Recommandations
Au gouvernement fédéral de Belgique
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Ratifier et appliquer la Convention du Conseil de l'Europe
sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard
des femmes et la violence domestique.
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Réaffirmer la politique de tolérance
zéro pour la violence conjugale et autres formes de violence contre les
femmes, sans aucune discrimination.
Au parlement fédéral de Belgique
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Réformer la Loi sur les étrangers
pour garantir que les migrantes en situation irrégulière puissent
demander une protection contre la violence intrafamiliale et une assistance
légale sans risquer l'expulsion, notamment par:
-
La garantie que les femmes sans-papiers qui
dénoncent des violences fondées sur le sexe ne soient pas
interrogées sur leur statut juridique ou signalées aux
autorités d'immigration.
-
La suspension d'expulsion des migrantes en
situation irrégulière qui dénoncent la violence conjugale,
jusqu'à la résolution des procédures pénales contre
leur agresseur et jusqu’à ce que toute demande de résidence
ait été définitivement résolue.
-
La délivrance d'une nouvelle instruction sur
l'article 9bis de la Loi sur les étrangers pour permettre à
toutes les victimes de violence sans-papiers de demander un permis de
séjour pour raisons humanitaires en incluant explicitement la violence
sexiste comme une «circonstance exceptionnelle».
-
Modifier les clauses de protection dans les articles
11 et 42 quater de la Loi sur les étrangers afin de permettre à
toutes les migrantes en regroupement familial dont les droits de
résidence dépendent de leur relation avec un partenaire auteur de
violences de faire une demande indépendante pour un permis de
séjour, notamment:
-
Les candidates au regroupement familial qui
quittent un conjoint ou un époux violent dans l'attente de leur permis;
-
Les migrantes dont le permis de séjour
dépend d’une relation avec le titulaire d’un permis de
séjour de courte durée;
-
Les migrantes dont le partenaire violent a
quitté le territoire ou a été expulsé pendant la
période probatoire.
Au ministère
fédéral de l'Intérieur et
de
l'Égalité des chances
-
En collaboration avec le secrétaire
d'État pour l'immigration, émettre et diffuser un protocole
à l’attention de la police en indiquant clairement qu'elle ne
devrait pas informer les autorités d'immigration lorsque les victimes de
violence sans-papiers demandent de l'aide, de sorte que ces personnes puissent
jouir de leurs droits à une protection immédiate, sans crainte
d'expulsion.
-
Donner la priorité à la lutte contre
la violence intrafamiliale dans le prochain Plan de sécurité
national et veiller à la mise en œuvre vigoureuse des circulaires
2006/3 et 2006/4. Les mesures particulières pour améliorer la
protection des victimes de violence d'origine immigrée devraient
inclure, mais sans s'y limiter:
-
La garantie que la police dans les zones
peuplées de migrants ont un agent de liaison spécial avec une
formation adéquate en matière de violence intrafamiliale dont les
responsabilités comprennent d’entrer en contact et coopérer
de manière proactive avec les communautés de migrants afin
d’accroître la confiance dans les signalements de violence,
notamment parmi les femmes migrantes sans-papiers.
-
La désignation des personnes de contact au
sein des organisations de migrants pour assurer une interaction
régulière avec la police et l'orientation des victimes de
violence vers les services de protection, d'assistance et de réhabilitation.
-
Garantir que dans le prochain Plan d'action
national — en collaboration avec le secrétaire d'État pour
l'immigration, le ministre des Affaires sociales et de la Santé publique
et les ministres responsables de la Communauté et de la Région
— des fonds publics sont mis à la disposition de toutes les
victimes de violence pour garantir l'accès sans restriction aux refuges
pour femmes et aux services de soutien, sans discrimination.
-
Impliquer les organisations de femmes migrantes
dans l'élaboration, la mise en œuvre et l'évaluation du
prochain Plan d'action national afin de surmonter les obstacles particuliers
auxquels les femmes migrantes sont confrontées pour demander de l'aide
et obtenir une protection sûre contre la violence intrafamiliale.
-
Lancer une campagne de diffusion, en collaboration
avec le ministère de la Justice et les ministres pertinents des
Communautés, afin d'informer les femmes migrantes sur leurs droits et
les services existants pour les victimes de violence et leurs enfants à
charge, notamment sur les clauses de protection et les procédures
connexes pour les migrantes en regroupement familial. Faire connaître et
diffuser du matériel d’information rédigé dans les
langues des minorités et coopérer avec des organisations de
migrants et de femmes dans le développement et la sensibilisation de la
campagne.
À la Secrétaire
d'État à l'Asile, à l'Immigration et à
l'Intégration sociale
-
Promouvoir la réforme de la loi du 15
décembre 1980 relative à l'Accès au territoire, au
séjour, à l'établissement et l'éloignement des
étrangers pour
-
Modifier les clauses de protection dans les
articles 11 et 42 quater de la loi pour permettre à toutes les migrantes
en regroupement familial qui sont victimes de violence de faire une demande
indépendante de permis de séjour, sans tenir compte des revenus,
notamment:
-
Les candidates au regroupement familial qui
quittent un partenaire ou un conjoint alors qu’elles sont en attente de
leur permis ;
-
Les migrantes qui sont venues rejoindre des
détenteurs de permis de séjour de courte durée;
-
Les migrantes qui sont venues rejoindre des
détenteurs de permis de résidence de longue durée qui ont
quitté le territoire ou ont été expulsés.
-
Suspendre l'expulsion des migrantes en situation
irrégulière qui sont victimes de violence intrafamiliale,
notamment les migrantes en regroupement familial dont la résidence a
été résiliée en attendant que la résolution
des procédures criminelles contre leur agresseur, et toute demande de
séjour, y compris les demandes en appel, soient définitivement
fixées.
-
Lancer une nouvelle directive sur l'article 9bis de
la loi autorisant les migrantes sans-papiers à obtenir un permis de
séjour pour raisons humanitaires en incluant explicitement la violence
sexiste comme une « circonstance exceptionnelle.»
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Élaborer, en concertation avec les ministres
de la Justice et de l'Intérieur, une circulaire qui explique comment les
femmes migrantes ayant un permis de séjour non autonome peuvent
bénéficier des clauses de protection comprises dans la loi
lorsqu’elles fuient une relation ou un mariage violent. Cette circulaire
devrait être largement diffusée afin d’informer les femmes
migrantes, leurs organisations, les prestataires de services, les praticiens de
santé, les représentants de la loi et autres personnes
travaillant avec les migrants sur la législation et les
procédures, et stipuler que:
-
Les victimes de violence physique, psychologique,
sexuelle et économique qui quittent un partenaire ou un conjoint violent
au cours de la période probatoire peuvent faire une demande
indépendante de permis de séjour pour des motifs de violence
intrafamiliale, quelle que soit la durée de leur relation, le statut
juridique de leur partenaire ou leurs revenus.
-
Les victimes peuvent apporter la preuve de la
violence par le biais d'un rapport de police officiel, d’un rapport
médical, d’une ordonnance de restriction, d'une attestation d'un
refuge ou d'un psychiatre, ou d’un autre élément de preuve
crédible. Elles devraient normalement présenter
immédiatement cette preuve à l’Office des étrangers
au moment de quitter un partenaire violent, mais l’Office devrait accepter
d’examiner des présentations plus tardives lorsqu’il existe
une raison pour cela.
-
Il est clair que les victimes ne sont pas tenues
d'informer l’Office avant de quitter un partenaire violent.
-
Le Conseil du contentieux des étrangers
tient compte des faits de violence présentés après
qu’il ait mis fin aux droits de résidence dans toute contestation
juridique d'une ordonnance d'expulsion pour ce motif.
-
Mettre à disposition, en collaboration avec
les ministres de l'Intérieur et de la Santé publique, ainsi que
les ministres responsables de la communauté et de la région, des
fonds publics pour toutes les survivantes d'abus et enfants à charge
pour garantir le libre accès aux refuges pour femmes et aux services de
soutien sans discrimination.
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Recueillir et diffuser des informations sur le
nombre de migrantes qui ont obtenu ou conservé des droits de
résidence pour motifs de violence sexiste, notamment combien de demandes
ont été rejetées et pour quels motifs, et le nombre de
décisions qui ont été annulées.
-
Créer un point focal au sein de
l’Office des étrangers en charge des cas qui impliquent la
violence sexiste, et qui peut former et informer le personnel sur les droits
des migrantes à la protection, notamment, mais sans s'y limiter, les
services d'immigration, y compris l’Office lui-même, les refuges, la
police, les prestataires de services, les procureurs et les associations de
migrants.
Au ministère
fédéral de la Justice
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Instaurer une formation obligatoire sur tous les
types de violence conjugale et intrafamiliale pour les procureurs et les juges
au sein de chaque juridiction.
-
Promouvoir, en collaboration avec le
ministère de l'Intérieur, la proposition de loi en attente sur
les ordonnances de restriction contre les auteurs potentiels de violences
sexistes et, une fois que la législation est en place, assurer un suivi
adéquat et une formation des forces de l'ordre afin que les ordonnances
de restriction soient:
-
Émises et appliquées avec diligence
et sans discrimination sur la base de l'appartenance ethnique, la race, la
nationalité, le statut juridique, ou toute autre situation.
-
Accordées, sur la base de menaces ou de
soupçons de toute forme de violence, et pas seulement la violence
physique, mais aussi pour les couples qui ne vivent pas formellement ensemble.
-
Poursuivre la collecte des statistiques annuelles
sur les enquêtes (préliminaires), les poursuites, les sanctions
infligées et s'assurer qu'elles soient largement publiées.
Aux ministres des Affaires sociales,
de la Santé publique, de l'Égalité des chances et de la
Famille de la Flandre, la Wallonie, les communautés francophone et
germanophone et toutes les Commissions des communautés dans la
Région de Bruxelles-Capitale, et son secrétaire d'État
pour l'Égalité des chances
-
Mettre à disposition, conjointement avec le
secrétaire d'État fédéral pour l'immigration,
l'asile et l'intégration sociale et les ministres de l'Intérieur
et de l'Égalité des chances, des fonds publics pour les victimes
de violence ayant un statut juridique irrégulier ou précaire pour
permettre l'accès aux refuges et aux services de soutien.
-
Garantir qu'il existe suffisamment de centres
d'accueil spécialisés et sûrs disponibles pour les femmes
et les enfants, conformément aux normes européennes qui exigent
la disponibilité d'au moins une place familiale dans un refuge pour 10
000 habitants.
-
Lancer une campagne de diffusion pour informer les
femmes migrantes sur leurs droits et les services existants pour les victimes
de violence. Faire connaître et diffuser du matériel
d’information rédigé en langues des minorités et
coopérer avec des organisations de migrants et de femmes dans le
développement et la sensibilisation de la campagne.
À l'Union européenne
-
La Direction générale des Affaires
intérieures pour la Commission européenne devrait continuer de
fournir des sources de financement régulières aux organisations
de femmes ainsi qu’aux organisations de migrants et de minorités
en Belgique et dans l'UE qui traitent la violence sexiste dans leurs
communautés et supprimer les exigences qui limitent le financement
à des «ressortissants de pays tiers résidant
légalement.»
-
Le Parlement et le Conseil européen
devraient modifier la proposition de directive en attente du Parlement
européen et du Conseil établissant des Normes minimales
concernant les droits, le soutien et la protection des victimes de la
criminalité, pour affirmer explicitement que les droits prévus
par cette directive doivent s'appliquer aux victimes d'une manière non
discriminatoire, notamment en ce qui concerne leur statut de résident et
inclure des protections spécifiques pour les victimes de violence
sexiste, quel que soit leur statut juridique.
Au Conseil de l'Europe
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Le Commissaire aux droits de l'homme devrait
examiner la question de l'accès des femmes migrantes à la
protection contre la violence, indépendamment de leur statut, en
Belgique et plus largement dans la région du Conseil de l'Europe.
Au Rapporteur spécial de l'ONU sur la violence contre
les femmes
-
Surveiller les droits à la protection contre
la violence sexiste et à la justice pour les femmes migrantes en
Belgique, notamment les préoccupations liées à
l'accès à un refuge pour femmes, le dépôt de
plaintes pénales liées à la violence, ou la recherche de
tout autre mécanisme de protection.
-
Inclure la question spécifique de
l'accès des femmes migrantes à la protection contre la violence
dans le rapport thématique de 2013 sur la responsabilité
étatique dans l'élimination de la violence contre les femmes.
Au Comité des Nations Unies sur l'Élimination
de la discrimination à l'égard des femmes
-
Veiller à ce que le prochain examen
périodique de la conformité de la Belgique avec la Convention sur
l'élimination de toutes les formes de discrimination à
l'égard des femmes traite les problèmes de droit et de pratique
relatifs à l'accès des femmes à la protection et à
la justice sans discrimination, en particulier les femmes migrantes en
situation précaire ou irrégulière.