains cas, les arrestations, bien que réalisées sans notification individuelle de motifs pour l’arrestation, a fortiori sans chefs d’inculpation, semblaient être indirectement liées à la sécurité : les membres des Forces républicaines (FRCI) interrogeaient les détenus sur la localisation d’armes ou de chefs de milices et prenaient leurs empreintes digitales ou leurs photos. Dans d’autres cas, les arrestations ne semblaient servir guère plus qu’à un système d’extorsion : beaucoup de personnes interrogées par Human Rights Watch ont dit qu’on ne leur avait posé aucune question, même pas sur leur identité. Que les détenus aient été interrogés ou non, le moyen pour être libéré était constant : accéder à la demande des FRCI de payer une somme d’argent souvent substantielle.
Aucune des personnes interrogées qui ont été détenues après les arrestations massives n’a comparu devant un juge, malgré l’obligation selon la loi ivoirienne qui exige de faire comparaître un individu dans les 48 heures suivant son arrestation ou sa mise en détention. Beaucoup étaient en détention illégale dans des camps militaires pendant trois à six jours.
La majorité des personnes interrogées par Human Rights Watch ont subi des abus physiques aux mains des Forces républicaines au moment de l’arrestation, pendant la détention ou dans les deux cas. Alors que dans ces cas d’arrestations massives, de tels traitements n’ont généralement pas atteint le niveau de la torture, ils correspondaient souvent à la définition des traitements cruels et inhumains.
Les abus les plus graves et les plus récurrents documentés par Human Rights Watch liés aux arrestations massives ont été commis sous le commandement d’Ousmane Coulibaly, connu sous le nom de « Ben Laden », l’officier alors responsable du camp de la BAE à Yopougon Gesco. Selon des résidents de Yopougon et d’anciens détenus, ce camp a été le théâtre de détentions illégales quasi quotidiennes, de traitements abusifs et d’actes extorsion pendant le mois d’août. De plus, Coulibaly était responsable de superviser la réponse à l’attaque du 15 août à Dabou, une riposte pareillement entachée d’arrestations arbitraires massives et d’actes d’extorsion à l’encontre des détenus en échange de leur libération. Human Rights Watch a continué à documenter de nouvelles séries d’arrestations arbitraires à Dabou jusqu’au 11 septembre, soit deux jours avant que le chercheur ne quitte la Côte d’Ivoire.
L’article 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) interdit les arrestations et les détentions arbitraires et prévoit que « [t]out individu arrêté sera informé, au moment de son arrestation, des raisons de cette arrestation et recevra notification, dans le plus court délai, de toute accusation portée contre lui ». [82] L’article 7 du PIDCP, parallèlement à la Convention contre la torture, protège les individus contre tout traitement cruel, inhumain ou dégradant par des agents de l’État comme les Forces républicaines. [83] De nombreux cas décrits dans ce rapport répondent à la définition de traitement cruel ou inhumain, soit du fait de la gravité des souffrances physiques infligées, soit du fait des mauvaises conditions de détention, y compris le manque d’accès à la nourriture et à l’eau.
Human Rights Watch a documenté plusieurs cas où les forces de sécurité traditionnelles en charge de la sécurité interne (à savoir la police et la gendarmerie) ont tenté d’intervenir pour mettre un terme aux abus commis par les militaires. Elles ont parfois réussi, mais dans d’autres cas, les soldats leur ont répliqué que ce n’était pas leurs affaires. Les abus perpétrés par les Forces républicaines semblaient moins graves pendant les fouilles ou les patrouilles effectuées en présence d’agents de police ou de gendarmes.
Camp de la BAE à Yopougon
Aux lendemains des attaques du 5 août contre le poste militaire et le poste de police de Yopougon, un quartier connu pour être un bastion de partisans de Gbagbo, des membres des Forces républicaines ont riposté par des arrestations arbitraires massives souvent réalisées apparemment sur la base de l’ethnicité de la personne. Bien que l’attaque du 6 août à Akouédo se soit produite de l’autre côté d’Abidjan, l’allégation d’implication d’éléments pro-Gbagbo a été pareillement suivie par l’arrestation massive de jeunes hommes dans certaines zones de Yopougon, sans qu’aucune accusation individuelle ne soit portée.
La première ligne de la réponse des militaires à Yopougon était commandée par les Forces républicaines basées dans le camp de la BAE (brigade anti-émeute). Le camp de la BAE fait partie de plusieurs camps et postes de police toujours contrôlés par les militaires. [84] Pendant une grande partie du mois d’août, ce camp a connu un va-et-vient de détenus, avec des dizaines de personnes arrivant suite à de nouvelles arrestations chaque jour et des dizaines d’autres relâchées après paiement d’une somme d’argent extorquée. Les traitements inhumains étaient généralisés.
Un jeune homme de 27 ans de Yopougon a décrit son arrestation le 24 août et sa détention ultérieure au camp de la BAE, dans un témoignage semblable à celui de dizaines d’autres recueillis par Human Rights Watch :
J’étais dans un maquis (restaurant de quartier) avec un groupe d’amis. Vers 21 h, les FRCI sont arrivées dans un cargo militaire et nous ont tous emmenés du maquis, même le propriétaire et le gérant. Nous avons été conduits au 37e commissariat [de police], toujours contrôlé par les FRCI. Là, nous avons dû montrer nos cartes d’identité et ils nous ont dit : « Oh, vous êtes Bété [un groupe ethnique de l’ouest majoritairement pro-Gbagbo], mettez-vous là. Oh, vous êtes Dioula [85] [nom englobant plusieurs groupes ethniques du nord, généralement pro-Ouattara], mettez-vous là ». Les Dioulas sont restés au 37e [commissariat], et ceux d’entre nous [issus] de groupes ethniques [pro-Gbagbo] avons été amenés au [camp de la] BAE à [Yopougon] Gesco... Dans le camion, ils nous ont forcés à nous allonger et nous ont frappés en disant « C’est vous, les miliciens que nous recherchons ». Ils nous ont marché dessus, nous ont donné des coups de pied avec leurs bottes. Ils nous ont même marché sur la tête, en faisant des blagues à propos « d’écraser les miliciens ». Un gars près de moi a essayé de parler et un militaire des FRCI l’a rapidement frappé à la tête avec la crosse [de son fusil]. Le gars a commencé à saigner.
Lorsque nous sommes arrivés au camp, nous avons été placés dans une cellule, nous étions environ 30. Il faisait très chaud à l’intérieur et nous étions entassés, il n’y avait pas suffisamment de place pour s’allonger. Ils nous ont pris en groupes pour nous questionner, en nous demandant où étaient cachés les armes [à feu]. Ils ne m’ont pas questionné longtemps, je pense qu’ils m’ont cru. Ils ont séparé quelques personnes ; je ne les ai jamais revues...
Le matin suivant, les FRCI ont amené un gars qui a une cabine [sorte de stand téléphonique] à côté. Ils nous ont dit qu’on devait payer 300 000 francs CFA (600 USD) pour être relâchés. Nous les avons suppliés et avons négocié avec eux jusqu’à 150 000. J’ai utilisé le téléphone du gars pour appeler mon cousin. Ma mère et lui sont venus apporter l’argent et j’ai été libéré. J’ai de la chance de n’être resté qu’un jour là-bas, mais maintenant nous n’avons plus rien ; ma famille a tout donné pour ma libération. [86]
Un partisan de Ouattara qui vit près du camp de la BAE a raconté à Human Rights Watch : « Vous ne croiriez pas les choses que l’on voit chaque jour dans le camp. [Il y a] toujours des jeunes amenés en camion, frappés.Ils ne cachent même pas [les abus] ; ils sont souvent commis à la vue de tous.[Les FRCI] ne craignent rien ». [87] Un leader de la société civile ivoirienne a émis une observation semblable : « [Les soldats impliqués dans les abus] sont à l’aise.Ils ne craignent rien et c’est ça le plus dangereux :la totale impunité ». [88]
Arrestations arbitraires
Human Rights Watch a interrogé des résidents de Yopougon qui ont été arrêtés à leur domicile, alors qu’ils mangeaient dans un maquis, qu’ils étaient avec des amis dans un bar, qu’ils rentraient chez eux après la messe, qu’ils se déplaçaient en taxi ou en bus, ou alors qu’ils assistaient à des funérailles. Ces arrestations ont principalement eu lieu dans les zones de Yopougon perçues comme pro-Gbagbo, y compris les quartiers de Koweit, Sicogi et Niangon. Les anciens détenus et les autres témoins ont indiqué que souvent 20 personnes ou plus étaient arrêtées en même temps, sans qu’aucune d’entre elles ne soit informée des possibles allégations, et encore moins d’un mandat d’arrêt, à son encontre.
Dans presque toutes les arrestations documentées par Human Rights Watch à Yopougon, les soldats des Forces républicaines ont agi seuls ou avec un rôle de commandement, ce qui est contraire à la loi ivoirienne et au droit international. Selon la loi ivoirienne, la responsabilité d’arrêter des civils incombe principalement à la police judiciaire, qui inclut les catégories spécifiques de la police administrative et la gendarmerie, mais pas les militaires. [89] En délégant la responsabilité des fouilles et des arrestations à des soldats non formés pour mener de telles activités, et en particulier en délégant ces fonctions aux anciens commandants des Forces nouvelles qui s’appuient souvent sur des « volontaires » qui ne font pas formellement partie de l’armée, les autorités ivoiriennes ont ouvert la porte aux atteintes aux droits humains qui ont suivi.
Un jeune homme de 28 ans arrêté le 25 août a raconté à Human Rights Watch que les soldats ont clairement fait entendre qu’il n’y avait pas de fondement individualisé à son arrestation :
J’étais assis chez moi lorsque [des soldats] sont arrivés vers 10 ou 11 heures du matin. Ils ont annoncé qu’ils faisaient une perquisition maison par maison pour trouver des armes [à feu] et [qu’ils procédaient à] une rafle générale. Ils m’ont demandé de les suivre et nous avons marché jusqu’au carrefour Koweit, où se trouvait un camion qui nous attendait avec beaucoup de jeunes déjà à bord. Ils ont amené 20 à 30 d’entre nous au camp BAE, puis ils sont revenus dans le quartier pour arrêter d’autres [personnes]. Ils ont fait ça toute la journée... Je suis resté trois jours au [camp] BAE, vous ne croiriez pas le nombre de personnes qui étaient détenues là-bas... Ils ont menacé de m’envoyer au quartier général de l’armée si ma famille ne payait pas pour ma libération... Ma famille a finalement payé 60 000 francs CFA (120 USD). [90]
Un jeune homme de 24 ans a décrit de façon similaire l’arrivée des FRCI à Yopougon Niangon dans un pickup 4x4 bâché le 15 août et l’annonce d’une « rafle systématique » alors qu’il rentrait chez lui à pied vers 20h30. Les FRCI lui ont ordonné de monter à l’arrière du pickup où il y avait déjà huit autres jeunes hommes et il a été conduit au 16e commissariat de police de Yopougon avant d’être transféré et détenu au camp de la BAE pendant deux jours. Sa famille a finalement payé 10 000 francs CFA (20 USD) en échange de sa libération. [91]
Dans la plupart des cas documentés par Human Rights Watch, les forces de sécurité semblaient cibler les jeunes issus de groupes ethniques généralement pro-Gbagbo. Un ancien détenu au camp de la BAE a raconté : « Vous regardez [les détenus] autour de vous et vous voyez des Bétés, des Guérés, des Goros mais pas de Dioulas ». [92] Mais parfois, les arrestations massives ont aussi touché des personnes de groupes présumés pro-Ouattara. Human Rights Watch s’est entretenu avec un Malinké qui se trouvait dans un groupe arrêté arbitrairement en masse le 11 août. Celui-ci a expliqué qu’il essayait de présenter sa carte d’identité pour montrer qu’il faisait partie d’un groupe ethnique du nord, mais les soldats lui ont rétorqué qu’ils ne voulaient pas voir ses papiers. Alors qu’on l’obligeait à monter dans un camion, il se rappelle avoir dit, incrédule, « J’ai voté ADO [initiales de Ouattara], j’ai voté ADO ! ». Mais les soldats ont répondu : « Nous prenons tout le monde aujourd’hui ». Une fois arrivé au camp de la BAE, cependant, l’homme a pu appeler un contact à l’antenne locale des jeunes du RDR et a rapidement été libéré sans avoir à payer quoi que ce soit. [93]
Des résidents de Yopougon, en particulier dans les zones pro-Gbagbo, ont raconté à Human Rights Watch qu’ils vivaient avec un couvre-feu établi de fait à cause des arrestations arbitraires régulières. Beaucoup ont indiqué que tout groupe de jeunes hommes issus de groupes ethniques pro-Gbagbo qui se trouvait dehors après 20 h, que ce soit au restaurant, dans un bar ou marchant dans la rue, était susceptible d’être arrêté. Révélant un sentiment exprimé de manière quasi unanime, un jeune homme de 27 ans de Yopougon Koweit a dit : « Vous devez être chez vous après 20 h, sinon vous aurez des problèmes. Si vous êtes dehors après 20 h, surtout avec un groupe d’amis, vous serez arrêtés... Yopougon devient une ville morte. » [94]
En réponse à une question de Human Rights Watch sur le fondement juridique des arrestations massives, le ministre des Droits de l’Homme et des Libertés publiques a expliqué que les assaillants, après avoir attaqué les militaires, « se débarrassaient de leurs armes pour ensuite se mêler aux populations.C’est sur la base d’un faisceau d’indices et souvent sur dénonciation que ces personnes ont été arrêtées pour nécessité d’enquête.Il s’agissait bien d’arrestations ciblées et non massives. » [95]
Comme observé plus haut, notamment en ce qui concerne le camp d’Adjamé, Human Rights Watch a bien documenté quelques cas de personnes qui ont été arrêtées suite à des « dénonciations » ou une autre forme de renseignements. Mais dans la grande majorité des cas documentés par Human Rights Watch, les arrestations n’étaient clairement pas ciblées sur la base d’une suspicion individuelle. Embarquer 20 à 50 jeunes hommes assis dans un maquis, à bord d’un bus ou lors d’arrestations maison par maison dans certains quartiers ne constitue pas une action ciblée et n’est pas conforme à la loi ivoirienne ni aux droits humains. Comme détaillé ci-dessous, la nature arbitraire de ces arrestations a été confirmée par le fait que bon nombre des individus détenus pendant plusieurs jours au camp de la BAE et au camp militaire de Dabou n’ont jamais été interrogés. Ils étaient simplement détenus, souvent soumis à des traitements inhumains, puis obligés à verser une somme d’argent pour retrouver la liberté. La réponse du gouvernement ne commente pas non plus le fait que les Forces républicaines, à l’inverse de la police, des gendarmes et de la police judiciaire, ne semblent avoir aucune légitimité selon la loi ivoirienne pour procéder à de telles arrestations, qu’elles soient ciblées ou massives.
Détentions arbitraires, traitements inhumains
Les anciens détenus au camp de la BAE interrogés par Human Rights Watch étaient tous des civils et, par conséquent, n’auraient pas dû être emmenés dans un camp militaire ou y être détenus. La durée de la détention au camp de la BAE s’étendait de un à six jours pour ceux que Human Rights Watch a interrogés. Aucun des détenus interrogés n’a eu connaissance des accusations portées contre lui et aucun d’eux n’a comparu devant un juge. Comme indiqué plus haut, la loi ivoirienne stipule que tout civil arrêté doit être inculpé ou libéré dans les 48 heures, [96] et que, passé ce délai, la détention devient arbitraire conformément au Code de procédure pénale et à la constitution ivoirienne. [97]
Étant donné que Human Rights Watch a interrogé des personnes qui ont été libérées, il est vraisemblable que les informations contenues dans ce rapport reflètent essentiellement l’expérience des détenus qui ont passé un temps minimal en détention. Les personnes interrogées ont unanimement déclaré que lors de leur libération, beaucoup d’autres individus restaient en détention, puisque leur remise en liberté effective dépendait du paiement d’une somme d’argent. De plus, beaucoup d’anciens détenus ont décrit que certains individus étaient séparés des autres, menottés et transférés du camp de la BAE vers un autre centre, vraisemblablement des lieux de détention plus permanents, y compris la base de la police militaire d’Adjamé, la Direction de la surveillance du territoire (DST) à Plateau et la prison principale d’Abidjan (connue sous le nom de MACA).
Les abus physiques contre les détenus au camp de la BAE étaient courants, même s’ils n’avaient pas toujours lieu ; plusieurs anciens détenus ont rapporté ne pas avoir été maltraités physiquement après l’arrestation initiale. Les coups étaient généralement infligés pendant l’interrogatoire ou à l’extérieur dans la cour en raison des salles de détention surpeuplées. Un ancien détenu a décrit avoir été frappé à plusieurs reprises alors que les soldats le traitaient de « milicien » pendant un interrogatoire. [98] Un autre détenu a raconté que des soldats le frappaient avec leur ceinture alors qu’ils l’interrogeaient sur l’emplacement d’armes cachées. Il a expliqué : « Lorsqu’ils n’étaient pas satisfaits de ma réponse, ils me frappaient à la tête, dans le dos.Et ils n’étaient jamais satisfaits, car je ne savais rien sur les armes et je n’arrêtais pas de le leur répéter. » [99] Ce détenu a montré à Human Rights Watch plusieurs cicatrices sur son dos et à la tête, en précisant qu’elles étaient liées à des plaies causées pendant la détention.
Un autre détenu, arrêté le 17 août, a décrit comment des soldats les tourmentaient, lui et d’autres détenus, alors qu’ils essayaient de dormir dans la partie extérieure du camp :
On était obligé de dormir en plein air parce qu’il y avait trop de détenus dans le camp. Toute la nuit, la première nuit, si on commençait à s’assoupir, un des soldats s’approchait et nous frappait avec la crosse [de son fusil] ou nous donnait un coup de pied. Ils riaient en même temps et nous appelaient « salauds »... Après qu’ils m’ont battu plusieurs fois, j’ai arrêté de tenter de dormir. Mon visage était enflé à l’endroit où ils m’avaient frappé avec la crosse d’une Kalach[nikov]… [100]
Après leur libération, plusieurs personnes interrogées par Human Rights Watch ont reçu des soins médicaux pour les blessures infligées pendant leur arrestation ou leur détention. L’une de ces personnes a été frappée plusieurs fois à la poitrine par des soldats au camp de la BAE, entraînant une douleur intense et des difficultés pour respirer. [101] Un autre ancien détenu a rapporté avoir eu la main cassée par un soldat qui y avait porté un coup avec la crosse de sa Kalachnikov. [102]
Plusieurs anciens détenus ont aussi décrit avoir entendu ce qu’ils pensaient être des personnes subissant des abus physiques. Une personne, conduite au camp de la BAE le 20 août après que les soldats ont fait descendre tous les hommes d’un minibus qui entrait dans Yopougon Koweit pour les arrêter, a raconté à Human Rights Watch :
Nous entendions des gars crier de douleur. Je ne pouvais rien voir parce qu’ils n’étaient pas dans la cellule. Mais on pouvait entendre ce qui ressemblaient à des coups, comme si [les soldats] portaient des coups de poings à quelqu’un ou le frappaient avec une corde. On entendait : « Pardon, pardon », puis on entendait la personne crier sous les coups... Parfois, ils faisaient sortir des personnes de ma cellule et celles-ci revenaient plus tard avec des marques [de coups]. À d’autres moments, c’était des personnes d’autres cellules, car je ne les avais jamais vues mais on pouvait entendre les coups. [103]
En plus des abus physiques, les détenus du camp de la BAE ont enduré des conditions abusives liées au fait que le camp est un site de détention irrégulier, plutôt qu’une prison ou un poste de police. Près de 30 détenus étaient entassés dans des pièces de moins de treize mètres carrés. Plusieurs détenus ont dit qu’ils dormaient assis les uns à côté des autres la nuit. D’autres ont décrit avoir pris des tours pour dormir, avec 10 personnes s’allongeant pendant quelques heures alors que les autres restaient debout ou assises jusqu’à ce que ce soit à leur tour de dormir. [104] Les jours où un grand nombre de personnes étaient arrêtées arbitrairement, des dizaines de détenus étaient forcés de passer la nuit dans la partie extérieure du camp de la BAE, soumis aux éléments, dont la pluie et les moustiques. [105]
Toutes les personnes interrogées par Human Rights Watch détenues au camp de la BAE ont déclaré que les soldats responsables du camp ne leur procuraient pas de nourriture ni d’eau. La seule nourriture disponible provenait des membres des familles qui savaient qu’un proche était détenu là ; les nouveaux détenus tentaient alors de faire passer la nouvelle de leur détention à leur famille par l’intermédiaire de ceux qui apportaient de la nourriture. Les détenus partageaient la nourriture apportée, même si cela ne représentait généralement que quelques bouchées de pain par jour. De nombreux détenus ont décrit avoir passé plusieurs jours sans rien manger. [106]
Actes criminels commis par les FRCI lors des arrestations et des périodes de détention
Presque toutes les personnes interrogées ont décrit une généralisation des actes criminels commis par les membres des FRCI à Yopougon. Ces crimes ont été perpétrés dans un premier temps lors des fouilles et des arrestations massives dans les quartiers, alors que des soldats volaient de l’argent et des objets de valeur comme des téléphones portables, des ordinateurs et des bijoux aux domiciles et sur les personnes arrêtées ; et par la suite alors qu’ils exigeaient de l’argent en échange de la libération d’un détenu. Les arrestations massives semblent avoir été une aubaine financière pour les membres des Forces républicaines basés dans le camp de la BAE et avoir généré une situation précaire pour ceux qui ont été appréhendés en raison de leur âge et de leur orientation politique supposée.
Tous les détenus au camp de la BAE interrogés par Human Rights Watch, sauf deux, ont déclaré qu’ils avaient été obligés de payer les soldats pour obtenir leur libération. En général, les personnes arrêtées et détenues dans la semaine suivant l’attaque d’Akouédo ont signalé avoir dû payer entre 10 000 et 30 000 francs CFA (20 à 60 USD), alors qu’à la fin du mois d’août, la somme exigée semblait avoir atteint entre 60 000 et 150 000 francs CFA (120 à 300 USD). Plusieurs détenus ont décrit une « négociation » avec les soldats, au cours de laquelle une somme plus élevée était exigée au départ avant que le détenu ou sa famille ne parvienne à la faire baisser. Les soldats prêtaient souvent un téléphone au détenu pour qu’il appelle ses parents et indique la somme nécessaire pour sa libération ; dans d’autres cas, comme décrit dans la déclaration d’un ancien détenu au début de ce chapitre, les soldats faisaient venir une personne qui tenait une cabine téléphonique près du camp de la BAE pour permettre aux détenus de passer les appels.
Human Rights Watch s’est entretenu avec sept personnes qui ont été victimes ou témoins de vol perpétré par des individus faisant partie des Forces républicaines ou travaillant avec elles au cours des rafles dans les quartiers après les attaques d’août. Un jeune homme de 26 ans, originaire de l’ouest de la Côte d’Ivoire, a décrit les conséquences financières à long terme de son calvaire :
Le samedi [25 août], ils sont venus chez moi vers 13 h. Ils étaient en train de faire des fouilles dans le quartier [de Yopougon Koweit]. Ils disaient qu’ils cherchaient des armes et ont fouillé mon domicile. Ils ont pris un ordinateur portable qui était dans ma chambre, un ordinateur que mon patron m’avait donné pour le travail. Ils ont aussi volé l’argent que je gardais chez moi, mon [téléphone] portable LG et une bouteille de gaz. Tout ce qui avait de la valeur, ils [l’]ont pris... Ils ont demandé à ma femme et moi de montrer nos pièces [d’identité] et quand ils ont vu la mienne, ils ont dit : « Vous venez de l’Ouest. Vous êtes un des pro-Gbagbo qui faisaient des postes de contrôle ici. » Encore et encore, disant que j’étais un milicien. Ils ont déchiré ma pièce [d’identité] et m’ont fait monter dans leur camion.
J’ai passé une nuit au 37e commissariat [de police à Yopougon], puis à 6 heures du matin, ils m’ont fait monter dans un camion pour aller au [camp militaire de la] BAE. Il y avait beaucoup de monde au 37e commissariat, plus de 50 personnes, peut-être 100. Ils emmenaient les gens dans un camion jusqu’à la BAE, les laissaient là-bas, puis revenaient chercher d’autres personnes.
Il n’y avait plus de place dans la cellule à la BAE, donc nous dormions dehors. Ils nous malmenaient un peu, donnaient des coups de pieds aux gens lorsqu’ils nous surveillaient. Ils ne m’ont jamais rien demandé. Plus tard ce jour-là, ils m’ont dit d’appeler ma famille pour qu’elle vienne payer pour ma libération. Je leur ai répondu que ma famille avait quitté Abidjan [après l’attaque sur Akouédo] pour notre village [natal]. J’avais vraiment peur à l’idée de ne jamais sortir de là, donc j’ai appelé mon patron, la seule personne à qui je pensais [pouvoir m’aider]. Il est venu et a payé 100 000 francs CFA (200 USD) pour ma libération le dimanche, et ils m’ont laissé partir vers 10 heures du matin... Mon patron m’a dit que je travaillerai pour rembourser ce qu’il avait payé, plus le prix de l’ordinateur. J’ai tout perdu, et maintenant je ne serai plus payé [pendant un certain temps]. Ce que ces FRCI font, c’est de la merde. [107]
Même si cet endettement vis-à-vis d’un employeur était unique parmi les témoignages recueillis par Human Rights Watch, beaucoup d’autres personnes interrogées ont expliqué que leur famille proche n’avait pas suffisamment d’argent aisément disponible, ce qui forçaient les familles à réunir la somme requise en s’adressant à des oncles et tantes, cousins, amis et autres personnes acceptant d’aider.
Le ministre des Droits de l’Homme et des Libertés publiques, Gnénéma Coulibaly, dans sa réponse à Human Rights Watch, a indiqué que le gouvernement ouvrirait une enquête sur les activités criminelles commises par les Forces républicaines, y compris l’extorsion en échange de la libération. Il a poursuivi : « Si les allégations de violations des droits de l’Homme sont avérées à l’encontre de membres des forces de sécurité, ils seront traduits devant les tribunaux.À côté de cela, le ministère des droits de l’Homme et des Libertés publiques va continuer la formation des forces de sécurité aux droits de l’Homme.Rappelons que celles-ci en ont déjà reçu. » [108]
Human Rights Watch salue la formation continue sur les droits humains destinée aux forces de sécurité ivoiriennes. Cependant, la formation s’est révélée jusqu’à présent insuffisante pour modifier le comportement d’au moins certains membres des Forces républicaines. Il est donc essentiel de mettre un terme à la culture de l’impunité par des arrestations et des poursuites judiciaires face aux violations des droits humains. Human Rights Watch se félicite de l’engagement du gouvernement en la matière et en suivra la progression future.
Le prix de l’impunité : « Ben Laden » et les violations des droits humains récurrentesLe commandant responsable du camp militaire de la BAE jusqu’en septembre 2012 était Ousmane Coulibaly, plus connu sous son nom de guerre « Ben Laden ». Coulibaly était aussi chargé des « opérations de nettoyage » tout aussi abusives après l’attaque du 15 août à Dabou (voir la section ci-dessous). Plusieurs anciens détenus au camp de la BAE ont identifié Coulibaly comme étant présent dans le camp alors que des soldats commettaient des atteintes aux droits humains et des actes criminels, notamment des traitements cruels et inhumains et de l’extorsion en échange de la libération des détenus. Une personne ayant une connaissance approfondie du camp a expliqué que le bureau de Coulibaly était visible depuis les lieux où de nombreux détenus étaient enfermés [109] et soumis à des abus, d’après leurs déclarations. Un soldat de l’armée ivoirienne a dit à Human Rights Watch que bon nombre des arrestations massives dans les quartiers étaient effectuées par les « petits » de Coulibaly, c’est-à-dire d’anciens combattants sous ses ordres directs qui ne sont pas incorporés dans l’armée régulière mais restent actifs à des fonctions de maintien de l’ordre. Ce témoignage est renforcé par la description faite par certaines personnes de Yopougon des individus qui les ont arrêtées : ils portaient d’anciens uniformes militaires avec des insignes « FRCI » cousues dessus et arrivaient dans des camions affichant l’inscription « FRCI » mais sans plaque d’immatriculation militaire officielle, dans lesquels ils transportaient les personnes vers le camp de la BAE, plutôt qu’à un poste de police. Comme détaillé dans le rapport de Human Rights Watch sur les violences postélectorales, Ousmane Coulibaly était responsable de troupes dans le quartier de Yopougon que des témoins et des victimes ont impliquées à plusieurs reprises dans des exécutions sommaires, des actes de torture et des détentions arbitraires. [110] Le rapport 2009 sur les droits humains du département d’État des États-Unis concernant la Côte d’Ivoire a mentionné un aide de camp de Coulibaly comme « l’auteur responsable de torture sur trois éleveurs de bétail à Odienne en mai 2008 » sans aucune sanction de la part de Coulibaly. [111] Pendant la guerre civile de 2002 à 2003 en Côte d’Ivoire, Coulibaly était un des principaux commandants militaires du groupe rebelle connu sous le nom de Mouvement pour la justice et la paix (ou MJP) dans la ville occidentale de Man. [112] Le MJP, plus tard intégré dans les Forces nouvelles, avait des liens étroits avec Charles Taylor et les mercenaires libériens. [113] Human Rights Watch, [114] International Crisis Group, [115] la commission d’enquête internationale de 2004 [116] et Amnesty International [117] ont tous impliqué les forces du MJP dans de graves crimes internationaux à Man et dans les environs. Au minimum, Ousmane Coulibaly semble incapable de contrôler les soldats sous ses ordres ou de sanctionner les soldats dans ses rangs qui sont responsables d’abus graves. Un responsable du gouvernement ivoirien a indiqué à Human Rights Watch que le nom de « Ben Laden » avait été cité à plusieurs reprises pour des comportements abusifs et a déclaré : « Comme on dit, ‘il n’y a pas de fumée sans feu’ ». [118] Malgré les accusations répétées d’implication de ses hommes dans des violations graves des droits humains, Ousmane Coulibaly a conservé son rôle de commandant et a même été promu à des postes encore plus lucratifs. Deux semaines après que Human Rights Watch a fourni aux ministres ivoiriens de l’Intérieur et des Droits de l’Homme des informations concernant les abus perpétrés sous le commandement de Coulibaly, ce dernier a été nommé préfet de San Pedro. [119] San Pedro abrite l’un des deux principaux ports de Côte d’Ivoire pour le commerce du cacao. Dans sa réponse, le ministre des Droits de l’Homme et des Libertés publiques a indiqué que l’affectation d’Ousmane Coulibaly à la fonction de préfet de San Pedro n’était pas une « promotion », mais plutôt une « nomination » faite par le président dans le cadre de son « pouvoir discrétionnaire légal ». Le ministre a poursuivi : « De plus, le fait que le nom de M. Ousmane Coulibaly soit mentionné dans un rapport ne vaut pas condamnation et pour l’heure, aucun acte juridique n’incrimine M. Ousmane Coulibaly pour des actes de violations des droits humains. » [120] La réponse du ministre ne tient pas compte du fait qu’il n’y a pas qu’un seul rapport impliquant Coulibaly en tant que commandant de soldats qui ont commis des crimes graves, mais plutôt des accusations répétées au cours d’une décennie par de multiples organisations internationales indépendantes et par le département d’État des États-Unis. Étant donné la nature des abus allégués et le détail de la documentation, les autorités ivoiriennes auraient dû, au minimum, se renseigner sur Coulibaly par une enquête approfondie avant de l’affecter à un poste de commandement clé dans l’une des régions les plus tendues du pays. De plus, Human Rights Watch est préoccupé par le fait que le président Ouattara lui-même a pris la décision de nommer Coulibaly au poste de San Pedro. Même si le gouvernement ivoirien affirme souvent que personne n’est au-dessus des lois, indépendamment de son appartenance politique, le cas de Coulibaly vient rappeler que la réalité reste l’impunité, une impunité qui conforte les auteurs de crimes répétés sans crainte de conséquence possible. |
Abus liés à la détention et extorsion au camp militaire de Dabou
Après l’attaque du 15 août à Dabou qui a pris pour cible un camp militaire et a abouti à la libération de quelque 100 personnes de la prison locale, [121] les Forces républicaines ont reproduit de nombreux abus observés à Yopougon après les attaques des 5 et 6 août à Abidjan. Des jeunes hommes et, dans certains cas, des femmes ont été appréhendés lors d’arrestations massives, ont été conduits au camp militaire de Dabou et, en général, ont été obligés à verser de l’argent pour être relâchés. Beaucoup d’hommes ont été battus au cours de leur arrestation ou leur détention. Les arrestations massives autour de Dabou se poursuivaient toujours lorsque le chercheur de Human Rights Watch a quitté le pays le 13 septembre. Comme à Yopougon, la vaste majorité des personnes arrêtées étaient issues de groupes ethniques généralement pro-Gbagbo, notamment les Adjoukrous et les Ébriés.
Des résidents de Dabou ont raconté que les arrestations massives se produisaient quasi quotidiennement après l’attaque du 15 août, prenant notamment pour cibles les villages voisins perçus comme pro-Gbagbo. Un résident d’Orbaff, un village à environ 15 kilomètres de Dabou, a expliqué que son village avait fait l’objet de trois arrestations massives différentes pendant le mois qui a suivi l’attaque. [122] Les résidents de trois villages proches de Dabou ont dit que le chef ou le chef adjoint de leur village avait été arrêté, maltraité et détenu, puis relâché uniquement après le versement d’une somme particulièrement exorbitante. [123]
Human Rights Watch a obtenu des vidéos prises dans le camp militaire de Dabou. L’une d’elles montrait environ 20 jeunes hommes qui ne portaient plus que leurs sous-vêtements après avoir été forcés à se déshabiller, et une autre vidéo montrait un soldat frappant avec une ceinture un détenu âgé, censée être un chef de village. En général, comme à Yopougon, les personnes étaient détenues entre un et quatre jours au camp. Cependant, plusieurs anciens détenus et d’autres résidents de Dabou ont raconté que quelques personnes étaient toujours portées disparues alors qu’elles avaient été transférées ailleurs plutôt que libérées avec les autres une fois l’argent versé. [124]
Une jeune femme de 23 ans arrêtée vers 22 h le 9 septembre alors qu’elle se trouvait dans un maquis à Dabou a décrit son arrestation et sa détention :
On était beaucoup dans le maquis. Deux camions sont arrivés vers 22 h et ils ont pris tout le monde, hommes et femmes. Ils ont dit que c’était une simple rafle. Ils ont forcé les hommes à se déshabiller et les ont fait monter dans l’un des camions, puis ils ont placé [les femmes] dans l’autre camion. Ils nous ont tous emmenés à leur camp, juste à la sortie de Dabou. Nous étions probablement entre 40 et 50 personnes au total [à être arrêtées]. Tous ceux qui nous ont arrêtés étaient des membres des FRCI portant des tenues militaires et équipés de Kalach[nikovs].
Lorsque nous sommes arrivés là-bas, ils ont pris ma photo et mes empreintes. Ils nous ont interrogés un par un, sur les miliciens, sur les armes. C’est toujours la même chose. Nous sommes restés dehors au camp jusqu’au matin. Les FRCI dormaient dans leurs petites maisons là ; nous étions en plein air avec quelqu’un pour nous surveiller... Ils ne touchaient pas les femmes, mais ils frappaient les hommes. Ils les ont battus pendant l’arrestation et ensuite dans le camp, avec leurs Kalach[nikovs], avec des ceintures, avec tout ce qu’ils avaient sous la main.
Le matin suivant, [un responsable local] est venu et a demandé de laisser [les femmes] partir [et les FRCI ont accepté]. Je leur ai demandé de laisser mon cousin partir aussi mais un des FRCI a dit qu’ils le laisseraient partir uniquement si je couchais avec [le soldat]. Beaucoup de femmes avaient des proches [masculins] présents dans le camp et plusieurs hommes des FRCI leur ont dit la même chose : “ couche avec nous et on le laisse partir ” . Nous avons toutes refusé, ils nous ont laissé partir mais ils ont gardé les hommes... Nous n’avons pu libérer mon cousin qu’hier, lorsque nous avons versé 5 000 francs CFA (10 USD). [125]
Selon les détenus et les membres des familles interrogés par Human Rights Watch, la somme d’argent exigée pour la libération d’une personne au camp militaire de Dabou, souvent 5 000 ou 10 000 francs CFA (10-20 USD), était généralement bien inférieure à celle rapportée pour le camp de la BAE de Yopougon. [126]
Human Rights Watch s’est entretenu avec deux témoins d’une arrestation massive le 11 septembre qui s’est déroulée pendant une « fête de génération », une célébration chez les populations ébrié et adjoukrou en l’honneur des jeunes qui viennent d’atteindre l’âge de la maturité. Les Forces républicaines sont arrivées dans un village près de Dabou alors que la célébration battait son plein et elles ont arrêté tous les jeunes hommes présents, ainsi qu’un homme âgé du village. Les témoins ont indiqué que les soldats ont frappé plusieurs fois ceux qu’ils arrêtaient alors qu’ils les faisaient monter dans le camion pour les emmener au camp. [127]
Lieux de détention illégaux et difficultés d’accès pour les familles et les observateurs
La détention de civils dans des lieux de détention illégaux comme le camp de la BAE contrôlé par les FRCI, le camp militaire de Dabou et le camp de la police militaire d’Adjamé, a rendu l’observation des conditions difficile pour les membres des familles des détenus et les observateurs indépendants. Les problèmes sont accentués par le refus du gouvernement d’accorder l’accès à certaines organisations ivoiriennes qui interviennent depuis longtemps dans l’observation des prisons. La situation est même pire, cependant, dans certains lieux de détention improvisés qui ne sont même pas des camps militaires autorisés, notamment des maisons et des hôtels que des soldats des Forces républicaines ou des « volontaires » toujours associés aux Forces républicaines continuent d’occuper.
Un membre de la famille d’une personne déplacée entre plusieurs lieux de détention à Abidjan a décrit des disparités en matière d’accès :
Il a d’abord été conduit au camp [du commandant de la police militaire] Zakaria à Adjamé, mais là-bas on ne pouvait pas le voir. Puis il a été transféré à la préfecture de police au Plateau, où nous pouvions lui rendre visite. Après trois ou quatre jours, il a été transféré à la MACA [la maison d’arrêt principale d’Abidjan], où nous pouvions encore voir comment il allait et lui apporter de la nourriture. Mais il y a quelques jours que nous sommes allés à la MACA et on nous a dit qu’il n’était plus là. Nous ne savons pas où il est. On nous a parlé de la DST, mais il y avait aussi des rumeurs qu’il a été enlevé et envoyé [vers un site inconnu]. Nous sommes allés à la DST, mais ils ne nous disaient rien. [Remarque : Human Rights Watch a recueilli des informations crédibles indiquant qu’il se trouvait à la DST.] C’était mieux lorsqu’il était à la MACA, au moins nous pouvions vérifier comment il allait. Maintenant nous ne savons rien et nous craignons le pire. [128]
Des groupes chargés de la surveillance des lieux de détention ont également exprimé leur frustration. Le président d’une organisation ivoirienne de défense des droits humains qui réalise depuis longtemps un important travail de surveillance des prisons a indiqué à Human Rights Watch que, pendant plus d’un an, ils ont déposé des demandes auprès des ministères de l’Intérieur et de la Défense pour obtenir l’autorisation de visiter les lieux de détention. Ils étaient toujours dans l’attente d’une réponse, malgré leurs assurances au gouvernement que la surveillance serait effectuée discrètement. [129] Par conséquent, il y a des lacunes dans la garantie de la protection des droits humains dans les lieux de détention.
Concernant la surveillance par l’ONUCI des lieux de détention après les attaques d’août, un représentant de l’ONU a indiqué à Human Rights Watch en septembre que « L’accès s’améliore mais n’est pas systématique. La dernière fois que nous sommes allés au camp de la BAE, par exemple, nous n’avons pas été autorisés à entrer parce que [le commandant] n’était pas là... On ne sait jamais clairement jusqu’où nous pouvons aller dans notre surveillance, si nous pouvons parler avec les détenus individuellement, si nous avons un accès total. » [130] Un autre représentant de l’ONU a constaté que la difficulté de surveillance était accentuée par le fait que des personnes étaient arrêtées, libérées et transférées d’un site à l’autre chaque jour. [131] Les représentants de l’ONU ont souligné que la coopération s’était renforcée et que l’accès s’améliorait dans la plupart des lieux de détention.
En plus des difficultés de surveillance des sites comme le camp de la BAE et le camp militaire d’Adjamé qui abritent des centaines de détenus, certains membres des Forces républicaines ont continué à utiliser des sites du quartier qu’ils occupent illégalement. Paul Koffi Koffi, le ministre de la Défense par intérim, a publié une circulaire en mai 2012 exigeant que, d’ici le 30 juin, les soldats cessent d’occuper les postes de police et de gendarmerie, les écoles et les centres de formation, les hôtels, les immeubles de bureaux et les résidences publiques et privées. [132] Il a menacé ceux qui ne respecteraient pas la directive, ainsi que leur commandants, d’expulsion de l’armée, de sanctions disciplinaires et, dans certains cas, de poursuites judiciaires. [133]
Cependant, malgré cet ordre, des personnes liées aux Forces républicaines continuent d’occuper ces bâtiments et, dans certains cas, de les utiliser comme centres de détention. Human Rights Watch a documenté des détentions à l’hôtel Blanc à Yopougon Koweit, à l’hôtel Timotel à Yopougon Niangon et dans un petit camp militaire dans un village hors de Dabou. Des informations dignes de foi indiquaient qu’au moins une des maisons d’un ancien responsable proche de Gbagbo avait peut-être été également utilisée comme lieu de détention. [134] Human Rights Watch n’a pas documenté d’abus sur ces sites qui allait au-delà des traitements décrits précédemment pour le camp de la BAE et le camp militaire principal de Dabou, mais l’utilisation de tels sites est contraire à la loi ivoirienne et au droit international et soulève des inquiétudes sur l’éventualité d’abus plus graves. En réponse à de futures menaces sécuritaires, les autorités ivoiriennes doivent s’assurer que les personnes arrêtées sont conduites dans des lieux de détention officiels et interrogées par des personnes autorisées selon la loi ivoirienne et que les observateurs bénéficient d’un accès total pour vérifier que les conditions respectent la loi ivoirienne et les normes internationales.
Dans sa réponse à Human Rights Watch, le ministre des Droits de l’Homme et des Libertés publiques a écrit que, en ce qui concerne les personnes « impliquées dans les attaques meurtrières contre les militaires des FRCI ou pour atteinte à la sûreté de l’État, vous comprendrez qu’on ne peut pas, à un certain stade des enquêtes donner libre accès [aux observateurs].Il y va de la sécurité du pays.Par ailleurs, lorsqu’il s’agit de détenus dans les maisons d’arrêt, la loi ivoirienne en l’état, soumet les visites à des procédures, comme partout au monde. » [135]
L’observation des conditions de détention par des observateurs internationaux et ivoiriens ne présente aucune menace pour la sécurité du pays. En effet, garantir des traitements humains aux détenus, en particulier aux détenus exposés à un fort risque d’abus, comme ceux arrêtés lors de rafles massives pour des raisons de « sûreté de l’État », est un élément crucial pour ramener le pays à l’Etat de droit. Lorsque le ministre parle des personnes en détention « impliquées dans les attaques meurtrières », cela masque le fait qu’une grande majorité des personnes interrogées par Human Rights Watch n’avaient été accusées, et encore moins reconnues coupables, d’aucun crime. Les « preuves » contre les personnes appréhendées en masse sans mandat d’arrêt semblaient être essentiellement leur ethnicité et leur lieu de résidence.
Marginalisation de la police et des gendarmes
Depuis la fin de la crise postélectorale, les Forces républicaines et les « volontaires » armés qui leur sont restés fidèles ont illégalement assumé de nombreuses fonctions pour lesquelles la police et la gendarmerie sont légalement mandatées, notamment la réalisation de fouilles de domiciles et de véhicules, l’arrestation et l’interrogation de civils, la gestion de points de contrôle routier et même l’organisation du trafic aux intersections. La police et la gendarmerie ont progressivement retrouvé certaines de leurs responsabilités dans les mois précédant les attaques d’août, mais la division antérieure d’Abidjan en zones contrôlées par différents commandants militaires a été effectivement rétablie face à la menace sécuritaire. Étant donné les abus qui ont marqué la réponse de l’armée et les rapports réguliers d’abus moins fréquents lorsque des agents de police ou des gendarmes sont impliqués dans les fonctions de sécurité de base, il est essentiel que le gouvernement fasse des progrès pour équiper la police et la gendarmerie et les charger de remplir leurs fonctions.
Un diplomate à Abidjan a raconté à Human Rights Watch : « Après Akouédo, le gouvernement a rétabli le réseau de com-zones [136] [des anciennes Forces nouvelles].C’était un pas en arrière dans le processus de RSS [réforme du secteur de la sécurité]. » [137] Un autre diplomate a indiqué : « Le président a connaissance des problèmes [liés à l’affectation des fonctions de sécurité aux FRCI], mais son manque de confiance dans les anciennes FDS [forces précédentes sous Gbagbo, incluant la police et les gendarmes] l’a incité à réactiver les com-zones, avec tous les problèmes que cela engendre. » [138] Un représentant d’une organisation internationale à Abidjan a raconté pareillement à Human Rights Watch : « [Le gouvernement] est passé d’un extrême à l’autre après [Akouédo]. Il est passé du progrès en mettant les militaires dans les casernes au retour du pouvoir total aux mains des [FRCI] complétement hors de contrôle. » [139]
Pendant trois semaines à Abidjan, y compris lors des trajets quotidiens jusqu’à Yopougon, la grande majorité des points de contrôle routier qu’un chercheur de Human Rights Watch a rencontré étaient gérés uniquement par des soldats des FRCI. Même si la ville est devenue manifestement moins militarisée au début du mois de septembre, les FRCI restaient les forces de sécurité principalement visibles aux points de contrôle et lors des patrouilles. De plus, même lorsqu’un point de contrôle était géré par des soldats et des agents de police ou des gendarmes, les FRCI étaient généralement responsables du contrôle des papiers et de la fouille des véhicules, alors que les autres forces de sécurité se tenaient à proximité. Le chercheur de Human Rights Watch a été arrêté à neuf points de contrôle à Yopougon, et ceux-ci étaient tous tenus par des soldats des FRCI. Plusieurs points de contrôle rencontrés de nuit par Human Rights Watch dans d’autres quartiers d’Abidjan étaient également gérés par des soldats.
Pour justifier la prépondérance de l’armée dans les réponses aux attaques d’août, les responsables du gouvernement ivoirien ont expliqué qu’un nombre considérable d’armes et de véhicules de la police avaient été volés lors de pillages de commissariats de police pendant la crise, laissant la police mal équipée pour faire face aux menaces sécuritaires. [140] Dans des déclarations publiques précédentes, les responsables gouvernementaux ont aussi mis l’incapacité à réarmer la police et la gendarmerie sur le compte de l’embargo sur les armes du Conseil de sécurité de l’ONU toujours en vigueur. [141] Cependant, la Côte d’Ivoire est toujours inondée par les armes. Le gouvernement n’a pas fait de progrès dans le désarmement et la démobilisation, qui pourraient permettre de rendre le matériel volé à la police et à la gendarmerie tout en réduisant le pouvoir gênant des anciens combattants « volontaires » qui continuent à maintenir des relations avec certains commandants des FRCI.
Des résidents de Yopougon ont indiqué que les violations des droits humains étaient moins fréquentes ou moins graves lorsque des agents de police ou des gendarmes étaient impliqués dans les fouilles, les arrestations ou la mise en détention, même si l’action était menée conjointement avec des membres des Forces républicaines. Plusieurs victimes d’arrestation ou de détention arbitraire ont raconté à Human Rights Watch que les agents de police ou les gendarmes essayaient d’intervenir en leur faveur et de faire cesser les abus. Pendant les fouilles maison par maison à Yopougon, plusieurs résidents ont expliqué que la présence des policiers ou des gendarmes semblaient dissuader les soldats de voler dans les domiciles.
Un jeune homme arrêté alors qu’il rentrait à pied de l’église le 25 août a décrit comment la police a empêché son arrestation et a réprimandé des soldats qui avaient volé des dizaines de téléphones portables à ceux qu’ils avaient arrêtés :
Il y avait des forces de sécurité partout, effectuant une rafle... Ils amenaient tous les jeunes qu’ils avaient arrêtés en file indienne dans Koweit jusqu’au carrefour Koweit. Là, ils nous ont dit de nous allonger. Mon oncle m’a appelé sur mon portable à ce moment et j’ai répondu en lui racontant ce qui se passait. Un FRCI a commencé à m’insulter, à me hurler de raccrocher. Un autre FRCI avait un sac et récupérait les [téléphones] portables de tout le monde. Quand il est arrivé devant moi, j’ai dit « Non ! Comment ma famille saura où je suis ? » Il m’a frappé au visage. Un autre FRCI s’est approché et a pointé sa Kalach[nikov] sur moi, et j’ai mis mon portable dans le sac...
Grâce à Dieu, il y avait un policier à côté. C’était une patrouille mixte dans le quartier, mais les FRCI étaient plus nombreuses où nous étions allongés... J’ai dit au policier : « J’ai été arrêté alors que je rentrais d’une réunion à l’église ». Et je lui ai montré des papiers qui montraient que je venais de l’église. Le policier s’est approché du FRCI pour tenter de le persuader de me libérer, mais le gars des FRCI est devenu très en colère et a dit que j’étais un milicien.
Deux 4x4 sont arrivés avec des policiers, dont un commissaire [de la CRS II]. Le policier à qui j’avais parlé s’est approché de son commandant pour lui expliquer mon histoire. Le commissaire a demandé au policier mon nom et le gars a commencé à trembler de peur, il était nerveux d’intervenir en ma faveur. Je l’ai interrompu pour expliquer ma situation au commissaire. Celui-ci m’a dit de sortir du rang des personnes arrêtées... Je lui ai demandé mon portable, en lui disant que le soldat des FRCI les avait tous mis dans un sac. Le commissaire s’est vraiment mis en colère et a interrogé le gars des FRCI : « Qui vous a donné l’autorisation de prendre les [téléphones] portables ? Ce n’est pas pour ça que nous sommes ici ! » Il est revenu vers moi et m’a dit de mettre mon numéro de téléphone sur un papier et qu’ils me rendraient mon portable plus tard—le sac était tellement plein qu’il aurait fallu trop de temps pour chercher dedans... Le policier de la CRS a dit qu’il irait chercher mon téléphone au camp [de la] BAE. Il a ajouté : « Si je vous laisse y aller seul, il n’est pas sûr que vous en reveniez »... Avec leur aide, j’ai pu récupérer mon portable plus tard et je n’ai pas été détenu avec [tous les autres] au camp [de la] BAE. [142]
Mais ces efforts n’ont pas tous été fructueux. Une personne arrêtée le 24 août et conduite au camp de la BAE a raconté que « certains gendarmes tentaient d’intervenir et de convaincre les FRCI [de nous laisser partir, que nous n’étions pas des miliciens], mais les FRCI leur ont dit de retourner à leur propre camp, que ce n’était pas leur affaire ». [143] Un leader de la société civile a expliqué à Human Rights Watch qu’un des problèmes essentiels était le manque de moyens à la disposition de certaines forces de sécurité : « Que peut faire la police ?Ils ont une arme pour cinq policiers.Les gendarmes peuvent avoir une arme pour deux ou trois. La police en particulier n’a [souvent] pas de voitures. Les FRCI, notamment les anciennes FN, sont bien armées, elles ont des camions, des 4x4, des voitures. » [144]
Même avec ce déséquilibre en matière d’équipement, la simple présence d’agents de police ou de gendarmes a été bénéfique, d’après quelques témoignages de résidents de Yopougon recueillis par Human Rights Watch. Comme rapporté plus haut, plusieurs résidents de Yopougon ont signalé s’être fait voler des objets de valeur, comme des ordinateurs, de l’argent, des bijoux et des téléphones portables, pendant les fouilles de domiciles par les FRCI effectuées ouvertement pour chercher des armes. Une personne dont la maison a été fouillée par un groupe mixte de FRCI et de gendarmes le 25 août a expliqué comment le vol de ses objets de valeur a été évité :
Lorsqu’ils sont arrivés chez moi, il y avait un homme en uniforme de gendarme et derrière lui un soldat des FRCI tenant une RPG [grenade propulsée par fusée]. Le gendarme a effectué la fouille. Sans mandat de perquisition, il est juste venu et a dit : « Nous allons jeter un coup d’œil ». Il a fait une fouille rapide et ils n’ont rien emporté de mon domicile. Lorsqu’ils ont commencé les fouilles [dans une autre partie de Yopougon Koweit] plus tôt ce jour, il n’y avait que des membres des FRCI et ils volaient tout le monde. J’ai des amis et des parents qui ont été volés. Des personnes se sont plaintes à la police, aux gendarmes, à tous ceux qu’elles pouvaient appeler. Au début de l’après-midi, les FRCI étaient accompagnées de gendarmes et de policiers. [145]
La relation entre les différentes forces de sécurité reste peu aisée et les responsables gouvernementaux sont prompts à souligner que Gbagbo a noyauté certaines forces, y compris des sections de la police et de la gendarmerie, avec des personnes de groupes ethniques qui avaient tendance à le soutenir, en marginalisant les Ivoiriens du nord. [146] Cela est vrai et les attaques d’août ont aggravé la défiance, notamment alors que l’attaque d’Akouédo semblait avoir bénéficié d’une aide venant de personnes au sein du camp militaire. Cependant, le recours exclusif aux militaires et parfois à des anciens combattants ne faisant pas partie de l’armée ivoirienne, semble entraîner un plus grand nombre d’abus à l’encontre des civils, dressant même des partisans modérés de Gbagbo contre le gouvernement et l’armée. Des progrès doivent être faits pour une réaffectation des fonctions de sécurité internes à la police et à la gendarmerie.
Impact sur la réconciliation, réponse du gouvernement
La réponse abusive de certains soldats des Forces républicaines aux attaques contre des installations militaires a renforcé le sentiment parmi de nombreux partisans de Gbagbo d’être tous « coupables jusqu’à ce que leur innocence soit prouvée ». [147] À un moment où le pays reste profondément divisé par des clivages politiques et ethniques, les actions de l’armée risquent d’exacerber le sentiment de mise à l’écart des partisans de Gbagbo. Plusieurs responsables gouvernementaux ont admis l’existence d’excès dans la riposte des militaires, mais se sont concentrés sur la gravité de la menace sécuritaire et ont promis que des mesures ont été et seraient prises afin de contrôler ces abus à l’avenir.
Comme une personne qui avait été détenue au camp de la BAE l’a dit, faisant écho à beaucoup d’autres témoignages recueillis par Human Rights Watch : « Comment avoir l’harmonie et la réconciliation dans ce contexte ? » [148] Un autre ancien détenu du camp de la BAE a pareillement déclaré :
Comment le gouvernement peut-il parler de réconciliation alors que les FRCI nous volent, nous traitent tous comme des miliciens [et] font des rafles chaque jour ? Je n’ai plus rien, tout mon argent a été pris ou [utilisé pour payer ma libération]. Si quelqu’un me demande demain de prendre une arme et de combattre les FRCI, je ne sais pas ce que je dirai. Lorsque des personnes ont été dépouillées de tout, lorsqu’il ne leur reste que la haine... nous sommes bien loin de la réconciliation.[149]
Un leader de la société civile ivoirienne a de même indiqué :
Les gens essaient d’aller au-delà de leur passé de FESCI ou de Jeunes patriotes [deux anciennes milices violentes pro-Gbagbo], mais le gouvernement les repousse en arrière vers ces identités en les arrêtant simplement parce qu’ils sont étiquetés comme pro-Gbagbo... La haine est en train de se cristalliser. Les deux camps doivent arrêter de jouer avec ça. [150]
Lorsque Human Rights Watch lui a présenté ses conclusions, le ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko a dit : « Nous pouvons et nous devons répondre dans le cadre de la loi et chaque jour nous essayons d’insister sur l’importance des droits humains. Mais il faut aussi rester solidaire avec les militaires, qui ont été tués de sang-froid.Nous avons juste besoin d’un peu de temps. » Hamed Bakayoko a souligné que des progrès avaient été réalisés malgré le fait que « beaucoup de partisans pro-Gbagbo ne veulent pas la paix ni la réconciliation ». [151] Le ministre des Droits de l’Homme et des Libertés publiques, Gnénéma Coulibaly, a indiqué pareillement que : « Lorsque nous sommes confrontés à des personnes qui ont tué sans une arrière-pensée, il faut réagir. Les fouilles, les arrestations, c’est une bonne solution.Mais elles doivent être réalisées dans le cadre de la loi. » [152]
Les deux ministres ont promis de s’entretenir avec les responsables du camp de la BAE et d’effectuer des visites du site. Hamed Bakayoko a aussi convenu que les patrouilles mixtes et les unités mixtes aux points de contrôle de sécurité pourraient être un moyen de limiter les tensions entre l’armée et la population perçue comme pro-Gbagbo. [153]
[80] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 29 ans au camp de la BAE, Abidjan, 1er septembre 2012.
[81] Entretien accordé à Human Rights Watch par un diplomate, Abidjan, septembre 2012. Il semble que l’histoire ivoirienne récente se répète d’une manière préoccupante alors que l’ancien gouvernement de Laurent Gbagbo avait de même utilisé le terme de « terrorisme » après la tentative de coup d’État de septembre 2002 et pendant les premières années de la rébellion des Forces nouvelles. International Crisis Group, Côte d’Ivoire: « The War Is Not Yet Over », p. 4, 13 novembre 2003, http://www.crisisgroup.org/en/regions/africa/west-africa/cote-divoire/072-cotedivoire-the-war-is-not-yet-over.aspx.
[82] Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) art. 9, résolution de l’A.G. 2200A (XXI), 21 U.N. GAOR Supp. (n° 16) à 52, doc. ONU A/6316 (1966), 999 U.N.T.S. 171, entré en vigueur le 23 mars 1976, ratifié par la Côte d’Ivoire le 26 mars 1992.
[83] PIDCP art. 7. Convention contre la torture, art. 16.
[84] Anasse Anasse, « Des FRCI occupent encore dans les édifices publics et privés », l’Inter (Abidjan), 26 juillet 2012, disponible à l’adresse : http://africatime.netdivision.fr/CI/nouvelle.asp?no_nouvelle=685125&no_categorie= (dernière consultation le 29 septembre 2012).
[85] Le terme « Dioula » est en fait un mot Senoufo pour « commerçant ». Il se rapporte aussi à un petit groupe ethnique du nord-est de la Côte d’Ivoire ; cependant, il est plus fréquemment utilisé pour désigner des personnes d’ethnicités différentes du nord de la Côte d’Ivoire qui, en réalité, ne font pas partie de l’ethnie dioula mais qui parlent souvent une forme familière de la langue dioula. Cette langue est devenue très employée par beaucoup d’Ivoiriens comme langued’échange et de commerce, notamment dans la culture commerciale de la Côte d’Ivoire, qui est dominée par des habitants du nord et des immigrants. Comme ces groupes tendaient à soutenir Ouattara pendant l’élection de 2010, les partisans de Gbagbo utilisent souvent le terme « Dioula » pour décrire toute personne qu’ils supposent être un partisan de Ouattara.
[86] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 27 ans au camp de la BAE, Abidjan, 2 septembre 2012.
[87]Entretien accordé à Human Rights Watch par un résident vivant près du camp de la BAE, Abidjan, 29 août 2012.
[88] Entretien accordé à Human Rights Watch par le président d’une ONG ivoirienne, Abidjan, 10 septembre 2012.
[89] République de Côte d’Ivoire, Loi n° 60-366 du 14 novembre 1960 portant Code de procédure pénale (ci-après dénommé Code de procédure pénale ivoirien) art. 12-29, disponible à l’adresse : http://www.loidici.com/codeproce penalecentral/codepropenalepolicejudiciaire.php (dernière consultation le 29 septembre 2012).
[90] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 28 ans au camp de la BAE, Abidjan, 2 septembre 2012.
[91] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 24 ans au camp de la BAE, Abidjan, 29 août 2012.
[92]Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 26 ans au camp de la BAE, Abidjan, 31 août 2012.
[93] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 33 ans au camp de la BAE, Abidjan, 31 août 2012.
[94] Entretien accordé à Human Rights Watch par un résident de Yopougon Koweit âgé de 27 ans, Abidjan, 4 septembre 2012.
[95] Courrier de Gnénéma Coulibaly, ministre des Droits de l’Homme et des Libertés publiques, à Human Rights Watch, 1er novembre 2012.
[96] Code de procédure pénale ivoirien, art. 63, 76. Si le procureur de la République en donne l’autorisation spécifique, la période peut être prolongée de 48 heures. Idem. Cela ne semble pas avoir été fait dans aucun de ces cas. Les détenus étaient gardés dans des camps militaires hors de la compétence du procureur civil.
[97] Code de procédure pénale ivoirien, art. 125. République de Côte d’Ivoire, Constitution de la République de Côte d’Ivoire du 23 juillet 2000, art. 22, disponible à l’adresse : http://democratie.francophonie.org/IMG/pdf/Cote_d_Ivoire.pdf (dernière consultation le 29 septembre 2012).
[98] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 26 ans au camp de la BAE, Abidjan, 31 août 2012.
[99] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 23 ans au camp de la BAE, Abidjan, 4 septembre 2012.
[100] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 31 ans au camp de la BAE, Abidjan, 2 septembre 2012.
[101] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 29 ans au camp de la BAE, Abidjan, 3 septembre 2012.
[102] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 25 ans au camp de la BAE, Abidjan, 4 septembre 2012.
[103] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 30 ans au camp de la BAE, Abidjan, 4 septembre 2012.
[104] Entretiens accordés à Human Rights Watch par d’anciens détenus au camp de la BAE, Abidjan, août-septembre 2012.
[105] Entretiens accordés à Human Rights Watch par d’anciens détenus au camp de la BAE, Abidjan, août-septembre 2012.
[106] Entretiens accordés à Human Rights Watch par d’anciens détenus au camp de la BAE, Abidjan, août-septembre 2012.
[107] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 26 ans au camp de la BAE, Abidjan, 2 septembre 2012.
[108] Courrier de Gnénéma Coulibaly, ministre des Droits de l’Homme et des Libertés publiques, à Human Rights Watch, 1er novembre 2012.
[109] Entretien accordé à Human Rights Watch par une personne qui avait rencontré Coulibaly et était entrée dans le camp de la BAE à plusieurs occasions, Abidjan, 1er septembre 2012.
[110] Human Rights Watch, « Ils les ont tués comme si de rien n’était », octobre 2011.
[111] Département d’État des États-Unis, « 2009 Human Rights Report, Côte d’Ivoire », 11 mars 2010.
[112]Voir International Crisis Group, Côte d’Ivoire: « The War is Not Yet Over », pages 24-26 ; Département d’État des États-Unis, Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail, « Côte d’Ivoire, 2003 », 25 février 2004.
[113] International Crisis Group, Côte d’Ivoire: « The War is Not Yet Over », pages 18-21, 51.
[114] Human Rights Watch, Prise entre deux guerres, pages 26-28 (concluant qu’après avoir repris la ville de Man des mains des forces de Gbagbo le 19 décembre 2002, les hommes des forces incluant le MJP d’Ousmane Coulibaly « ont spécifiquement pris pour cibles ces civils, nombre d’entre eux membres des comités d’autodéfense, qui avaient collaboré avec les forces gouvernementales pour cibler les civils » et ont aussi pris pour « épouses » des femmes qu’ils soumettaient à des violences sexuelles répétées).
[115] International Crisis Group, Côte d’Ivoire: « The War is Not Yet Over », pages 25-26. ICG note que, après des attaques répétées sur des civils par des mercenaires libériens alliés, Coulibaly a été nommé à la tête des opérations de « nettoyage » entre février et avril 2003. Cela impliquait de repousser les mercenaires libériens vers la frontière. Idem, p. 24. Un rapport du département d’État des États-Unis de 2004 a également mentionné Coulibaly dans ce rôle, en indiquant : « Le 8 mai, Ousmane Coulibaly, commandant militaire du MJP à Man, a déclaré aux médias que 140 Libériens étaient détenus ‘pour leur propre protection’ ». Le rapport note également, cependant, « En avril, plusieurs sources ont rapporté que des affrontements entre les rebelles de l’ouest, le MPIGO, le MJP et leurs alliés libériens/sierraléonais ont abouti à l’exécution de plus de 50 mercenaires libériens dans la région occidentale. Un reporter de la BBC a indiqué avoir vu des combattants libériens morts avec les mains liées et parfois avec la tête et les doigts coupés ». Département d’État des États-Unis, Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail, « Côte d’Ivoire, 2003 », 25 février 2004.
[116] Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a jamais rendu public le rapport, mais ce dernier a été divulgué et est maintenant facilement disponible. La conclusion 28 identifie Man comme l’une des nombreuses villes où les attaques généralisées ou systématiques perpétrées par les deux camps contre des populations civiles, notamment des meurtres, des viols et des actes de torture, comportaient des crimes contre l’humanité.
[117] Amnesty International, Côte d’Ivoire: Les femmes, victimes oubliées du conflit, mars 2007 (« [D]es femmes […] ont été systématiquement attaquées à la fois par des milices progouvernementales et des groupes d’opposition armés tels que le MJP et le MPIGO... [qui] ont eu recours à la violence sexuelle à l’encontre des femmes afin de terroriser les populations civiles et leur extorquer de l’argent. De nombreuses femmes ont également été réduites à l’esclavage sexuel. ») ; Amnesty International, Côte d’Ivoire: Nul endroit où fuir, 24 juin 2003 (documentant des atrocités perpétrées par le MJP contre des réfugiés libériens dans l’extrême ouest).
[118]Réunion de Human Rights Watch avec un haut responsable du gouvernement ivoirien, Abidjan, septembre 2012.
[119] Baudelaire Mieu, « Côte d’Ivoire : Ouattara nomme trois anciens chefs de guerre de la rébellion à la tête de régions sensibles », Jeune Afrique, 26 septembre 2012, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20120926161042/.
[120] Courrier de Gnénéma Coulibaly, ministre des Droits de l’Homme et des Libertés publiques, à Human Rights Watch, 1er novembre 2012.
[121] « Côte d’Ivoire : trois civils tués dans l’attaque près d’Abidjan », Le Monde, 16 août 2012, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/08/16/cote-d-ivoire-l-armee-attaquee-a-dabou-pres-d-abidjan_1746798_3212.html.
[122]Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 23 ans à Dabou, Abidjan, 12 septembre 2012.
[123] Entretiens accordés à Human Rights Watch par des personnes détenues puis libérées à Dabou, Abidjan, 28 août, 7 septembre et 12 septembre 2012.
[124] Entretiens accordés à Human Rights Watch par des personnes détenues puis libérées à Dabou, Abidjan, 28 août, 7 septembre et 12 septembre 2012.
[125] Entretien accordé à Human Rights Watch par une ancienne détenue de 23 ans à Dabou, Abidjan, 12 septembre 2012.
[126] Entretiens accordés à Human Rights Watch par des personnes détenues puis libérées à Dabou, Abidjan, 28 août, 7 septembre et 12 septembre 2012.
[127] Entretiens accordés à Human Rights Watch par des résidents d’un village proche de Dabou, Abidjan, 7 et 12 septembre 2012.
[128] Entretien accordé à Human Rights Watch avec la sœur d’un détenu, Abidjan, 29 août 2012.
[129] Entretien accordé à Human Rights Watch par le président d’une organisation ivoirienne de défense des droits humains, Abidjan, 10 septembre 2012.
[130] Entretien accordé à Human Rights Watch par un représentant de l’ONU, Abidjan, 5 septembre 2012.
[131] Entretien accordé à Human Rights Watch par un représentant de l’ONU, Abidjan, 5 septembre 2012.
[132] Konan Kan, « 11 jours après l’expiration de l’ultimatum du ministre de la Défense : Les FRCI occupent toujours les domaines publics et privés », Le Mandat (Abidjan), 11 juillet 2012, http://news.abidjan.net/h/437024.html ; « Côte d’Ivoire : le gouvernement lance un ultimatum pour le dépôt volontaire des armes », Xinhua, 23 mai 2012, http://news.abidjan.net/h/433972.html.
[133] Konan Kan, « 11 jours après l’expiration de l’ultimatum du ministre de la Défense : Les FRCI occupent toujours les domaines publics et privés », Le Mandat.
[134] Entretien accordé à Human Rights Watch par un représentant d’une organisation internationale, Abidjan, septembre 2012.
[135] Courrier de Gnénéma Coulibaly, ministre des Droits de l’Homme et des Libertés publiques, à Human Rights Watch, 1er novembre 2012.
[136]Le « réseau des com-zones » se rapporte à l’époque où les Forces nouvelles contrôlaient le nord de la Côte d’Ivoire et où la zone était divisée en régions contrôlées par différents commandants de zone (appelés « com-zones »).
[137] Entretien accordé à Human Rights Watch par un diplomate, Abidjan, 12 septembre 2012.
[138] Entretien accordé à Human Rights Watch par un diplomate, Abidjan, 13 septembre 2012.
[139] Entretien accordé à Human Rights Watch par un représentant d’une organisation internationale, Abidjan, 6 septembre 2012.
[140] Entretiens accordés à Human Rights Watch par Hamed Bakayoko, ministre de l’Intérieur, Abidjan, 12 septembre 2012 ; et par Gnénéma Coulibaly, ministre des Droits de l’Homme et des Libertés publiques, Abidjan, 7 septembre 2012.
[141] K.M., « Coulibaly Gnénéma, ministre des Droits de l’Homme, à propos du rapport de Doudou Diène : ‘Le gouvernement ivoirien prend note’ », Nord-Sud (Abidjan), 23 mars 2012, http://news.abidjan.net/h/429866.html ; Marc Dosso, « Hamed Bakayoko, ministre de l’Intérieur : ‘L’embargo pour nous n’a plus sa raison d’être’ », Nord-Sud, 12 novembre 2011, http://news.abidjan.net/h/416524.html.
[142] Entretien accordé à Human Rights Watch par un jeune homme de 28 ans, Abidjan, 1er septembre 2012.
[143] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 27 ans au camp de la BAE, Abidjan, 2 septembre 2012.
[144]Entretien accordé à Human Rights Watch par un leader de la société civile ivoirienne, Abidjan, 7 septembre 2012.
[145] Entretien accordé à Human Rights Watch par un résident de Yopougon Koweit âgé de 31 ans, Abidjan, 2 septembre 2012.
[146] Entretiens accordés à Human Rights Watch par de hauts responsables du gouvernement ivoirien, Abidjan, septembre 2012.
[147] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 30 ans au camp de la BAE, Abidjan, 30 août 2012.
[148] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 32 ans au camp de la BAE, Abidjan, 31 août 2012.
[149] Entretien accordé à Human Rights Watch par un ancien détenu de 29 ans au camp de la BAE, Abidjan, 1er septembre 2012.
[150] Entretien accordé Human Rights Watch par un représentant de la société civile ivoirienne, Abidjan, 10 septembre 2012.
[151] Entretien accordé à Human Rights Watch par Hamed Bakayoko, Abidjan, 12 septembre 2012.
[152] Entretien accordé à Human Rights Watch par Gnénéma Coulibaly, Abidjan, 7 septembre 2012.
[153] Entretiens accordés à Human Rights Watch par Hamed Bakayoko, Abidjan, 12 septembre 2012 ; et par Gnénéma Coulibaly, Abidjan, 7 septembre 2012.








