Méthodologie
Le présent rapport est basé sur 211 entretiens réalisés par des chercheurs de Human Rights Watch entre juillet 2009 et décembre 2011 lors de visites effectuées dans les provinces de Lunda Norte et de Cabinda en juillet 2009 et novembre 2009, à Kinshasa et dans les provinces du Bas-Congo et du Kasaï Occidental en République démocratique du Congo (RDC) en mai et juin 2011, ainsi qu’à Luanda en Angola, en novembre et décembre 2011.
Parmi les personnes interrogées par Human Rights Watch, cent étaient des migrants, parmi lesquels 49 femmes et filles, et 51 hommes. Human Rights Watch a interrogé très peu d’enfants directement, mais un certain nombre de femmes interrogées étaient accompagnées de leurs enfants, lesquels avaient été expulsés avec elles. [1]
À Muanda (Bas-Congo) et à Kamako (Kasaï Occidental), Human Rights Watch a interrogé 57 Congolais expulsés d’Angola – principalement au cours du premier trimestre de 2011 – dont 32 femmes et filles. Les chercheurs ont sélectionné la plupart de ces personnes parmi les nombreux migrants qui s’étaient proposés pour les entretiens et n’avaient pas tous été victimes d’exactions. Néanmoins, dans un petit nombre de cas, ce sont les chercheurs qui ont pris contact avec des personnes connues au sein des communautés d’accueil et des organisations non gouvernementales locales pour avoir été victimes d’abus sexuels.
Antérieurement, en juillet 2009, Human Rights Watch avait interrogé 26 ressortissants du Congo et d’autres pays à Dundo et Nzage (Lunda Norte), parmi lesquels 15 hommes et 11 femmes. La plupart des migrants interrogés étaient des réfugiés et des demandeurs d’asile qui avaient été remis en liberté après une détention provisoire et n’avaient pas été expulsés. En novembre 2009, les chercheurs de Human Rights Watch se sont entretenus avec 17 personnes, à savoir 11 hommes et six femmes. Parmi eux se trouvaient des migrants de la RDC et d’autres ressortissants qui avaient été expulsés de Cabinda vers la RDC en octobre 2009 et étaient ensuite retournés en Angola, des ressortissants angolais qui étaient rentrés à Cabinda après avoir été pris par erreur pour des migrants en situation irrégulière et avoir été expulsés, ainsi que des Angolais qui avaient été expulsés de RDC en octobre 2009. Par ailleurs, Human Rights Watch a réalisé des entretiens approfondis avec 13 témoins de violences commises lors d’expulsions de Cabinda.
Les entretiens ont eu lieu en français et en portugais ou ont été traduits simultanément du lingala, du tshiluba et du kiswahili par des interprètes locaux.
Human Rights Watch a demandé à toutes les victimes, y compris celles qui avaient de leur propre gré identifié des membres de certaines forces de sécurité comme auteurs d’abus, de décrire les uniformes des hommes impliqués aux différents stades de leur expulsion et dans les exactions, et de fournir une description détaillée des centres de détention et autres lieux où les exactions ont été perpétrées.
Ces précisions s’avèrent particulièrement utiles car les migrants congolais, surtout les femmes et les personnes qui ne sont restées en Angola que pendant de courtes périodes, tendent à employer des termes génériques, tels que « soldats », « policiers » ou « gardiens », pour désigner les forces de sécurité angolaises. De même, les migrants congolais se réfèrent souvent aux prisons où ils ont été détenus en utilisant le nom générique portugais - Unidade (unité), Cadeia (prison) ou Comando (poste de commandement). Ainsi, la prison de transit, qui porte le nom officiel de Cadeia Civil à Cabinda, est souvent appelée simplement Cadeia. Dans la mesure du possible, Human Rights Watch a vérifié les descriptions fournies par les migrants congolais par recoupement avec les informations émanant de sources locales en Angola.
En RDC, Human Rights Watch a interrogé 53 responsables locaux, représentants des agences d’immigration et de renseignement, policiers, représentants de la société civile, travailleurs du secteur médical, responsables d’églises, hommes d’affaires locaux, travailleurs humanitaires bénévoles au Bas-Congo et au Kasaï Occidental, fonctionnaires civils de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), représentants d’agences des Nations Unies et représentants d’organisations non gouvernementales internationales en République démocratique du Congo. En 2009 en Angola, les chercheurs de Human Rights Watch se sont entretenus avec 34 responsables locaux, représentants de la société civile, responsables d’églises, membres des autorités traditionnelles, hommes d’affaires locaux, journalistes, représentants d’ambassades, membres d’agences de l’ONU ou d’organisations non gouvernementales internationales.
Human Rights Watch a également passé en revue les articles de la presse angolaise et congolaise, et analysé les informations publiées antérieurement sur les expulsions par des sources onusiennes (des documents de l’ONU et les rapports des missions interorganisations de terrain coordonnées par l’ONU), des rapports de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi que les résultats des recherches de militants locaux de défense des droits humains et d’organisations internationales humanitaires – en particulier la branche belge de Médecins Sans Frontières (MSF) qui a recueilli des informations sur des cas de violence sexuelle lors d’expulsions de migrants d’Angola, et le Comité international pour le développement des peuples (CISP), une organisation non gouvernementale italienne qui met en œuvre le projet de surveillance des expulsions financé par l’ONU dans les régions limitrophes de l’Angola depuis avril 2011.
En 2009 et 2011, Human Rights Watch a discuté de certains points soulevés dans le présent rapport avec des responsables du Ministère angolais de l’Intérieur et des représentants du Ministère des Affaires étrangères de la RDC.
Les éléments recueillis au cours de ces travaux de recherche incluent des accusations de violations graves des droits humains commises par les forces de sécurité angolaises et des responsables angolais de l’immigration. Bon nombre des personnes interrogées ont des membres de leur famille qui se trouvent toujours dans les zones où ces exactions ont eu lieu. Human Rights Watch a dès lors pris la décision de ne pas divulguer leurs noms afin de préserver leur anonymat et de garantir la sécurité des personnes concernées.
[1]Human Rights Watch définit un enfant comme étant toute personne âgée de moins de 18 ans, se conformant à la définition de la Convention relative aux droits de l’enfant.








